Disclaimer : Les lieux, les personnages, les termes magiques et l'histoire d'Harry Potter appartiennent à J. K. Rowling et je ne fais que les emprunter en ajoutant quelques détails de mon cru pour, je l'espère, pouvoir divertir les lecteurs. Qui plus est, je ne tire aucun profit de cet emprunt.
Résumé : Qu'arriverait-il si un vampire perdait le contrôle? Et qu'arriverait-il si le prédateur en question n'était nul autre que Severus Rogue et sa proie une simple Moldue? Venez le découvrir!
Note de l'auteure : J'ai réussi à mettre un très léger soupçon d'intrigue... c'est une première pour moi, alors soyez un peu indulgent!
Chapitre 9 : La guérison
Le lendemain matin, ce fut un rayon de soleil filtrant par la fenêtre de l'infirmerie qui réveilla doucement Èva.
Elle s'étira, mais se ravisa rapidement en grognant sous la douleur que ce simple geste avait déclenché dans son dos.
Dans le lit voisin, Hermione papillonna des yeux. Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle n'était pas dans son dortoir. Elle tenta alors de s'asseoir.
- Il vaudrait mieux que tu restes allongée, murmura Èva avec une voix enrouée, elle-même étendue sur le ventre, ses bras repliés sous sa tête.
- En effet, répondit Hermione lorsqu'un douloureux élancement se fit sentir à travers tout son crâne. Qu'est-ce qui s'est passé?
- Severus a perdu le contrôle hier, durant votre cours de potions, expliqua Èva.
- Je ne me souviens pas de vous avoir vu…, dit Hermione après avoir réfléchi quelques secondes.
- Tu étais déjà évanouie lorsque je suis arrivée. Severus et Harry se menaçaient avec leurs baguettes.
- Comment avez-vous su ce qui se passait? demanda la jeune sorcière en fronçant les sourcils.
Èva lui expliqua alors la condition de demi-vampire de Severus, le fait qu'il l'ait mordue, d'où la raison de sa présence à Poudlard, et le lien mental qui les unissait.
- Dieu soit loué, les vampires peuvent se téléporter! finit Èva avec un sourire.
- Comment ça s'est terminé? demanda Hermione avec appréhension.
- Oh… euh… Severus et moi nous nous sommes battus, car je me suis interposée entre lui et Harry. Mais Dumbledore et Remus sont finalement intervenus. D'ailleurs, je me demande comment ils ont su que quelque chose n'allait pas, eux, dit Èva, plus pour elle-même que pour Hermione qui l'écoutait les yeux fermés, un atroce mal de tête lui déchirant les tempes.
- Dumbledore sait tout, sourit la sorcière.
- Et Remus? D'ailleurs, comment a-t-il su que vous le suiviez l'autre jour, alors que vous étiez invisibles?
- Hum… je crois que ce serait plutôt à lui de vous le dire lorsqu'il sera prêt, dit Hermione en plongeant son regard chocolat dans celui bleu pâle d'Èva.
- Tu l'aimes beaucoup, n'est-ce pas?
Pour toute réponse, Hermione détourna le regard et une légère teinte rouge empourpra ses joues.
- Tant que ça? sourit Èva. Est-ce qu'il le sait?
- Quoi doit savoir quoi? intervint alors le loup-garou.
Hermione écarquilla les yeux en découvrant l'homme de ses rêves nonchalamment appuyé au cadre de porte. Elle tourna vivement la tête vers Èva, affichant un air paniqué, la suppliant silencieusement.
Èva lui lança un regard complice avant de se retourner vers Remus.
- Eh bien, monsieur Lupin, vous êtes bien cavalier ce matin! s'amusa Èva. Il s'agit là d'une conversation entre femmes!
L'interpellé baissa les yeux d'un air gêné.
Èva éclata alors de rire, entraînant avec elle Hermione et, finalement, Remus.
- Oh, ne me faites pas rire, ça fait atrocement mal! coupa la jeune sorcière en se prenant la tête entre ses mains.
- Je vais chercher madame Pomfresh, dit alors le lycanthrope.
- Voilà la vraie torture qui arrive, murmura Èva, amusée.
- J'ai dit de ne pas me faire rire! sourit Hermione, faisant appel à toute sa volonté pour ne pas éclater de rire à nouveau.
En moins de deux, l'infirmière et le professeur étaient de retour, emportant avec eux divers fioles et bols.
La vieille dame se dirigea vers Hermione et lui demanda de se coucher sur le côté pour pouvoir observer sa blessure.
- Hum…, dit simplement l'infirmière.
- C'est un « hum » qui veut dire « avez-vous une dernière volonté » ou un « hum » qui signifie « les cours de salsa, c'est pour quand »? demanda Èva.
- Chut! dit Hermione en agitant la main, alors que l'infirmière souriait.
- C'est un « hum », tout simplement, répondit madame Pomfresh. Mais je crois que vous pourrez retourner à vos cours d'ici un jour ou deux, mademoiselle Granger, conclut-elle en remplaçant le bandage d'Hermione.
La patiente se retourna ensuite vers le petit groupe avec un air scandalisé.
- Un jour ou deux! Mais je vais rater plusieurs cours!
- Je vais t'apporter tes devoirs et je suis sûr que Ron et Harry se feront un plaisir de te prêter leurs notes, intervint Remus.
- Compter sur eux pour avoir des notes? C'est rêver en couleurs! dit Hermione.
Lupin eut un léger rire. Il fallait bien avouer que, habituellement, c'était eux qui copiaient sur leur amie!
- Mais bon, ce n'est pas comme si c'était la première fois! conclut la jeune sorcière.
À ces paroles, Èva se rappela divers souvenirs que Severus lui avait montrés. Le trio d'enfer s'était vu embarqué dans plusieurs aventures rocambolesques! Pas étonnant que l'infirmerie leur soit familière.
Mais, soudainement, la jeune femme se rembrunit. Severus… Où était-il d'ailleurs? Quel sort Dumbledore lui avait-il réservé?
Cependant, la jeune vampire ne put se poser davantage de questions, car madame Pomfresh s'attaquait maintenant à ses pansements.
L'infirmière retira le drap qui lui faisait office de vêtements. En voyant Èva ainsi dénudée, Remus se tourna d'un bloc.
- Je… je crois que je vais repasser… plus… plus tard! balbutia-t-il avant de s'éclipser.
Les trois femmes s'amusèrent de la situation, avant qu'Hermione ne pousse un grognement en se massant le front.
- Buvez la potion bleue, mon enfant, intervint l'infirmière en posant un regard expert sur sa jeune patiente. Votre mal de tête devrait disparaître après quelques minutes.
La sorcière obtempéra avec empressement.
- Il est mignon quand il rougit, n'est-ce pas? dit Èva.
Hermione faillit recracher sa gorgée de potion. Ce fut à nouveau à son tour de virer au rouge pivoine.
- Tu devrais lui dire, conclut la brunette.
L'infirmière soupira en se demandant si une telle relation était une bonne idée. Après tout, il s'agissait de son professeur! Et pas n'importe lequel : un ancien Maraudeur aux prises avec une condition particulière. Mais bon, elle avait vu des couples plus étranges que cela durant sa longue carrière…
- Voilà! dit l'infirmière après avoir fait disparaître les dernières compresses sales. Vous serez comme neuves d'ici quelques jours, toutes les deux. En attendant, repos total!
Lorsque l'infirmière eut disparu, Hermione s'assit dans son lit et se tourna vers Èva.
- Qu'est-il arrivé au professeur Rogue, hier? Il est solide comme un roc, ce n'est pas le genre de personne à perdre le contrôle…, expliqua Hermione.
- Je crois que c'est un peu de ma faute, dit Èva avec un sourire coupable.
La jeune sorcière fronça les sourcils en signe d'incompréhension. La vampire ferma les yeux avant de continuer, car elle était incapable d'affronter le regard d'Hermione.
- Severus et moi avons eu un début de relation amoureuse ensemble, mais j'ai été ignoble avec lui. Je l'ai traité de pomme pourrie et de monstre. Je crois que ça l'a fait souffrir bien plus qu'il n'aurait voulu l'avouer. Donc, quand Harry l'a traité de monstre, lui aussi, ç'a été la goutte qui a fait déborder le vase…
- Hum… et comme il déteste Harry, c'était une bonne excuse pour s'en prendre à lui, enchaîna Hermione.
- Oh, je m'en veux tellement! murmura Èva.
- Ce n'est pas de votre faute, vous ne pouviez pas prévoir une telle réaction!
- J'aurais pourtant dû, répliqua Èva en regardant Hermione droit dans les yeux. Je suis un peu dans sa tête, tout de même!
- Le professeur Rogue est très doué en Occlumencie, dit Hermione avec un sourire compatissant.
Èva se rappela avoir lu des livres à ce sujet. Il s'agissait de l'inverse de Legilimancie. D'ailleurs, la jeune femme gardait un souvenir plutôt amer de sa dernière expérience avec ce type de magie.
Èva soupira.
- Mais je ne comprends pas. Severus doit être quelque part dans le collège, puisque je ne peux pas m'éloigner de lui à plus de quelques dizaines de mètres, mais je ne sens pas sa présence. C'est étrange…
Hermione ne put répondre, car ses amis arrivèrent à ce moment précis dans l'infirmerie.
- 'Mione, tu es réveillée! hurla presque Ron en la prenant dans ses bras.
- Comment te sens-tu? enchaîna Harry avec un sourire compatissant face à la jeune femme écrasée dans les bras de Ron.
- Ça va mieux… mais tu m'étouffes, Ron!
Ce dernier la libéra, mais ne perdit pas son énorme sourire fendu jusqu'aux oreilles.
- Et vous, comment allez-vous, miss Jenkins? s'enquit Harry en se tournant vers l'assistante de la bibliothécaire.
- Je m'en remettrai sans trop de mal. Quelques courbatures, rien de bien méchant.
- Au fait, je voulais vous remercier d'être intervenue hier. Je ne suis pas assez fou pour penser que je suis du niveau du professeur Rogue en duel! Sans vous, je ne sais pas dans quel état je serais sorti de cette bataille.
- C'est quand tu veux, Harry, dit Èva avec un clin d'œil.
Ron ébouriffa les cheveux de son ami et Èva ferma les yeux, un sourire figé sur ses lèvres.
Elle était bien contente de s'être interposée. Sinon, qui sait dans quel état Harry et Hermione auraient été! Après tout, la jeune femme se vidait de son sang et Harry était sur le point d'affronter un vampire en colère.
Malgré tout, ce nouveau combat n'arrangeait rien entre Severus et elle. Malgré toutes les recherches qu'elle avait faites, elle n'avait toujours pas trouvé de solution au problème de « laisse magique ». Ce qui signifiait qu'elle aurait besoin de Severus pour lui enseigner à contrôler ses pouvoirs.
Èva soupira avant de lentement glisser vers les bras de Morphée. Près d'elle, les trois amis discutaient de tout et de rien; du fait qu'ils étaient contents qu'Hermione aille bien, de leurs hypothèses sur le comportement étrange de Rogue ou de comment ils allaient réussir à faire leurs devoirs et à prendre des notes sans Hermione.
Lorsqu'Èva émergea finalement de son sommeil, le soleil était déjà couchant.
Elle s'étira doucement à sa manière féline. Elle ne ressentait pratiquement plus de douleur dans son dos, ce qui était encourageant.
Èva se retourna et s'assit tranquillement sur son lit, prenant bien garde de rester cachée sous la couverture. Elle remarqua au passage que la jeune sorcière dormait paisiblement dans le lit voisin au sien.
Lorsqu'elle fut assise, Èva surprit Remus, perdu dans ses pensées, qui couvait tendrement Hermione du regard. La jeune vampire sourit, attendrie par cette vision. Il fallait vraiment qu'ils s'avouent leurs sentiments ces deux-là!
Èva se racla doucement la gorge. Le professeur de Défenses Contre les Forces du Mal cligna plusieurs fois des yeux, comme s'il émergeait de profondes réflexions. Il se tourna vers Èva et lui sourit avant de baisser les yeux, toujours gêné de savoir que la jeune femme était nue sous le drap, bien que cela soit nécessaire à cause de ses blessures au dos.
- Bonsoir, murmura-t-il pour ne pas réveiller Hermione.
- Bonsoir, répondit simplement Èva en se frottant les yeux, comme un bébé venant de se réveiller.
- J'ai pensé que vous auriez sans doute faim, continua Remus en pointant un plateau de nourriture qu'il avait déposé sur la table de chevet près du lit d'Èva.
- Oh oui, merci! J'ai une faim de loup, dit la brunette avant de se jeter sur les victuailles qui, bien que froides, étaient délicieuses.
À cette remarque, les yeux de Lupin brillèrent d'un drôle d'éclat, mais la jeune femme ne le remarqua même pas.
- Est-ce que je pourrais abuser de votre gentillesse? demanda timidement Èva.
- Bien sûr, on ne peut rien refuser à une personne convalescente, répondit Remus avec un sourire espiègle.
- J'aurais simplement aimé pouvoir écrire à mon frère, expliqua la brunette en lui rendant son sourire.
Remus hocha simplement la tête avant de faire apparaître plusieurs feuilles de parchemin ainsi qu'une plume d'autruche qui trempait dans un encrier.
- Merci, murmura Èva en prenant un livre que Harry et Ron avaient apporté à Hermione et déposa un des papyrus sur la couverture rigide.
- Ne soyez pas trop dure avec Severus, l'interrompit Remus avec un pâle sourire. Il n'a jamais su bien réagir lorsqu'il souffrait, expliqua-t-il.
- Où est-il?
- Dumbledore s'occupe de lui.
Èva fronça les sourcils. Elle savait que Remus n'en dirait pas plus, mais elle aurait tellement aimé en savoir davantage. Où était-il? Que lui arrivait-il? Comment Dumbledore avait-il réagi ? Est-ce que Severus la détestait?
La jeune femme secoua la tête. Non, cette dernière pensée était idiote. Mais, en même temps, elle ne pouvait s'empêcher de se la poser. Bien contre son gré, quelque chose en elle était profondément attaché au vampire.
- Je vais revenir demain matin. S'il y a un problème, appelez.
Appeler? Qui l'entendrait de toute façon? Peut-être madame Pomfresh, si elle était dans les parages. Remus l'entendrait-il, lui? Et si oui, comment? Il faudrait qu'elle lui demande un jour.
Lorsque le professeur eu disparu, Èva reporta son attention sur la lettre qu'elle désirait écrire. Comment pourrait-elle résumer la situation sans inquiéter son frère?
Elle décida finalement de commencer par lui raconter à quel point le monde magique était étonnant et qu'elle ne cessait jamais d'être surprise. Puis, elle lui parla de son travail d'assistante à la bibliothèque et lui fit part de ses maigres découvertes concernant l'ancienne magie. Finalement, elle lui mentionna qu'il y avait eu quelques petites interférences avec son entraînement et qu'elle ne pourrait pas rentrer dans quelques jours, comme elle l'espérait. Elle lui dit de ne pas s'inquiéter et qu'elle lui écrirait souvent. Elle conclut en lui disant combien elle l'aimait et en lui faisant promettre de lui donner de ses nouvelles, lui aussi.
Èva plia finalement sa lettre et la déposa sur sa table de nuit avant de prendre un sandwich apparemment au poulet.
Tout en mangeant lentement, elle feuilleta le livre d'Hermione. Il s'agissait d'un bouquin traitant de l'histoire de la magie. Hum… ça pouvait être intéressant.
Èva tomba alors sur un chapitre traitant d'une magie ancestrale. D'après ce qu'elle y lut, il s'agissait de la première magie à être apparue sur terre. Elle était à l'origine des premiers êtres magiques, tels les licornes et les vampires, qui n'étaient que des chauves-souris au début. Puis, grâce à l'évolution, cette magie avait même rejoint les hommes pour ainsi faire naître les sorciers. Les vampires, eux, mutèrent pour devenir des êtres humains aux pouvoirs surnaturels.
Continuant à dévorer le livre, Èva découvrit un passage traitant des liens unissant les premières créatures magiques. Cependant, l'auteur n'en parlait que très peu, mais il faisait heureusement référence à un autre livre concernant presque exclusivement ce sujet.
Èva mémorisa le titre, puis décida de profiter des dernières heures qu'il restait à la nuit pour faire comme tout le monde et dormir. Elle devait reprendre des forces. Sans doute madame Pince lui donnerait-elle un autre jour de congé, mais elle voulait bouquiner.
- Je veux retourner en cours, je vous en prie, monsieur le directeur! Je vais beaucoup mieux, je vous l'assure.
Il s'agissait sans aucun doute possible de la voix de l'élève la plus brillante de Poudlard. Èva pouvait la comprendre, elle aussi avait aimé aller en cours à une certaine époque.
N'empêche, il ne s'agissait pas là d'une raison valable pour réveiller les pauvres gens de si bonne heure, conclut Èva en ouvrant un œil et en réalisant que le soleil était à peine levé, ce qui signifiait qu'il ne devait pas être plus de six heures du matin.
- Miss, je…, commença Dumbledore.
- Laissez-la donc y retourner, regardez la pêche qu'elle a! grogna Èva en se redressant avec l'air maussade de quelqu'un qui n'avait pas assez dormi.
Hermione sourit d'un air coupable.
- Mais c'est précisément ce que j'allais dire, mademoiselle, s'amusa l'homme à la longue barbe blanche.
- Oui!
- Oh, oh! Moins fort, jeune fille, rechigna Èva en se massant les tempes.
Depuis quand avait-elle cet affreux mal de tête? N'était-ce pas plutôt Hermione qui s'était fracassé le crâne contre un mur de pierres?
- Pardon, murmura Hermione avant de se lever pour aller consulter l'infirmière.
Elle se sauva finalement aussi vite qu'elle le put, prenant la direction de son dortoir, un sourire joyeux accroché au visage.
- Ça ne va pas, mademoiselle Jenkins? demanda Dumbledore avec un air soucieux.
- Mis à part ma tête qui veut exploser, tout va à la perfection! répondit cyniquement la brunette.
L'air préoccupé du vieux directeur s'accentua. Il fixait étrangement Èva.
- Puis-je me retirer ou désirez-vous continuer à m'épier comme si j'étais une vulgaire statue? demanda la jeune femme, inhabituellement hargneuse.
Dumbledore sursauta avant de se reprendre et de lui accorder un sourire serein.
- Oh, pardon! Je ne voulais pas être malpoli. Bien sûr, vous pouvez y aller. S'il y a un quelconque problème, n'hésitez pas à venir m'en parler.
Èva s'enveloppa dans le drap blanc de son lit avant de prendre la direction de la salle de bain juxtaposée à l'infirmerie après un « hum » sec à l'attention du directeur.
Alors que la jeune vampire disparaissait derrière la porte, Remus vint rejoindre Dumbledore.
- Tout va bien? demanda-t-il, alarmé.
- Oh oui, ne vous inquiétez pas, mon cher Remus. Simplement un effet secondaire du traitement. Les changements semblent l'atteindre plus que je ne l'aurais cru, c'est tout. Rien d'inquiétant, finit-il avec un sourire rassurant.
- J'espère que vous avez raison, soupira le loup-garou.
Les deux hommes quittèrent finalement l'infirmerie, sous le regard désapprobateur de madame Pomfresh.
Cette dernière secoua la tête. Pauvre enfant! Comme si elle avait besoin de cela en plus!
- Enfin, Dumbledore doit savoir ce qu'il fait, murmura-t-elle pour elle-même.
Alors que la vieille infirmière retournait vaquer à ses occupations, Èva, de son côté, entrait rageusement dans la douche de l'infirmerie.
Elle serra les dents lorsque l'eau bouillante coula dans son dos. Elle s'en fichait bien de la douleur. Elle voulait que sa peau soit tellement ébouillantée qu'elle ne la sente plus pour ainsi pouvoir oublier son corps ne serait-ce que quelques minutes.
Que lui arrivait-il donc? Ce n'était pas dans son habitude d'être d'une humeur aussi massacrante!
Peut-être était-ce à cause de Dumbledore? Il lui avait semblé étrange tout à l'heure lorsqu'il l'avait fixée. Et d'après ce que les souvenirs de Severus lui avaient appris, Dumbledore avait un fort penchant pour fourrer son nez partout et particulièrement dans les affaires qui ne le regardaient pas.
Ou peut-être était-ce cela… Severus. Elle savait qu'il n'était pas loin, mais elle ne savait pas où. De plus, elle ne sentait pas sa présence, ce qui était inhabituel. Et, elle devait l'avouer, elle avait autant envie de le revoir et de le prendre dans ses bras qu'elle redoutait leur prochaine rencontre.
Ce ne fut que lorsque l'eau commença à devenir tiède qu'Èva consentit à sortir de la douche.
Elle enfila un peignoir et fixa son reflet dans le miroir. Décidément, elle n'était plus elle-même, il y avait quelque chose qui n'allait pas. Et elle savait quoi : elle avait l'impression d'être incomplète. Autant son frère lui manquait, autant elle avait besoin de Severus.
- Cette relation n'est pas saine, je te l'avais dit ma fille! lui dit son reflet.
Èva sursauta, car elle n'avait rien dit.
- Oh, ne fait pas comme si tu ne m'avais jamais entendu parler! s'indigna son reflet.
- Qu… quoi? balbutia Èva.
- Je suis ta conscience, voyons! expliqua son reflet avec un grand sourire.
- Oh mon Dieu, je deviens folle!
Èva quitta précipitamment la salle de bain.
Elle allait quitter l'infirmerie lorsque madame Pomfresh l'interpella.
- Où allez-vous comme cela, jeune fille? demanda-t-elle en désignant le peignoir qu'Èva portait.
- J'allais dans mes quartiers pour me changer, ça vous pose un problème? demanda sèchement l'interpellée.
- Non, dit l'infirmière en plissant les yeux. Mais revenez me voir ce soir pour que je change vos pansements.
- Ouais, répondit distraitement Èva qui avait déjà pris la direction de sa chambre.
- Monsieur, avec tout le respect que je vous dois, je crois qu'il s'agissait d'une mauvaise idée! Elle n'est plus elle-même depuis quelques jours. Arrêtez le traitement avant que les effets secondaires ne deviennent permanents!
- Je comprends parfaitement vos inquiétudes, Pompom. Malheureusement, je ne peux pas me permettre d'interrompre le traitement. Encore quelques jours et tout sera terminé. Croyez-moi, c'est mieux ainsi… pour tout le monde!
L'infirmière soupira.
- J'espère que vous avez raison!
- Oui, plusieurs personnes m'ont dit la même chose, répondit Dumbledore avec un sourire fatigué.
Après un dernier regard pour la vieille dame inquiète, l'homme à la longue barbe blanche quitta l'infirmerie et emprunta un interminable escalier descendant.
En chemin, il croisa Remus.
- Où est-elle? demanda le loup-garou.
- Toujours enfermée dans ses quartiers. Elle n'en sort que pour aller chercher divers ouvrages à la bibliothèque.
- Elle ne mange pas?
- Très peu, répondit le vieux directeur avec un air navré. Dobby tente de la convaincre de se rassasier, mais elle n'écoute rien. Elle ressemble de plus en plus à Severus!
- Hum…, répondit Lupin avec un air pensif. Vous allez le voir? demanda-t-il en reportant son attention sur l'homme en face de lui.
- C'est exact.
- Il n'y a pas beaucoup de changement pour le moment. Il faudrait peut-être augmenter les doses, le traitement n'a plus l'air très efficace.
- Les doses sont déjà très fortes, soupira Dumbledore, qui semblait vieux et fatigué à ce moment.
- L'esprit de Severus est fort, lui aussi, dit Lupin pour tenter de le rassurer.
- Il est surtout très bien entraîné.
- Si seulement il voulait coopérer…
- Consciemment, il le veut, mais inconsciemment…
Le vieil homme ne put finir sa phrase, car il fut interrompu par un cri provenant des cachots.
Les deux hommes coururent vers le lieu d'origine de ce hurlement.
- Si seulement son inconscient, lui, voulait bien nous aider, maugréa Remus.
- Son côté vampirique est puissant. Imaginez-vous, si on voulait vous séparer de votre âme sœur.
- Ouais… Le loup serait très… en colère, consentit Remus, entre deux inspirations saccadées.
Après quelques minutes de course dans les corridors, ils arrivèrent finalement à la chambre où Severus était…
- Prisonnier! Libérez-moi immédiatement! vociféra le vampire hors de lui.
- Severus, calmez-vous. Reprenez le dessus. Vous savez que c'est pour votre bien et celui de toutes les personnes habitant Poudlard, tenta Dumbledore pour le raisonner.
- Pauvres petites coquerelles humaines! Vous n'êtes que de misérables insectes qu'il me fera un plaisir d'écraser lorsque je sortirai d'ici, hurla le vampire en assenant un coup de poing dans une barrière magique semblable à un dôme bleuté qui entourait la chambre où il était détenu.
C'était le seul moyen de le retenir. Cette barrière court-circuitait autant ses pouvoirs de sorcier que ceux de vampire.
- Je veux la voir! Vous ne me l'enlèverez pas!
- Elle ne veut plus vous voir, Severus, car vous êtes redevenu un monstre sanguinaire et sans pitié. Si vous ne vous maîtrisez pas, vous ne la reverrez jamais! répliqua Dumbledore d'un ton dur.
Les yeux de Rogue oscillèrent de rouge à noir. Il cligna plusieurs fois des paupières.
Voyant qu'il s'était un peu calmé, le directeur sortit sa baguette et se tailla une porte dans le bouclier magique. Il entra et fit apparaître une potion fumante.
- Buvez cela, je vous en prie Severus.
Semblant lutté contre lui-même, Rogue but difficilement la potion.
- Faut… doses… plus fortes, réussit-il à articuler avant de se diriger vers sa paillasse où il s'allongea avant de sombrer dans un sommeil agité.
Dumbledore soupira, exténué, alors que Remus, lui, soupirait de soulagement. Il devenait de plus en plus difficile de contrôler le vampire en Severus. Il se battait farouchement.
Le vieux directeur sortit de la chambre improvisée de son professeur et reforma la protection magique derrière lui.
- Je vais augmenter les doses, conclut-il.
- Alors je vais surveiller Èva de plus près.
Après un hochement de tête en signe d'acceptation, les deux hommes remontèrent lentement vers la Grande Salle. Un silence absolu régnait dans les donjons. Étrange contraste avec les cris furieux que Rogue poussait à peine quelques minutes plus tôt.
Remus lança un regard en coin à Dumbledore. Ce dernier semblait complètement vidé de son énergie. Même ses yeux bleus ne pétillaient plus. Il fallait régler cette histoire au plus tôt.
Plusieurs semaines passèrent ainsi.
Draco était toujours aussi bizarre avec Harry. Il semblait aussi rechercher la présence du Survivant, car peu importe où Harry se trouvait, le Serpentard n'était jamais bien loin. Hermione ne cessait de lui répéter de faire un pas vers Malfoy. Ce à quoi Harry répondait que, elle, elle devrait en faire un vers Remus… ce qui avait le don de faire taire la jeune femme.
Par un étrange concours de circonstances, Ron s'était retrouvé en couple avec Luna. Cet insolite duo avait surpris bon nombre d'étudiants. Mais, d'après Hermione, c'était logique. En effet, Luna était toujours dans son monde et Ron n'était pas toujours très terre-à-terre. Donc, ils se complétaient. Logique implacable typiquement Hermionesque.
Severus, qui semblait avoir totalement disparu après l'incident du cours de potions avec les sixièmes années de Serpentard et de Griffondor, avait temporairement été remplacé par un dénommé Slughorn.
Dumbledore ne faisait plus que quelques rares apparitions lors des repas. Il semblait de plus en plus fatigué et Harry le soupçonnait même de prendre des potions revigorantes.
Remus aussi avait les traits tirés. Il était même parfois distrait lorsqu'il donnait ses cours, se trompant quelques fois dans ses explications. Son étrange comportement inquiétait Hermione.
Quant à l'assistante de la bibliothécaire, Èva, elle semblait pratiquement avoir abandonné son emploi. Elle était souvent dans la bibliothèque, mais elle passait le plus clair de son temps le nez dans les bouquins plutôt qu'à aider madame Pince. Cette dernière ne savait plus si elle devait en être mécontente, car elle perdait une aide précieuse, ou en être heureuse, car elle était débarrassée de cette intruse. Bref, Èva partageait son temps entre la bibliothèque, ses quartiers et la volière. De toute façon, peu de personnes recherchaient sa présence, car son humeur meurtrière ne la quittait pour ainsi dire jamais.
Les vacances de Noël approchaient déjà à grands pas et l'enquête des cinq Griffondors n'avançait guère. Tout le monde refusait de leur dire ce qui se passait. Hermione avait au moins appris qu'Èva était une vampire et, par la même occasion, que leur plus détesté professeur l'était aussi et qu'ils ne l'avaient jamais su en six ans de fréquentation scolaire à Poudlard!
C'est donc pour avoir plus d'informations que le trio d'enfer prit la direction de la cabane de leur ami Hagrid.
Dehors, une autre chute de neige venait rajouter une couche de blanc au décor déjà glacé.
Les trois adolescents serrèrent leur cape autour d'eux et accélérèrent le pas.
Lorsque, finalement, ils arrivèrent, ils furent accueillis par les aboiements joyeux de Crockdur.
- Ah, les enfants, bonsoir! Entrez, entrez, les invita Hagrid de sa voix tonitruante. Quel bon vent vous amène?
- On trouvait qu'on ne vous avait pas beaucoup vu depuis le début de l'année, alors nous avons décidé de venir vous faire une petite visite, expliqua innocemment Hermione.
- Oh! C'est tellement, tellement gentil, répliqua le demi-géant d'une voix enrouée par l'émotion.
Hagrid se racla la gorge.
- Laissez-moi vous offrir quelque chose à boire! s'empressa alors leur ami.
Hagrid déposa devant chacun des trois adolescents une chope d'hydromel de la taille d'un pichet de bière, puis mit au centre de la table une assiette de biscuits.
Pendant que Harry caressait Crockdur derrière les oreilles, le molosse bavant allègrement sur la robe de sorcier du brun, Ron se précipita sur l'assiette de pâtisseries. Cependant, lorsqu'il vint pour croquer le biscuit, il faillit se casser une dent tellement il était dur.
- Huuumm, c'est délicieux, dit le rouquin sur un ton incertain. Je vais en emmener un pour le chemin, continua-t-il en fourrant son biscuit dans la poche de son uniforme.
- Mais oui, bien sûr! Servez-vous, voyons, dit le demi-géant en poussant l'assiette vers Harry et Hermione. Parlez-moi un peu de votre année, comment ça se passe? continua-t-il après s'être assuré que les deux jeunes sorciers avaient rempli leurs poches de biscuits.
Ils discutèrent ainsi près d'une heure. Les trois amis s'assuraient que le verre de Hagrid était toujours plein.
- Mais le professeur Rogue semble avoir disparu, glissa tout à coup Hermione sur un ton désinvolte.
- Mais non, il a pas disparu. Dumbledore… un grand homme Dumbledore, hein? enchaîna Hagrid.
- Oui, vous avez entièrement raison, répliqua Harry. Mais pour Rogue, que disiez-vous?
- Oh oui, le professeur Rogue! Ouais, il est dans les cachots de l'école. Dumbledore s'occupe de le soigner, son côté vampire est comme devenu fou.
Un hoquet suivit l'explication du demi-géant.
- Fou? À cause de quoi? demanda soudainement Ron.
Hermione le regarda avec de gros yeux. Il fallait être plus subtile!
- Oh non, j'en ai trop dit… trop dit, marmonna Hagrid dans sa barbe.
- Mais non, voyons, tenta Hermione pour rattraper le coup. Nous ne savons rien, nous ne comprenons même pas.
- Pourtant, c'est simple, enchaîna Hagrid, toujours heureux de pouvoir expliquer quelque chose à ses élèves. Il est fou amoureux de la fille qu'il a mordue là… euh…
- Miss Jenkins, enchaîna Hermione pour son ami.
- Ouais, exactement, miss Pumkins, dit Hagrid en pointant Hermione en chancelant. Bien elle a fait ressortir le côté vampire, et donc animal, du professeur Rogue et c'est pourquoi Dumbledore empêche le professeur Rogue de la voir, pour qu'il se calme, mais ça le rend encore plus fou. Mais Dumbledore s'occupe de lui… un grand homme Dumbledore! Moi aussi il m'a beaucoup aidé… Hum, oui, enfin… et il suit un traitement le professeur Rogue.
- Quel genre de traitement? demanda doucement Harry, si bas qu'il chuchotait presque.
Hagrid se mit alors une main sur la bouche en secouant la tête de gauche à droite. Il passa sa main sur ses yeux et son front avant de poursuivre.
- Non, j'en ai vraiment trop dit! Et le couvre-feu est passé depuis longtemps. Allez, ouste, dans vos dortoirs vous et nous n'avons jamais eu cette conversation, dit Hagrid dans un dernier élan de lucidité.
Les trois adolescents décidèrent finalement d'obtempérer. Ils en avaient déjà appris beaucoup, il ne leur restait que quelques lacunes à combler.
Ils avaient à peine eu le temps de mettre la cape d'invisibilité sur eux que Hagrid ronflait déjà bruyamment.
Néanmoins, en chemin pour leur salle commune, ils se promirent d'enquêter encore un peu avant les vacances.
