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Premiers Contacts Humains
(Drago)
Granger resta muette quelques bonnes secondes après ma demande, comme si je venais de la choquer.
–Ici ? répéta-t-elle. Chez moi ?
–Non, dans la niche du chien du voisin, ironisai-je en levant les yeux au ciel. Etant donné que je suis invisible pour tout le monde, cela ne devrait pas poser de problème à ta famille, non ?
–Eh bien… murmura-t-elle, l'air gêné. Non, sans doute pas, surtout qu'avec leur travail, ils ne sont presque jamais là, mais…
–Mais ? insistai-je.
–Malefoy, je n'ai aucune envie de cohabiter avec toi ! déclara Granger en soupirant. Nous ne nous sommes jamais entendus alors qu'est-ce cela va donner, ensemble sous le même petit toit ? D'ailleurs, ça m'étonne que tu ne m'ais pas encore traitée de Sang-de… tu sais quoi ! ajouta-t-elle, l'air furieux.
–Granger… commençai-je en roulant les yeux. Nous avons à présent dix-huit ans, non plus treize. Ces mots ne veulent plus dire grand-chose, surtout maintenant que la guerre est finie. Et puis, j'ai d'autres problèmes en ce moment que de réfléchir au terme par lequel je vais te qualifier !
Granger me dévisagea d'un air étonné, comme ahurie de me voir faire preuve de sagesse. Je n'avais jamais aimé tout ce qu'il y a en rapport avec les Moldus, et j'avais toujours trouvé cette Miss Je-Sais-Tout aux cheveux hirsutes peste et prétentieuse, c'était vrai. Mais je n'allais pas m'attarder sur cela alors que j'étais peut-être sur le point de disparaître pour toujours de la surface du globe et qu'en plus, elle était la seule à pouvoir m'aider !
–C'est vrai, concéda-t-elle alors. Eh bien… Je suppose que tu peux dormir… heu…
–Je n'ai pas besoin de dormir, l'interrompis-je.
–Quoi ?
–Oui, en fait… Depuis que je suis devenu invisible, expliquai-je, c'est très étrange… Je n'ai plus faim, plus sommeil, je ne me sens pas sale, comme… comme si je n'avais plus besoin de rien faire.
–Comme si tu étais mort… acheva-t-elle doucement.
–Oui… D'un côté, c'est pratique, mais c'est tout de même… un peu terrifiant.
–En tout cas, nous sommes certains que tu n'es pas un fantôme : ceux qui restent sur terre peuvent être vus par tout le monde, nota Granger. Et donc, que comptes-tu faire ici ? insista-t-elle. Si tu n'éprouves plus la faim, le froid… plus rien, tu peux tout aussi bien être à la rue que dans une maison… Je veux dire, en dehors de nos heures de recherche…
–Granger, as-tu la moindre idée de ce que l'on peut éprouver à être seul tout le temps, sans pouvoir toucher, sentir, ni même communiquer avec qui que ce soit ? insistais-je avec dureté. Tu te rends compte que j'étais en train de devenir fou, avant que tu ne me voies ?
–Eh bien… je… balbutia-t-elle.
–Tu es loin d'être la meilleure personne pour cela et si j'avais pu choisir, il est clair que ce n'est pas sur toi que mon choix d'interlocuteur ce serait porté, précisai-je en la toisant. Mais tu es la seule personne qui puisse m'entendre et me parler. Alors, je…
–D'accord, d'accord ! m'interrompit-elle sur un ton irrité. Tu peux rester ici. Fais ce que tu veux, de toute façon, tu ne peux rien déranger. Mais je t'interdis de violer mon intimité, ou celle de mes parents !
–Comme si j'en avais envie, grommelai-je.
–Bien. Dans ce cas… vogue, comme bon te semble.
–Je n'ai pas l'intention de voguer, comme tu dis, mais de découvrir ce qui m'est arrivé, lui fis-je remarquer, sarcastique.
–Nous verrons ça plus tard ! Pour l'instant, je dois préparer ma rentrée à Poudlard !
–A Poudlard ? Tu aimes donc tellement l'école au point de vouloir faire une Huitième année ?
–Mais non, fit-elle d'un air exaspéré. C'est pour y être professeur.
–De quoi ?
–Etude des Moldus.
–Pff… La question était inutile, ricanai-je.
–Oh, je me passerai de tes commentaires, Malefoy ! répliqua-t-elle, vexée.
Elle se leva alors de son lit pour me faire face et me dévisagea durant plusieurs secondes avant de se mettre à tourner autour de moi, me regardant toujours.
–Hé ! protestai-je. Tu fous quoi, Granger ?
–C'est… vraiment curieux, finit-elle par déclarer. Je me demande quel effet…
Et avant que j'aie pu l'en empêcher, elle bondit et me traversa d'un coup.
–Aaarg ! m'étranglai-je. Granger ! T'es folle ?
–C'est surprenant ! s'exclama-t-elle en continuant à sautiller en me traversant. C'est comme passer à travers du vide ! Et tu ne sens rien non plus ?
–Non, mais arrête de circuler à travers moi ! lui ordonnais-je, irrité. C'est psychologiquement très désagréable… surtout que c'est toi !
Cette Sang-de-Bourbe n'avait-elle donc aucun savoir-vivre ? Comme si les gens aimaient qu'on les traverse !
–Oh, ça va ! marmonna-t-elle en haussant les épaules. En tout cas, c'est étonnant mais assez amusant, je dois dire.
–Oui, hilarant ! lançai-je avec sarcasme. Bref ! Quand seras-tu disponible pour commencer nos recherches ?
–Ecoute, il n'y a pas de bibliothèque sorcière par ici, fit-elle d'un air songeur. Mais la rentrée à Poudlard est dans deux jours. Tu n'auras qu'à venir avec moi et nous chercherons dans la Réserve. Je n'ai plus besoin d'autorisation pour m'y rendre, maintenant que je suis professeur. Et où trouver davantage de livres sur la sorcellerie qu'à Poudlard ?
–Bonne idée, reconnu-je.
Granger se retira ensuite quelques instants pour aller ranger ses achats et préparer ses affaires pour Poudlard. Je la vis ensuite se préparer à manger – des œufs avec un steak – et la regardais avec des yeux envieux.
–Je t'en proposerais bien, mais… fit-elle d'une voix dans laquelle je perçus une certaine ironie.
–Je m'en vais, répliquai-je, dégoûté.
Je partis donc explorer la maison – même s'il s'agissait d'une vulgaire maison de Moldus – mais finis bien vite par m'ennuyer. Je ne pouvais ni manger, ni lire, ni m'occuper de quelque façon que ce soit. Granger, qui fut bien vite agacée de me voir tourner en rond sans rien faire, finit par se tourner vers moi en soupirant.
–Bon… Je vais t'allumer la télé. Avec ça au moins, tu n'auras besoin d'aucun toucher et cela te fera passer le temps.
–Une… télé ? répétai-je. C'est quoi, ça ?
–Si tu avais fait de l'Etude de Moldus, tu le saurais, répondit-elle d'une voix triomphante. C'est une sorte de grande boite dans laquelle défilent diverses images formant des films racontant des histoires, des émissions sur des sujets variés, des jeux…
–Ah oui, j'ai entendu parler de ce truc-là, me souvins-je. Et c'est bien ?
–Ma foi… Cela distrait beaucoup de personnes. Certains y passent même leur vie.
–Bah, ça ne pourra pas être pire que maintenant. Je m'ennuis tellement… Allez, mets en marche cette télé.
–On dit « s'il te plaît » quand on est poli, déclara Granger avec suffisance.
–Sauf que moi, je ne suis pas poli, répliquai-je sur le même ton.
Mais au final, la peste aux cheveux hirsutes réussit tout de même à m'arracher ces trois ridicules mots, sans quoi j'aurais toujours pu courir pour qu'elle m'allume sa télé.
Une fois ceci fait, je m'installais sur le sol, à travers le canapé puisque je ne pouvais pas m'y asseoir. Cette télé diffusait un « film » selon Granger, racontant une histoire totalement stupide d'amour entre deux adolescents totalement niais, sur fond d'une musique totalement guimauve qui me donna vite la nausée.
–Oh, désolée, c'est la chaîne Romance ! fit Granger en revenant dans la pièce. Tu veux que je change de chaîne ?
–Non, ça va, je commence à m'intéresser à cette histoire, répondis-je, étant en réalité, bien plus intéressé par les décolletés perpétuellement affriolants de l'héroïne.
–Bon, d'accord, Mr Malefoy à l'eau de rose, se moqua-t-elle.
–Pff… C'est ta télé !
–Oui mais ce n'est pas moi qui fabrique les chaînes, Malefoy.
La soirée se passa sans incidents – Granger étant retournée à ses occupations scolaires ennuyeuses et moi toujours installé devant la télé qui à présent proposait un jeu moldu idiot mais divertissant, lorsque les perdants tombaient pratiquement nus dans de la boue.
–Malefoy ?
Granger venait de réapparaître dans la pièce. Je tournais machinalement les yeux pour voir ce qu'elle me voulait et restais surpris parce que je découvris. Une Granger en chemise de nuit, ça ne se voyait pas tous les jours… Malgré le petit chaton totalement niais apparaissant dessus, la chemise laissait bien deviner sa taille. Hmm… pas si vilaine, la Sang-de-Bourbe…
–Je vais me coucher, annonça-t-elle. Mes parents devraient rentrer dans une heure. Tu peux regarder la télé jusque là. Ensuite, en la voyant allumée sans personne qui la regarde – puisqu'ils ne peuvent pas te voir – ils l'éteindront probablement.
–Et je vais faire quoi, après ? m'irritai-je.
–Ce que bon te semble ! Je regrette mais nous n'avons qu'une seule télévision !
–Pff…
Quels idiots, ces Moldus !
–Bonne nuit quand même, conclut Granger en sortant.
–Va te coiffer ! répliquai-je en guise de réponse.
Je décidais donc de continuer à regarder la télévision, bien qu'il n'y ait rien de très passionnant pour le moment… Mais alors que je commençais à me prendre d'intérêt pour quelque jeu d'argent, j'entendis des clés s'insérer dans la serrure de la porte d'entrée qui ne tarda pas à s'ouvrir. Deux voix suivirent.
–Hermione est déjà couchée ? fit la voix féminine.
–Il semblerait, répondit celle devant appartenir à son père. Elle travaille trop. Pas étonnant qu'elle tombe comme une masse tous les soirs.
J'espérais qu'ils ne viennent pas dans le salon mais évidemment, en parfaits petits Moldus casse-pieds, ils le firent et ne tardèrent pas à réagir.
–Tiens, elle a oublié d'éteindre la télé, dit la mère Granger en appuyant sur le bouton.
Arg… Et voilà ma seule distraction de la soirée qui partait en fumée.
Je me mis à maudire ces deux Moldus tandis qu'ils montaient dans leur chambre. Si seulement j'avais pu les hanter, je ne m'en serais pas privé !
Au bout de plusieurs minutes, alors que le silence avait gagné la maison entière, l'ennui me reprit. Ne pouvant pas dormir et n'ayant aucunement l'intention de rester à ne rien faire une dizaine d'heure, je me décidais à aller réveiller Granger. Tant pis si elle hurlait, je m'ennuyais trop.
Je pénétrais donc dans sa chambre, traversant tout naturellement la porte. La pièce était encore éclairée par la lune que les fins rideaux laissaient deviner. Je la vis immédiatement, allongée dans son lit et emmitouflée dans ses horribles draps jaunes.
Voir Granger endormie, totalement immobile était très étrange – elle toujours en mouvement. Elle avait presque l'air mignonne, sans sa tonne de livres accrochée à elle, ses expressions prétentieuses et sa grande bouche toujours prête à s'ouvrir pour débiter ses petites connaissances. Mais qu'est-ce qu'elle respirait fort quand elle dormait ! Une vraie usine, cette fille !
Elle avait l'air paisiblement endormie mais ce fut sans remords que je la tirais de son sommeil, car je mourrais littéralement d'ennui.
« Granger ! Granger ! Grangeeeer ! »
Elle me répondit par plusieurs grognements avant de finalement daigner ouvrir les yeux. Il était temps !
–Malefoy, gémit-elle d'une voix pâteuse. Qu'est-ce que tu fiches ici ?
Elle sembla alors vraiment s'apercevoir de ma présence dans sa chambre et s'empressa de se redresser sur son lit, en se recouvrant avec pudeur.
–Ne t'inquiète pas, je ne suis pas venu pour me rincer l'œil, en plus il n'y aurait pas grand-chose à voir, raillai-je.
–Tu veux quoi, Malefoy ? demanda-t-elle, le ton agacé.
–Tes stupides parents moldus ont éteint la télé alors rallume-la ! Voilà ce que je veux ! déclarais-je d'une voix irritée.
–Tu rêves, Malefoy ! Mes parents entendraient tout de suite le bruit et verraient la lumière des images ! Ils ne supportent pas de savoir la télé allumée quand ils dorment.
–Mais je m'ennuis ! insistai-je.
–Eh bien, dors !
–Je ne peux pas ! Tu es dure de la feuille ou quoi, Granger ?
–On peut toujours essayer, fit-elle en baillant.
–Comment ça ?
–J'ai une idée ! Je vais te chanter une berceuse ! déclara-t-elle alors d'une voix soudainement enjouée en s'asseyant sur son lit.
–Quoi ? Ah ça, non ! protestai-je.
Mais elle avait déjà commencé à fredonner de sa voix aigue :
« Petit homme tu pleures,
J'connais ton chagrin,
Quelqu'un t'a cassé ta belle auto,
Va faut pas t'en faire,
Petit homme c'est l'heure de faire dodo.
La, la, la, laa… »
–Mais enfin, tais-toi ! m'exclamai-je en me bouchant les oreilles. Je ne suis pas un bébé !
« Petit homme, tu pleures
Ton ami Jean-Pierre, t'a gagné tes billes
Papa t'en rachètera bientôt
Va faut pas t'en faire, petit homme
C'est l'heure de faire dodo » poursuivit Granger en chantonnant de plus belle.
–Bon, ça va, arrête ! ordonnai-je. Je crois… que je vais trouver une occupation, conclus-je, mécontent.
–Bonne nuit ! déclara Granger, le visage rayonnant, en se recouchant.
Elle avait peut-être réussi à se débarrasser de moi cette fois, mais elle n'avait pas fini de m'entendre. Elle était la seule personne à pouvoir me voir et j'avais bien l'intention d'en profiter.
A/N : Coucou ! Voilà donc le 3ème chapitre qui s'achève. Dans le prochain, tout commence. Drago suit Hermione à Poudlard et ils débutent leurs recherches… Mais… avec sa nouvelle vie, Hermione aura-t-elle réellement le temps de s'occuper de Drago qui lui a terriblement besoin de parler à quelqu'un ? Je vous poste ça vendredi (à présent je finis ma semaine de fac (sans net) les vendredis donc mes upolads auront normalement toutes lieu ce jour-là ! Bisous et merci pour toutes vos reviews !
