Voilà donc le deuxième chapitre... Je vous laisse donc lire. Je vais juste rappeler que ce qui est en italique est en elfique, et les passages en gras sont des souvenirs de Galadhwen.
Chapitre 2
Rien n'est éternel Le regard de Galadhwen s'était perdu au loin à l'est. Ses yeux ne voyaient ni la blanche gloire de Minas Tirith, ni l'éclat argenté de l'Anduin, miroitant au soleil levant, ni les vertes prairies de la proche Ithilien. Le visage tourné vers l'est, elle cherchait à distinguer cette ligne noire à l'horizon, irrégulière comme un nuage de fumée, que tous évitaient. Mais malgré sa vue perçante elle n'arrivait pas à apercevoir cette tache d'obscurité, que tous connaissaient sous le nom de Mordor. L'Elfe soupira, et s'agenouilla dans l'herbe couverte de rosée. Sa main effleura quelques instants les brins d'herbe d'une touffe plus haute que les autres, puis se posa sur ses genoux, la paume tournée vers le ciel. Les yeux baissés, elle observa attentivement les nombreuses gouttelettes de rosées qui s'étaient déposées sur sa main, délicates perles scintillantes aux rayons du soleil. Puis ses doigts se replièrent, brisant les fragiles gemmes aux reflets irisés que sa paume avait recueillies. Doucement, elle leva son visage vers le ciel, et aperçut une plume blanche, unique, tourbillonner dans les airs. L'objet aérien se laissait ballotter par le vent, puis retombait quelques instants, finalement rattrapée par la brise capricieuse. Mais il s'approchait toujours plus du sol, et Galadhwen se leva lentement, suivant toujours du regard les évolutions de la plume dans le ciel. Puis, celle-ci se laissa soudain choir et cessa ses voltiges. Aussitôt, elle se déposa sur la surface tremblante d'une petite flaque d'eau. Ainsi s'achevait l'éphémère danse de la délicate plume blanche. Le visage de la Galadhrim s'éclaira d'un sourire triste, et elle se murmura pour elle-même :--Que le monde est paisible ! Plus personne ne regarde vers l'est en s'interrogeant sur quelle menace apparaîtra à l'horizon ! Rien n'est éternel…Même les pires menaces finissent par se faire oublier.
L'Elfe, ayant entendu un pas familier, se retourna vivement, et sourit à la vue de la silhouette fière et digne de la Reine Arwen. Celle-ci s'approcha lentement de la Galadhrim, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
--Eldarion est en voie de guérison, dit-elle d'une voix chantante.
Galadhwen, une lueur amusée dansant dans son regard, demanda :
--Avez-vous donc enfin réussi à faire baisser la fièvre ?
--Oui, répondit la souveraine, mes soins portent enfin leurs fruits. Eldarion dort à présent paisiblement. Toute maladie a heureusement une fin…
--Même si cette fin signifie malheureusement parfois la mort…
Arwen hocha la tête, et son sourire s'effaça. La mort… elle l'appréhendait depuis qu'elle avait renoncé à son immortalité. Car la mort signifiait beaucoup de choses… les délivrances d'un lourd chagrin, certes, mais également la destruction d'un bonheur temporaire. La mort lui prendrait ce pour quoi elle vivait, respirait, puis serait son ultime refuge. Ni son bonheur ni son abattement ne seraient éternels, et la seule responsable était la mort, meilleure ennemie de toutes les races.
Galadhwen restait silencieuse, également perdue dans ses pensées. Pour elle, la mort était quelque chose à la fois lointain et proche. Elle l'avait vue tant de fois frapper, mais savait qu'elle ne mourrait elle-même peut-être jamais. La mort lui avait pris ce à quoi elle tenait le plus au monde, mais ne l'avait pas vaincue. Elle savait choisir ses victimes.
--Jusqu'à quand resterez-vous à Minas Tirith ? demanda soudain la Reine du Gondor.
--Je pense que je partirai ce soir ou demain matin, répondit simplement la Galadhrim.
Arwen sentit une pointe de déception la transpercer, mais elle le cacha sans trop de peine à son invitée.
--Je… c'est dommage, j'aurais voulu encore parler avec vous et mieux vous connaître, tenta-t-elle tout de même, se forçant à prendre un ton neutre.
--Je n'ai jamais dit que je partirai seule, sourit Galadhwen, qui semblait lire dans les pensées de la souveraine comme dans un livre ouvert.
Celle-ci haussa légèrement un sourcil, surprise, mais ne dit rien.
--Je pensais aller en Ithilien quelques jours, continua la Galadhrim, afin de rendre visite à Legolas de Vertbois le Grand. Et pourquoi ne pas passer par la demeure de Faramir ? J'ai grandement entendu parler de lui-même et de son épouse, j'aimerais les rencontrer au moins une fois. Votre compagnie me serait très agréable.
Arwen ne sut que répondre, frappée d'étonnement. Elle ne s'attendait absolument pas à cette proposition, et remarqua alors l'expression amusée du visage de son amie. Mais elle reprit rapidement le contrôle de ses émotions, et réussit à dire d'une voix posée :
--Votre proposition me fait grandement plaisir, hélas j'ai peur de ne pouvoir l'accepter.
Galadhwen semblait avoir prévu cette réponse, car elle répliqua :
--Je sais que votre fonction exige votre présence presque permanente ici à Minas Tirith, mais je pense que votre fille aînée aurait les capacités de vous remplacer quelques jours. Elle a depuis quelques mois vingt deux années, si ma mémoire est juste, et cet âge chez les Hommes est déjà suffisant pour prendre certaines responsabilités.
Cette idée ravit la Reine, dont le visage s'éclaira. Elle répondit :
--Je vais étudier votre proposition. Vous aurez ma réponse définitive ici-même au coucher du soleil.
--Et demain dès l'aube je me remettrai en route, en votre compagnie ou non, conclut la Galadhrim.
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Les rues de Minas Tirith étaient bondées, comme tous les matins. Des enfants jouaient ensemble innocemment sur les pavés blancs, peu préoccupés par les allées et venues des adultes, tandis que de nombreuses personnes se pressaient pour des raisons diverses et variées. Le flot continuel coloré des habitants ne cessait de s'écouler entre les blanches maisons, et le brouhaha des conversations se mêlait aux chaleureux saluts et aux protestations parfois vulgaires et agacées. La ville était tellement plus animée depuis le couronnement d'Elessar ! Des marchants de toutes les origines se rendaient à la grande cité pour vendre des produits rares et originaux, et des personnes très cultivées s'intéressaient énormément à sa bibliothèque. Minas Tirith était l'une des villes les plus vivantes des Terres du Milieu, elle retrouvait quelque peu sa gloire de jadis. La capitale semblait être le centre du monde de l'époque, sur le plan militaire comme culturel et économique.
La silhouette fière de Galadhwen se frayait un chemin dans la foule, et on s'écartait respectueusement de son passage. L'Elfe observait discrètement les passants qui la scrutaient avec une crainte mêlée de curiosité, et constatait avec amusement qu'elle n'avait aucun mal à se déplacer, malgré le nombre important de personnes. Certains murmuraient des éloges parfois exagérés sur la Galadhrim, et ils semblaient ignorer que son ouïe développée les entendait facilement. En effet, cela faisait bien longtemps que personne n'avait vu d'Elfe, et le peu de chose que le peuple savait sur cette race venait des légendes embellies par les conteurs et des observations qu'ils avaient eu l'occasion de faire avec leur Reine.
Soudain, Galadhwen entendit une voix très jeune la héler :
--Madame, c'est vrai que vous êtes une Elfe ?
L'Elfe, surprise, se retourna, et aperçut un enfant qui la regardait avec interrogation. Il était petit et frêle, mais dans ses yeux brillait une incroyable joie de vivre. Ses cheveux ébouriffés retombaient devant ses yeux, et ses habits humbles et lâches soulignaient son aspect chétif.
La Galadhrim sourit, charmée par la curiosité et la candeur de cet enfant, qui ne devait pas avoir plus de sept ans. Si jeune, pensa-t-elle. Elle tendit une main vers lui en guise d'invitation, et murmura simplement :
--Viens !
L'enfant sembla déçu de ne pas obtenir de réponse tout de suite, mais l'inconnue l'intriguait autant qu'elle l'impressionnait, alors il s'approcha d'elle avec quelque méfiance. Cependant le visage souriant de la jeune femme le rassura, et il parcourut les derniers pas qui le séparaient d'elle en courant. Sa menotte empoigna les doigts fins de l'Elfe, et il demanda joyeusement :
--Où allons-nous ?
--Dans un endroit où nous pourrons parler sans être dérangés.
L'enfant, intimidé, n'osa rien demander de plus, et suivit sagement Galadhwen qui rebroussa chemin. Personne n'intervint pour rappeler son jeune compagnon.
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L'enfant avait eu quelques réticences à accompagner Galadhwen jusqu'au jardin royal, certifiant qu'il lui était interdit de s'y rendre, mais l'Elfe lui avait assuré qu'elle était une amie de la Reine et que personne ne dirait rien tant qu'il était avec elle. Par la suite, ils avaient rencontré plusieurs personnes travaillant au palais, mais aucun n'avait osé faire quelque commentaire désagréable.
A présent, la Galadhrim et l'enfant étaient assis à même le sol à l'ombre du pommier qui avait abrité l'Elfe la nuit précédente. Tous deux restaient muets, seule la voix vibrante du vent dans les branches des arbres se faisait entendre. Galadhwen la première brisa ce silence qui semblait déconcerter le garçonnet assis à ses côtés :
--Quel est ton nom ?
--Je m'appelle Haleth, répondit fièrement l'enfant, qui se tut aussitôt.
--Eh bien salutations Haleth.
La Galadhrim sourit, puis ajouta :
--Tu avais raison tout à l'heure. Je suis une Elfe.
Les yeux d'Haleth brillèrent, et il demanda timidement :
--Maman dit qu'il y a plus d'Elfes, mais pourquoi ? Ils sont tous morts ?
Galadhwen soupira doucement et répondit :
--Non, ils partent loin, très loin… au-delà de l'océan, à l'Ouest.
--Où ça ? Et pourquoi ils partent tous ?
--Tu es si jeune, mon enfant. Tu ne peux comprendre. Mon peuple est las, il cherche le repos auprès des Valar, sur les blancs rivages de Valinor. Vois-tu, je compte moi-même tellement plus d'années que jamais une vie humaine n'atteindra… Jeune, je ne comprenais pas non plus. Mais avec les années j'ai vu le monde que je connaissais changer, j'ai vu le Mal à l'œuvre de nombreuses fois, j'ai vu les repères de mon enfance disparaître dans les brumes du passé. La place de mon peuple n'est plus en ce monde, il doit laisser sa place à d'autres. Rien n'est éternel, tout change. Quand la mer nous appelle nous ne pouvons résister, et un jour elle m'appellera, alors je partirai.
L'Elfe avait parlé d'une voix calme, mais ses yeux étaient perdus dans le vague. Ils semblaient avoir quitté la réalité, et ses traits s'étaient attristés. Elle se souvenait…
Galadhwen, en tenue de voyage, les cheveux défaits, se tenait à l'orée des bois de Lothlorien, et tenait les mains d'une Elfe blonde au port fier qui montait en amazone sur une jument blanche. Auprès des deux femmes un autre Elfe brun également à cheval observait la scène d'un air attendri. Le vent soufflait légèrement dans les branches des arbres, et une odeur d'humidité flottait dans l'air, dernière trace d'une courte averse. Les oiseaux se taisaient, et l'on pouvait entendre au loin l'écho du chant de la rivière Nimrodel.
--Ana ! Ada ! Puisse Eru vous protéger, vous et tous ceux qui vous accompagnent ! s'exclama Galadhwen, les joues humides de larmes.
--Ma Galadhwen, je sais que notre départ t'afflige, mais chaque matin le vent m'apporte le bruit des vagues et les cris des oiseaux. Mon cœur languit de voir enfin la mer. Je dois partir, répondit posément l'Elfe blonde, mère de Galadhwen.
Galadhwen embrassa une dernière fois sa mère, et serra encore son père contre son cœur.
--Salue de ma part si tu les vois tous ceux que je n'ai pas pu… Quand j'étais… Nimrodel… et…
--Oui, je sais. Je le ferai. Et nous t'attendrons tous là-bas. Notre séparation ne sera pas éternelle. Un jour toi aussi tu entendras l'Appel, et tu y obéiras, comme nous tous.
Galadhwen était toujours perdue dans ses pensées, ses souvenirs. Nimrodel… Cela lui rappelait bien des choses… Tant de jeux innocents, au bord de la rivière qui portait son nom, des rires insouciants, des chants joyeux, des heures de détente allongées dans l'herbe, le son vibrant de flûtes fabriquées dans des roseaux, des promenades interminables… Cette époque était lointaine, révolue… Elle n'avait pas été éternelle, comme tout le reste. Et à présent…
Le cri dissonant d'un geai ramena la Galadhrim à la réalité, et elle constata avec stupeur que l'enfant avait disparu. Elle se leva, se retourna, mais ne vit rien. En revanche au loin elle entendit les sons lointains d'une course s'éloignant du palais. La course d'Haleth… Il avait pris la poudre d'escampette sans que l'Elfe le remarque, cela relevait du miracle ! Celle-ci sourit, déconcertée. Il n'y avait pas d'âge pour être surpris !
Mais le pauvre sourire de Galadhwen disparut rapidement et elle murmura pour elle-même :
--Nimrodel, mon amie, où que tu sois, puisses-tu être heureuse !
A suivre…
Je souligne que Nimrodel est un personnage qui appartient à Tolkien, pour ceux qui ne le sauraient pas. Si vous voulez en savoir plus Nimrodel de la Lorien écrit une très jolie fic sur l'histoire de Nimrodel et d'Amroth, sur laquelle Tolkien ne s'est pas attardée, on en connait seulement les grandes lignes. A propos Nim', dépêche-toi décrire la suite !
