Chapitre 12 : Maux de cœur
On était à la mi-novembre, et les élèves étaient tous un peu fatigués ce matin-là. Leur nouveau professeur de potions leur donnait du fil à retordre. Toutefois, l'arrivée des vacances moins d'un mois plus tard les réconfortait. Le soir même, au dîner, alors que les garçons parlaient Quidditch avec Melody et Naomy, le fond sonore baissa pour laisser entendre une voix que Al reconnut comme celle de Miguel. Il constata avec étonnement la place vide de son ami.
"…Juliette, ne comprends-tu pas à quel point tu m'es importante ? Sans toi, à quoi servirait de vivre ? Tu illumines ma vie comme le soleil illumine le ciel, je rêve de toi chaque nuit, je ne peux plus me passer de toi ! Je t'aime !
- Non mais t'es pas bien !"
Une claque retentissante coupa le jeune garçon qui voulait poursuivre. Il revint, penaud et marmonnant :
"Ca faisait quatre jours que je la préparais !"
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Les cours de défense contre les forces du mal étaient assurés par un professeur du nom de M. Joys, plutôt bien vu des élèves. Les Gryffondors partageaient son cours avec les Poufsouffles, aussitôt suivi de la pause de quinze heures. Naomy sortit avec les autres, ce qui n'étonna personne, étant plutôt distante depuis quelques temps. Elle alla se poster à l'angle d'un couloir et attendit patiemment Grindewald. Lorsqu'il passa, elle l'attrapa par l'épaule.
"Qu'est-ce que tu veux ? dit-il sans la regarder.
- Je voudrais m'excuser pour l'autre jour. Ce surnom est ridicule, et la blague de mes amis est pire encore. J'espère que ça ne t'a pas causé trop d'ennuis...
- Ma petite amie m'a quitté, tellement elle avait honte, les gens se moquent de moi, et Marsh ne m'a pas raté, mais à part ça tout va bien !
- Je ne suis pas d'accord avec ce qu'ils ont fait alors ne passent pas ta colère sur moi s'il te
plait !
- Mais pourquoi as-tu été effrayé quand j'ai voulu savoir ce que tu avais ?
- Je ne te connais pas, et ça m'a étonné. Désolée.
- Ce n'est pas grave", dit-il avec un sourire.
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Depuis ce jour, Melody savait que Grindewald rendait fréquemment visite à Naomy, loin des regards des trois garçons. Bien qu'elle n'approuvait pas forcément, elle s'efforçait de la couvrir comme elle pouvait en prétextant des passages à la bibliothèque. Naomy était censée l'y rejoindre avant le couvre-feu, cette fois-ci, elle ne s'y trouva pas. Melody dû rentrer à la salle commune, angoissée. Miguel et Nicolas étaient plongés dans une partie d'échecs, mais Al la remarqua tout de suite.
« Naomy n'est pas avec toi ?
- Elle…non, encore à la bibliothèque, mais elle arrive. Une recherche en métamorphose…
- Une recherche ! Mais quelle recherche ? demanda Nicolas.
- Ne me dis pas que tu ne l'as pas encore faite ? Si tu continues, tu finiras avec un T comme troll, fais attention ! »
Les trois garçons se précipitèrent sur leurs livres pour essayer de trouver où ils avaient pu marquer cette recherche, quand Naomy entra. Ils la questionnèrent aussitôt.
« Mais c'est dans une semaine ! J'ai juste voulu m'avancer, on a beaucoup de devoirs.»
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Une semaine plus tard, le directeur annonça une nouvelle qui se répandit très vite : un bal à l'occasion de Noël aurait lieu le soir du 24 décembre. Une sortie à Pré-au-Lard était également prévue pour les divers achats des élèves, le samedi même de cette semaine.
Après avoir décidé qu'elle s'y rendrait sans les garçons, juste avec Melody, Naomy se dirigea vers la tapisserie de Barnabas Le Follet pour rejoindre David. Au bout de cinq minutes, il arriva. Tout à coup, il commença :
« Au fait Naomy…
- Oui ?
- Est-ce que ça te dirait de m'accompagner au bal de Noël ?»
La jeune fille, éberluée, le regarda en clignant des yeux, réfléchissant à toute vitesse.
« Heu…écoute…je…
- Si tu ne veux pas, dis-le tout de suite…»
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La sortie à Pré-au-Lard avait été très attendue des élèves. Naomy avait presque du égorger Miguel pour pouvoir rester seule avec Melody. Elles se promenaient toutes deux, cherchant des yeux une boutique qui ne soit pas bondée. Près de la fin du village, elles dénichèrent un magasin à l'allure engageante mais semblant dater de plusieurs siècles. Curieuses, elles poussèrent la porte et ce qu'elles virent leur coupa le souffle, comparé à l'extérieur : des centaines de vêtements soigneusement pliés sur des étagères attendaient d'être essayés, une multitude de robes étaient suspendus sur les côtés de la pièce, et une montagne de boîtes à chaussures surplombait le comptoir derrière lequel elles se trouvaient. Une femme brune y faisait ses comptes dans un grand livre lorsque les deux jeunes filles entrèrent. La vendeuse releva la tête et leur fit un sourire digne d'Edmond Lockart (s'il était déjà né, c'est peut-être sa grand-mère…).
« Bonjours mesdemoiselles, je peux vous aider ?
- Bonjour madame, la salua Melody. En effet, nous avons besoin d'aide. Nous cherchons des tenues pour le bal de Noël de Poudlard.
- Déjà ? Ils en font tous les trois ans, vous aurez le plaisir d'yaller plusieurs fois dans votre scolarité! Quelle chance !
- En effet, c'est génial, n'est-ce pas Naomy ? Naomy !
- Oui, excuse-moi, tu disais, dis la jeune fille en se détachant de la maison qu'elle fixait depuis un moment par la vitrine.
- On aura trois fois le bal de Noël ! C'est tous les trois ans.
- C'est super !
- Alors, dîtes-moi, jeunes filles, que voulez-vous ? Robes, jupes, corsets, ce n'est guère plus à la mode, mais c'est tellement élégant !
- Robes, c'est mieux, dit Naomy.
- Je suis d'accord.
- Alors c'est parti pour les essayages ! »
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Une heure et demi plus tard, elles repartirent les mains vides, la vendeuse devant les faire livrer moins d'une semaine plus tard, le temps de faire les retouches nécessaires.
Naomy marchait d'un pas décidé, tout en ignorant Melody, en direction de la vieille maison qu'elle avait aperçue du magasin. Malgré l'enseigne illisible et rouillée qui pendait lamentablement au dessus de la porte, son instinct peut-être, l'incita à entrer. Elle pénétra dans la maison, et aussitôt une sonnette retentit. Naomy jeta un regard circulaire à la pièce et découvrit un intérieur qui n'avait rien à voir avec la façade : au centre de la pièce se dressait une table en bois recouverte d'un tissu blanc ; des tentures colorées masquaient les fenêtres et filtraient la lumière, conférant à la pièce une atmosphère chaleureuse et accueillante en raison du froid mordant de l'hiver ; quelques étagères disposées régulièrement, d'une propreté irréprochable, supportaient de nombreux grimoires et beaucoup de bocaux que Naomy aurait préféré voir poussiéreux. Plongée dans sa contemplation des lieux, elle percuta quelqu'un qui la rattrapa par le poignet avant qu'elle ne tombe. A ce contact, elle perdit connaissance et s'écroula par terre.
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Naomy était dans un endroit qu'elle ne connaissait pas, plongée dans l'obscurité. La jeune fille fit quelques pas en avant quand un rire la fit sursauter. Près d'elle quelqu'un pouffait, ne semblant pas remarquer sa présence. A sa droite une porte s'ouvrit, inondant la pièce de lumière, et révélant une chambre. Dans l'encadrement de la porte, bien qu'à contre-jour, Naomy reconnut sa mère :
« Naomy, sors de là tout de suite ! On a dit au lit, alors arrête de te lever pour regarder la télé par la serrure ! Ça suffit maintenant !»
Une petite fille d'environ trois ans sortit timidement de sous son lit avec un air faussement désolé, ses grands yeux violets rieurs.
« Pardon Maman. »
Sa mère s'efforça de rester sérieuse et autoritaire.
« Va te coucher maintenant. »
La scène s'arrêta là, la pièce fut plongée dans le brouillard, et laissa place à un autre lieu. Tous les souvenirs de Naomy se déroulèrent ainsi : la naissance de sa petite sœur, sa rencontre avec Miguel, le divorce de ses parents, la venue de son beau-père, la lettre de Poudlard, sa rencontre avec Al, Michaël, le magasin, la pièce où elle s'était évanouie.
C'était étrange de revivre sa vie à toute vitesse, elle paraissait à la fois longue mais également très courte. Chaque scène se passait assez lentement pour que Naomy puisse revivre chaque seconde, mais assez court pour que chacune ne dure qu'à peine une demi seconde lorsqu'on était pas dans l'esprit de Naomy.
A ce moment commença son futur : toute sa scolarité, sa cohabitation avec ses amis dans un appartement de Londres, le mariage de Nicolas et Melody, le départ de Miguel parti vivre en France, la réunion des cinq amis quatre ans après, avec les époux de certains, sa solitude alors qu'elle se croyait abandonnée. Les émotions qu'elle ressentait étaient très fortes, et le bonheur l'envahit lorsqu'elle vit son double adulte recevoir chez elle un Albus bien changé.
Puis une scène qui la vida de ses forces : la mort de Grindewald, chose qu'elle savait inévitable mais qu'elle avait jusque là espérée ne jamais se produire. Al, David et elle adulte se trouvaient dans la clairière de la forêt interdite. Les deux hommes se regardaient, imperturbables, baguettes en main, alors qu'elle se trouvait en retrait et les observaient, anxieuse. Soudain, les sorts fusèrent sans qu'ils ne prononcent un mot. Chacun les évitait ou les parait, au grand soulagement de Naomy adulte et enfant, mais qui savaient que ça ne s'arrêterait pas là. Tout à coup, des éclairs verts sortirent des deux baguettes. La Naomy adulte se précipita entre eux et reçut les sorts de plein fouet. Mais une chose étrange se produisit alors : ce fut comme si la scène se rembobinait, revint au moment où les Avada Kedavra étaient jetés, mais la jeune femme ne put cette fois pas s'interposer : un jeune homme brun aux yeux marrons et lunettes rondes apparut, comme ça, et s'élança sur elle pour l'empêcher de courir. Les deux Naomy virent David recevoir le sortilège impardonnable, et poussèrent toutes deux un cri strident avant de fondre en larmes. Le jeune homme brun disparut. Al courut jusqu'à la jeune femme et tenta de la réconforter. Elle vacilla et s'agrippa à lui en pleurant. La jeune Naomy suivait cet échange, abattue, mais en même temps pleine d'espoir.
« Comment as-tu pu, Al ? Tu n'avais pas de raison de faire ça…
- Bien sûr que si, sinon je n'aurais pas osé…
- Ce n'était pas à toi de le punir pour ses crimes ! s'écria-t-elle, secouée de sanglots.
- Ce n'est pas que pour ses crimes, Naomy. Si ce n'était que ça, je n'aurais rien fait.
- Alors pourquoi ? Pourquoi l'as-tu tué ? On en avait parlé il y a presque quinze ans, et je t'avais dit que tu ne le ferais que si tu avais de bonnes raisons, mais que sinon rien ne t'y obligeait…rien ne t'y obligeait.
- Naomy, regarde-moi.
Elle s'exécuta et leva sur lui ses yeux embués de larmes.
- Tu l'aimes ?
- Je l'ai aimé. Il y a longtemps.
- Alors pourquoi pleures-tu comme ça ?
- Je ne sais pas…je suis perdue, je ne sais plus quoi penser. Mais je ne veux pas te voir pour l'instant. Va-t-en.
- Je ne te laisserai pas seule ici.
- J'ai vingt-six ans, Al, je suis majeure, et je suis libre de faire ce que je veux !
- Tu ne peux pas rester là, Naomy…
- Tais-toi et pars !
- Non, je…
- Va-t-en !!! cria-t-elle en levant sa main pour le gifler, mais il lui attrapa le poignet à temps.
- Très bien, je m'en vais, puisque tu le désires tant. Je vais te laisser faire tes adieux à l'homme de ta vie et je vais disparaître, puisque si j'ai bien compris, me voir te rappelle l'amour que tu lui portes encore et qui te fais tant souffrir, déclara-t-il tandis que la jeune femme le regardait, étonnée. Mais sache une chose, Naomy Redhot, si je l'ai tué, c'est parce que je t'aime et j'ai voulu te protéger de lui, il te faisait souffrir. Alors adieu.
- Tu te trompes, dit-elle tandis qu'il s'éloignait, tu te trompes, Al ! Regarde-moi quand je te parle !
- Pour que tu me dises quoi, questionna-t-il en se retournant toutefois. Pour que tu me dises quoi ?
- Mais Al, ça fait des années que je souffre, mais c'est à cause de toi.
- Ah, parce que ça va retomber sur moi maintenant ?
- J'ai souffert parce que… parce que je t'aime, et que tu ne m'as jamais vu autrement que comme une amie. Jusqu'à aujourd'hui, si tu dis vrai.
Ils se regardèrent en silence, dans le silence de la forêt et le froid du début de l'hiver. La jeune Naomy n'en revenait pas, elle était heureuse mais anxieuse en même temps. Et si il disait faux ? Elle allait passer sa vie à attendre quelque chose qui ne viendrait pas, car malgré si ce qu'elle venait de voir était faux, elle ne pourrait s'empêcher d'espérer. Soudain, il rompit l'immobilité de la clairière en s'approchant de Naomy. Il l'observa un instant, repoussa une mèche de cheveux qui retombait sur ses yeux, lui caressa la joue puis la serra dans ses bras. Il l'écarta de lui et l'embrassa tendrement. Les deux Naomy irradiaient de bonheur. Mais soudain, tout s'effaça, et Naomy se sentit avec regret tomber dans un profond sommeil.
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Melody entendit sa meilleure amie crier. Elle tenta de courir mais la neige était épaisse, et elle était obligée de faire de grands pas pour y parvenir. Elle trébucha plusieurs fois, avant d'atteindre enfin la porte. Elle l'ouvrit à la volée et trouva Naomy étendue par terre, une femme qu'elle aurait préféré ne pas revoir à genou auprès d'elle, qui la tenait fermement par le poignet. De longues mèches blanches contrastaient sur sa chevelure brune qui lui retombait dans le bas du dos. Ses yeux écarquillés semblaient recouverts d'un voile blanc et donnaient à son visage, où se lisait l'horreur, un air étrange. Melody sursauta en apercevant une mèche brune qui lui balayait le visage devenir lentement aussi blanche que ses yeux.
La jeune fille prit peur, se précipita pour ôter le fragile poignet de son amie de l'emprise de la femme, et commença à secouer Naomy de toutes ses forces. Sa meilleure amie ne réagissant pas et étant très pâle, elle commença à paniquer. Elle vit du coin de l'œil la femme à ses côtés se relever et s'éloigner. Elle revint avec une plume qu'elle tenait avec un mouchoir et dit d'un ton sec à Melody :
« Prenez ceci, c'est un Portoloin qui vous conduira devant les grilles de Poudlard, et emmenez-la d'urgence à l'infirmerie. »
Devant l'air sceptique de Melody, elle ajouta :
« A moins que vous ne souhaitiez qu'elle finisse sa vie dans le coma…»
La jeune fille prit la main de son amie et attrapa d'un geste vif le Portoloin.
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Al, Nicolas et Miguel rentraient en riant de leur tournée des confiseries de Pré-au-Lard. Ils portaient chacun deux sacs remplis de bonbons, et le total était digne d'une réserve pour l'hiver d'une armée d'écureuils (enfin…si ça avait été des noisettes…). Soudain, derrière eux, retentit le bruit d'une chute. Ils se retournèrent en même temps, intrigués. Miguel poussa un cri perçant et étrangement très aigu, si bien que Al et Nicolas le regardèrent bizarrement. Miguel se précipita sur Naomy, les deux autres garçons, qui se concertaient du regard, se rappelèrent enfin la présence de leurs amies et coururent à leur tour vers elles en criant. Melody, affolée, tenta de leur expliquer la situation en quatrième vitesse. Mais tous occupés qu'ils étaient à essayer de ranimer Naomy, ils ne l'écoutaient pas. Ils ne daignèrent s'intéresser à ce qu'elle disait lorsqu'elle leur hurla dessus à pleins poumons :
« Mais arrêtez de vous battre pour savoir qui va lui faire du bouche à bouche !!! Elle va tomber dans le coma si on ne l'emmène pas tout de suite à l'infirmerie !!! »
A ces mots, elle éclata en sanglots. Les garçons se précipitèrent sur le corps inerte, le hissèrent sur leurs épaules, et l'emmenèrent au pas de course à l'infirmerie. Mme Joder les accueillit sans poser de questions.
« Sortez, elle a besoin de calme » furent ses seules paroles. Ils retournèrent à la salle commune, inquiets. Une demi-heure plus tard, Mme Drym les envoyait chez le directeur.
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Le directeur en question était dans son bureau où il faisait les cent pas. Cette histoire entre Grindewald et Dumbledore le tourmentait. La jeune Redhot n'arrangeait pas les choses. D'après l'infirmière, elle était entrée en contact avec une voyante. Et alors ? Toucher une voyante ne menaçait personne de tomber dans le coma. A moins que… Quelques coups discrets à la porte le tirèrent de ses réflexions.
« Entrez ! »
Les quatre Gryffondors et leur directrice entrèrent. Il leur indiqua des sièges avant de se placer derrière son bureau.
« Bonjour, messieurs, mesdemoiselles. Votre camarade va mieux. Vous pourrez aller la voir en sortant d'ici. Mais tout d'abord, j'aimerais que vous me racontiez comment diable est-elle entrée en contact avec une voyante ? Et laquelle ? »
Melody raconta timidement ce qui s'était passé.
« Cette voyante m'a donné un Portoloin et nous sommes revenues ici avec l'aide de Al, Nicolas et Miguel.
- Mais savez-vous qui elle était ?
- C'était…la mère de David Grindewald, élève en première année ici à Poufsouffle.
- En êtes-vous sûre jeune fille ? demanda le directeur en se penchant au dessus de son bureau, En êtes-vous certaine ?
- Absolument.
- Et comment l'avez-vous reconnue ?
- …Heu…Je…l'ai déjà vue, dans le journal, je crois, et j'ai déjà croisé son fils, j'ai fait le rapprochement entre les deux noms.
- Combien de temps Mme Grindewald l'a-t-elle touchée ?
- Pas plus de six ou sept minutes.
- Merci mademoiselle, vous pouvez tous sortir. »
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Naomy, en effet parfaitement réveillée grâce aux bons soins de l'infirmière, repensait à ce qu'elle avait vu. Dans son cas, beaucoup de personnes auraient douté de ces visions, mais Naomy savait que c'était bien réel.Ce n'était pas de l'espoir, elle en était certaine, tout simplement. Quelque chose en elle s'était réveillé, qu'elle ne connaissait pas, qui lui donnait la certitude que chaque instant de sa vie future qu'elle avait vécue allait vraiment se passer. Elle souriait de bonheur à cette idée, quand la porte s'ouvrit sur ses amis.
« Vous êtes là ! Je ne m'attendais pas à vous voir si tôt.
- Evidemment qu'on est venu ! s'écria Al. Dès qu'on a pu ! Tu croyais qu'on allait t'oublier et demain nous dire, "ah oui, c'est vrai, Naomy est à l'infirmerie, il faudrait peut-être qu'on aille la voir ?" Tu nous prends pour qui ?
- Merci, vous êtes gentils. Mais dîtes moi, comment tu m'as ramenée ici, Melody ?»
Melody raconta encore une fois, cette fois coupée par les garçons qui ajoutaient des commentaires, mais en omettant de mentionner la mère de Grindewald.
« Ils se sont battus pour savoir qui allait te faire du bouche à bouche !
- Vous n'êtes pas sérieux les garçons ! s'exclama Naomy en riant. Surtout toi Al !
- Et toi alors, commença Nicolas, que s'est-il passé ?
- Je…je ne peux pas vous le dire en détails, dit la jeune fille en rougissant. J'ai vu une partie de ma vie défiler devant moi.
- Passé ou futur ? demanda Melody.
- Mon passé et quelques années de mon futur.
- Et alors ? On devient quoi ? demanda Miguel avec enthousiasme.
- Si je te dis que tu meurs à vingt-et-un ans, t'es content ?
- C'est vrai ? demanda-t-il, inquiet.
- Non, mais ne comptez pas sur moi pour vous dire votre futur ! Je ne suis pas voyante à ce que je sache ! »
Al changea vite de conversation :
« Sinon, vous y allez avec qui au bal de Noël ?
- Il faut que j'aille demander à Juliette, dit tranquillement Miguel, s'attirant les regards étonnés de ses amis.
- Et…commença Nicolas, tu crois qu'elle acceptera ?
- Bien sûr ! Toi, tu y vas avec qui ?
- Je ne sais pas encore. Tiens Naomy, tu veux bien y aller avec moi ?
- C'est-à-dire que…je…non.
- Pourquoi ? Tu as déjà un cavalier ? s'étonna Miguel.
- Peut-être bien…
- Bon, on y va, le dîner va commencer, on repassera après, abrégea Melody.»
Une fois ses amis sortis, Naomy soupira. Ce bal n'allait pas être une partie de plaisir…
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Ce soir-là, le dîner était très agité. La journée à Pré-au-Lard donnait à parler, chacun détaillant ses achats. David supportait mal cette excitation générale, et mangeait le plus vite possible pour pouvoir enfin quitter ce lieu rempli d'énergumènes complètement dérangés, hormis quelques-uns, lui compris bien sûr !
Ayant fini son repas, il chercha comme à son habitude la chevelure blonde cuivrée de Naomy, dans l'espoir qu'elle le verrait peut-être et le rejoindrait dans le couloir. Mais bizarrement, nulle trace de sa Gryffondor favorite. Ses amis bavardaient tranquillement sans vraiment faire attention à la place vide à côté de Miguel. Pour ne pas s'en inquiéter, ils devaient savoir où elle était. Hors à cette heure-ci, elle ne pouvait qu'être soit à la bibliothèque, soit dans son dortoir, soit à l'infirmerie. Il partit donc la chercher dans le premier de ces lieux. Elle n'y était pas, aussi dirigea-t-il ses pas vers l'infirmerie. Il ouvrit la porte et découvrit Naomy assise dans son lit en train de manger. Elle leva la tête, et un sourire éclaira son visage pâle.
« Comment as-tu su que j'étais là ?
- Mon instinct. Que s'est-t-il passé pour que tu te retrouves ici ?
- J'ai percuté une voyante, à ce qu'on m'a dit, à Pré-au-Lard.
- Tu sais qui c'était, demanda-t-il en pâlissant.
- Non, je ne l'ai pas vue.
- Et que s'est-il passé ?
- C'est compliqué…
- Tu as vu ta vie défiler devant toi, passé et futur ?
- Comment le sais-tu ?
- Ça m'est arrivé. Sinon, qu'as-tu fait à Pré-au-Lard ?
- Je suis allée acheter une robe pour le bal. Et toi ?
- J'ai visité les bijouteries.
- Les bijouteries ?
- Oui, je cherchais un cadeau.
- Je peux savoir pour qui ?
- La fière Naomy serait-elle jalouse ?
- Moi ? Jalouse ? Tu espères trop ! Je ne vois pas ce que ça pourrait me faire !
- Tu n'as pas de quoi l'être, dit-il en lui prenant la main.
- Mais je ne le suis pas…»
Soudain, la porte s'ouvrit sur ses quatre amis, qui s'arrêtèrent aussitôt de parler en les voyant.
