Famille

Un salon, spacieux et lumineux. Un feu dans la cheminée crépite doucement et projette sur les murs de bois des reflets couleur miel. La blancheur des murs contraste étrangement avec le carré de ciel noir de la fenêtre. Au centre de la pièce, une table. Autour, quatre personnes. Un grand brun maussade, un blond dégingandé au visage avenant, un jeune garçon, une adolescente souriante et une boule de poils blanche et très agitée.

- Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? C'est une recette de ce pays que j'ai voulu tester, mais je ne sais pas si…

- C'est délicieux, monsieur Fye ! Vous êtes un excellent cuisinier !

- C'est vrai, c'est succulent !

- Mokona a adoré !

Un silence. La tablée se tourne vers le seul convive resté silencieux. Celui-ci lorgne son assiette d'un air peu convaincu. Il finit par porter lentement – et encore assez maladroitement, pauvre Kuro-toutou qui ne tombe jamais sur un monde où l'on utilise les baguettes ! – sa fourchette à sa bouche. Son expression est impénétrable.

- C'est… sucré, finit-il par dire.

- Tu n'aimes pas, alors ? Moi qui avais préparé ce plat avec amour ! feint de se lamenter son interlocuteur.

- …Mais c'est pas mauvais, concède le brun de mauvaise grâce.

A ces mots, un large sourire se dessine sur la figure du magicien.

- Hyuuuuuu ! Hyuuuuu ! Kuro-daddy aime ma cuisine !

- Je m'appelle KU-RO-GA-NE !

- Kuro-daddy a dit qu'il aimait la cuisine de Fye ! Kuro-daddy a dit qu'il aimait la cuisine de Fye !

- Toi, le manjuu, n'en rajoute pas !

- Ah, au fait, comme j'ai été faire les courses aujourd'hui, j'ai ramené du sake !

- Ouais, du sake, du sake, du sake !

- Ah non ! J'avais dit plus d'alcool jusqu'à nouvel ordre !

- Mais, Kurooooooo-chaaaaaaan…

- NON, C'EST NON ! Et… Fye, tu m'écoutes ? REMPORTE CES BOUTEILLES IMMEDIATEMENT !

L'image se trouble puis disparaît. Yûko rigole doucement. Elle sort du pentacle dont les lignes rouges forment sur le sol de complexes arabesques et repose le miroir ouvragé sur une étagère.

- J'étais un peu inquiète pour Mokona, mais je crois que je n'ai pas à m'en faire…

Elle souffle une à une les quatre bougies disposées dans les angles de la pièce et sort. La porte se referme sans bruit derrière elle.

- Je suis heureuse qu'il se soit trouvé une famille…