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Une Hallucination Bien Réelle
(Hermione)
Après avoir attendu que tous les passagers descendent du Magicobus, je m'y engouffrai d'un pas paisible et demandai au chauffeur de se rendre jusqu'au Chemin de Traverse. Aujourd'hui, pas de d'affolement en transplanages ou autre Poudre de Cheminette. J'allais prendre mon temps tranquillement et passer ma journée calmement, surtout qu'elle s'annonçait chargée, alors autant la traiter en douceur.
Je n'avais jamais vraiment été le genre de fille adorant le shopping. En réalité, cela m'ennuyait plus qu'autre chose. Je n'ai jamais compris le plaisir que pouvaient éprouver Parvati, Lavande ou encore Ginny à pratiquer ce genre d'activité, à savoir, se traîner de boutiques en boutiques en dépensant sommes folles de gallions dans des choses souvent assez futiles et dont elles se lasseront de toute façon bien vite.
Mais aujourd'hui, j'avais réellement besoin de faire du shopping et c'est pourquoi j'avais fait l'effort d'y consacrer cette journée.
J'avais effectivement besoin de pas mal d'affaires et pour cause, dans quelques jours, je deviendrai officiellement professeur à Poudlard. J'avais choisi de me spécialiser dans l'Etude des Moldus. Je m'y étais préparée d'arrache pieds. C'était une matière passionnante et je prendrai plaisir à l'enseigner à des élèves motivés, sans aucun petit Serpentard arrogant et raciste… car lequel aurait choisi telle option ?
J'aurais donc besoin de pas mal de livres pour mes cours, de divers outils d'écriture, d'ouvrages de références, de divers objets pour les travaux pratiques (j'avais déjà acheté tous les ustensiles non sorciers dans un magasin moldu), d'un nouveau chaudron et quelques nouvelles tenues de professeur, ainsi que de quelques petites babioles pour compléter tout cela.
Le Professeur McGonagall, devenue Directrice de Poudlard, m'avait uniquement confié le soin des Troisième année et comme il ne s'agissait que d'une option, je n'aurais que très peu d'heures de cours dans la semaine mais pour commencer, je trouvais cela bien.
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Plus tard, alors que j'avais achevé la totalité de mes achats, j'attrapais tous mes sacs bien fermement et me mis en route vers la sortie du Chemin de Traverse, en quête du Magicobus pour rentrer chez mes parents, où j'habitais toujours.
Je me mêlai à la foule, me faisant mentalement la liste de tout ce que je devais encore préparer avant la rentrée lorsque soudain, je sursautais et m'immobilisais sur place, venant d'apercevoir une silhouette arrivant par devant et à présent à quelques centimètres de moi seulement. J'eus tout juste le temps de m'arrêter et de protester avant que ce maladroit ne me rentre dedans.
–Hé là ! m'exclamai-je. Vous pourriez faire attention ! Vous avez failli me heurter et…
Je m'interrompis alors d'un trait en découvrant l'identité de la personne en face de moi. Ces traits familiers… ces cheveux de platine fin, cet air froid… Drago Malefoy ! Merlin, que fabriquait-il au Chemin de Traverse ? J'avais entendu dire qu'il avait disparu presque deux mois de cela. Certains disaient qu'il s'était enfui hors du pays, d'autres tout simplement qu'il était mort… Avait-il été retrouvé ? Oh, peu importait, après tout. La vie de Drago Malefoy m'intéressait autant que ma première chaussette…
–Regarde où tu marches, Malefoy, me repris-je alors en le regardant d'un air sévère, prête à reprendre ma route.
Mais je me retins en voyant l'air ahuri qu'il affichait en cet instant. Il avait vraiment l'air… étrange… Partagé entre le désespoir, le bonheur, et une immense envie de fondre en larmes… Je n'avais jamais vu une expression aussi singulière. Et venant de Drago Malefoy que j'avais toujours vu l'air si méprisant et arrogant, c'était très curieux. De plus, il avait l'air si sale et blafard… Où diable avait-il pu aller traîner pour en ressortir dans cet état semi comateux ?
En attendant, lui me contemplait toujours avec son air ahuri, tremblant comme une feuille, comme si j'avais été quelque fantôme ou autre monstre…
–Granger, tu… tu… tu peux me voir ! balbutia-t-il d'une voix chevrotante. Tu… peux me voir !
Je fronçais les sourcils. Qu'est-ce qui lui prenait ?
–Mais qu'est-ce que tu racontes ? m'impatientai-je.
–Tu peux me voir ! répéta-t-il, comme possédé. Oh, Merlin ! Je ne rêve pas, c'est bien à moi que tu parles ! Tu peux m'entendre, me voir ! Me voir !
Je secouais la tête, complètement désarçonnée. Bien sûr que je pouvais le voir, je n'étais pas aveugle, enfin !
–Tu as bu, Malefoy ? insistai-je.
–Non ! glapit-il d'une voix hystérique. Granger, je t'en prie, écoute-moi ! Il faut que…
–Excuse-moi, mais je n'ai pas de temps à consacrer à tes divagations, j'ai du travail, l'interrompis-je froidement en me retournant pour m'en aller.
–Je t'en supplie, attend ! s'écria-t-il d'un air désespéré, l'air plus pâle et les yeux plus rougis que jamais. Tu es la seule personne qui puisse me voir ! Tu ne peux pas savoir quel cauchemar…
–Tu es complètement soûl, Malefoy, le coupai-je, le ton sec. Tu ferais mieux d'aller dormir.
Mais alors que je m'apprêtais à reprendre ma route, il bondit devant moi, le regard plus misérable que jamais.
–Pitié, gémit-il. Ecoute-moi…
–J'ai suffisamment écouté tes insultes durant toutes ces années à Poudlard, Malefoy, le rabrouai-je vertement. Je ne vois pas pourquoi je m'infligerais cela une fois de plus !
Je m'écartais alors pour passer et comme il ne s'enlevait toujours pas de mon chemin, j'entrepris de le pousser pour pouvoir reprendre ma route mais là, quelque chose de totalement fou et irrationnel se produisit… Là où ma main aurait dû heurter son torse pour le pousser… elle le traversa… et ressortit de l'autre côté de son corps !
Ma réaction fut instinctive et imminente. Je hurlai.
–Granger, calme-toi ! tenta de m'apaiser Malefoy tandis que je criais toujours de plus belle. Je sais que ça va te paraître fou mais laisse-moi t'expliquer…
–Qui… qui es-tu ! QU'ES-tu ? criai-je, terrifiée en m'éloignant à reculons, tremblante.
–Un fantôme, un être invisible… Je n'en sais rien, soupira-t-il. Cela fait plus de deux semaines que ça dure et…
–C'est impossible ! hurlai-je avec horreur. Tu… ça ne peut pas être vrai ! Tu n'es qu'une hallucination !
–Je suis bien réel ! plaida-t-il. Du moins, j'existe ! Je t'assure que tu ne rêves pas !
Soudain, je m'aperçus que tous les passants me dévisageaient d'un air hébété, comme si j'étais complètement folle.
–Pour eux, tu parles toute seule car il n'y a que toi qui puisses me voir, me dit Malefoy d'une voix timide.
–Ils ont raison ! glapi-je, toujours aussi terrorisée. Tu n'es pas là ! Tu n'es qu'une divagation, résultat d'une surcharge de travail, c'est tout ! Et lorsque je rouvrirai les yeux, tu auras disparu !
Je joignis alors le geste à la parole, bien décidée à faire disparaître la vision de Malefoy dont j'étais sujette. Mais lorsque mes yeux se rouvrirent, le visage pâle et désespéré encadré de mèches blondes étaient toujours là.
–Granger… murmura-t-il. Il faut que tu m'écoutes. Je suis bien là ! Ce n'est pas une hallucination !
–Mais… balbutiai-je, à bout de nerfs.
A cet instant, je tressaillis en voyant une femme passer à travers lui, comme s'il… n'existait pas ! C'était réellement effrayant…
–Comment fais-tu cela ? m'écriai-je, paniquée.
–Ce n'est pas moi ! Je ne sais pas comment je suis devenu invisible tout comme je ne sais pas pourquoi tu sois la seule qui puisse me voir, commença-t-il. Tout ce que je sais, c'est que je ne vais pas laisser passer cette occasion. Car malgré toutes les choses peu aimables que nous avons toujours éprouvées l'un envers l'autre… tu es mon seul espoir, Granger, acheva-t-il d'un air miséreux.
Je restais silencieuse à ce monologue, ne sachant plus que dire, que penser…
–Je t'en supplie, accepte de m'écouter… et de m'aider. Je ne sais pas ce que je vais devenir, je ne peux même pas mourir… Tu es ma seule chance de m'en sortir, Granger… conclut-il d'une voix rauque.
–Non… Je ne peux rien pour toi, Malefoy… Je dois partir ! avançai-je, tremblante, avant de prendre mes jambes à mon cou.
Histoires de spectres, d'invisibilité, une hallucination de Drago Malefoy qui me demandait de l'aider… C'en était trop pour moi. Mon cerveau devait avoir surchauffé à cause du travail, Ron n'avait peut-être pas tout à fait tort lorsqu'il disait que j'en faisais trop… En tous les cas, j'avais tout intérêt à m'enfuir loin de cette vision avant de devenir complètement folle.
C'est pourquoi, sitôt arrivée chez moi – mes parents toujours à leur travail – je me laissais tomber sur mon lit encore toute vêtue, en quête d'un sommeil réparateur, espérant qu'à mon réveil, plus aucune vilaine hallucination ne vienne me troubler.
Je dus certainement faire une sieste d'une bonne heure jusqu'à ce que je m'évade des bras de Morphée. Mes yeux s'ouvrirent doucement et je passais une main molle dans mes épaisses mèches châtaines avant de me redresser lentement sur mon lit.
Grave erreur… Car cela aussitôt fait, je me retrouvais nez à nez avec la dernière chose que j'avais envie de voir aujourd'hui.
–Aaaahh ! hurlai-je en sursautant. NON !
–Granger, tu dois m'écouter ! insista Malefoy, debout au pied de mon lit.
–Tu m'as suivie ? tonnai-je. Comment es-tu entré ?
–Je te signale que je peux traverser n'importe quoi, maintenant…
Je jetai alors un œil au miroir en face de nous et tressaillis. Malefoy et moi étions tous les deux devant, or, il n'y avait que mon reflet qui apparaissait. C'était très effrayant à voir… Alors sans crier gare, je bondis sur mes pieds et reculais vivement de lui, toujours aussi terrifiée.
–Mais j'y pense… commençai-je en réfléchissant à toute vitesse. Si tu n'es pas une hallucination… J'ai beaucoup lu là-dessus : L'incapacité des autres à te voir, ton teint blême, ton aptitude à traverser les murs… ARRIERE, SUCEUR DE SANG ! hurlai-je en faisant divers signes religieux. J'ai de l'eau bénite, de l'ail et je n'hésiterai pas à m'en servir !
–Je ne suis pas un vampire ! protesta-t-il en levant les yeux au ciel. Granger, arrête de faire l'idiote et écoute-moi ! Je t'en prie !
Je soupirai, vaincue. Après tout, tant qu'à être plongée dans une histoire de fous, autant valait-il mieux la comprendre. Je pourrais toujours aviser par la suite et juger si j'étais bonne pour Ste-Mangouste ou non…
–Je… Très bien, j… j'écoute, murmurai-je alors, la gorge sèche.
En entendant mes paroles, son visage pâle sembla se raviver. Il resta silencieux durant plusieurs secondes, comme cherchant ses mots, puis finit par déclarer :
–A vrai dire… je ne sais absolument pas ce qui se passe. Après la chute du Seigneur des Ténèbres, je suis retourné vivre avec ma mère. Tout se passait plutôt bien, de façon très banale… jusqu'à ce fameux matin d'il y a deux semaines… Je me sentais un peu bizarre, comme si j'avais beaucoup trop dormi. Là, j'ai constaté que ni ma mère, ni personne ne pouvaient plus me voir, m'entendre, et qu'un mois s'était écoulé depuis le dernier jour dont je me souvienne.
Je me tus et le laissais poursuivre, attendant la suite avec une vive impatience.
–J'avais beau crier, personne ne m'entendait. Et seul, incapable de comprendre ce qui se passait, en manque total de contacts humains, j'avoue que j'ai bien cru devenir fou… J'étais devenu une sorte de spectre et je commençais à douter de ma propre existence… Aujourd'hui encore, je longeais les rues au hasard, traversant les gens sans même m'en rendre compte, ne sachant que faire d'autre puisque plus personne ne pouvait s'apercevoir de ma présence. Et là… tu m'as vu, tu m'as entendu. Tu es la seule qui en soit capable depuis que cela est arrivé… Alors, je suis désolé si je t'ai fait peur, Granger, mais mets-toi à ma place. Imagine-toi quel effet ça fait, après avoir été ignoré de tous pendant tout ce temps, de tomber sur quelqu'un… qui peut te voir ! Qui peut t'aider !
Je ne savais que répondre, que penser. Toute cette histoire était complètement folle, et pourtant, je sentais bien qu'il était on ne peut plus sérieux, de même qu'affreusement désespéré.
–Mais… je ne comprends pas ! m'exclamai-je, perdue. Comment peux-tu être invisible ! Cela n'a aucun sens et c'est impossible physiologiquement parlant ! Un objet, une cape par exemple, peut par le biais de la magie, devenir invisible, mais pour un être vivant, c'est tout simplement irréalisable ! Les cellules du corps humain ne pourraient jamais supporter une telle mutation !
–Eh bien, je suis la preuve que cela est possible, finalement ! laissa tomber Malefoy en levant les bras au ciel.
–De toute façon, comment pourrais-je te voir ? argumentai-je. Pourquoi moi, alors que personne d'autre n'est capable de te voir ?
–Ça, j'aimerais bien le savoir, murmura Malefoy. Et tu es la seule à pouvoir m'aider à le découvrir.
–Mais… comment ? murmurai-je, me laissant tomber sur mon lit, la tête tournante.
–Je pense que je dois être victime d'un mauvais sort, déclara Malefoy d'un air pensif. C'est la seule explication. J'ignore qui, j'ignore comment, j'ignore pourquoi, mais la seule façon de le découvrir est dans les livres. Mais étant donné que je suis immatériel…
–…tu es incapable d'en consulter un seul, achevai-je à te place. Et tu as besoin de moi pour cela.
–Oui, répondit-il en hochant doucement la tête. D'ailleurs, c'est peut-être une bonne chose que la seule personne qui puisse me voir, ce soit toi, Granger… Etant donné que tu lis tellement, tu dois déjà avoir une petite idée du sort qui m'a été jeté ? interrogea-t-il, une lueur d'espoir dans les yeux.
–Eh bien… non, avouai-je, confuse et honteuse d'ignorer quelque chose. Je n'en ai vraiment aucune idée. Mais cela me semble bien être de la magie noire…
–Je le pense aussi.
–Je n'y connais pas grand-chose en magie noire, moi, fis-je remarquer avec ironie.
–Oh, Granger, épargne-moi tes sarcasmes ! soupira-t-il. Tu sais très bien que j'ai quitté le Seigneur des Ténèbres bien avant sa chute !
–Peu importe, déclarai-je en soupirant. Bon, écoute-moi bien, Malefoy. Je sais que tu ne m'aimes pas et rassure-toi, c'est plus que réciproque. Et pour tout le mal que tu as fait autour de toi, tu mériterais qu'on te laisse comme ça. Cela dit… je suis apparemment la seule à pouvoir te voir et il y a certainement une raison à cela… que je veux connaître… Alors… d'accord, j'accepte de t'aider à découvrir ce qui t'est arrivé, annonçai-je. Mais une fois que tu seras redevenu… normal, tu disparais de ma vie. Je n'ai aucune intention de devenir ton amie, Malefoy.
–Encore heureux ! riposta-t-il, son invisibilité ne lui ayant apparemment rien fait perdre de son arrogance.
Nous nous tûmes quelques instants, un silence embarrassé s'installant dans la pièce jusqu'à ce que Malefoy le brise soudain.
–Puisque personne ne peut me voir… ça t'ennuierait que je reste ici ?
A/N : Bon, rassurez-vous, je ne vous fais pas un remake potterien du livre « Et si c'était vrai » lol (d'ailleurs je n'aime ni ce bouquin ni son auteur :p) et les points communs s'arrêtent ici, l'intrigue étant complètement différente. Vous découvrirez les réponses à ces mystères dans les prochains chapitres, pourquoi Drago est-il invisible, pourquoi seule Hermione peut le voir, qui est à l'origine de ce sortilège et quel est-il… Et surtout, nos deux héros qui se sont toujours haï vont-ils pouvoir passer tellement de temps ensemble sans craquer ? J'espère que cela vous a plu et je vous fais plein de gros bisous en attendant la suite :)
