Disclaimer : Les lieux, les personnages, les termes magiques et l'histoire d'Harry Potter appartiennent à J. K. Rowling et je ne fais que les emprunter en ajoutant quelques détails de mon cru pour, je l'espère, pouvoir divertir les lecteurs. Qui plus est, je ne tire aucun profit de cet emprunt.
Résumé : Qu'arriverait-il si un vampire perdait le contrôle? Et qu'arriverait-il si le prédateur en question n'était nul autre que Severus Rogue et sa proie une simple Moldue? Venez le découvrir!
Note de l'auteure : Vraiment, je suis désolée de mon retard!! Disons que j'ai une mémoire de poisson rouge... hum.. sans commentaire... Bon, au lieu de rire, lisez plutôt le chapitre:P
Chapitre 10 : Les vacances de Noël
L'excitation était à son comble au château. Les vacances débutaient dans deux jours et tout le monde s'affairait pour préparer leurs bagages, acheter des cadeaux de dernière minute ou pour étudier pour les examens de mi-année qui auraient lieu le lendemain.
Ron et Luna paressaient devant un feu dans leur salle commune étroitement collé l'un à l'autre, lorsque le tableau de la Grosse Dame bascula subitement.
Hermione pénétra rapidement dans la salle les bras chargés d'une pile impressionnante de livres. Elle lança un regard mauvais au dos du tableau avant de lui tirer la langue comme une enfant de dix ans, même si la Grosse Dame ne pouvait la voir.
- Ça va, 'Mione? demanda Ron en arquant un sourcil amusé. Je déteins sur toi?
Hermione laissa tomber ses bouquins sur un bureau de travail avant de se retourner vers son ami, les poings sur les hanches.
- Oh, n'en rajoute pas, Ronald! Cette stupide mégère refusait de me laisser entrer en prétendant qu'elle n'entendait rien de ce que je hurlais derrière mes livres! Comme si j'avais du temps à perdre, je dois réviser! Et vous devriez faire pareil, conclut-elle en se retournant pour aller chercher un livre sur les potions.
- M'ouais…, dit distraitement le rouquin.
Hermione lui lança un regard mauvais comme celui qu'elle avait lancé au tableau quelques instants plus tôt.
- C'est bon, 'Mione, on a déjà tout étudié deux fois! se plaignit Ron.
- Alors, rendez-vous utile!
- Utile? demanda alors Luna en se joignant finalement à la conversation.
- Oui, utiles! Comme en essayant de découvrir quel traitement le professeur Rogue subit. Je crois que Harry est allé voir Remus, marmonna-t-elle pour conclure.
- Alors quoi, tu n'as pas le courage d'aller questionner ton beau Mumus? se moqua Ron en se dirigeant vers la porte, Luna sur les talons.
Pour toute réponse, Ron reçut un cousin en pleine figure.
C'est donc hilare qu'il se retrouva dans le corridor.
- Tu sais que tu es mignon quand tu souris? lui demanda Luna.
- Je suis toujours mignon, répliqua son petit ami avant de s'emparer de ses lèvres. Viens, allons retrouver Harry.
Le couple partit donc à la recherche du Survivant à travers de nombreux corridors.
Ils évitèrent de justesse Peeves qui s'amusait à tourmenter Miss Teigne avant de trouver le brun qui courait presque derrière leur professeur de Défenses Contre les Forces du Mal.
- Harry, je t'en prie, cesse d'insister. Je ne peux rien te dire, sinon tu sais très bien que je t'en aurais déjà parlé.
- Mais, Remus, vous savez bien que ça nous concerne tous! Nous avons le droit de savoir.
Lupin lança un regard fatigué à Harry, avant de le poser sur Ron et Luna qui étaient restés en retrait.
- Je ne parlerai pas. Si vous avez quelque chose à demander, ce n'est pas à moi qu'il faut le faire.
Tout en parlant, Remus avait continué d'avancer et les trois adolescents avaient continué de le suivre. Chemin faisant, le quatuor était arrivé devant le tableau représentant un griffon.
Remus demanda à parler à Èva. L'animal disparu de nombreuses minutes avant de revenir avec un air qui signifiait « faites attention à vous! ».
Le tableau bascula alors et les quatre amis découvrirent la jeune vampire dans un piètre état. Elle ne prenait apparemment plus soin de son image. Elle portait un pyjama trop large, ses cheveux étaient tout emmêlés et elle avait de larges cernes sous les yeux.
La brunette prit appuie sur le chambranle de la porte et attendit avec un air qui voulait dire « quoi? Vous ne voyez pas que vous me dérangez ! ».
- Hum…, débuta Remus. Dumbledore voudrait vous voir dans son bureau.
- Il n'est pas capable de faire ses messages lui-même? demanda sèchement Èva. Le vieux n'est même plus apte à traîner sa carcasse jusqu'ici?
Les trois adolescents étaient médusés. Elle parlait vraiment de Dumbledore là? Il y avait vraiment quelque chose d'anormal qui se passait ici! Elle parlait d'Albus Dumbledore! Le sorcier le plus respecté dans le monde magique. De plus, Èva leur avait semblé polie et timide lorsqu'ils l'avaient rencontré la première fois avec Remus.
Ce dernier soupira.
- Èva, je vous en prie, ne rendez pas la situation encore plus difficile qu'elle ne l'est déjà.
- Je vous ferais remarquer, monsieur Lupin, que c'est vous qui êtes venu m'importuner!
- Soyez à son bureau dans dix minutes, conclut le lycanthrope en tournant les talons, trop fatigué pour continuer un dialogue de sourds.
Les trois amis décidèrent de ne pas s'attarder dans les parages et suivirent Remus.
- Ne me posez pas de questions, intima ce dernier en se massant les tempes.
Luna lança un dernier regard à la jeune femme et lut le doute dans ses prunelles.
En effet, à ce moment précis, Èva se demandait si le directeur ne voulait pas lui parler de Severus.
Elle prit donc la décision d'accéder à la demande de Dumbledore.
Elle enfila les vêtements moulants de cuir qu'elle avait volés lors de sa première transformation, brossa ses boucles brunes pour être présentable et se téléporta sans cérémonie dans le bureau du directeur.
Ce dernier semblait l'attendre patiemment, confortablement calé au fond de son siège, les mains croisées sur son bureau.
- Miss Jenkins, j'espérais bien que vous viendriez.
- Dites plutôt que vous le saviez. Bon, qu'est-ce que vous me voulez, j'ai pas toute la journée, moi!
- Bien sûr. Si vous voulez bien vous asseoir. Un peu de thé?
- Allez droit au but, vous me faites perdre mon temps.
« Vieux croûton! », pensa Èva.
Un sourire fatigué vint alors étirer les minces lèvres du vieux directeur, ce qui accentua certaines de ses rides.
- Comme vous le savez, les vacances de Noël arrivent à grands pas.
- Hum, répondit sèchement Èva. Et alors?
- Vous ne pouvez pas encore rentrer chez vous et vous savez d'ailleurs pourquoi, continua Albus en faisant allusion à sa condition de vampire immature.
- M'en fiche, dit distraitement Èva en fixant le Phénix.
- Et je ne peux vous garder au château, car vous demandez trop de surveillance en ce moment.
Èva braqua alors un regard perçant sur le directeur.
- Ça veut dire que vous me mettez à la porte, ça?
La jeune vampire ne pensa même pas à démentir l'affirmation du sorcier. Sa conscience savait pertinemment qu'elle n'était plus elle-même depuis la disparition de Severus, mais elle repoussait sans cesse cette petite voix au plus profond de son esprit.
- Non, bien sûr que non, assura Dumbledore. Cela signifie simplement que je vous ai trouvé un endroit où passer les vacances.
- Avec une baby-sitter, je présume, répliqua amèrement la brunette.
- Simplement pour assurer votre sécurité, bien sûr.
- Évidemment, enchaîna-t-elle sarcastiquement.
- Venez me rejoindre demain vers deux heures de l'après-midi, je vous y emmènerai.
- À vos ordres, cingla Èva avant de disparaître.
Èva se dirigea directement dans ses appartements.
Comment Dumbledore allait-il réussir à l'envoyer dans cet endroit sans y emmener Severus aussi? Car, elle le savait, le vieux sorcier désirait les séparer.
Èva avait bien trouvé un moyen de briser cette « laisse magique », mais cela supposait qu'il faudrait tuer son procréateur ou, en d'autres termes, Rogue.
Dumbledore n'aurait jamais osé… n'est-ce pas?
Apeurée à cette idée, la jeune vampire ouvrit ses sens dans une énième tentative pour repérer le vampire qui l'avait engendré.
Elle fut surprise de sentir sa présence, quoique peu distincte parmi celles des autres personnes peuplant le château.
Il était donc toujours à Poudlard. Mais où?
Avant qu'Èva ne puisse affiner sa recherche, ses sens se refermèrent brutalement contre sa volonté. Elle fut douloureusement projetée contre son lit.
- Tu vas me le payer, Rogue, grogna-t-elle en se massant la nuque.
Elle était au moins certaine qu'il était toujours en vie et pas très loin. Elle trouverait sans doute le moyen de le localiser d'une autre manière.
Cette découverte lui redonna un peu de l'énergie qu'elle avait perdue depuis de nombreuses semaines et la jeune femme se découvrit un appétit d'ogre ignoré depuis trop longtemps. Elle décida donc d'aller faire un tour dans les cuisines.
Les elfes de maison l'amusèrent pour une fois avec leur empressement. Avant, ils l'oppressaient et elle avait l'impression qu'ils envahissaient sa bulle, mais aujourd'hui était un jour différent.
Elle avait maintenant la confirmation qu'elle avait besoin de Severus pour maintenir son équilibre.
Mais pourquoi refusait-il de la voir. Il devait bien sentir qu'elle était perdue! Était-ce à cause de leur dernier accrochage? Avait-il peur qu'elle ne lui pardonne pas?
- Merde! Et moi qui pars demain!
Les elfes de maison se tournèrent vers elle en pensant qu'elle leur parlait, mais ne comprenant pas ce qu'ils avaient fait de mal pour provoquer le mécontentement de la jeune femme.
Après s'être empiffrée, Èva sortit rapidement des cuisines sous les regards interrogateurs des elfes de maison.
La jeune femme se donna comme mission de fouiller chaque recoin de ce stupide château dans le but de retrouver Severus. Cependant, elle n'aurait jamais cru que cette école pouvait être aussi vaste!
Il était déjà une heure du matin passée et elle n'avait même pas parcouru plus du tiers du château!
- J'en ai marre de cette foutue chatte qui me suit partout, maugréa-t-elle pour elle-même avant de se retourner pour faire face à Miss Teigne. Toi, tu retournes gentiment voir ton maître ou je te mords et on retrouvera ton cadavre vidé de son sang seulement dans trois cents ans!
Le félin sembla analyser la situation et préféra finalement faire demi-tour, sans doute pour aller avertir son maître, monsieur Rusard, que quelqu'un traînait dans les corridors bien après le couvre-feu.
Épuisée, Èva préféra utiliser ses dernières forces pour se téléporter dans sa chambre de bain personnelle pour aller se laver avant d'aller se réfugier dans son lit pour quelques heures de sommeil bien méritées.
Le lendemain, Èva ne se réveilla que vers midi.
Elle fronça les sourcils avant de tendre l'oreille vers les bruits qui l'avaient réveillée.
Aucun doute possible, il s'agissait du brouhaha des étudiants. D'après ce qu'elle entendait, certains parlaient des plans pour leurs vacances, d'autres de leurs impressions sur les examens.
La jeune femme leva les yeux vers l'ancienne horloge qui avait été mise dans sa chambre et y découvrit l'heure tardive.
Èva pesta contre elle-même, car elle n'aurait pas le temps de fouiller un peu plus le château avant de devoir aller rejoindre Dumbledore.
Son humeur massacrante l'ayant retrouvée, elle se leva en rejetant les couvertures d'un geste rageur.
- Dobby! hurla-t-elle.
Le petit elfe de maison fit son apparition dans la pièce après un très léger « pop », comme s'il essayait de se faire le plus discret possible. Avec le temps, il avait appris à irriter le moins possible le caractère susceptible de la jeune vampire, mais il redoutait sans cesse ses excès de colère.
- Vous avez appelé Dobby, miss?
- Quel sens de l'observation! Cesse de dire des banalités et dis-moi où est Severus! ordonna son interlocutrice.
L'elfe se mit à tortiller nerveusement la taie d'oreiller qui lui faisait office de vêtement.
- Dobby n'est pas autorisé à le dire, miss. Dobby est désolé, miss, s'empressa d'ajouter la frêle créature face à l'air furieux d'Èva.
- Tu vas parler!
- Dobby doit y aller, miss!
Sur ce, l'elfe disparut alors qu'Èva se lançait sur lui. Elle ne rencontra que l'air et s'étala de tout son long sur le sol.
- Sale bestiole! cracha-t-elle, la mâchoire serrée.
Rageusement, elle se releva et épousseta son pyjama à fleurs.
Le tapage dans le couloir l'irritait de plus en plus.
- Vous ne pouvez pas faire moins de bruit, non! Il y a des gens qui essaient de dormir ici! hurla-t-elle.
Ce qu'elle ignorait c'est que sa chambre avait été insonorisée de l'intérieur. Précaution nécessaire vu les crises de rage qui prenaient pratiquement quotidiennement la jeune femme depuis quelques semaines.
Èva se jeta sur son lit et mit son oreiller sur sa tête.
Après de nombreuses et vaines minutes, elle se retourna sur le dos et fixa le plafond de sa chambre.
Elle devait se résigner à partir pour les deux longues semaines des vacances de Noël.
Mais quand reverrait-elle Severus?
- T'es mieux de penser à moi! C'est de ta faute si je suis dans ce pétrin.
Après un grognement face à sa mauvaise habitude de se parler toute seule, Èva se leva et s'habilla rapidement de sa petite robe soleil qu'elle portait le jour où Severus l'avait mordue.
Elle rassembla ensuite toutes ses affaires dans la malle que madame Pomfresh lui avait offerte, ce qui se résumait à bien peu de choses.
Finalement, elle prit la direction de la volière pour écrire une lettre à son frère. Après tout, elle ignorait si elle pourrait écrire dans le lieu sécurisé et éloigné où Dumbledore l'envoyait. De toute façon, elle n'avait pas vraiment envie de recevoir à nouveau des lettres angoissées de son frère qui se demandait quelle était la cause de son changement de personnalité.
Le dernier arrêt avant le bureau du directeur fut les cuisines. Les elfes s'écartaient, craintifs, sur son chemin. Ils ne se montraient pas empressés pour une fois et Èva mit cela sur le compte de Dobby qui devait tout avoir rapporté de son comportement agressif du matin.
Elle chercher d'ailleurs la créature fautive des yeux, mais ne le trouva pas.
- Tant mieux pour lui, murmura-t-elle pour elle-même.
Après s'être sustentée, elle prit la direction de la gargouille. À pied, pour une fois, histoire de se changer les idées.
Enfin arrivée, elle fixa la statue qui la narguait de ses yeux immobiles.
- Écoute, je n'ai pas envie de jouer. Soit tu me laisses passer, soit je t'éclate la tête… à toi de choisir! dit-elle d'un ton morne.
L'animal de pierre ne se fit pas prier et exécuta immédiatement un pas sur le côté.
- On dit « merci Dumby », compléta Èva en jetant un regard vide à la gargouille.
La jeune vampire se laissa amener par l'escalier magique, ne faisant aucun effort. Arrivée en haut, elle eut au moins la décence de cogner avant d'ouvrir la lourde porte.
- Pile à l'heure, sourit le vieux directeur en jetant un regard à sa propre horloge.
- Pure coïncidence, répliqua Èva. En fait, je ne suis pas prête à partir, il me faut encore ma valise.
- Elle est déjà sur place, assura Dumbledore. Dobby s'en est chargé, à ma demande.
« C'est donc là qu'il était! Vaut mieux pour lui que je ne le croise pas en chemin. », pensa-t-elle alors.
- Bien, maintenant, si vous voulez bien, il est l'heure d'y aller. On vous attend, dit Albus en désignant la cheminée.
Èva connaissait ce moyen de transport si commun chez les sorciers. Les souvenirs de Severus lui en avaient fait part.
- Pourquoi je ne me téléporterais pas à la place?
- Premièrement parce que vous ne savez pas où vous allez et deuxièmement parce que c'est le seul moyen d'accéder à cette demeure. Elle est sécurisée, je vous le rappelle, sourit le directeur. Après votre passage, la cheminée sera temporairement condamnée.
- Vous ne venez pas?
- Ne vous en faites pas, j'ai toute confiance en votre gardien.
À ce rappel, la jeune femme se renfrogna en marmonnant un vague « je suis capable de m'occuper de moi toute seule ».
Puis elle prit une poignée de poudre verte dans une bourse de cuir que le vieux directeur lui tendait et la jeta dans le feu de l'âtre du bureau directionnel.
- Et où je vais? demanda Èva en contemplant les flammes devenues vertes, tout comme la poudre.
- Simplement au Manoir.
Èva fronça les sourcils. Un nom si peu évocateur était inhabituel.
Elle finit néanmoins par hausser les épaules et pénétra dans le feu émeraude qui répandit une douce chaleur dans son corps.
Elle donna la destination d'une voix forte et claire.
Puis, la jeune femme se mit alors à tournoyer à une vitesse phénoménale. Elle voyait défiler les décors flous des ouvertures des différents foyers devant lesquels elle passait sans s'arrêter.
Finalement, cette sensation s'apparentait à une téléportation.
Cependant, la jeune femme n'avait pas prévu de s'arrêter si subitement et elle s'effondra sur un tapis rude de couleur sombre.
Habituée à cette sensation de vertige, il ne lui fallut guère de temps pour reprendre ses esprits.
Èva se releva donc promptement et essuya la suie sur sa robe, puis effleura son genou que le tapis avait meurtri.
Somme toute, la pièce était sobre… et sombre! Tout était noir, sauf les pierres grises des murs, du plafond et du plancher. Qui pouvait donc avoir si mauvais goût?
- Très mauvais goût, chuchota la jeune femme pour elle-même en voyant dans un coin de la pièce un ours empaillé, figé dans une position qui se voulait effrayante.
Des bruits de pas la sortirent de sa contemplation. Tiens, son gardien osait se montrer le bout du nez!
Èva se rapprocha de la porte pour voir à quoi ressemblait son geôlier… et se figea sur place.
Non, c'était impossible. Non, non, non! Surtout pas lui, non!
Affolée, la jeune femme chercha un endroit où s'enfuir.
Cette rencontre, elle l'avait tant espérée. Mais pas ici, pas seule avec lui dans un endroit reculé. Si ce n'était pas lui qui la tuait, c'est elle qui l'égorgerait!
Ne trouvant d'autres solutions, Èva s'élança vers son très antipathique ami l'ours empaillé et se dissimula derrière lui.
Ce qu'il pouvait puer, ce carnivore-là!
Fronçant le nez, elle attendit patiemment… et stupidement dans son coin.
Rogue apparut presque aussitôt devant elle en la regardant comme si elle était folle, ni plus ni moins.
Prise au piège entre un mur, une bibliothèque, l'ursidé poilu et, bien entendu, le vampire, Èva manqua subitement d'air.
- Voulez-vous bien m'expliquer ce que vous faites là? demanda sèchement Rogue en la prenant pour une démente.
Èva le bouscula pour sortir de sa prison improvisée et prit plusieurs goulées d'air. Ouf! C'était moins une pour qu'elle s'évanouisse.
Severus se contenta de secouer la tête en se demandant ce qu'il avait bien pu faire à Merlin pour mériter un tel châtiment!
- Suivez-moi, je vais vous montrer vos appartements, dit-il en marchant sans attendre son invitée.
- Tiens, maintenant c'est « vous », marmonna sarcastiquement Èva.
- Quoi?
- Non, rien, répliqua la jeune femme en feignant de s'intéresser aux tableaux qui la pointaient en chuchotant entre eux sur son passage.
Le Manoir était vaste et Èva s'impatientait à parcourir des couloirs identiques et interminables.
- Quand est-ce qu'on arrive? demanda-t-elle comme une gamine.
Rogue ne lui accorda qu'un regard dégoûté, sans répondre.
La brunette lui tira puérilement la langue et faillit le percuter de plein fouet quand il s'arrêta devant un tableau démontrant deux harpies sur le point de s'entre-tuer.
- Charmant! dit Èva, sarcastique au possible.
- Tout à votre image, répliqua Severus du tact au tact.
La jeune vampire lui lança un regard assassin qu'il ignora à la perfection.
- Le mot de passe est cannelle…
- Encore!
Rogue fronça les sourcils, mais ne releva pas. Il ne se souvenait pas que le mot de passe des quartiers d'Èva, à Poudlard, était le même.
- Et toi, ta chambre elle est où? demanda innocemment la jeune femme.
- Je vous demande pardon?! s'étrangla Rogue avec un air scandalisé.
- Ça ne te dérangeait pas trop de m'avoir dans ta chambre avant… répliqua Èva en arquant un sourcil moqueur en se remémorant leurs bons moments.
- Quoi? Mais de quoi parlez-vous?! Vous êtes folle, ma parole! Je ne vous connais même pas!
Sur ce, Severus partit le plus vite qu'il put dans un tourbillonnement de robe.
Interdite, Èva le regarda disparaître au détour d'un couloir.
C'était donc cela! Lui, il avait réglé le problème comme ça! Il avait préféré la rayer de sa vie, comme si leur histoire n'avait jamais existé!
« Oh non, Severus Rogue, il est hors de question que tu t'en sortes comme ça! C'est la guerre que tu veux? Eh bien, tu l'auras, foi d'Èva Jenkins! »
Plus déterminée que jamais, la jeune femme pénétra dans ses appartements… c'était bien le terme! Elle avait une chambre à coucher, un salon et une salle de bain rien qu'à elle!
Cependant, elle n'y prêta guère d'attention. Elle se dirigea directement vers sa malle et en sortit les vêtements de cuir qu'elle avait volés lors de sa première transformation et qui avaient fait tant d'effet à Severus.
Elle sauta ensuite directement dans la douche et choisit soigneusement le shampooing et le savon à la senteur de lilas.
Puis, elle s'enroula prestement dans une serviette-éponge magique et coiffa ses boucles. Elle releva ses cheveux pour laisser libre accès à son cou, au cas où une bouche aimerait s'y perdre.
Comme touche finale, elle mit un léger maquillage mettant en valeur sa peau de porcelaine et ses yeux couleur saphir.
Satisfaite du résultat, elle enfila ses vêtements noirs et bourgogne qui formaient pratiquement une deuxième peau sur elle, puis regarda le petit cadran magique sur sa table de chevet.
Parfait, il était l'heure du souper. Elle aurait tout le loisir d'user de ses charmes sur Severus.
Elle sortit de sa chambre après un regard ennuyé aux deux harpies, puis se mit à la recherche de la salle à manger.
Elle se laissa porter par les effluves délicieux des plats chauds l'attendant patiemment et arriva rapidement dans la pièce où Severus avait déjà commencé à manger sans elle.
Elle referma la porte derrière elle en un claquement sec. Son geste eut l'effet escompté, car Severus daigna lever les yeux sur elle.
Èva le fixa alors droit dans les yeux avec un air lubrique accroché à son visage.
Rogue fronça légèrement les sourcils, si légèrement que seul un trait barrant son front montrait qu'il avait bougé un muscle.
La jeune femme quitta les prunelles couleur encre de Severus pour porter son regard vers la chaise qui l'attendait à l'autre bout de la table. Elle avança alors lentement, de la façon la plus féline qu'elle connaissait, sans même lancer une œillade au vampire. De toute façon, elle sentait son regard sur elle, elle savait qu'il la détaillait de la tête aux pieds.
Lorsqu'elle eut pris place, Èva replongea son regard dans celui de Rogue et elle put y lire le trouble.
Satisfaite de l'effet qu'elle avait sur lui, elle enchaîna avec une phrase qu'elle lui avait dite la première fois qu'ils avaient dîné en tête-à-tête, dans la salle d'entraînement.
- Alors, qu'y a-t-il au menu ce soir?
Severus plissa les yeux, semblant avoir noté lui aussi que cette phrase ne lui était pas étrangère.
- N'avez-vous pas des yeux pour le constater? répliqua-t-il cependant d'une voix froide en désignant les plats étalés devant elle.
Le sourire d'Èva se fit espiègle.
- Si, bien sûr, mais j'aime tellement entendre ta voix si… sensuelle, répliqua-t-elle en mettant un accent particulier sur le dernier mot.
Le visage de Severus se referma, comme une huître à qui on essayait de voler sa perle.
- Cessez votre petit jeu ou vous le regretterez, je vous le promets.
- Cesse ton petit jeu, Severus, car c'est toi qui es en train de le regretter! répliqua-t-elle en soutenant son regard assassin.
Le professeur de potions soupira, prit sa tasse de thé et se dirigea vers le petit salon juxtaposé à la salle à manger.
Èva grignota quelques légumes avant d'aller le rejoindre. Elle le retrouva perdu dans ses pensées, fixant le feu qui crépitait doucement dans l'âtre.
Dieu qu'il était beau comme cela, pensif, avec les flammes qui faisaient danser des ombres étranges sur son visage.
En faisant le moins de bruit possible, Èva se glissa derrière lui et vint lui chuchoter à l'oreille :
- J'adorais t'entendre dire que je te rendais fou… tu n'as quand même pas rayé ces doux moments de ta mémoire?
La jeune vampire sentit qu'il avait arrêté de respirer un instant. Elle sourit en pensant qu'elle avait eu la même réaction devant la gargouille du bureau du directeur, lorsque Severus était venu lui murmurer le mot de passe à l'oreille.
Il se retourna doucement. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et Èva espérait de tout cœur que Severus l'embrasserait.
Elle fut déçue et blessée lorsqu'il la repoussa loin de lui avant d'aller prendre place dans un fauteuil de cuir noir qui semblait des plus confortables.
Il déposa sa tasse sur la table en acajou située près du siège, puis il inspira longuement avant de braquer son regard froid sur Èva.
- Je ne sais pas d'où vous viennent ces scénarios farfelus et absurdes, mademoiselle, mais je peux vous assurer que nous ne nous sommes jamais rencontrés avant aujourd'hui. Et encore moins dans ma chambre ou dans mon lit, d'après ce que vous semblez insinué ! débita-t-il en augmentant sans cesse le volume de sa voix.
Rogue ferma les yeux et prit plusieurs inspirations. Lorsqu'il eut repris le contrôle de sa voix, il reprit son monologue.
- Sachez que vous êtes ici pour apprendre à contrôler vous pouvoirs vampiriques et pour aucune autre raison. Me suis-je bien fait comprendre?
Èva avait les larmes aux yeux, mais sous ce film d'eau salée, il y avait un regard blessé et furieux qui fixait Severus.
- Tu n'es qu'un monstre, Severus Rogue! C'est de ta faute si je suis ici, c'est de ta faute si je suis devenue une bête, c'est de ta faute si je t'aime! hurla-t-elle.
Ne pouvant retenir ses larmes plus longtemps, Èva préféra s'enfuir dans sa chambre. Elle se vautra dans son lit et laissa libre cour à sa détresse, sa douleur, sa colère et à ses sentiments.
Severus, resté figé après cette déclaration enflammée, semblait hésiter. Était-ce possible que quelqu'un l'aime? Non, cette fille l'avait bien dit, il était un monstre. Qui était-elle alors pour jouer avec ses sentiments ainsi? Il devait se protéger de cette gamine, elle semblait avoir un étrange pouvoir sur lui… Et il s'était promis que plus jamais personne n'aurait de pouvoir sur lui. Personne. Plus jamais.
D'un coup de baguette magique, il transforma son thé en scotch et vida sa tasse d'un trait. L'alcool… son fidèle ami, toujours là quand il le fallait! Il fit venir à lui la bouteille et se versa un autre verre.
Après avoir vidé trois tasses ainsi, il décida d'aller se coucher. Il faudrait qu'il évite le plus possible cette fille durant les semaines qu'elle serait chez lui. Il se jura de seulement la côtoyer lors de leurs séances d'entraînement.
Content de cette bonne résolution, Rogue enfila son pyjama et se lova sous ses couvertures de satin. Ignorant volontairement la détresse qui émanait de la jeune femme cachée à peine à quelques mètres de lui, il s'endormit dès que sa tête se posa sur son oreiller.
Qu'arrive-t-il? Que se passe-t-il? Est-ce trop évident? J'attends de vos nouvelles:)
