Disclaimer : Les lieux, les personnages, les termes magiques et l'histoire d'Harry Potter appartiennent à J. K. Rowling et je ne fais que les emprunter en ajoutant quelques détails de mon cru pour, je l'espère, pouvoir divertir les lecteurs. Qui plus est, je ne tire aucun profit de cet emprunt.

Résumé : Qu'arriverait-il si un vampire perdait le contrôle? Et qu'arriverait-il si le prédateur en question n'était nul autre que Severus Rogue et sa proie une simple Moldue? Venez le découvrir!

Note de l'auteure : Dites, est-ce que je suis pardonnée?? petits yeux de chaton dans Shrek


Chapitre 13 : Le but

Lorsque qu'Èva se rendit dans la salle à manger le lendemain matin, elle surprit Remus et Sirius en grande conversation. Cependant, ils y coupèrent court dès qu'ils la virent.

La jeune femme plissa les yeux.

- Quoi? demanda-t-elle en lançant un regard perçant à Lupin et en évitant soigneusement celui de Black.

- Oh, rien, mentit Sirius.

Très mal d'ailleurs, car Èva n'y crut pas un instant.

- Des trucs de pleine lune fort peu intéressants, renchérit Remus avec un petit sourire.

- Ah, dit Èva, toujours peu convaincue cependant.

La jeune femme tenta tout de même de se concentrer sur l'assiette d'omelette qui venait d'apparaître devant elle. Mais ce fut peine perdue.

Elle était persuadée que les deux amis parlaient d'elle et elle détestait être mise à l'écart. Et encore plus ces jours-ci, car elle était déjà cruellement séparée de Severus.

La vampire releva alors brusquement la tête.

- Où est situé le château de Voldemort? demanda-t-elle en tentant de contrôler sa voix.

Du coin de l'œil, Èva vit Sirius frissonner et détourner les yeux. Sentant la panique s'emparer d'elle, la brunette se tourna vers Remus dans l'espoir d'une réponse.

- En Transylvanie. Pourquoi? dit le lycanthrope.

Les yeux d'Èva s'agrandirent comme des soucoupes et son souffle devint irrégulier.

- Non, c'est impossible, c'est trop loin, dit-elle d'une voix étranglée.

- De quoi parles-tu? demanda Remus en fronçant les sourcils.

- Je ne peux pas m'éloigner de Severus. Comprends-tu ce que ça veut dire? cria la jeune vampire en sentant les larmes lui monter aux yeux.

- Non, je ne sais pas ce que ça signifie, répondit calmement Lupin.

- Si je peux être loin de Severus, ça ne signifie qu'une chose…

Èva ne put retenir ses larmes plus longtemps.

- Il… il est mort, bégaya-t-elle en s'effondrant.

L'animagus et le loup-garou se lancèrent un regard interloqué. Severus, mort? Impossible. Sinon, ils auraient déjà reçu un message de Dumbledore.

N'est-ce pas?

- Ne dis pas de bêtises, voyons! Èva, regarde-moi, intima Remus en se ressaisissant.

Il pensait à toute vitesse. Comment? Non, ça ne pouvait pas être possible.

Remus s'agenouilla en face de la jeune femme et la força à le regarder dans les yeux.

- Hier soir, tu as vu Severus.

- Mais il se faisait torturer!

La jeune femme marquait un point. Tant de choses avaient pu se passer durant les heures qui séparaient le moment présent de la vision de la vampire.

Mais il y avait pourtant toujours une incohérence dans l'esprit du lycanthrope. Il ne pouvait se résoudre à cette éventualité.

- Mais le lien qui vous unit est très puissant, enchaîna Lupin, imperturbable.

- Ça ne fait que plus mal, répliqua Èva dans un nouveau sanglot incontrôlable.

- Non, Èva, ce que je veux dire c'est que si Severus était réellement mort, tu ne l'aurais pas déduit comme ça. Tu l'aurais senti, expliqua finalement Remus. Tu le saurais du plus profond de ton âme.

Èva se calma alors un peu et envisagea la possibilité que Remus venait d'émettre.

Pouvait-elle toujours sentir le lien qui la reliait à l'homme qu'elle aimait?

Électrisée par l'espoir, la brunette ferma les yeux et se concentra en expirant tout l'air que contenaient ses poumons.

Elle réalisa alors que Remus avait raison.

« Il a toujours raison », constata-t-elle avec soulagement.

Èva aurait embrassé son ami si elle n'avait pas tremblé de tous ses membres.

Non, Severus n'était pas mort. Elle en était certaine maintenant. Elle arrivait même à sentir le lien qui les unissait, comme s'il était palpable.

Mais elle ne parvenait pas à atteindre l'esprit de Rogue. Il l'en empêchait. Étrange… Mais la jeune femme repoussa ses craintes au fond de son esprit, elle était trop soulagée pour se faire du mauvais sang à nouveau.

Comment avait-elle pu penser ne serait-ce qu'une minute que Severus l'avait abandonné?

- Mais alors, la seule autre possibilité, c'est… c'est que je ne sois plus une vampire immature!

- Après ce qu'on a vu hier, je n'ai aucun mal à le croire, intervint Sirius.

Èva baissa la tête et rougit jusqu'aux oreilles. Comment avait-elle pu se jeter ainsi sur Sirius? Elle avait trahi Severus!

- Le vampire en toi est à son apogée, mais tu n'arrives pas à le contrôler aussi bien que tu le devrais, continua Lupin.

- Mais ça, je m'en fiche! répliqua Èva en se relevant.

Une étrange lueur s'était allumée dans les yeux de la jeune femme, ce qui inquiéta le loup-garou.

- Èva, ne dit pas de bêtises, voyons, tu sais très bien que tu dois te contrôler, tenta-t-il de la raisonner.

- Mais ce ne sont pas des sottises, Remus! Avec mes pouvoirs au maximum de leur force, je pourrai libérer Severus en un tour de main. Je lui dois bien ça après ce que je lui ai fait.

Un sourire convaincu et fier fleurit alors sur les lèvres de la vampire.

- Il ne me reste plus qu'à le localiser.

- Èva, non. Tu dois rester au manoir! Pense à ce que l'on a dit hier : si Severus ne voulait pas que tu interviennes, c'était pour une bonne raison.

- Et il ne sera pas content de savoir que tu as désobéi, renchérit Sirius. De plus, si Dumbledore veut que tu restes caché ici, sache que ce n'est pas pour rien. Albus n'agit jamais à la légère.

- Severus laisse ses sentiments obscurcir son jugement. Je ne peux pas le laisser faire. Et cette stupide captivité, ce n'était que pour le temps de mon entraînement.

- Et justement, il n'est pas terminé, tenta à nouveau Remus pour la convaincre de calmer ses ardeurs.

- Mais je serai beaucoup plus efficace si j'agis d'instinct. Ce côté vampirique n'est pas une malédiction, comme tu le crois pour le loup en toi, Remus.

- Tu ne contrôles pas encore le vampire, Èva. Que feras-tu s'il prend le dessus?

- Eh bien tant mieux! Grâce à cette mutation vampirique qui coule dans mes veines, je suis au-dessus du commun des mortels.

- Non, Èva, je parlais de la soif. Si l'appétit du vampire se réveille, que feras-tu?

Le visage de la jeune femme se durcit et ses yeux se teintèrent de rouge sang.

- Ce sont tous des monstres, ils ne méritent que d'être assassinés.

La lueur meurtrière du regard de la jeune vampire glaça le sang de Sirius. Elle était prête à tout, même aux pires tueries. Elle n'avait qu'un but : Severus. Et rien, ni personne ne l'empêcherait de l'atteindre. Dans un sens, Black se sentit presque béni d'être enfermé dans le manoir de Rogue; ainsi, il n'aurait pas à se dresser devant la créature sanguinaire qu'était devenue Èva Jenkins.

La jeune femme lança un dernier regard bourgogne à ses deux amis et disparut dans un léger « pop ».

Èva n'était pas dupe. Elle savait qu'elle n'entrerait pas comme dans un moulin dans le château du pire Mage Noir de tous les temps.

En se téléportant en Transylvanie, la jeune femme espérait trouver des indices qui l'aideraient à accomplir la première partie de son plan.

Pendant un instant, son côté rationnel reprit le dessus : avait-elle seulement un plan?

Néanmoins, la vampire balaya ses pensées d'un geste de la main, comme on l'aurait fait pour chasser une vulgaire mouche.

Elle avait la force et l'effet de surprise de son côté. C'était amplement suffisant, conclut-elle.

Sentant une brise froide lui caresser les jambes, Èva jeta un regard à son accoutrement. Une simple nuisette. Pas tout à fait l'habillement requis pour une mission de combat.

Un sourire en coin s'accrocha au visage de la jeune femme. D'un claquement de doigts, elle échangea son minable pyjama pour sa tenue favorite : son ensemble de cuir.

Maintenant, elle était fin prête. Sa quête pouvait commencer.

Èva débuta son chemin en parcourant le petit village dans lequel elle avait atterri à la recherche d'un habitant à interroger.

Elle ne sentait même pas le froid mordant sur sa peau dénudée. Elle était trop pressée pour s'arrêter à ces futiles notions mortelles.

Elle arriva finalement au cœur de la localité après quelques minutes de marche rapide. Elle constata alors que le peu de villageois présents s'éloignaient sur son passage, la regardant avec curiosité et peur.

Elle supposa donc qu'elle était de nouveau transformée. Cette condition lui semblait désormais tout à fait normale. La jeune femme ne pensa même pas à s'inquiéter de cette constatation.

S'arrêtant dans un endroit circulaire qui devait être le marché public, Èva prit son air le plus dur avant de lancer un regard glacial aux gens qui l'épiaient.

- J'exige des réponses et je ne suis guère disposée à attendre, ordonna-t-elle d'une voix puissante et confiante.

Un murmure d'incompréhension mêlé de peur s'éleva dans la foule.

Après de nombreuses tergiversations, un homme trapu vêtu d'épaisses fourrures finit par faire un pas en avant. Il donnait l'impression d'être sûr de lui, mais Èva sentait clairement sa peur irradiée de lui par vagues successives. Un autre inconscient qui tentait de jouer les héros.

- Que voulez-vous, vampire?

« Pathétique », pensa la jeune femme. Comme s'il pouvait ne serait-ce que l'intimider.

Elle se tourna entièrement vers lui et lui fit un sourire mielleux.

- Je désire connaître l'emplacement du refuge de Lord Voldemort, énonça-t-elle en haussant un sourcil, anticipant leur réaction.

Comme elle s'en doutait, les conversations outrées et apeurées reprirent de plus belle.

Leur héros local vacilla et recula d'un pas.

Personne ici ne désirait entendre parler du Seigneur des Ténèbres, c'était clair comme de l'eau de roche. Cependant, ce n'était absolument pas cela qui allait faire reculer la jeune femme.

- Jamais entendu parlé, dit l'homme aux fourrures. Quittez ces lieux, vampire, vous n'êtes pas la bienvenue.

Èva éclata d'un rire cristallin qui fit taire les derniers murmures. Elle sentait la nervosité de l'inconnu. Il appréhendait.

Et il recevrait ce qu'il méritait.

- Mes amis, interpella-t-elle en s'adressant à l'auditoire, j'ai toute l'éternité devant moi. Désirez-vous vraiment que je vienne vous tourmenter? Vous, vos enfants, vos petits-enfants et ainsi de suite… jusqu'à la fin des temps!

La jeune femme marqua une pause, laissant ainsi le temps à chaque mortel de se rendre compte de la gravité de sa menace.

- Cette colère n'est pas dirigée contre vous. Mais ne l'exacerber pas, car sinon, vous en payerez le prix. Donnez-moi ce que je recherche et je vous laisserai en paix.

- Quelle garantie avons-nous? osa demandé l'incongru héros.

En un quart d'une seconde, Èva se trouvait à quelques centimètres du visage de l'homme, le menaçant de ses crocs et crachant contre lui. L'inconnu eut un mouvement de recul.

- Oserais-tu mettre en doute la parole d'un immortel? demanda-t-elle d'un ton inquiétant. Crois-tu seulement pouvoir t'élever aux niveaux de conscience et de responsabilités auxquels sont confrontés les êtres bénis comme moi?

- Je… euh… non, bégaya pitoyablement l'homme pétrifié de peur.

- Le château est situé en haut de la plus haute montagne. La plus pointue, au nord d'ici. En apparence, il s'agit d'un mont ordinaire, mais il n'en est rien, intervint une femme en saisissant le bras de l'inconnu.

Èva eut une moue dégoûtée. Qu'est-ce que l'amour pouvait engendré comme actes stupides! Intérieurement, la jeune vampire rit d'elle-même. Elle aussi était pathétique, autant que cette femme.

Néanmoins, Èva se força à se détendre et s'éloigna du couple. Elle prit un air angélique et sourit fièrement aux villageois.

- Cette information me semble parfaite. Retournez vaquer tranquillement à vos vaines occupations. Vous n'entendrez plus jamais parler de moi, assura la jeune vampire.

De toute façon, la jeune femme n'avait aucune envie de revenir traîner dans un coin aussi hostile. En effet, si ce n'était de Severus, la vampire serait sans aucun doute partie sur-le-champ vers une luxurieuse chambre d'hôtel pour boire un excellent champagne tout en se prélassant sur une plage de sable blanc.

Mais voilà, il y avait Severus, alors Èva se força à retomber sur terre et, sous le regard médusé des habitants, elle se téléporta plus au nord, où elle sentait la plus grande concentration de magie.

Néanmoins, la jeune vampire était contente de l'effet qu'elle avait eu sur ces imbéciles de Nordiques. Un autre avantage de sa condition : elle impressionnait et effrayait. Ça lui plaisait bien d'avoir autant de contrôle sur les gens.

C'est donc muni d'un sourire indéchiffrable accroché au visage qu'elle débuta l'ascension de la montagne.

Peu lui importait la hauteur. Elle ne ressentait plus le froid, ni la fatigue. De plus, Èva avait catalogué sa raison au rang de relique.

La jeune femme s'écorchait les mains sur la roche glissante et tranchante, mais elle faisait aussi fi de la douleur physique. Elle ne se concentrait que sur son but ultime : sauver Severus. Elle n'avait que faire des détails encombrants qu'impliquait son besoin.

Èva profitant d'une pause pour souffler un peu et évaluer sa situation précaire. Elle était très mal située. D'où elle se tenait, elle n'avait pas de prises à portée de main.

La jeune femme grogna. Elle allait devoir sauter et ça ne lui plaisait guère. En plus de risquer la chute libre, elle pourrait tout aussi bien s'empaler sur un rocher plus saillant que les autres.

- T'es foutrement chanceux que je sois dingue de toi Severus Rogue, maugréa-t-elle en cherchant la meilleure prise.

Èva identifia finalement une petite roche plate, un peu plus bas, sur laquelle elle pourrait se donner un élan pour attraper une branche solitaire un mètre ou deux plus hauts.

Faisant appel à toutes ses capacités vampiriques, la jeune femme lâcha prise et se laissa tomber.

Durant une seconde, elle effectua une chute libre qui la grisa.

Électrifiée, la vampire atterrit sur la pointe des pieds sur la roche désirée, plia les genoux et se donna l'élan le plus puissant que l'espace restreint lui permettait.

Étendant ses bras, Èva se tendit le plus qu'elle put en direction de son but.

Elle atteignit finalement la branche désirée qui craquela sous le choc.

Réagissant au quart de tour, la jeune femme bascula souplement pour appuyer ses pieds sur la roche dans le but de se donner un second élan pour attraper une autre prise plus solide cette fois.

Cependant, ses pieds ne touchèrent jamais la matière solide et tangible du roc. Èva passa au travers du mur de pierres et la branche à laquelle elle se retenait disparut.

Laissant échapper un petit cri, la jeune femme tomba dans le vide.

Heureusement, le sol ne se trouvait pas aussi bas qu'il aurait dû l'être et les réflexes d'Èva prirent le dessus. La vampire atterrit donc en douceur sur ses jambes.

Elle se retourna alors vivement et regarda avec incompréhension le mur de pierres translucide qui se trouvait derrière elle, celui-là même qu'elle venait à l'instant de traverser.

Elle suivit la courbe du mur et réalisa qu'il finissait en pic, comme une montagne, en haut d'un vaste château.

C'était donc ce qu'avait voulu dire la femme du village en affirmant qu'il ne s'agissait pas réellement d'un mont. Ce n'était qu'une façade, une protection pour masquer la cachette du Lord Noir aux yeux de tous.

Brillant. Mais pas tout à fait efficace. Après tout, n'était-elle pas la preuve vivante que pratiquement n'importe qui pouvait pénétrer ce lieu secret?

La jeune femme épia les alentours. Personne. Aucune ombre, ni même aucune âme qui vive à la ronde.

C'était beaucoup trop facile.

Mais cela, Èva l'aurait su si elle n'avait pas fait taire la voix de sa conscience.

Au lieu de cela, elle se dirigea tête baissée directement dans l'antre du diable en personne.

La jeune femme se cacha derrière chaque arbre et dans chaque coin d'ombre qu'elle trouvait. Cela lui rappela ironiquement un rêve qu'elle avait déjà fait. Cela lui semblait à des années-lumière, comme dans une autre vie… dans la vie où elle ressentait encore de la peur.

Rasant les murs, Èva cherchait la moindre ouverture pour pénétrer dans le lieu maudit.

Son souhait se matérialisa tout à coup par l'intermédiaire d'une porte.

Facile.

Pendant une seconde, sa fierté vampirique lui intima de chercher un autre moyen pour s'infiltrer dans le château.

Mais elle n'avait pas le temps de faire des caprices.

Roulant des yeux, elle passa outre cette envie et poussa doucement la porte qui s'ouvrit sans résistance en émettant un léger grincement.

Èva se figea quelques secondes pour utiliser son ouïe sur développée pour tenter de découvrir la présence d'un Mangemort embusqué.

Toujours personne.

La jeune femme soupira comme une gamine archi gâtée et pénétra sans discrétion dans le château.

Décidément, c'était un jeu d'enfant. La vampire aurait voulu un peu d'action.

Déçue, elle poursuivit son infiltration avec beaucoup moins d'entrain.

Devant elle se trouvait un interminable corridor encadré d'innombrables portes.

- Ah non, je ne vais quand même pas devoir les fouiller une à une! se plaignit-elle en tapant du pied.

- Je peux vous simplifier la tâche, si vous le désirez, lui répondit une voix grave et doucereuse.

Èva fit volte-face et se retrouva nez à nez avec un homme aux cheveux blonds, presque blancs, et aux yeux d'acier. Il émanait de lui une telle confiance et un tel sentiment de puissance qu'Èva n'eut aucun mal à le reconnaître.

- Lucius Malfoy, si je ne m'abuse.

- Vous connaissez notre monde depuis si peu de temps et déjà vous savez qui je suis. Je suis flatté, répondit-il avec un sourire de séducteur.

- Oui, j'ai lu le bottin téléphonique. Votre nom était inscrit sous la catégorie « enfoiré ». C'est assez difficile à oublier, vous en conviendrez, répliqua Èva avec un sourire jaune.

Malfoy émit un léger rire.

- Vous n'avez pas encore son cynisme, mais votre langue est bien acerbe tout de même. Dommage que vous ne l'employiez pas à autre chose, continua calmement le blond en détaillant la jeune femme de la tête aux pieds.

Èva était agacée. Elle détestait être surprise, surtout aussi stupidement. De plus, le regard appréciateur de Malfoy sur elle l'horripilait et la brûlait comme de l'acide.

- Je n'ai pas de temps à perdre… dois-je vous tuer maintenant ou préférez-vous prendre le thé d'abord? demanda-t-elle sur un ton ennuyé.

- Oh, mais nous avons tout notre temps, ma belle. Croyez-moi, ce n'est pas Severus qui va venir nous… interrompre, répliqua Lucius d'un ton sadique.

Les pupilles d'Èva se rétrécirent et se fixèrent sur le bras droit de Voldemort.

- Où est-il? demanda-t-elle d'un ton hargneux.

Se pouvait-il qu'ils aient fait quelque chose de terrible à Severus? Depuis qu'elle était dans ce lieu maudit, elle n'avait ni ressentit sa présence, ni reçu de pensées de sa part.

Ce n'était pas normal.

Mais pourquoi ne l'avait-elle pas remarqué plus tôt?

Du fond de sa tête, sa raison lui fit un petit signe. Détestant se faire dire qu'elle avait eu tort, même si c'était par elle-même, Èva décida d'ignorer la voix de sa conscience et pria simplement tous les dieux qu'elle connaissait pour qu'il ne soit rien arrivé à Severus.

Revenant au plus urgent, c'est-à-dire au moment présent, la jeune femme remarqua qu'une lueur d'appréciation et de fascination brillait maintenant au fond du regard de Lucius.

- Magnifique… tout simplement magnifique…, murmura-t-il pour lui-même en marchant autour d'Èva, l'épiant comme si elle n'était qu'un vulgaire bijou.

La jeune femme sut alors qu'elle venait à nouveau de se transformer. Elle serra les dents de frustration. Elle détestait perdre le contrôle de son corps et elle abhorrait ne pas se rendre compte qu'elle changeait.

La jeune vampire allait protester face au regard insistant de Malfoy lorsque ce dernier plongea son regard gris fer dans la mer de sang des prunelles d'Èva. Ce qu'elle vit alors dans ses yeux lui glaça le sang. À ce moment, Èva se dit que ce devait être cela que ressentait un papillon avant d'être épinglé à une petite tablette chez un collectionneur.

Tout à coup, le blond s'avança vers elle. Le prédateur était chassé à son tour.

Èva fit un pas en arrière tout en évaluant les possibilités qui s'offraient à elle.

Cependant, elle n'eut pas à en choisir une, car Lucius se prosterna subitement devant elle.

Éberluée, la jeune femme se demandait s'il n'était pas complètement fou lorsqu'elle ressentit le grand froid qui s'était immiscé dans la pièce.

Èva se retourna lentement en appréhendant ce qu'elle allait découvrir.

Elle n'avait pas prévu d'affrontement. D'ailleurs, elle n'avait rien prévu du tout. Mais sa raison était trop empoussiérée pour le moment pour lui être d'une quelconque utilité.

La jeune vampire se dit que c'était sans doute une bonne chose lorsqu'elle se retrouva face à face avec le Seigneur des Ténèbres en personne. En effet, sa raison lui aurait sans doute intimé de fuir aussi loin et aussi vite que possible. Mais, étrangement, Èva désirait le contraire.

La jeune femme était toujours immobile et fixait encore Voldemort lorsque ce dernier approcha sa main décharnée de sa joue.

- Créature de la nuit, créature du mal, énonça-t-il d'une voix suave en lui caressant la joue, je t'ai tant attendue. Tu es si spéciale… le savais-tu seulement?

Èva fronça les sourcils. Spéciale? Elle?

- Maître, désirez-vous que je la conduise dans les quartiers que vous avez prévus pour elle?

La voix grave de Malfoy brisa le charme. Èva retomba durement sur terre. Il avait prévu une chambre pour elle. Il savait donc qu'elle allait venir. C'était un piège!

- Charmeur de serpents, murmura Èva avant que le Lord Noir ait le temps de répondre à son subalterne, mais pas charmeur de chauves-souris, affirma-t-elle en retirant la main de Voldemort de son visage, comme si elle l'avait brûlée.

Le Mage Noir comprit instantanément ce que la jeune vampire voulait dire. Il sourit, mais ne fit rien pour empêcher Èva de se métamorphoser. Il la regarda même avec délectation s'enfuir à tire d'ailes par la porte restée entrouverte.

- Maître, désirez-vous que je lance les Mangemorts à ses trousses?

Voldemort fixait toujours l'ouverture par où Èva avait disparu. Il leva la main.

- Laisse Lucius. Elle est si prévisible…

Il souriait toujours lorsqu'il se retourna vers Malfoy.

- Maintenant que le papillon est là, allumons la flamme.

- Oui, Maître.

Lucius s'inclina une dernière fois et partit mettre à exécution la deuxième phase du plan de son seigneur et maître.

- En espérant que le joli papillon ne se brûlera pas trop les ailes…

Le Mage Noir éclata d'un rire froid avant de disparaître au fond de son château dans un tourbillonnement de cape.