Disclaimer : Les lieux, les personnages, les termes magiques et l'histoire d'Harry Potter appartiennent à J. K. Rowling et je ne fais que les emprunter en ajoutant quelques détails de mon cru pour, je l'espère, pouvoir divertir les lecteurs. Qui plus est, je ne tire aucun profit de cet emprunt.

Résumé : Qu'arriverait-il si un vampire perdait le contrôle? Et qu'arriverait-il si le prédateur en question n'était nul autre que Severus Rogue et sa proie une simple Moldue? Venez le découvrir!

Note de l'auteure : Vraiment, je suis désolée du retard! Le site ne me permettait pas de poster et, comble du malheur, je me suis disloquée le genou, donc j'avais disons un peu oublié d'envoyer ce chapitre! Mais le voici:) Avec une touche d'humour que, j'espère, vous aimerez! N'hésitez pas à me laisser vos commentaires!


Chapitre 17 : Décision et conséquences

Severus venait de découvrir comment cinq petits mots pouvaient chambouler une vie tout entière en moins de temps qu'il en faut pour dire « Expelliarmus ». Ces cinq mots qui avaient encore plus d'impact qu'un « Endoloris » ou même d'un « Avada Kedavra ». C'est vrai quoi! Après tout, quand on est mort, on n'a plus à s'inquiéter de rien.

Cela faisait maintenant une semaine qu'Èva avait pris sa décision. Dès que Madame Pomfresh en avait été informée, elle avait instantanément voulu s'enquérir de l'état de santé de la future maman et du bébé. La jeune vampire avait donc passé une partie de la semaine clouée, encore une fois, à un lit de l'infirmerie. Il fallait bien l'avouer, Pompom était une des femmes les plus têtues de Poudlard.

Mais, pour une fois, ce n'était pas Severus qui allait s'en plaindre. Au contraire, il était reconnaissant à l'infirmière de garder sa bienaimée prisonnière. En effet, cela faisait une semaine que le grand Severus Rogue, l'homme le plus froid, le plus distant et le plus inébranlable de Poudlard, évitait soigneusement Èva Jenkins, une simple petite citadine sans aucun pouvoir magique, comme si cette dernière aurait pu le changer en triton d'un simple touché.

Jamais il ne l'aurait avoué, mais Severus était tétanisé. Évidemment, il aurait préféré qu'Èva se débarrasse de l'immonde progéniture de son ancien seigneur et maître. Seulement, elle en avait décidé autrement. Et, maintenant, il était totalement incapable de la regarder en face.

Il n'arrivait pas à décider si c'était par dégoût de voir la seule femme qu'il ait aimée porter l'enfant de son pire ennemi, par colère qu'elle ne porte pas un enfant venant de lui ou par peur de tous les obstacles qu'elle allait maintenant devoir affronter pour protéger ce petit être.

Mais, surtout, il se sentait lâche. Oui, lâche. Lâche parce qu'il n'arrivait plus à affronter le regard de la vampire qu'il avait engendrée, lâche parce qu'il fuyait, lâche parce qu'il l'abandonnait devant le danger, lâche parce qu'il la rendait coupable de tous ses maux, lâche parce qu'il ne la supportait pas alors qu'elle était seule envers et contre tous.

Enfin, contre tous, c'était parlé bien vite. Jamais il n'avait vu quelqu'un recevoir autant d'attention dans l'enceinte de Poudlard… Potter mis à part, bien sûr. Mais bon, lui, c'était une autre histoire sur laquelle il n'avait pas envie de se morfondre pour le moment.

Bref, cela faisait maintenant une semaine que Severus s'enfermait dans ses cachots avec pour seul ami un bon verre de scotch et qu'il fermait son esprit à Èva. Sans parler bien sûr du fait qu'il était absolument exécrable avec tout ce qui avait le malheur d'être vivant et de croiser son chemin. Quoique… à bien y penser, tout ce qui n'était pas vivant aussi, si l'on prenait en considération tous les « Reparo » qu'il avait dû lancer aux fort peu nombreux meubles de ses appartements. Severus Rogue frustré? Mais non voyons, qui irait croire cela!

N'empêche que quand quelqu'un vint frapper de quasi inaudibles coups à sa porte, il ne se gêna pas pour hurler un « QUOI! » glacial.

- Cesse de faire l'enfant Severus Rogue ou je défonce cette porte à mains nues! lui répondit la voix tout aussi fâchée de la seule personne à qui il ne voulait pas parler.

Rogue se gifla mentalement d'avoir dénoncé sa présence, mais il ne pouvait plus fuir l'inévitable maintenant. Il marmonna donc le contre-sort pour déverrouiller ses quartiers et la porte s'ouvrit lentement sur une Èva furieuse appuyée sur le chambranle de la porte, bras croisés et attendant de pied ferme une explication.

Le maître des potions ne lui offrit que son air des mauvais jours qu'il réservait habituellement à ses élèves. Sans grand résultat, cependant.

Èva pénétra dans le bureau du professeur et prit place dans une des chaises en face de la table de travail de ce dernier.

Severus ne put s'empêcher de remarquer à quel point le ventre d'Èva s'était déjà arrondi, malgré le fait qu'elle n'était enceinte que de trois mois, environ. Il ne put empêcher une lueur blessée de passer furtivement dans son regard. Ce qui n'échappa pas à son interlocutrice.

- Est-ce que je pourrais avoir une explication? demanda cette dernière d'une voix plus douce que ce qu'elle avait voulu au départ.

- À quel sujet?

- Oh, Severus, ne fait pas semblant! Tu sais parfaitement de quoi je parle! Tu m'évites depuis une semaine… depuis que je t'ai annoncé mon désir de garder ce bébé.

- Èva, je t'ai dit que, peu importe ton choix, je le respecterais. Mais ne me demande pas en plus de l'accepter. C'est… c'est au-dessus de mes forces… pour l'instant, du moins.

- Alors, je te dégoûte réellement? demanda la jeune femme les yeux brouillés par les larmes.

- Ne dis pas de bêtises Èva, tu sais bien que non! Je dois simplement me faire à l'idée que tu attends un enfant d'un autre homme que moi… Si seulement ça n'avait été que ça, enchaîna-t-il pour lui-même. Il fallait en plus que ce soit l'enfant du pire monstre de tous les temps.

- Ne pense pas que je sois plus ravie que toi de cette nouvelle. Mais ce bébé n'a rien demandé, je me refuse à assassiner un être innocent!

En larmes, la jeune femme quitta précipitamment le bureau de Severus.

« Pour l'instant, c'est mieux ainsi… », pensa ce dernier.

Ils avaient tous les deux besoin de temps pour y réfléchir et pour accepter. Enfin, lui surtout.

Les semaines et même les mois qui suivirent se passèrent dans une atmosphère tendue entre les deux vampires.

Ils s'évitaient, mais quand cela n'était pas possible, ils ne faisaient preuve que d'un minimum de courtoisie l'un envers l'autre.

Severus accusait Èva de tous ses maux et vice-versa. Ils n'étaient donc pas prêts à se réconcilier tant qu'ils n'avoueraient pas tous les deux leurs torts, ce que Remus et Dumbledore ne cessaient d'essayer de leur faire comprendre. Mais tous deux étaient encore plus têtus qu'Hagrid quand il voulait sauver une étrange – et accessoirement dangereuse – créature.

Mais mis à part les accrochages entre les deux vampires, la vie à Poudlard avait repris son cours normal. Les classes allaient bon train, les élèves étaient toujours aussi survoltés et intenables et les professeurs – mais surtout monsieur Rusard, le concierge – étaient toujours aussi acharnés à tenter de maintenir une certaine discipline – ce qui, somme toute, était quasiment inutile.

Par contre, c'était Potter et compagnie qui s'attiraient toujours les pires punitions. En effet, quand on était aussi curieux et entêtés et qu'on possédait une cape d'invisibilité, c'était assez tentant de mener toutes sortes d'enquêtes, même les plus farfelues.

Et à cette joyeuse atmosphère estudiantine s'ajoutait une touche d'amour. Luna semblait constamment oublier qu'elle avait pour petit ami nul autre que Ronald Weasley, ce que ce dernier n'hésitait pas à lui rappeler, peu importe le moment ou l'endroit dans le château – tout en restant dans les limites du décent, bien sûr.

Mais alors que certains couples n'hésitaient pas à afficher leur amour au grand jour, d'autres préféraient rester discrets. Mais c'était sans compter sur les sens, disons… très développés de certains vampires… Mais qu'il n'y ait pas de conclusions hâtives, c'était par pur hasard qu'Èva avait découvert la relation entre les deux meilleurs ennemis, Drago Malfoy et Harry Potter. De ce même hasard qui avait entraîné Severus à prendre connaissance de la relation tout à fait interdite entre Remus Lupin et Hermione Granger.

Mais qui allait s'en plaindre? Certainement pas un vampire en manque d'affection ou une autre vampire dont les émotions étaient à fleur de peau et qui ressemblait de plus en plus à une baleine plutôt qu'à une humanoïde.

En effet, Èva était maintenant enceinte de six mois et n'importe qui ignorant ce détail aurait pu jurer qu'elle était sur le point d'accoucher tellement son ventre était énorme.

Mais est-ce que la future maman s'en plaignait? Mais oui, bien évidemment! Et qui en faisait les frais maintenant que Severus avait décidé de sortir le drapeau blanc?

- Madame Pomfresh, je vous en supplie, faites quelque chose ou je vais finir par exploser!

L'infirmière ne put s'empêcher de se moquer de sa jeune patiente. Mais elle se ravisa bien vite devant le regard noir que la patiente en question lui lança.

- Bon, bon, laissez-moi examiner tout cela pour être certain qu'il n'y a pas d'anomalies. Avez-vous ressenti des douleurs ou un quelconque autre problème ces temps-ci? demanda l'infirmière en palpant doucement le ventre distendu de la jeune femme.

- Mis à part mon dos qui me fait sentir qu'il ne supportera pas les trois mois à venir, de ce côté, ça va. Par contre, depuis quelques jours, la faim s'est réveillée, et si elle continue de grimper en intensité, je ne vais plus pouvoir me retenir!

- Hum… c'est un peu normal, ma chère. Ce petit bébé vous prend beaucoup d'énergie, mais n'oublions tout de même pas votre condition qui vous affaiblit en ce moment. Mais… oh! s'interrompit l'infirmière.

- Oh quoi? s'inquiéta immédiatement Èva.

- Je n'en suis pas sûre…

- Alors, dépêchez-vous d'en être sûre ou je vous promets que vous allez être la première victime de mes hormones!

- Oh, mon petit, on se calme, se fâcha l'infirmière. Ou alors moi j'appelle le professeur Rogue, hum!

Èva se renfrogna et ne dit plus un mot pendant que Pompom observait son ventre à l'aide de sa baguette. Ce n'était pas qu'elle ne désirait pas voir Severus… mais ça ressemblait à ça.

Heureusement, l'infirmière ne mit pas trop de temps pour trouver quelque chose, empêchant ainsi Èva de retomber dans une de ses crises de sadisme à l'intention du maître des potions.

- Et bien, et bien… en voilà une surprise! finit-elle par s'exclamer.

- Quoi? Il a deux têtes et une queue à sonnettes? tenta de blaguer la future maman en prise à une angoisse incompréhensible.

L'infirmière lui sourit, les yeux pétillants. Elle ressemblait trop au directeur à ce moment pour que cela soit rassurant.

- Il y a bien deux têtes…

Èva crut qu'elle allait défaillir. Elle devint aussi blanche que le reste de l'infirmerie. Elle aurait pu faire office de papier peint que cela ne se serait même pas vu.

- Mais c'est parce qu'il y a deux bébés, enchaîna l'infirmière, qui jubilait intérieurement.

Voir l'air d'Èva en ce moment valait son pesant d'or.

- De… deux?! répéta la jeune femme pour s'en convaincre. Qu'ai-je fait pour mériter cela? se plaignit-elle finalement en enfouissant son visage dans un oreiller.

- Le deuxième petit galopin est passé inaperçu jusqu'à maintenant parce qu'il est bien plus petit que le premier.

- Est-ce qu'il y a un risque? s'inquiéta immédiatement la future maman.

- Je ne crois pas. D'après la force de son petit cœur et les mouvements qu'ils commencent déjà à faire, j'ai bien peur que vous ne pourrez bientôt plus passer un moment tranquille.

Ce qui ne lui valut qu'un grognement de la part d'Èva, qui retourna se réfugier dans son oreiller, comme si ce simple geste pouvait lui épargner tous ses futurs maux.

Alors qu'Èva se tenait immobile devant la porte de chêne des appartements de Severus, elle se dit qu'elle connaissait maintenant la définition de « marcher sur son orgueil ». Et juste avant de cogner trois coups brefs, la jeune femme se dit que Rogue était chanceux d'en valoir la peine.

- Entrez, invita la voix froide et habituelle du professeur de potions.

Severus ne daigna même pas lever un oeil vers son visiteur. La jeune vampire en fut quelque peu offusquée, vu les efforts qu'elle faisait. Elle se laissa donc lourdement sur un siège et se racla outrageusement la gorge.

Rogue consentit finalement à lever un regard agacé vers son impromptu invité.

- Toi, dit-il simplement en reconnaissant Èva.

- Eh oui, moi.

Les deux amants se fixèrent sans rien dire. Tous deux semblaient ennuyés par la situation.

- Pourrais-je connaître le motif de ta visite? finit par demander Severus d'un ton excédé.

- Bien sûr. Mais à la seule condition que tu ne m'interrompes pas et que tu me laisses parler jusqu'à la fin.

Rogue soupira en levant les yeux au ciel… enfin, plutôt au plafond, à dire vrai.

- Promets-le, insista la brunette.

- Soit, j'accepte de t'écouter jusqu'au bout. Maintenant, si tu pouvais commencer pour qu'on en finisse, j'ai d'autres copies à corriger.

Èva lui adresse un sourire affecté avant de se jeter à l'eau.

- Bien, Severus. Je… veux bien admettre que j'ai mes… torts dans cette histoire.

L'interpellé voulut sortir une de ses répliques dont lui seul avait le secret, mais Èva l'arrêta en levant la main.

- Ah ah! Tu as promis de ne rien dire!

Rogue soupira et l'invita à poursuivre d'un geste de la main.

- Merci. Donc, je disais, je ne suis pas blanche comme neige dans la situation. Mais tu ne peux pas dire le contraire toi non plus. Hum! s'exclama la jeune femme posant un de ses index sur ses lèvres, alors que Severus voulait à nouveau intervenir.

Ce dernier crispa les mâchoires et expira lentement, très lentement. Il dut faire appel à tout son self-control pour garder son calme lorsque la jeune femme lui adressa un sourire amusé.

- Bref, tout ça pour dire que, oui, je suis désolée. Mais que pour le moment, j'ai vraiment besoin de toi. Je ne m'en sortirai pas toute seule, insista-t-elle avec un regard grave. Bien, j'ai fini, tu peux parler.

- Trop aimable. Mais pourrais-je seulement savoir de quoi tu parles? demanda un Severus énervé de se laisser ainsi contrôlé.

Èva le regarda comme s'il était le dernier des dégénérés.

- Parce que ce n'est pas assez évident? s'exclama-t-elle en pointant son énorme ventre.

Rogue arqua un sourcil étonné.

- Tu es venue ici dans le but de me demander… quoi exactement?

Un nouveau sourire jaune de la part de la future maman.

- Rassure-toi, je ne suis pas là pour te demander de m'ouvrir le ventre. Mais avec ce qui se trame là-dedans, si je n'ai pas d'aide, je vais devenir folle.

- D'accord…, souffla un Rogue pas tout à fait convaincu. Et tu me parles de quoi, plus précisément, s'il te plaît?

- Diable, ce que tu peux être bouché! Je te parle de jumeaux, Severus. Je te parle d'élever des enfants ensemble. Je te parle de passer le reste de mes jours collée à tes baskets. Est-ce que c'est plus clair comme ça?

Pendant les interminables secondes qui suivirent, Severus ne réagit pas plus qu'une statue de cire. Èva commençait à désespérer, lorsqu'il ébaucha finalement un début de sourire.

- Est-ce que ça signifie que tu es d'accord? demanda-t-elle pleine d'espoir.

- Avant que tu t'emportes, j'aimerais simplement être certain d'une chose.

- Quoi encore!

- Tu me parles bien d'élever ensemble les jumeaux de Voldemort.

- Non, Severus, je te parle de protéger, de voir grandir et d'aimer mes enfants. Nos enfants. Au diable la stupide question de gènes.

Le maître des potions plissa le nez, pas encore tout à fait certain de pouvoir totalement occulter cette « question de gènes », mais il voulait bien essayer.

Il se leva donc et alla déposer un doux baiser sur les lèvres d'Èva. Une promesse pour le futur. Pour leur avenir ensemble.

Rogue n'aurait sans doute pas été aussi prompt à accepter l'offre d'Èva s'il avait su dans quoi il s'embarquait. Personne n'a dit que supporter une femme enceinte était une tâche facile.

Pour la première fois de sa vie, Èva réclamait potion par-dessus potion. Pour calmer ses nausées. Pour lui enlever son mal de dos. Pour empêcher les bébés de bouger – car, en effet, ils avaient apparemment décidé de réécrire la Deuxième Guerre mondiale dans le ventre de la jeune femme. Ou encore pour un mal de tête. Bref, Severus n'avait jamais vu un chaudron aussi souvent, et ce, même durant sa longue carrière de maître des potions.

Mais cela n'était pas tout. Mis à part les potions, le pauvre professeur devait jongler entre ses cours et les sauts d'humeur de sa dulcinée. Autant une fois c'était une scène de jalousie en public – et Merlin seul sait de quoi elle pouvait être jalouse… il s'agissait tout de même de Severus Rogue, sorcier réputé pour être un aimant inversé -, d'autres fois des crises de larmes ou encore une poussée d'hormones qui encourageait mystérieusement la future maman à lui sauter au cou n'importe où et n'importe quand.

Et peut-être tout cela aurait-il été vivable si Èva n'avait pas rajouté au lot son envie de sang. Elle avait eu le malheur de goûter à l'hémoglobine humaine et elle en raffolait maintenant. Il était donc pratiquement impossible de la surveiller en permanence pour l'empêcher de sauter au cou du premier Homo sapiens qu'elle rencontrait. D'autant plus qu'elle était très ingénieuse lorsqu'il s'agissait de tromper la vigilance de Rogue. Ce dernier priait d'ailleurs Merlin lui-même pour que les jumeaux ne soient pas ainsi sinon, il le promettait, il les étriperait sans remords.

En résumé, Severus n'avait jamais eu autant d'envies de meurtre que durant les trois mois qu'il passa en compagnie de la seule femme enceinte qu'il n'ait côtoyée de sa vie. Et probablement la dernière si l'on se fiait au regard de psychopathe qu'il affichait parfois lors des excès de la jeune vampire.

Est-ce un euphémisme de dire qu'il bénit le jour où Èva perdit les eaux?

Enfin, durant le moment où il comprit que l'interrupteur « femme enceinte » d'Èva allait enfin être éteint. Cependant, cette joie immense le quitta dès qu'il saisit qu'il allait passer les pires heures de sa vie… prise de conscience qui se fit dès la première contraction d'Èva.

En effet, Severus n'était pas sûr de survivre à cette première contraction vu la façon dont Èva s'agrippait à sa gorge. Par Merlin, c'était ces satanés gamins qui la faisaient autant souffrir, pas lui! Il n'y était pour rien… une victime parmi tant d'autres dans le merveilleux cycle de la vie!

Malheureusement, c'était rêver en couleurs, car la jeune femme le relâcha dès que la douleur s'éclipsa. Il n'était pas mort. Sur le coup, il en fut soulagé, mais pour l'instant, il maudissait la vampire de ne pas l'avoir achevé au début de ce douloureux travail – de part et d'autre – qui durait maintenant depuis quatorze heures.

Eh oui, qui aurait pu dire que Severus Rogue, ancien Mangemort, surnommé affectueusement « cœur de pierre », aurait un jour tenu la main d'une femme sur le point d'accoucher naturellement – à son plus grand malheur – de jumeaux.

Ladite main du vampire ressemblait plus à de la charpie à l'instant où la jeune femme poussa en hurlant si fort que même Merlin lui-même devait se retourner dans sa tombe.

- C'est bien Èva, continuez, je vois la tête! l'encourageait l'infirmière.

Severus se promit de s'occuper de cette satanée femme dès qu'il aurait retrouvé l'usage de sa précieuse main. Quelle idée d'exhorter une telle furie, comme l'était Èva en ce moment!

Et pourquoi avait-il fallu que la future maman tienne à accoucher dans l'enceinte de Poudlard? Pourquoi ne pouvait-elle pas faire comme toutes les autres mamans et se rendre à Ste-Mangouste… où, accessoirement, les futurs papas étaient joyeusement enfermés dans une salle d'attente?

C'est à cette pensée relativement heureuse que Severus entendit l'infirmière hurler :

- Ça y est, le premier est sorti, Èva! C'est un magnifique garçon.

Cependant, la maman n'eut pas le plaisir de s'attarder sur cette demi-victoire, car elle fut à nouveau assaillie par une contraction.

Severus, par contre, se permit une œillade.

« Diantre! », pensa-t-il.

Qui avait fait les nouveaux nés aussi répugnants? Complètement rouges, tout fripés, englués de substances qu'il ne voulait pas nommées et, pire encore, braillards! Rogue fut reconnaissant à l'assistante de l'infirmière – déléguée par l'hôpital – d'emmener cette… créature… plus loin. Dire qu'il allait y en avoir un deuxième… ce qu'une nouvelle douleur fulgurante au poignet lui rappela.

- Oui, poussez… encore un peu! psalmodiait Madame Pomfresh.

« Que ça finisse! », pensèrent à l'unisson les deux vampires.

Et comme pour répondre à leur prière, la libération arriva finalement après un dernier cri – que dis-je, un hurlement! – provenant dont on ne savait exactement qui … Èva ou Severus?

L'infirmière déléguée prit le relais pour s'occuper des bébés, alors que Madame Pomfresh appliquait les derniers soins à administrer à la nouvelle maman.

Puis la douce libération. Lentement, le sang revenait affluer au bout des doigts du maître des potions. À ce moment, il devait avoir un air soulagé, mais pas pour la même raison que le reste de l'assemblée pouvait croire.

- Deux magnifiques garçons, souffla Pompom d'un air ému en déposant les deux gosses infernaux – quoique propres maintenant – sur la poitrine de leur maman.

- Et en parfaite santé, renchérit l'infirmière auxiliaire. Bon, si ma présence n'est plus requise, je vais devoir y aller.

- Merci, murmura Èva, le regard fixé sur ses fils.

Après un dernier sourire, la déléguée quitta l'infirmerie de Poudlard.

- Il faut nourrir ses petits gloutons, dit Madame Pomfresh. Bon, je vous laisse un peu, je repasserai plus tard.

Avant de franchir à son tour le seuil de l'infirmerie, elle remit tout en ordre et fit apparaître deux berceaux aux tons pastels, respectivement bleu poudre et vert pâle.

Èva s'empressa d'obéir aux bons conseils de l'infirmière et offrit un sein à chaque enfant.

À cet instant, Severus se dit qu'il avait devant lui la scène parfaite : une mère nourrissant tendrement ses bébés et les couvant amoureusement du regard.

Il fit donc apparaître un confortable fauteuil et prit enfin le repos qui lui était dû, sans quitter des yeux l'attendrissant portrait.

Mais rapidement, les yeux d'Èva se fermèrent bien malgré elle. Après un tel effort, il était bien normal d'être exténuée.

Severus se dirigea vers un des bébés pour le mettre dans un des berceaux, mais il arrêta son mouvement à mi-chemin de son but. Il plissa le nez et sortit finalement sa baguette pour faire léviter chaque gosse dans un petit lit.

Il couvrit ensuite Èva d'une couverture et reprit sa place dans son voltaire. Et, lentement, sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, il sombra lui aussi dans une douce léthargie rapidement suivie d'un sommeil profond.

Un vagissement. Il avait été réveillé par un vulgaire vagissement provenant d'une affreuse créature totalement incapable de répondre ne serait-ce qu'à ses propres besoins.

C'est donc de mauvaise humeur que Severus se releva pour s'étirer.

De nouveau, il trouva Èva regardant rêveusement un de ses fils qu'elle avait pris dans ses bras. Elle était complètement perdue dans ses pensées et elle ne semblait même pas avoir conscience de sa présence.

Rogue en profita donc pour contourner le lit et aller épier l'autre petit bout qui remuait doucement dans son berceau, désorienté qu'il était loin de la chaleur des bras de sa mère.

Le vampire ne put empêcher une fugace mine de dégoût de traverser son visage. Cet enfant était clairement le fils de Voldemort. Il avait hérité de Ses traits fins et secs, de Ses cheveux châtains – quoiqu'encore rares chez cette version miniature du Lord Noir – et de Ses yeux étranges. Sans être ceux de serpents que le Seigneur des Ténèbres possédait aujourd'hui, la couleur à elle seule suffisait pour dire qu'ils étaient étranges. La pigmentation était incertaine, oscillant entre le bleu et le violet. Sans parler de cette singulière tendance à la verticalité des petits flocons sombres qui parsemaient ses iris. Seul détail contrastant avec le physique de Voldemort : la carrure solide de l'enfant et son petit air potelé. Rogue espérait simplement qu'il n'aurait pas le même caractère instable que son père…

Soupirant, Severus se tourna vers le deuxième jumeau. Il fut stupéfait et resta même sans voix durant quelques secondes. Ce bébé était tout le contraire du premier. Il était nettement plus petit et frêle, mais en plus, il avait de nombreux cheveux noirs de jais, des traits anguleux et il avait eu la chance d'hériter des yeux azur de sa mère.

- Regarde Severus, c'est ton portrait tout craché…