Titre : De l'autre côté du miroir

Auteur : Saishi-san

Base : Harry Potter

Disclaimer : Les personnages sont la propriété exclusive de J.K.Rowling.

Note : Au précédent chapitre, j'ai décrit la maison de Rogue. Or, on m'a fait remarquer après coup que sa maison était déjà décrite au début du tome 6 et que ce que j'ai écrit ne correspond donc plus avec le livre. Ce n'est qu'un détail mais je préfère mentionner cet oubli.


Chapitre 2 : Un nouveau départ

Le couloir conduisit les deux arrivants dans une sorte de hall qui donnaient accès à plusieurs pièces. Au fond se dessinait la silhouette d'un escalier menant à l'étage supérieur où se trouvaient les chambres. Le hall était aussi peu éclairé que le couloir mais de la lumière provenait de la pièce la plus proche, l'illuminant ainsi un peu plus. Des bruits de voix se faisaient entendre à travers la porte à demi entrebâillée.

Severus se dirigea dans leur direction, intimant Drago de le suivre d'un geste, et ils débouchèrent dans une petite pièce où trônaient quelques fauteuils disposés autour d'un bon feu. A l'évidence, c'était une salle de repos ou de détente. Trois personnes y étaient assises, conversant sur on ne savait quoi. Ils se turent brusquement à leur arrivée, comme si ce qu'ils voyaient les étonnait énormément. Il y avait là une femme et deux hommes. Drago aurait donné tout l'or du monde pour se retrouver face à quelqu'un d'autre. En face de lui, se tenaient sa tante, Bellatrix Lestrange qu'il détestait profondément, et avec elle, son mari, Rodolphus, et son beau-frère, Rabastan. Tous trois aussi fous les uns que les autres et ayant une confiance aveugle envers leur maître.

De manière générale, Drago n'était pas en très bon terme avec les partisans du Seigneur des Ténèbres. Il ne les connaissait pas suffisamment et ceux-ci le traitaient comme un intrus qui gênait leurs plans. Le fait qu'il n'ait pas tué Dumbledore comme convenu les avaient sans doute conforté dans l'idée que le fils Malefoy n'était qu'un faible, indigne de l'attention que lui accordait le Maître. De plus, Drago avait toujours ressenti un certain malaise à leur contact, peut-être parce qu'il n'avait pas l'âme pourrie par autant de noirceur. Quand il les avait entendu parler de leurs crimes avec délectation et fierté, il s'était senti pris d'une soudaine envie de vomir. Et à présent, cette sensation revenait plus forte que jamais. Savoir qu'il était du même côté qu'eux et considéré comme leur égal le dégoûtait. Il avait souvent rêvé de sa vie future avec envie et empressement. Il se voyait déjà pavanant dans son immense manoir aux côtés d'une femme douce et aimante, tout en réfléchissant à la prochaine réforme qu'il pourrait soumettre au Ministère dès le lendemain, une multitude de serviteurs se précipitant pour exécuter ses quatre volontés. Et voilà qu'au lieu d'une vie parfaite, Drago héritait d'une existence misérable de traître, condamné à servir son seigneur sous peine de perdre la vie. Car il le savait. On ne quittait pas Lord Voldemort. Devenir un de ses partisans revenait à passer un contrat du même style qu'un Serment Inviolable.

Le silence régnait toujours dans la petite pièce, la surprise des trois Mangemorts étant encore présente. Avant même que quelqu'un ne puisse prononcer un mot, des pas se firent entendre et Drago vit avec horreur celui qui le terrifiait le plus après le Seigneur des Ténèbres, Fenrir Greyback, entrer dans la pièce. Greyback était connu pour être le pire des loups-garous car il ne montrait aucune pitié. Il mordait quiconque avait le malheur de croiser son chemin, et il avait une préférence pour les enfants. De plus, il avait pris l'habitude de chasser ses proies continuellement. Déguster de la chair humaine était devenue un véritable plaisir et il attaquait autant qu'il le pouvait. Greyback avait ainsi acquis la réputation d'être cruel et violent.

Drago ne l'avait vu que deux fois et ces deux rencontres ne lui avaient pas laissé un très bon souvenir. Entendre sa voix qui faisait plus penser à un animal qu'à un humain, sentir son souffle sur sa nuque et respirer cette odeur de sang et de mort qui se dégageait de lui avait complètement terrorisé l'ancien Serpentard. Face à Greyback, il avait eu l'impression que sa vie était constamment en suspens. Impression renforcée par les regards avides que lui lançait parfois le loup-garou. Drago était persuadé que s'il n'avait pas été retenu par les ordres du Seigneur des Ténèbres, Greyback aurait fait de lui sa proie avec empressement. Il faisait donc preuve d'une certaine nervosité quand celui-ci était dans les parages. Heureusement, cela arrivait très rarement.

"Vu le temps que vous avez mis pour revenir ici, je ne pensais pas vous revoir, parla enfin Bellatrix.

- Il était plus sûr de nous rendre ailleurs en cas de poursuite, répondit Rogue de sa voix habituellement doucereuse, une once de menace pointant toutefois dans sa voix.

- Dommage, dommage, lança Greyback, ses yeux emplis d'une lueur gourmande. Je me serais fait un plaisir de vous poursuivre et de vous faire payer votre désertion à ma manière.

- Ce n'est pas le cas, coupa Rogue. Dis-moi plutôt ce qui nous vaux l'honneur de ta visite.

- Je faisais mon rapport au Maître sur les évènements d'hier soir. Et d'ailleurs, il attend le tien avec hâte. Tu ne devrais pas le faire patienter plus longtemps. Dans ton intérêt."

Sur ces mots, il sortit avec un sourire froid et peu après, les conversations reprirent. La venue de Greyback provoquait toujours un certain malaise chez l'ensemble des Mangemorts et l'atmosphère s'améliorait considérablement une fois qu'il était parti. Même les plus vantards d'entre eux, telle Bellatrix, gardaient le silence en sa présence. Celle-ci, Rodolphus et Rabastan ne se préoccupèrent plus de Drago et Rogue, qui suivirent le conseil de Greyback et se rendirent dans la salle ou le Seigneur des Ténèbres avait pris l'habitude de siéger et de donner ses directives. C'était la salle la plus grande du bâtiment mais elle ne comportait qu'un unique trône destiné au confort du Seigneur Noir.

Avant même que les deux arrivants toquent à la porte pour annoncer leur arrivée, une voix glaciale se fit entendre de l'intérieur, leur intimant d'entrer. Cette voix accentua encore plus la frayeur de Drago, qui était déjà à son comble. Le Maître n'était pas connu pour sa clémence et son ouverture d'esprit. Avec lui, il fallait que tout soit fait selon les ordres, sans aucun imprévu. Et la mission de Drago n'était pas ce qu'on pouvait appeler une mission conforme aux ordres assignés. Même si le but qui était de vaincre Dumbledore avait été atteint, ce n'était pas Drago mais Rogue qui avait effectué cette tâche. Et le jeune homme se doutait que ce n'était pas ce qu'attendait son maître. Tuer le directeur de Poudlard n'avait été qu'une épreuve pour tester sa fiabilité et son efficacité pour savoir s'il ferait une bonne recrue. Et il avait lamentablement échoué. Malgré toutes les paroles rassurantes que Rogue lui avait dites et celles qu'il s'était répété pour lui-même, son appréhension n'en demeurait pas moins présente.

Malgré ses craintes, il tenta de montrer un visage impassible, prenant exemple sur Rogue. Faire savoir au Maître qu'il était déstabilisé et en proie à la plus grande frayeur de toute sa vie ne ferait que renforcer son plaisir. En effet, il adorait voir ses ennemis mais aussi ses partisans trembler devant lui et courber l'échine pour ne pas lui déplaire. Drago avait vite compris qu'il fallait éviter tout signe de faiblesse pour ne pas accentuer sa soumission et sa dépendance envers lui.

"Maître, fit Severus en s'inclinant, nous sommes venus vous informer de la réussite de la mission. Dumbledore est mort et ne nous ennuiera plus.

- Je le sais, répliqua Lord Voldemort. J'ai bien vu la joie des autres lorsqu'ils sont revenus. Ce que je ne m'explique pas, c'est la raison pour laquelle Drago n'a pas exécuté mes ordres."

Rogue resta silencieux et un sourire froid se dessina sur les lèvres du Lord, si fines qu'on en voyait juste une mince ligne. Drago pour sa part, savait qu'on ne pouvait pas tromper le Seigneur des Ténèbres. Il était au courant de tout et savait toujours quand on lui mentait. Ce n'était pas étonnant qu'il ait si vite découvert la vérité. Et dire que Rogue avait cru qu'il pourrait le berner avec des sornettes. Quel imbécile !

"Alors Drago, ajouta le Lord, qu'as-tu à dire pour justifier cet écart de conduite ?

- M… Maître, balbutia le concerné, je n'ai p… pas eu le temps de… de le faire. Je n'ai pas pu arrêter Rogue. Il m'a empêché d'accomplir ma mission parce qu'il voulait que j'échoue, continua-t-il, sa voix se faisant plus assurée."

Severus n'en crut pas ses oreilles. Son ancien élève venait de retourner la situation à son avantage en l'accusant, lui, d'avoir compromis sa mission. En son for intérieur, il ne put s'empêcher de ressentir une pointe d'étonnement mêlé à de l'admiration envers Drago. Dans une telle situation où il commençait clairement à perdre le contrôle de lui-même, il avait réussi à faire retomber sa faute sur le dos de quelqu'un d'autre, le dos de celui qui l'avait débarrassé de sa lourde tâche, en l'occurrence. Le gamin ne manquait singulièrement pas de culot. Il méritait bien son nom de Malefoy !

Voldemort n'eut pas l'air de le croire définitivement mais apparemment, il apprécia le comportement de sa dernière recrue. Le mensonge, la tromperie, la fourberie, voilà ce qu'il aimait. Il sentait que le jeune homme en face de lui avait un avenir prometteur, à condition qu'il soit bien formé. Cependant, il décida de jouer un peu avec lui avant de le congédier.

"C'est peut-être le cas mais tu as quand même fait un faux-pas et cela ne peut rester impuni, Drago.

- Maître, le supplia Drago, je ferais tout ce que vous désirez pour me racheter. Je sais ce que je peux faire pour que vous pardonniez ma faute.

- Ah oui ? répondit Voldemort, l'air légèrement intrigué. Et qu'est-ce donc ?

- Je vais vous amener Harry Potter. Je sais comment faire. Et croyez-moi, il mordra à l'hameçon."

Voldemort fut quelque peu surpris. Il s'attendait à tout sauf à ce genre de proposition. Mais après tout, pourquoi pas ? Il n'avait qu'à laisser faire les sous-fifres pour lui amener le Survivant sur un plateau et il n'aurait plus qu'à le tuer. Il suffirait de placer Drago sous surveillance pour veiller à ce que de soudaines envies de désertion n'occupe son esprit. Severus Rogue ferait entièrement l'affaire. C'était l'un des Mangemorts en qui il avait le plus confiance. Avoir réussi à berner Dumbledore aussi longtemps et avec autant de facilité valait une haute considération. Et puis, c'était Rogue qui l'avait débarrassé de son pire ennemi mais aussi de sa pire crainte.

"Très bien, reprit-il. Cependant, pendant tout le temps que durera cette mission, tu seras surveillé par Severus qui me fera un rapport complet des tes agissements. De plus, je pense qu'avant de te lancer à la recherche de Potter, tu ferais bien de bénéficier d'une petite formation. Ton niveau est faible et il est important que tu apprennes les techniques nécessaires à tout bon Mangemort. Tu commenceras ta mission dans deux mois."

Puis, jugeant que la conversation était close, il les congédia d'un geste et repartit à ses plans pour conquérir le monde.

Rogue et Drago avaient eu une petite conversation après cette entrevue. L'adulte n'avait guère apprécié d'être décris comme celui qui avait usurpé à Drago sa mission et l'avait rendu responsable de son échec. Mais le jeune homme lui avait assuré que c'était le seul moyen pour lui de s'en sortir sans trop de dommages. Et de toute façon, Rogue n'avait reçu aucun châtiment donc tout allait bien. La discussion s'était arrêtée là et considérée comme close.


Au cours des semaines qui suivirent, Drago entreprit sa formation et fut très étonné de constater le nombre de choses qu'il avait à apprendre. Lui qui avait pensé que l'école était terminée pour lui, voilà qu'il s'y remettait, accompagné de surcroît par des professeurs très particuliers. Rogue ne lui enseignait que la pratique de la légilimencie et c'était déjà bien suffisant pour l'ancien Serpentard. Son professeur était loin d'être tendre avec lui et ne lui permettait pas la moindre erreur. La légilimencie, d'après lui, était une science extrêmement difficile à maîtriser et compte tenu du peu de temps dont ils disposaient, chaque séance de travail devait être profitable. On ne pouvait décemment pas espérer que Drago devienne un légilimens accompli dans deux mois mais les compétences acquises lui serviraient amplement pendant un combat, pour deviner les prochains coups de son adversaire, si tant est que ledit adversaire n'ait que de maigres connaissances en occlumencie.

Cette matière l'occupait trois fois par semaine, le lundi, le jeudi et le samedi. Outre ceci, il avait également des cours de nécromancie le mardi et le vendredi, qui lui serviraient à invoquer des Inferius en combat, ce qui était un atout non négligeable. Cet enseignement était dispensé par Antonin Dolohov, un des premiers à avoir rallié le Seigneur des Ténèbres en 1955. Dolohov était un personnage assez sauvage qui n'aimait apparemment pas les enfants, et dispenser des cours à un jeune apprenti ne l'enchantait guère. Celui-ci effrayait un peu le jeune homme mais ce n'était rien comparé à ce que lui inspirait son troisième et dernier professeur qui se trouvait être Bellatrix Lestrange, sa tante bien-aimée. Elle lui apprenait à lancer les Sortièlges Impardonnables le mercredi et le dimanche, chose indispensable pour un futur Mangemort. Lord Voldemort avait en effet remarqué qu'il manquait singulièrement de volonté et de haine à Drago pour lancer ces trois sorts. C'était un défaut auquel il fallait immédiatement remédié et Bellatrix avait été le professeur tout désigné pour cette tâche. Selon les mots de Rogue lui-même, elle était la plus folle et la plus passionnée par les pratiques de la magie noire et elle se trouvait être la meilleure personne pour lui enseigner à tuer, à faire souffrir et à contrôler l'esprit d'autrui.

Chaque jour, il devait assister à un cours et s'appliquer du mieux que possible aux différents exercices imposés par ses exigeants professeurs. Et il n'avait pas droit à l'erreur. Le temps leur manquait trop pour perdre plus de deux mois à l'éduquer correctement. Le rythme qu'il devait s'efforcer de suivre était tel que Drago était épuisé et tenait à peine debout à la fin de la journée. Mais il supporta sans broncher le traitement qu'on lui réservait, sachant qu'il aurait droit à quelques sortilèges Doloris pour lui remettre les idées en places si jamais il émettait une plainte quelconque.

Le temps passa à une vitesse étonnante et Drago réalisa que sa vie chez les Mangemorts ne se déroulait pas si mal. Il n'était pas dans les petites faveurs du Maître et ce n'était pas non plus la vie de château. Lever à 6 heures, petit-déjeuner infect avec des criminels qui n'étaient pas très causants et entraînement intensif, c'était un programme assez éprouvant. Mais Drago s'y était vite habitué et son esprit s'était endurci.

Il repensait parfois à sa mère et essayait d'imaginer sa réaction si jamais elle le voyait dans une telle situation. Nul doute qu'elle s'effondrerait en larmes et plaindrait son fils adoré qu'elle aimait tant. Mais dans un sens, Drago préférait que sa mère soit loin de lui. Sans s'en apercevoir, il s'était mis à supporter de plus en plus difficilement son comportement protecteur envers lui. Et enfin, ici, on le traitait en adulte. Ce n'était pas non plus une reconnaissance d'égal à égal mais au moins, on ne le traitait plus comme un gamin pourri gâté.

Penser à sa mère fit remonter à sa mémoire le souvenir de son père. Où était-il ? Que lui était-il arrivé ? Drago ne se souvenait pas l'avoir vu depuis qu'il était ici et pourtant, tous les Mnagemorts s'étaient présentés à lui au cours de sa première semaine. Les rares fois où il se demandait quelle horrible chose avait bien pu arriver à son père, il tentait de dissimuler la pointe d'angoisse qui le saisissait en cet instant, au fond de lui et de ne pas paraître inquiété. C'était peut-être ce que le Seigneur des Ténèbres recherchait et Drago ne voulait pas lui donner la satisfaction de le voir apeuré. Il voulait montrer à tous qu'il devenait fort et dur, même si dans son cœur, il savait qu'il n'était pas ce genre d'homme. Il était un lâche et un trouillard et il le resterait jusqu'à la fin de sa vie. Cependant, montrer son caractère au grand jour ne ferait qu'accentuer le mépris que certains Mangemorts lui témoignaient.

Drago continuait donc son entraînement en silence, essayant d'enfouir les souvenirs de sa famille au fin fond de son esprit et de les oublier. Ce temps-là était désormais révolu.


Septembre était arrivé et avait amené avec lui le premier jour de pluie depuis plusieurs mois. L'eau tombait sans relâche et de gros nuages s'amoncelaient au-dessus du petit village de Godric's Hollow. Bien qu'on soit encore en plein après-midi, les rues étaient désertes et la plupart des habitants s'étaient réfugiés chez eux ou à l'unique pub du hameau. Dans celui-ci, outre les quelques vieillards du coin – la population de Godric's Hollow semblait être généralement âgée de plus 70 ans – se tenaient trois adolescents, pratiquement des adultes.

Ils avaient attiré l'attention dès leur entrée car voir un peu de jeunesse en ces lieux était devenu très rare. En effet, Godric's Hollow dépérissait de plus en plus et la population jeune était partie en quête d'une ville plus dynamique et à la hauteur de leurs ambitions, laissant ceux du troisième âge prendre possession du village. Les trois jeunes gens ne désirant pas faire l'objet de tous les regards plus longtemps, ils s'étaient installés à une table disposée dans le coin le plus sombre de la pièce. L'un d'eux tenait une édition de la Gazette du Sorcier, datée du jour même. Un article avait attiré leur attention.

3 Septembre 1997

Ouverture maintenue

Hier dans la matinée, Minerva McGonagall, ancienne directrice de Poudlard, a annoncé à toute la communauté sorcière que Poudlard resterait ouvert malgré la mort du directeur et de la peine que cela avait causé aux enseignants et aux élèves. Elle reprendra le poste de directrice et conservera l'enseignement de la métamorphose.

"Poudlard était l'œuvre d'Albus Dumbledore, nous a-t-elle déclaré. Fermer l'école serait comme le faire mourir une seconde fois et je ne peux m'y résoudre. La moindre chose que je puisse faire pour honorer sa mémoire, c'est de poursuivre son œuvre en maintenant l'école ouverte et en acceptant tous les volontaires."

Tout est dit. Espérons seulement que les élèves seront au rendez-vous.

"Qu'est-ce que tu en penses, Harry ? dit l'une des trois personnes.

- Je pense que c'est une bonne chose, murmura-t-il pour ne pas se faire entendre des autres buveurs. Nous ne devons pas montrer à Voldemort une quelconque faiblesse et garder Poudlard ouvert est une excellente façon de lui rappeler que nous le combattons toujours et que nous ne renonçons pas.

- Bravo Harry ! Bien dit ! s'écria Ronald Weasley, s'attirant un regard désapprobateur d'Hermione Granger.

- Enfin Ron, le réprimanda-t-elle avec un petit soupir d'agacement. Essaie d'être un peu plus discret.

- On devrait y aller pendant que la pluie s'est calmée", dit Harry, coupant court à la dispute qui n'allait sûrement pas tarder à éclater entre ses deux meilleurs amis.

Les deux autres acquiescèrent et le suivirent au-dehors après avoir réglé l'addition et demandé quelques informations au barman. Puis, le trio parcourut les petites rues toujours désertes, où régnait une odeur d'humidité. Atteindre leur but leur prit une petite demi-heure et ils arrivèrent bientôt à une placette où devait auparavant figurer une maison. Aujourd'hui, on ne distinguait que des morceaux de pierre et de bois parmi les herbes folles qui tentaient vaillamment de repousser sur le sol carbonisé.

L'endroit semblait particulièrement oppressant. Harry s'approcha des ruines, ses deux amis restant légèrement à l'écart. Voir l'ancienne maison qui avait été le foyer de sa famille ainsi réduite en poussières lui portait un coup au cœur mais Harry savait que c'était une étape nécessaire avant d'entamer sa quête des Horcruxes. Il n'avait jamais eu la possibilité de se rendre là où il avait vécu heureux avec ses parents. Seuls ces vestiges témoignaient de leur existence à présent et il tenait à venir ici pour faire un dernier adieu à ses parents. Car lui-même ignorait s'il ressortirait vivant de ce qu'il s'apprêtait à faire.

Harry foula la terre qui avait autrefois accueilli la maison des Potter et il sentit une vague de nostalgie l'envahir, ainsi qu'une douleur assez intense. Quand il y réfléchissait, Godric's Hollow n'avait occupé qu'une année de sa vie et seuls quelques maigres souvenirs concernaient cette période. Le jeune homme avait la vague impression de découvrir cet endroit pour la première fois alors que c'était le lieu de ces origines.

Tout à coup, son pied buta sur quelque chose et en se baissant, il vit que c'était un bout de bois qui dépassait du sol. Il le retira avec précaution pour découvrir une plaque en bois écaillé, sur laquelle était inscrit l'unique mot "Potter". Le temps avait pratiquement effacé l'encre mais pas suffisamment pour que cela en devienne illisible. Ce bout de bois avait sans doute été placé sur la porte d'entrée lorsque le couple s'était installé. Harry eut un serrement au cœur en pensant qu'ils ne se voyaient sûrement pas finir à l'état de cadavres quand ils avaient pendu la crémaillère. Dire qu'ils auraient mérité une existence paisible et heureuse au lieu d'être tués par le plus grand mage noir du siècle, Lord Voldemort.

A cet instant, Harry comprit toute l'ampleur de la haine qu'il ressentait à l'égard de cet homme qui lui avait tout pris. D'abord ses parents, puis son parrain et pour finir sa vie. A à peine 17 ans, il devait se résoudre à accomplir une prophétie dans laquelle il serait soit le tueur, soit la victime. Quelle que soit l'issue du combat qui les opposerait, Harry n'en ressortirait pas indemne et aurait à subir le souvenir de cet instant jusqu'à sa mort. Voldemort l'avait privé d'une vie normale et l'avait condamné à porter de lourdes responsabilités pour un adolescent.

L'ancien Gryffondor se pencha et caressa un fragment de poutre noircie qui traînait dans un coin.

Papa, Maman, vous verrez. Je vais bientôt vous venger et débarrasser le monde du pire fléau qu'il ait eu à porter. Voldemort va payer pour tous ses crimes.

Il se releva et partit avec Ron et Hermione en direction de la gare la plus proche. Il n'avait plus rien à faire ici. Il était maintenant temps d'agir.