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Un Charmant Collègue
(Hermione)
Cette nuit-là, j'eus une nouvelle fois l'impression de ressentir une présence et même un souffle près de moi. Mais à chaque fois que j'allumai la lumière, la chambre était aussi calme que possible, sans que rien ni personne n'en ait brisé le silence. Je devenais décidemment paranoïaque…
Le lendemain matin, sitôt mon petit-déjeuner avalé, je me dépêchai de courir jusqu'à ma chambre pour récupérer mon trieur. Bientôt 8h00 et j'étais déjà en retard, à cause de ce fichu trieur oublié sur mon bureau. Moi qui avais toujours été une élève modèle ! Et maintenant que j'étais professeur, je devenais distraite ! Enfin, c'était sans doute la faute à tout ce stress qui me tombait dessus en ce moment. Ma première rentrée en tant qu'enseignante, et puis le cas Malefoy à élucider… D'ailleurs, où était-il, celui-là ? Je ne l'avais pas encore entendu ce matin… Aurait-il passé la nuit à la bibliothèque ?
J'arrivai enfin dans ma chambre – pourquoi se trouvait-elle si haut ? – et aussitôt mon trieur en main, je tournai les talons pour me remettre en route vers ma salle de cours. Mais en me retournant, je me heurtai brutalement à quelque chose et tombais les fesses les premières sur le sol, certaines feuilles de mon trieur s'étant éparpillées à mes côtés.
–Oh, non ! gémi-je.
–Oh, veuillez m'excuser ! Je suis réellement navré !
Je reconnus d'emblée cet accent américain qui accompagnait cette agréable voix de ténor.
–Oh, bonjour Professeur Crew ! m'exclamai-je, honteuse, en me relevant. Je n'ai pas fait attention en sortant de ma chambre, j'étais pressée.
–Moi de même, Professeur Granger, répondit-il poliment en m'aidant à ramasser mes feuilles.
Je lui souris et en quelques secondes, j'avais tout récupéré.
–Merci, beaucoup, Professeur Crew, le remerciai-je en souriant.
Pourquoi fallait-il que je rougisse à ce moment-là ? Je n'étais plus une préadolescente ! Surtout qu'il n'avait que quatre ans de plus que moi. Mais il avait beaucoup de charme, je devais l'avouer.
–Allons, pas tant de cérémonial ! Vous êtes beaucoup trop à cheval sur les manières, vous autres, Anglais, fit-il avec un gentil sourire. Et sommes à présent collègues, aussi appelez-moi par mon prénom, je vous en prie…
Plutôt décontracté, ce jeune Américain ! Mais soit. Il avait raison après tout, ce serait beaucoup plus décontracté d'utiliser des titres moins formels pour nous appeler mutuellement. Et j'avais bien l'impression que j'allais avoir besoin d'un ami, ici…
Nous fîmes donc officiellement les nouvelles présentations. Hermione. Logan.
–Bien, je ne vous retiens pas plus longtemps, Hermione, me dit Logan en consultant sa montre. Dans trois minutes, il est 8h00 et vous avez certainement un cours à donner.
–C'est vrai, m'affolai-je. Eh bien… Merci beaucoup… Logan. Et à bientôt.
–Je l'espère. Bonne journée, Hermione, me salua-t-il en prenant un autre escalier.
Je dus courir comme une dératée, mais au final, je parvins à être dans ma salle à l'heure. Mes élèves étaient déjà installés et je pus donc commencer mon deuxième cours.
¤¤¤
Ma journée se passa bien et sans aucun problème. Mes cours s'étaient très agréablement déroulés, de même que ma réunion avec les autres professeurs – pour parler des projets extrascolaires du trimestre – qui s'était très bien déroulée. Finalement, lorsque tout fut terminé, il était un peu plus de seize heures. Je me dirigeai alors vers la bibliothèque où j'avais promis à Malefoy de le rejoindre.
Je franchis alors le seuil de la réserve et ne tardai pas à le découvrir, errant entre les rayons, la seule et unique âme de la pièce.
–Bonjour, fis-je en posant mes affaires sur une table.
–Bonjour, grogna-t-il.
Il avait l'air très malheureux et en me mettant à sa place, j'avais tout de même de la peine pour lui. Etre entouré de gens sans pouvoir toucher ni parler à qui que ce soit… Cela devait être très difficile à vivre… Et c'est à cet instant-là, devant son air de chien battu, que je me rendis réellement compte du fait qu'il n'avait que moi, pour l'instant… et peut-être pour longtemps, si l'on ne trouvait pas très vite quel maléfice le touchait.
–Tu ne t'es pas trop ennuyé aujourd'hui ? lui demandai-je en m'efforçant d'être sympathique.
–Bien sûr que non, j'ai une vie sociale très animée en ce moment, comme tu peux le constater ! ironisa-t-il.
–Oh ça va ! ripostai-je. J'essaye simplement d'être gentille.
Malefoy leva un œil apathique et vitreux vers moi. Il n'avait décidemment par l'air au meilleur de sa forme.
–Je sais mais… c'est psychologiquement dur à gérer, cette situation, murmura-t-il détournant le regard. Bon… on commence ?
–Je suis prête.
Et débuta donc une nouvelle longue séance de recherches dans laquelle je me plongeai sans relâche, épluchant chaque livre, chaque page, avec une attention religieuse, comme si c'était ma propre vie qui en dépendait. Heureusement que Malefoy était tombé sur moi, qui aimais apprendre, car à ma place, beaucoup d'autres auraient déjà jeté l'éponge, ou bien recherché sans trop d'attention, j'en étais consciente, sans prétention.
Les aiguilles avançaient, de même que les pages des livres que je lisais, mais nous, nous n'étions pas vraiment plus avancés. Rien de tout ce que je lisais ne semblait avoir réellement de rapport avec ce que subissait Malefoy. Et lorsque les trois heures furent achevées, ce dernier finit par soupirer de frustration de traverser la table en voulant taper dessus d'un poing rageur.
–Pff, il n'y a rien, j'en étais sûr ! Il ne doit pas y avoir de solution !
–Arrête d'être aussi pessimiste, lui ordonnai-je avec autorité. C'est ce que disait Harry en Quatrième année la veille de sa seconde tâche au Tournoi et il a fini par trouver ! Ne désespère pas. Si quelque chose t'a mis dans ce pétrin, ce même quelque chose doit pouvoir t'en sortir ! Il faut simplement s'armer de patience avant de mettre la main dessus !
–Mais dans combien de temps, grommela-t-il.
–Bientôt, j'en suis sûre.
–Ce n'est pas assez tôt à mon goût.
–Ecoute, je fais de mon mieux ! m'irritai-je. Ce n'est pas chose facile, spécialement avec quelqu'un qui se plaint sans arrêt !
–Mets-toi à ma place !
–Et toi à la mienne ! Si je te rends service, c'est parce que je le veux bien, d'abord ! J'aurais très bien pu te laisser croupir tout seul !
Les joues en feu, nous détournâmes le regard au même moment. Nous étions ridicules à nous disputer ainsi comme des gamins, surtout dans une situation aussi grave.
–Désolé, finit par soupirer Malefoy. Je sais bien que tu fais beaucoup pour moi, Granger. C'est juste que… j'en ai plus qu'assez d'être ainsi. J'ai l'impression de ne plus exister et de devenir fou.
–Nous trouverons une solution, lui promis-je d'une voix douce. En attendant, il faut que tu sois fort.
Il hocha la tête silencieusement et je rassemblai mes affaires avant de me lever pour aller dîner.
–Je vais emprunter ce livre, dis-je en lui montrant la couverture de La modification moléculaire par les potions. Ainsi, je pourrai peut-être en apprendre plus ce soir dans ma chambre avant d'aller me coucher.
–Merci, répondit Malefoy d'une petite voix malheureuse.
–Allez, à tout à l'heure.
¤¤¤
Quelques minutes plus tard, j'étais installée à la table des professeurs pour le dîner. Malefoy, lui, avait préféré monter directement dans ma chambre, disant que voir une telle foule sans pouvoir parler à quiconque était trop frustrant pour lui. Ça, je voulais bien le croire. C'était peut-être Malefoy, ce sale morveux que j'avais toujours détesté durant mes années d'études, mais je le plaignais quand même en cet instant. Le pauvre…
–Je vous sers un peu d'eau, Hermione ? me proposa Logan à côté de moi, m'arrachant ainsi à mes pensées à Malefoy.
–Oui, je veux bien, répondis-je en souriant. Merci.
–Oh, vous mettez de la confiture sur votre steak ? C'est si drôle ! Une coutume britannique, je me trompe ?
Nous dînâmes agréablement, entre les discussions des Professeurs Flitwick et McGonagall quant au nouveau système d'examens actuellement en pourparler au Département Poudlard du Ministère, et celle de Logan et moi. Il avait profité du dîner pour me parler un peu des spécialités de la cuisine américaine, avec beaucoup d'humour, ce qui me détendit énormément.
Après le dîner, je remontai directement dans ma chambre, raccompagnée par Logan, laquelle chambre se trouvant tout naturellement dans le même couloir que la mienne.
–Et voilà… C'est ainsi que j'ai eu la chance de me retrouver en Angleterre dans la plus grande école de magie du monde pour enseigner ma passion, dit-il, concluant son récit.
–Si jeune et excellant déjà dans le complexe art des potions… fis-je remarquer. C'est assez impressionnant, je dois dire.
–Je pourrais en dire de même de vous dans votre spécialité de l'étude des Moldus.
–Je n'ai pas grand mérite à cela… Je suis une enfant de Moldus.
–Oh, vraiment ? releva-t-il. Voilà qui est intéressant. J'ai personnellement de lointaines origines moldues mais j'avoue ne pas savoir grand-chose sur eux. Vous avez d'autant plus de mérite à avoir fini major de votre promotion l'an dernier – comme je l'ai appris par la Directrice – en sachant que vous ne connaissiez rien du monde magique avant votre admission à Poudlard… C'est remarquable.
Tant de compliments me touchaient. Surtout venant de lui…
–Vous savez… apprendre dans des livres, cela n'a rien de très exceptionnel, fis-je remarquer en rougissant.
–Eh bien, moi, je trouve que c'est très impressionnant, déclara Logan en souriant. Vous pouvez être fière de vous.
Nous causâmes encore quelques minutes devant ma porte puis vint le moment de nous séparer.
–C'est vrai qu'il se fait tard, nota Logan en jetant un œil à sa montre. Je vais devoir vous laisser. Eh bien… merci pour cet agréable moment, Hermione. J'espère le réitérer.
–Moi de même.
–Bonne nuit, me sourit-il avant de tourner les talons.
–Bonne nuit, Logan, murmurai-je en le regardant s'en aller.
Soudain, je fus arrachée à mes pensées de la façon la plus effrayante qui soit.
–Ah, enfin fini ! lança la tête flottante de Malefoy à travers ma porte.
–Malefoy ! m'étranglai-je. Tu veux me faire mourir de peur ou quoi ? Arrête de faire ça ! Et rentre immédiatement ta… tête, à l'intérieur ! lui ordonnai-je en chuchotant avant de m'engouffrer à mon tour dans ma chambre.
Et lorsque je rentrai, le voilà qui me regardais les bras croisés et l'air légèrement moqueur.
–Alors, c'était bien ce petit tête-à-tête devant la porte avec monsieur dents-à-rendre-aveugle-un-lynx ? fit-il avec son air qui m'irritait tant.
–Je vois qu'on est moins déprimé que tout à l'heure ! fis-je remarquer avec humeur. Et comment oses-tu m'espionner, d'abord ?
–Ce n'est pas de ma faute si vous parliez si fort ! Et puis, je ne me moque pas, c'est une vraie question ! se défendit-il d'un air faux.
J'arquais un sourcil dubitatif avant de hausser les épaules. Soit.
–Eh bien… Si tu veux tout savoir… oui ! répondis-je en me laissant tomber sur mon lit. C'était très agréable. On a discuté en mangeant, ri, échangé des informations sur nous… J'ai passé un très bon moment, si tu veux savoir. Logan est quelqu'un d'adorable, ajoutai-je, rêveuse.
–Oh oui, il est a-do-rable ! me singea Malefoy. Non mais sérieusement, ne me dis pas que tu en pinces pour ce type ?
–Ne sois pas ridicule, je le connais à peine. Et puis de toute façon, ça ne te regarde pas ! déclarai-je en me dirigeant vers la salle de bain.
–Pff, ça veut dire oui, ça, grogna-t-il.
–Et même si c'était le cas, en quoi cela te perturberait-il, Malefoy ?
Son comportement possessif m'intriguait.
–C'est seulement que je ne veux pas qu'il te prenne tout ton temps… N'oublie pas nos recherches ! me rappela-t-il.
–Oh, arrête de faire le bébé, soupirai-je. Bon, je file sous la douche… Bonne nuit, Malefoy.
–Ouais… bonne nuit, marmonna-t-il en disparaissant à travers la porte.
Je fis de même en m'en allant dans la salle de bain avant de me glisser sous le jet d'eau chaude. Logan était réellement sympathique… Et intelligent. Et gentil. Et joli garçon, ce qui ne gâchait rien… En revanche, Malefoy, lui… pourquoi s'ingéniait-il à vouloir me gâcher mon plaisir ? Oh, peu importe, après tout. J'avais toute la nuit pour penser, toute seule – sitôt le livre de Malefoy un peu feuilleté – à mon nouveau collègue et ami…
A/N : J'espère que ça vous a plu ! A bientôt pour la suite, bisous !
