Après une (très ou trop au choix...) longue absence, me voilà enfin de retour. Mon silence a des raisons trop compliquées pour que je puisse les expliquer, le manque de temps, même s'il existe, n'est pas l'unique explication. Quoi qu'il en soit, j'en suis désolée et je ne peux rien promettre pour la suite. Une chose est sure : même si je suis longue je n'ai aucunement l'intention d'abandonner une de mes fic. Donc la suite de « Glorhenwen » est en cours d'écriture.

En consolation ce chapitre fait le double de taille des autres ! J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture.

Je remercie du fond du cœur ceux qui m'ont reviewvé le chapitre précédent ; je leur dédie à tous ce chapitre. Sans eux je crois bien que j'aurais mis encore plus de temps à écrire ce chapitre !!! Donc merci !!!!

Note importante : Cette fiction est en lien avec une autre fiction de Nimrodel de la Lorien, "Histoire d'Amroth et de Nimrodel". C'est pourquoi dans sa fic' vous retrouverez le personnage de Galadhwen. Dans ma fic, dans les souvenirs, j'essaie de m'appuyer sur la vision que Nim' a de ses personnages. Le perso de Ninniath ne m'appartient donc pas et est © Nimmy

Rappel : Les passages en gras sont des souvenirs de Galadhwen, et ceux en italique sont en elfique.

Chapitre 4

Nul ne peut empêcher le temps de s'écouler

Le son aigu et vibrant d'une flûte s'élevait dans la clairière. L'air joué était gai et rapide, les notes aigrelettes et piquantes virevoltaient allègrement et s'entremêlaient de temps à autre pour ensuite reprendre avec davantage d'ardeur leur course effrénée et joyeuse. La mélodie variait au gré de l'inspiration du flûtiste, une inspiration riche qui insufflait à l'air mélodieux d'éternels bouleversements. Ce dernier restait ainsi toujours aussi peu prévisible, et gardait son rythme exalté. Parfois un même thème rapide revenait, néanmoins la musique repartait aussitôt dans ses modulations capricieuses et aériennes.

La flûte se tut bientôt, cependant une voix féminine claire et juste prit le relais. Le chant était bien plus calme, posé, grave mais toutefois teinté de joie de vivre. La mélodie emportait la forêt dans son flot de quiétude et de gaieté, comme le fleuve placide berçait les frêles esquifs naviguant vers la mer. La voix se faisait parfois murmure, pourtant l'apaisante litanie jamais ne perdait sa force.

Le rythme s'accéléra soudain ; le fleuve devint océan, un océan joyeux mais agité et espiègle. Les mots montèrent en tourbillons facétieux, charriés par la houle entraînante du chant, et la voix se raffermit, hésitant entre l'éclat de rire et un timbre voluptueux.

Enfin, un même thème langoureux s'imposa, balayant brusquement toute intonation allègre de l'air chanté, avant de se clore sur une note vibrante de regret, qui n'eut cependant pas le temps d'envahir le cœur de la propriétaire de la voix.

Galadhwen, les yeux brillants, hocha la tête en guise de compliment, tandis que l'une des Elfes assises à ses côtés, Ninniath, applaudissait frénétiquement, ne se préoccupant guère des mèches cuivrées barrant son visage. Nimrodel quant à elle, gardait la tête baissée, la cascade de ses cheveux blonds dissimulant son expression.

L'Elfe brune joua silencieusement quelques instants avec la flûte qu'elle tenait en main, puis s'exclama :

--Ecouter ta voix restera encore et toujours un enchantement, Nimrodel.

L'interpellée leva la tête, ses fines lèvres étirées en un sourire taquin.

--Et toi tu ne joues pas si mal que ça de la flûte ! répliqua-t-elle.

Les joues de Galadhwen rosirent.

--Ana a réellement un don, et j'ai pu bénéficier d'un excellent enseignement. N'importe qui ayant reçu de telles leçons aurait pu jouer de même : je n'ai aucun mérite. Mais toi Nim', tu as un réel talent ; tu as toujours chanté remarquablement juste ! rétorqua la jeune femme.

Ninniath ramena nonchalamment ses mèches rebelles derrière une oreille pointue, puis son regard s'enflamma soudain et elle pouffa de rire.

--Ecoutez donc ces candides créatures délicates auréolées de modestie blanche et pure ! Moi je ne cherche point à paraître aussi tempérée et sage ! Qui donc va nier notre talent ? Qui blâmera nos exceptionnelles capacités hors du commun ? plaisanta-t-elle.

Nimrodel et Galadhwen éclatèrent de rire. Ninniath continua sur sa lancée :

--C'est vrai ! Le jour où les guerriers mourront d'ennuis, transpercés par les mortelles flèches de la paix joyeuse et éternelle, le jour où seuls seront sanctifiés ceux qui aiment rire, chanter, danser et ceux qui exècrent les armes, alors Nimrodel-à-la-Voix-d'Or sera sacrée Reine tandis que Galadhwen et moi deviendrons ses conseillères !

A ces mots, l'hilarité des deux jeunes Elfes redoubla ; pourtant le regard de Nimrodel se voila peu après et son rire se tarit dans sa gorge tout aussi rapidement qu'il était apparu. Galadhwen se calma également, et jeta quelques coups d'œil furtifs vers Nimrodel avant de reporter son attention sur Ninniath.

Le sourire malicieux de Nimrodel revint bientôt et c'est avec un regard des plus amusés qu'elle observa le visage rayonnant de l'Elfe rousse.

--Je pense que Galadhwen n'appréciera point le jour où « les guerriers mourront d'ennui », finit-elle par dire.

Ninniath émit un petit rire tandis que Galadhwen fronçait légèrement les sourcils.

--Les longues discussions avec Haldir te manqueraient, non ? ajouta Nimrodel, se tournant vers l'Elfe brune.

Le sourire de Ninniath s'élargit, mais Galadhwen, à son tour amusée, se contenta de répondre :

--Il se pourrait…

Nimrodel se leva soudain et défroissa sa jupe blanche qui mettait en valeur la couleur de miel sauvage de sa peau.

--Galadhwen, es-tu toujours d'accord pour nous emmener, Ninniath et moi, au point de vue que tu ne cesses de louer ?

oooOoooOoooOooo

--Nous y sommes.

Ces quelques mots d'Elboron tirèrent Galadhwen de ses pensées. Elle leva la tête et sourit en entendant les échos de l'agitation frénétique qui régnait dans la demeure d'Emyn Arnen. Quelques minutes plus tôt, le groupe de voyageurs avait rencontré un jeune soldat faisant partie de la garde de Faramir ; l'adolescent avait été chargé par Elboron d'annoncer à l'Intendant le retour de son fils aîné et la venue de la reine et d'une amie de haut rang de la souveraine.

Son regard rencontra bientôt celui d'un homme brun au port digne ; son visage restait impassible mais ses yeux pétillaient de contentement et de surprise. L'Elfe devina aisément que celui qui les accueillait n'était autre que le maître de maison, Faramir. Celui-ci s'inclina respectueusement devant sa Reine, qui lui rendit son salut d'un signe de tête. La Galadhrim descendit lestement de cheval sans aide aucune, puis fit une rapide révérence, un sourire espiègle éclairant son visage. Voilà qu'elle se souvenait de ses rares entrevues avec celui qui avait été si longtemps le Roi de Lórien, le regretté Amroth… A cette époque elle avait souvent dédaigné les hautes fonctions, considérant que le pouvoir possédé par ceux qui les occupaient ne la concernait aucunement.

Puis Elboron brisa le silence et mit fin aux salutations muettes d'une voix enjouée :

--Père ! Je suis extrêmement heureux de vous revoir ! Sa majesté Arwen Undomiel nous fait la faveur de cette visite imprévue ; j'espère que cela ne vous bouleverse point. La tierce personne qui nous accompagne vient de loin et est une ancienne connaissance de Sa majesté.

Arwen fronça légèrement les sourcils. Elle n'appréciait guère ces formalités pompeuses ; en effet avec la famille de l'Intendant elle préférait de loin avoir des relations sincères et simples. Cependant Elboron était jeune et encore intimidé par la couronne, même si ces derniers mois il avait pris de l'assurance.

Faramir répondit :

--Votre venue est certes imprévue mais bienvenue et emplit toute la maisonnée de joie. Nous espérons, mesdames, que votre séjour en ces murs vous sera agréable. Mon fils, ta mère et tes frères et sœurs attendent impatiemment d'avoir de tes nouvelles ! Hâte-toi de les rassurer !

Elboron, animé par l'enthousiasme débordant de la jeunesse, mit pied à terre et se dirigea avec sa monture vers les écuries d'un pas pressé.

--A l'écurie ton étalon sera entre de bonnes mains, tu n'as pas besoin d'en prendre soin, précisa le maître de maison.

Elboron hocha la tête tout en s'éloignant. Arwen prit la parole :

--Je suis heureuse de vous revoir, Faramir. Notre départ a été précipité, c'est pourquoi vous n'avez pu être mis au courant de notre venue prochaine. Je vous présente Galadhwen de Lothlórien, une amie que je n'ai pas revue depuis bien des années.

La Galadhrim réitéra son salut, le soupçon d'insolence qui l'avait habitée auparavant ayant totalement disparu.

--Quelles que soient les raisons de votre venue, vous serez toujours la bienvenue, et vos amis recevront assurément le même accueil, certifia l'Intendant.

--L'hospitalité de Faramir d'Ithilien m'a été vantée de bien des manières ; je suis enchantée de constater la véracité de ces rumeurs, affirma Galadhwen.

Faramir remercia l'Elfe d'un signe de tête pour son éloge vibrant. Puis il héla des domestiques qui s'empressèrent d'aider Arwen à mettre pied à terre et emmenèrent les montures des deux Elfes vers les écuries.

Puis elles suivirent leur hôte.

oooOoooOoooOooo

Alors que Galadhwen et Arwen étaient en grande discussion avec Faramir dans la bibliothèque et commentaient quelque écrit ancien et illustre, Eowyn, resplendissante, fit son entrée entourée de ses enfants gais et insouciants.

La bruyante mais allègre arrivée attira l'attention des trois personnes jusqu'alors plongées dans leur conciliabule. Le mari et père sourit puis se leva et salua tendrement son épouse avant de taquiner sa plus jeune fille, fière d'être portée par son grand et fort frère Elboron. Galadhwen remarqua qu'outre la benjamine et Elboron, le couple résidant à Emyn Arnen pouvait encore s'enorgueillir de deux enfants, une pétillante jeune fille et un garçonnet enjoué. Cependant elle était incapable de leur donner un âge approximatif, car cette jeunesse radieuse la déstabilisait ; elle n'en avait guère l'habitude. Pour elle, tous ces enfants étaient tellement jeunes que leurs différences d'âge lui paraissaient insignifiantes. Néanmoins cette lacune lui semblait inconvenante ; c'est pourquoi elle murmura à l'oreille d'Arwen :

--Quel âge ont-ils donc tous ?

La reine lui répondit tout aussi discrètement dans leur langue natale :

--La plus jeune, Morwen, a tout juste six printemps. Puis vient Boromir, neuf ans. Finduilas, la suivante, est âgée de seize ans. Enfin Elboron vient d'avoir vingt ans.

Galadhwen hocha la tête, ayant retenu ces informations. Elle reporta son attention sur Eowyn. L'image que celle-ci donnait d'elle-même était extrêmement différente de la personne dépeinte dans les différents récits qu'elle avait pu entendre : elle avait ouï dire que la jeune femme était belle mais froide et abrupte, impitoyable au combat. Or l'Elfe avait sous les yeux une épouse et mère épanouie, au visage souriant et rayonnant de bonté. Cependant elle n'avait pas perdu sa beauté malgré les années et restait énergique et fière. Le mariage l'avait métamorphosée ; elle n'était sans aucun doute heureuse.

Eowyn, ayant échangé quelques mots cordiaux avec Arwen, s'adressa aimablement à la Galadhrim :

--Madame, c'est avec joie que nous vous accueillons à Emyn Arnen.

--Je vous remercie pour votre accueil si chaleureux, répondit simplement Galadhwen, n'utilisant que les formules de politesse d'usage comme l'avait fait Eowyn.

Celle-ci sembla s'en contenter, et jaugea du regard la Galadhrim quelques instants, avant de reprendre :

--C'est un honneur pour nous de recevoir la visite de l'une des rares habitants des Bois Dorés.

--Beaucoup d'entre nous sont en effet partis, mais cela fait bien longtemps que les nôtres quittent les Terres du Milieu pour ne jamais revenir. La Lothlórien telle que je l'ai connue jeune n'est plus depuis des siècles ; je suis la seule de ma famille à être restée.

Eowyn hocha la tête, ne trouvant rien à répondre, puis engagea la conversation sur un thème beaucoup plus banal et neutre. Galadhwen participa peu, préférant écouter attentivement ses hôtes et analyser leurs attitudes, leurs habitudes de langage, leurs réactions, leurs opinions, afin de les connaître davantage et de construire une attitude à adopter avec eux. Le couple semblait apprécier Arwen et entretenir des relations d'amitié sincère avec la souveraine ; ils étaient patients, posés, vifs d'esprit. Cependant Eowyn paraissait davantage impulsive que son époux, dont les remarques étaient extrêmement mesurées et réfléchies. L'Elfe remarqua également qu'ils étaient intimidés par sa présence, ne sachant que lui dire sans paraître futiles ou impolis. C'est pourquoi la Galadhrim décida dorénavant d'être directe en la présence de ses hôtes et de faire ressurgir certains aspects de la jeune femme insouciante et enjouée qu'elle avait été dans sa jeunesse.

Galadhwen courait, soulevant sa jupe des deux mains, son pied léger glissant sur l'herbe humide parsemée d'elanors et de niphredils. Elle riait à gorge déployée, et agile, elle contournait avec une rapidité étonnante les troncs d'arbres sur son passage. Les nuages gris déversaient leur trop plein d'eau, et la pluie ruisselait partout. Des filets d'argent tombaient du haut des mellyrn, puis s'écoulaient entre les racines, les fleurs et les touffes d'herbe. L'Elfe avait été surprise par l'averse, et ses cheveux détachés, trempés, s'étaient plaqués dans son dos. Mais elle était joyeuse, et son rire s'accordait parfaitement avec le bruit des gouttes de pluie se fracassant sur le sol et la forêt.

Soudain, la pluie s'arrêta aussi vite qu'elle était venue, et Galadhwen ralentit son pas. Son rire se calmant également, elle entreprit de tordre sa chevelure afin d'en chasser l'excédent d'eau. Elle essora de même sa jupe qu'elle tenta ensuite de défroisser, en vain. Malgré sa coiffure saccagée et sa tenue dans un état déplorable, elle ne perdait pas sa gaieté, et levait un visage radieux et rêveur vers la cime des arbres.

Cela faisait ainsi plusieurs longues minutes qu'elle errait entre les arbres sans but, renonçant temporairement à regagner Caras Galadhon. Son regard balayant le feuillage humide des arbres, elle aperçut soudain une silhouette sur une branche en hauteur. Sa vue perçante reconnut Haldir. Soudain troublée, ses joues rosirent et elle sentit une bouffée de chaleur agréable naître dans son cœur puis se diffuser dans les moindres parcelles de son corps transi par la récente pluie. L'Elfe en hauteur ne l'avait pas encore remarquée, et Galadhwen, étonnée, sourit. Haldir avait pourtant une excellente ouïe, et il avait l'habitude d'être constamment sur ses gardes. Or le guerrier était assis et semblait pensif.

Le sourire de Galadhwen s'élargit. Son naturel gai, insouciant et espiègle prit le dessus, et silencieuse comme une ombre, elle bondit et atterrit lestement sur une branche basse d'arbre. Celui-ci avait à peine frémi, tant l'Elfe était légère et agile. Les arbres étaient son royaume, et Haldir n'avait apparemment toujours pas entendu l'approche furtive de son amie. Celle-ci continua son ascension silencieuse, les feuilles bruissant imperceptiblement au passage de l'Elfe. Haldir lui tournait le dos, et n'avait pas bougé.

Galadhwen quitta la proximité de l'imposant tronc de l'arbre qu'elle avait gravi, et marcha en équilibre sur une branche dont l'extrémité était proche du mallorn qui abritait Haldir. Ses pieds nus glissaient avec assurance sur l'écorce, et ses bras écartés ondulaient gracieusement au rythme de sa marche, tel un oiseau prenant son envol. La branche, alors que l'Elfe progressait rapidement, ploya sous le poids de la jeune femme. Celle-ci bondit de son perchoir, et atteint sans encombre l'arbre voisin. Elle souffla quelques instants, puis continua à s'approcher d'Haldir, qui semblait rester sourd aux légers sons que produisait la marche de la jeune Elfe.

Soudain, la proie de la jeune Elfe se retourna vivement, un sourire amusé éclairant son visage. Galadhwen, surprise, rejoignit en quelques instants Haldir qui s'était levé.

--M'as-tu entendue ? demanda la jeune femme, curieuse.

--Depuis le début, répondit simplement le capitaine de la garde de Lothlórien.

Galadhwen afficha une moue déçue, puis répliqua :

--Etais-je tout de même silencieuse ?

--Plus que certains.

En réalité la Galadhrim avait fait preuve d'une grande agilité et seule sa grande expérience de guerrier habitué à traquer et espionner ses ennemis lui avait permis d'entendre l'arrivée de son amie. Mais il se plaisait à la taquiner, car elle ne lui cachait que rarement ses sentiments, et il appréciait énormément ces instants d'intimité où elle se dévoilait.

--A ce que je vois tu as été surprise par la pluie, ajouta-t-il. Je t'ai entendue rire… depuis mon abri.

Galadhwen sourit.

--J'ai toujours adoré la pluie, dit-elle. Les arbres sont euphoriques et je partage leur joie.

Haldir se rapprocha de l'Elfe trempée et demanda :

--As-tu froid ?

Galadhwen hocha la tête négativement mais un frisson agréable parcourut son échine.

--Alors pourquoi trembles-tu ?

La jeune femme déglutit difficilement et son sourire disparut.

--Je… commença-t-elle, cela fait longtemps que je ne t'ai pas vu, arriva-t-elle à articuler.

--J'étais absent…

Galadhwen ne répondit rien, et recula de quelques pas. Elle n'avait pas froid, au contraire. Un feu mystérieux brûlait en elle et l'intriguait, et elle avait l'impression que des braises rougeoyantes avaient enflammé son cœur. Ses pensées s'entremêlaient et tournoyaient dans sa tête, si bien qu'elle se sentait perdue dans l'océan de sensations qui la déstabilisaient. Elle oublia même quelques instants l'endroit où elle se trouvait tellement son trouble avait pris de l'importance.

Soudain, son pied pourtant habituellement sûr dérapa, et elle poussa un cri surpris. Par réflexe, elle se rattrapa à l'épaule d'Haldir. Celui-ci, sans réfléchir, encercla sa taille et la maintint contre lui. Ainsi elle retrouva son équilibre et ses esprits.

--Je… merci, je ne sais pas ce qui m'a pris… murmura la jeune Elfe d'une voix encore tremblante.

Elle se dégagea doucement de l'étreinte de son ami, et plongea ses yeux gris dans le regard inquiet de ce dernier. Galadhwen frissonna, et ferma les paupières. Sa respiration se calma, et quand elle les rouvrit, elle se sentit apaisée. Haldir posa délicatement ses mains sur les épaules dénudées de la jeune femme, et répondit d'une voix plus dure qu'il ne l'aurait voulu :

--Ne recommence plus cela… en ma présence. Jamais.

Galadhwen sourit faiblement :

--Je n'ai pas encore l'intention de mourir…

Haldir ne répondit pas à son sourire.

--Je suis sérieux, répliqua-t-il.

--Moi aussi... Il y a trop de choses auxquelles je tiens dans cette forêt... Je ne vais pas les laisser sans moi, ce serait les faire souffrir.

--Alors ne me fais pas souffrir.

Haldir avait dit ces quelques mots dans un souffle, si bas que Galadhwen ne les auraient pas entendues si elle n'avait eu l'ouïe prodigieuse des Elfes. Foudroyée par la stupeur provoquée par cette révélation, elle ne put réagir quand l'Elfe se pencha lentement vers elle et embrassa doucement ses lèvres. Soudain ballottée par les flots d'une mer intérieure déchaînée, elle s'agrippa brusquement à Haldir qui lui encercla la taille. Oubliant tout son entourage, elle ferma les yeux et répondit timidement au baiser. Puis elle se laissa engloutir par la vague de bonheur qui grondait en elle.

Les nuages sombres s'étaient déchirés, et le Soleil brillait à nouveau fièrement dans le ciel. Ses rayons aveuglant étaient tamisés par l'épais feuillage des arbres, puis embrasaient la multitude de perles d'eau, créées par la pluie, qui parsemaient toute la forêt et brillaient de mille feux. La Lórien semblait s'illuminer après la brusque averse, et tous les êtres vivants respiraient la joie et le bonheur de vivre. Tout n'était qu'insouciance et gaieté dans le bois d'or.

Les deux Elfes qui s'embrassaient n'avaient pas remarqué l'approche furtive de deux silhouettes dans les arbres, qui avaient observé toute la scène. L'une d'elle adressa à l'autre un sourire éclatant, et toutes deux continuèrent leur silencieuse ascension. Galadhwen et Haldir se séparèrent enfin, mais ils semblaient dans un autre monde et ne se quittaient pas des yeux. Leurs visages affichaient une expression béate et rayonnante. L'une des deux intruses, secouant joyeusement ses boucles cuivrées, s'exclama :

--A l'averse succède toujours le beau temps, et cette fois-ci n'a pas fait exception ! Nous avons profité du retour de la soleil pour te rejoindre, Galadhwen. Mais nous ne t'imaginions pas en si agréable compagnie !

--Ninniath ! s'écria Galadhwen, se détachant brusquement d'Haldir, qui lui ne paraissait pas surpris. A dire vrai, se dit bien plus tard la Galadhrim, elle ne l'avait jamais vu surpris.

--Nous avions raison, l'éclat de tes yeux après une discussion avec Haldir a toujours été révélateur, sourit la compagne de Ninniath, une lueur de malice dansant dans ses yeux verts comme le feuillage des arbres.

--Nimrodel ! s'exclama à nouveau Galadhwen, dont les joues s'étaient empourprées.

Elle se tourna vers Haldir, mais celui-ci ne dit rien, amusé. Il était parfaitement calme, cependant ses yeux pétillants démentaient son apparente sérénité. Son regard ardent se posa sur Galadhwen, et il sourit légèrement en remarquant le bonheur confus mêlé à une gêne compréhensible de la jeune Elfe. Mais il redevint aussitôt sérieux, car son devoir l'appelait à Caras Galadhon auprès du roi Amroth.

--Je dois te laisser, dit-il enfin. Je ne pense pas que les événements extérieurs t'intéressent au plus haut point.

Puis, s'adressant à Nimrodel et Ninniath :

--Je vous la confie. Prenez-en soin.

Les deux Elfes acquiescèrent en riant, et Haldir disparut aussitôt. Galadhwen resta quelques instants muette, et son regard croisa les visages radieux et joyeux de ses amies. Puis elle éclata enfin de rire, oubliant sa gêne, heureuse de vivre et d'être entourée par ceux qu'elle aimait. Elle se sentait libre, et légère comme la plus délicate plume. Le magnifique paysage qui s'offrait à ses yeux la plongea dans un rêve éveillé, et elle s'imagina quelques instants pouvoir s'envoler, tel un oiseau hardi, vers le soleil, jusqu'à frôler l'astre étincelant de ses ailes fragiles.

Les trois amies s'éloignèrent également, et descendirent lestement de l'arbre où elles se trouvaient. Une fois à terre, Galadhwen se laissa tomber dans l'herbe encore humide, et ferma les yeux. Nimrodel s'installa à ses côtés, pensive, pourtant Ninniath resta debout, les bras croisés sur la poitrine. Elle semblait désapprouver l'attitude des deux Elfes qui l'accompagnaient. Une mèche de ses cheveux roux retombait sur son visage, mais ne cachait aucunement l'éclat de ses yeux qui étincelaient de colère feinte.

--Haldir nous a assigné une mission, veiller à ce qu'il n'arrive rien à Galadhwen. Or elle est encore trempée, et se coucher dans l'herbe n'est pas raisonnable en de telles conditions ! s'exclama Ninniath.

oooOoooOoooOooo

--Madame ?

Galadhwen, arrachée à ses souvenirs, sursauta légèrement, les derniers mots de Ninniath qu'elle s'était remémorés encore gravés en lettres de feu dans son esprit. Son regard se posa sur la benjamine de Faramir et d'Eowyn – qui se nommait Morwen, si elle ne se trompait point. La fillette l'observait avec des yeux pétillant de curiosité ; son impétuosité renforcée par sa jeunesse surmontait la moindre crainte ou intimidation qu'elle aurait pu ressentir. L'Elfe, bienveillante, sourit chaleureusement et demanda, amusée :

--Qu'y a-t-il ?

Eowyn se raidit, mais n'osa réprimander sa fille, tandis que celle-ci prit une grande inspiration, fière de son succès.

--C'est la première fois que vous venez ici, dit-elle. Vous habitez loin ?

Le sourire de Galadhwen ne disparut point, rassurant quelque peu la mère soucieuse de la fillette.

--Oui, on peut dire que j'habite loin, dans une forêt, une très belle forêt.

La jeune Morwen continua sur sa lancée :

--Vous connaissez beaucoup d'histoires alors ? Vous pourrez nous en raconter ? Parce que nous adorons les histoires !

--Oui, je connais un grand nombre d'histoires, et je serais ravie de t'en raconter l'une ou l'autre, mais quel genre de contes aimes-tu ? répondit l'Elfe, apaisant Eowyn d'un discret geste de la main, car cette dernière avait failli intervenir et couper sa fille.

--Oh, j'aime toutes les histoires ! s'exclama joyeusement Morwen.

--Très bien, alors je vais te raconter la mésaventure que j'ai vécue alors que j'étais sensiblement plus âgée que toi. Mais une intervention insolite m'a permis de m'en sortir avec plus de peur que de mal.

Le visage de Morwen s'illumina de joie ; Boromir et Finduilas reportèrent leur attention sur l'Elfe, Elboron parut intéressé et même Faramir et Eowyn tendirent l'oreille. Arwen quant à elle sourit à son tour, amusée par la tournure des événements.

--Ma mère, Lalaith, était une excellente musicienne, et elle était fière de son unique fille, en l'occurrence moi. Elle avait la louable intention de me transmettre sa passion pour la musique et de m'apprendre à jouer parfaitement de son instrument de prédilection, la flûte. Or, quand j'étais très jeune, je n'appréciais guère ces leçons et, quand arrivait l'heure fatidique où ma mère m'attendait pour commencer l'enseignement quotidien, je me cachais désespérément dans les environs. Cependant elle me connaissait trop bien et trouvait toujours mes cachettes, qui ma foi n'étaient pas variées, je l'avoue. Un jour, où je n'avais vraiment pas envie d'assister aux leçons (encore moins que les autres jours !), j'ai décidé de m'éloigner beaucoup plus, bien plus que j'en avais l'habitude. Ainsi, espérais-je, personne ne me trouverait. Je crois que j'ai trop bien réussi.

« Je m'enfonçais toujours plus dans le sous-bois, quittant les lieux qui m'étaient familiers. Je ne reconnaissais plus la disposition des arbres qui m'entouraient, mais je n'en avais cure, grisée par le sentiment de liberté qui m'envahissait. Tout l'après-midi, j'ai couru, chanté, joué, profitant pleinement de cette absence de contrainte que la solitude me permettait. Je ne me suis pas une seule fois interrogée si mes parents s'inquiétaient de mon absence, j'étais tout simplement heureuse et fière d'avoir atteint mes desseins.

« Plus tard, alors que la Soleil était devenue orangée et que des rayons perçant le feuillage épais des arbres embrasaient les troncs auprès desquels je m'étais tant amusée, je me suis enfin inquiétée de revenir chez ma maman et de tenter de mendier son pardon. Malheureusement j'ignorais totalement où j'étais, et j'ai eu beau crier, pleurer, tempêter, supplier, personne ne m'a entendue et le ciel s'est obscurci inexorablement.

« Quand je me suis enfin rendue compte que je m'étais perdue et que personne ne savait où j'étais, j'ai séché mes larmes et malgré mon jeune âge je n'ai eu d'autre choix que d'assumer mes erreurs et de chercher un moyen de retrouver mon chemin toute seule. Je me suis appuyée contre un arbre, ayant sans doute besoin de réconfort ; je me suis posée plusieurs fois la question « Où aller ? » à voix haute. J'avais tellement besoin d'un interlocuteur et d'une réponse que je pense que finalement ma demande s'adressait aux arbres eux-même. Et… j'ai senti l'arbre contre lequel j'étais appuyée frémir, alors qu'il n'y avait aucun souffle de vent. J'ai cru que quelqu'un était dans les environs, mais je ne trouvais personne, car les environs étaient bel et bien déserts. Surprise, intriguée, j'ai levé les yeux vers l'arbre étrange et ai posé les mains sur son tronc, afin de m'assurer que c'était lui qui vibrait ainsi. C'était lui.

« J'aurais pu avoir peur, m'enfuir, mais étonnamment je me suis sentie comprise et rassurée. Confiante, j'ai répété mentalement cette question « Où aller ? », mais cette fois-ci délibérément à l'arbre. J'ai attendu quelque chose dont j'ignorais la nature, mais je n'ai pas eu tort. Quelques instants plus tard, une branche au-dessus de ma tête s'est mise à trembler plus violemment que les autres. Je l'ai fixée, et ai demandé : « Par là ? » En réponse l'arbre s'est calmé et a cessé tout comportement étrange pour un végétal. J'ai eu l'impression que sa réponse était affirmative ; et j'ai décidé de suivre le conseil que j'avais cru comprendre.

« J'ai marché dans cette direction longtemps, à mon sens du moins, et j'ai fini par retrouver des paysages connus et donc mon chemin. Mes parents s'étaient tellement inquiétés qu'ils m'ont à peine punie. Ils estimaient que je m'étais punie moi-même en ayant eu si peur. L'arbre m'avait permis de m'en sortir. »

Galadhwen conclut ainsi son récit. Morwen resta bouche bée, encore sous le charme de l'histoire. Dans son esprit naïf d'enfant, il n'était pas étonnant de vivre des aventures si étranges ; elle ne considérait pas que cette péripétie était extraordinaire.

Par contre Faramir, Eowyn, Elboron et Finduilas semblaient rester sceptiques quant à la véracité de ce récit ; néanmoins ils avaient été tout de même charmés par les qualités de conteuse de l'Elfe.

Eowyn reprit ses esprit et s'adressa à sa fille :

--Morwen, tu pourrais remercier la gentille dame qui a cédé à tes caprices !

La fillette prit une expression contrite et dit alors d'une voix timide :

--Merci beaucoup madame !

Galadhwen sourit, et intercepta le regard interrogateur d'Arwen. D'un signe de tête, elle indiqua à la souveraine qu'elle aurait des précisions plus tard.

Depuis cette mésaventure qu'elle avait rapportée, l'Elfe avait toujours eu une relation unique et compliquée avec les arbres de Lórien. Grâce à eux, elle avait pris conscience très tôt de certains événements inéluctables, même si parfois elle avait préféré rester aveuglée. Toutefois ce don avait à une époque failli causer sa perte. Sans cette particularité sa vie aurait été si différente…

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Quelque chose n'allait pas... Les arbres n'étaient pas comme d'habitude, Galadhwen le ressentait bien. Les sentiments des mellyrn déteignaient sur elle-même, et elle partageait ainsi leur inquiétude. Que se passait-il ?

Pensive, elle continua sa marche solitaire au cœur de la forêt. Ces promenades avaient toujours été apaisantes, pourtant, en cet instant, l'esprit de la Galadhrim était torturé par cet étrange changement. Ce n'était pas grand chose, le soleil brillait haut dans le ciel, le vent jouait avec les branches des arbres, l'elanor et le niphredil étaient toujours aussi nombreux, les échos de l'eau claire d'un ruisseau à proximité résonnaient faiblement, tout semblait être normal. Comme toujours. Pourtant... les arbres étaient angoissés, Galadhwen en était sûre. Pourquoi, si tout semblait si paisible ?

Les pensées de la Galadhrim se tournèrent vers Haldir. Haldir... Où était-il en cet instant ? Pensait-il à elle ? Cela faisait déjà plusieurs jours qu'il l'avait quittée pour le monde extérieur. L'Elfe ne connaissait jamais les raisons exactes de ses absences, mais il lui assurait toujours que c'était sans danger... sans danger... Le monde extérieur était forcément dangereux dans l'esprit de Galadhwen, qui n'avait plus touché une épée depuis qu'elle avait failli se blesser avec. Avait-elle raison de tant s'inquiéter ? D'habitude, elle n'était pas aussi angoissée... Mais cela devait être l'influence des arbres.

Ses pas l'avaient guidée dans une petite clairière. La Galadhrim sourit enfin, et décida de s'asseoir dans l'herbe fraîche. Elle oublia ses pensées peu réjouissantes, et se laissa bercer par le chant de quelque oiseau. Ses inquiétudes s'envolèrent alors comme les gouttes de rosées matinale s'évaporent à la chaleur du soleil haut dans le ciel. Ayant retrouvé sa gaieté habituelle, elle se releva souplement, et décida de retourner à Caras Galadhon. Rumil et Orophin devaient l'attendre. Etrangement, les arbres ne semblaient plus non plus angoissés. Galadhwen sourit. Tout cela avait dû être une illusion, la fatigue sans doute... Soulagée, elle se promit de se reposer davantage afin d'éviter d'avoir à nouveau un tel malaise. Cela l'avait tant déstabilisée... Et puis, pourquoi un changement devait-il avoir lieu, si tout était si calme et paisible ? Le mal n'avait-il pas été mis hors d'état de nuire il y a déjà longtemps de cela ?

Ayant repris confiance en elle, elle éclata soudain de rire et s'exclama à voix haute :

--Que dirait Haldir s'il te voyait ? Et cesse de t'inquiéter pour lui, il sait parfaitement se défendre, heureusement qu'il n'est pas aussi maladroit que toi au tir à l'arc ! Il est donc un excellent guerrier !

Mais qu'elle ne le veuille ou non, son rire était forcé. Son angoisse n'avait pas été une illusion, un réel changement était en train de s'opérer.

La vie de tous allait être bouleversée.

Le déclin des Elfes s'était amorcé.

Une page se tournait, le temps s'écoulait et promettait un avenir incertain et trouble, qui viendrait malgré toute l'insouciance et le bonheur de nombreux êtres qui peuplaient la Terre du milieu.

A suivre.

Dans ce chapitre, les souvenirs sont assez prépondérants, mais par la suite ils seront beaucoup moins nombreux. Mais j'ai estimé qu'ils aident à mieux comprendre le personnage de Galadhwen. Et, je sais, le dernier paragraphe avant le dernier souvenir est ambigu, mais vous aurez des précisions dans le prochain chapitre, dont je peux vous donner le titre : « Les apparences sont parfois trompeuses ». Par contre je ne sais pas quand je le posterai.

J'espère que cela vous a plu !