8

Le Maléfice d'Evaporation Corporelle

(Hermione)

En entendant ce que je venais de lui annoncer – cette nouvelle qu'il attendait avec tant d'espoir depuis toutes ces semaines – Malefoy parut perdre l'usage de la parole pendant quelques secondes, puis ses yeux tristes s'illuminèrent progressivement.

–Que… balbutia-t-il. Vraiment ? Tu as trouvé ?

–Oui.

Je souris et lui fis signe de me suivre jusqu'à ma chambre pour pouvoir lui raconter en toute tranquillité comment j'avais trouvé la solution.

Une fois la porte de ma chambre verrouillée, je m'installai sur mon lit et commençai mon récit.

–Bon. Comme tu le sais, cet après-midi, j'étais à la visite de Pré-au-Lard avec les élèves – qui d'ailleurs s'est très bien passé – et Logan était avec moi.

A cet instant-là, j'eus l'impression que le regard de Malefoy s'assombrissait.

–Et à un moment, alors que nous étions en train de discuter, poursuivis-je, j'ai eu l'idée de lui demander de l'aide.

–De l'aide ? Sur moi ? hurla Malefoy. Mais tu n'y penses pas, c'est…

–Calme-toi, l'interrompis-je. Je n'ai pas dit un seul mot sur toi et ta situation ! Mais étant donné que Logan est spécialiste des Potions avec d'excellentes connaissances en Défense Contre les Forces du Mal, je me suis hasardée à lui poser quelques questions, lui disant que je m'intéressais beaucoup au phénomène d'invisibilité chez les sorciers avant de lui demander si – par pur hasard – il existait un sortilège quelconque permettant de rendre une personne tout à fait invisible et immatérielle.

–Et ? me pressa Malefoy, l'air vivement intéressé.

–Alors il m'a dit que cela lui rappelait quelque chose qu'il avait lu dans un livre sur les forces occultes qu'il avait dû étudier pour son examen de Défense Contre les Forces du Mal – ils étudient vaguement la magie noire aux Etats-Unis, comme à Durmstrang – et il a ajouté que si j'étais intéressée à ce point-là, il pourrait me le prêter. En rentrant, nous sommes donc allés dans sa chambre et il m'a montré…

–T'es allée dans sa chambre ? m'interrompit Malefoy, l'air furieux.

–Arrête de me couper ! Donc nous y sommes allés et il m'a prêté le livre que voici, lui annonçai-je en lui montrant la couverture.

Sciences Occultes : Disparitions. Tome 1, lit Malefoy sur la couverture du livre.

–Je l'ai un peu épluché et j'ai finalement réussi à trouver quelque chose d'intéressant au chapitre 8. Et en le lisant attentivement, je me suis rendue compte que cela décrivait exactement tes symptômes ! Le sort dont tu es victime s'appelle Le Maléfice d'Evaporation Corporelle, lui appris-je en lui montrant la page.

Je repris alors le livre sur mes genoux et commençai à lui lire l'article :

« Le Maléfice d'Evaporation Corporelle est un très ancien sortilège de magie noire qui fut très pratiqué au XIIIème siècle par les mages noirs. Ce sortilège, aussi complexe que strictement interdit aujourd'hui sous peine d'une condamnation sans sursis à Azkaban, consiste à faire disparaître totalement une personne. Pour ce faire, une potion très puissante et complexe est nécessitée, prête en deux mois minimum. Par respect de la loi CXVI du Code Sorcier de 1836, la recette de cette potion dangereuse ne sera pas divulguée dans ce manuel. Une fois la potion prête et avalée par la victime dans son sommeil accompagnée par une formule prononcée par l'attaquant, celle-ci devient instantanément invisible et immatérielle pour tous, y compris fantômes, créatures magiques et animaux. La victime est alors privée de son énergie et reste inconsciente pendant une période approximative d'un mois avant de retrouver ses esprits et de s'apercevoir que personne ne peut plus le voir, ni l'entendre. Ce sortilège n'est techniquement pas mortel car il ne peut qu'être éphémère. La victime devrait redevenir visible dans une période de deux à trois ans après le lancement du maléfice. Mais presque personne n'a jamais survécu jusque là car, se voyant incapable de communiquer avec les autres, de toucher, de sentir et de faire quoi que ce soit, la victime finit par douter de sa propre existence avant de se convaincre d'être tout à fait morte. La mort réelle survint en général très tôt, entre 3 à 5 semaines, entraînée par la mort mentale du sujet. C'est donc un maléfice psychologique très grave car à ce jour, seules deux personnes ont pu survivre deux ans à ce maléfice, et en sont d'ailleurs devenues folles. »

–Oui, c'est bien ça ! s'exclama Malefoy d'une voix hystérique. Je suis bien resté inconscient un mois car je me suis retrouvé invisible le 10 août alors que la veille était pour moi le 12 juillet ! Et aussi invisible que transparent, c'est bien ça !

–Exact ! confirmai-je. C'est bien ton cas qui est décrit ici.

–Mais attend… Cela veut dire que je vais redevenir visible dans deux ou trois ans seulement ? s'exclama Malefoy. Par Salazar, mais je ne tiendrai jamais jusque là ! Je vais finir comme les autres victimes : fou bien avant !

–Ça, je ne pense pas, lui dis-je avec un petit sourire. Car tu peux me parler, à moi. Aussi, le sortilège ne peut pas t'atteindre psychologiquement autant que ça aurait pu l'être si tu t'étais vraiment retrouvé seul au monde.

–C'est vrai… concéda-t-il. D'ailleurs, ça va beaucoup mieux depuis que je peux te parler, car durant les deux premières semaines, celles où je me suis vraiment retrouvé tout seul, j'ai cru devenir fou et j'ai même cru mourir…

–Je vois.

–C'est donc bien ce sortilège… Eh, mais attend ! s'interrompit-il en fronçant les sourcils. Si ce maléfice peut rendre une personne totalement invisible aux yeux de tous… alors COMMENT DIABLE peux-tu me voir, toi !

–Attend, il y a une suite, l'avertis-je en reprenant ma lecture.

« Toutefois, il existe un cas extrêmement rare grâce auquel une personne victime du Maléfice d'Evaporation Corporelle peut être vue et entendue comme si elle était toujours visible. Ceci est dû à une raison scientifique très complexe qui consiste à avoir certaines molécules magiques communes et complètement identiques dans plusieurs corps. Donc si une personne victime du sortilège rencontre l'un de ses « alter moléculaire », celui-ci sera capable de le voir et de l'entendre sans aucune difficulté. Mais c'est un cas quasi-impossible car il n'existe environ que deux ou trois personnes à avoir exactement les mêmes molécules magiques adéquates dans le monde entier. »

Je vis alors que la page suivante était collée et donc illisible mais peu importe. Nous savions tout ce dont nous avions besoin.

Lorsque j'eus levé les yeux de ma lecture, je m'aperçus que Malefoy me dévisageait avec des yeux ronds.

–Ça va ? m'enquis-je.

–Deux ou trois personnes dans le monde entier seulement, répéta-t-il, l'air ébahi. Et j'ai eu la chance de tomber sur l'une d'entre elles… sur toi.

–Eh bien… oui. C'est une coïncidence incroyable n'est-ce pas ? Que toi et moi nous ayons les mêmes molécules magiques… répondis-je en baissant les yeux, troublée par son regard insistant. Une chance, pas vrai ?

–Donc tu m'as… sauvé, en quelque sorte, Granger, lâcha-t-il d'une voix douce. Sinon je serais certainement… devenu fou.

–Il y a des chances…

Nous restâmes ainsi un moment, gênés, sans plus trop oser parler ni nous regarder. C'était la première fois que je me sentais si troublée en la présence de Malefoy.

–Bon… eh bien, tu dois te sentir soulagé, non ? me risquai-je à lui demander. Nous savons au moins que ton état n'est pas éternel.

–Tu parles ! Pour rester ainsi pendant au moins deux ans ! cracha-t-il, l'air écoeuré. Et tout seul en plus ! Comme si tu aller rester avec moi tout ce temps !

A ces mots, je me figeai, sentant mon cœur s'accélérer légèrement dans ma poitrine. Qu'avait-il voulu dire par là ?

–Je… j'avais promis que je t'aiderai, tu le sais, murmurai-je.

–Et tu l'as fait, soupira-t-il. Tu as réussi. Tu n'as plus à t'occuper de moi maintenant que nous avons découvert quel sortilège me frappait…

–Oh, Malefoy, fis-je en secouant la tête. Tu me crois égoïste au point de te laisser tout seul pendant tout ce temps alors que je suis la seule à qui tu puisses parler ? Même si nous n'avons jamais été amis toi et moi, il est évident que je ne t'abandonnerai pas !

–Tu… es sincère ? demanda-t-il, l'air incrédule.

–Oui, répondis-je en toute honnêteté.

–Granger…

Nous restâmes ainsi pendant une minute, à nous regarder dans les yeux sans dire un mot. Je n'osai ni bouger ni parler, m'attendant à ce qu'il me confie quelque chose d'important.

Mais son regard profond et un peu troublé finit par disparaître pour laisser place à ses yeux habituels, froids, tristes, et en cet instant teintés d'une note que je perçus comme furieuse.

–Et l'autre ? lança-t-il entre ses dents.

–L'autre ? répétai-je en haussant un sourcil confus. Quel autre ? De qui parles-tu ?

–Ne fais pas l'ignorante, Granger, ça ne te va pas ! dit-il, l'air agacé. Je parle de l'autre, le Môssieur Prince des Potions, la Gencive Géante venue du Nouveau Monde ou le Bellâtre Rouleur de Pelles de Pré-au-Lard, si tu préfères ! cracha-t-il avec une rancœur évidente.

Je restai stupéfaite à cette déclaration pleine de hargne. Qu'avait-il donc contre Logan et surtout, qu'est-ce que ce dernier surnom signifiait-il ? Il n'avait quand même pas osé…

–Alors ? insista-t-il de son air arrogant.

–Je n'arrive pas à croire que tu nous aies suivis ! m'énervai-je à mon tour. Comment as-tu osé violer mon intimité, Malefoy ?

–Ton intimité ? ricana-t-il. Allons donc ! Vous étiez tous les deux en train de vous bécoter en pleine rue, à Pré-au-Lard !

Non mais quel culot !

–Tu n'étais pas censé nous espionner ! ripostai-je, ulcérée qu'il ose me faire des reproches.

–Je n'espionnais rien du tout, c'est vous qui vous exhibiez ! Et je n'arrive pas à croire que tu te laisses si facilement embobiner par ce séducteur à la noix ! Tu as treize ans ou quoi ?

–Malefoy ! m'exclamai-je, à présent furieuse de me faire juger de la sorte pour un petit baiser innocent. Je ne suis ni ta sœur, ni ta petite amie, ni même ton amie ! Alors je t'interdis de me critiquer ou de me juger de quelque façon que ce soit !

Il se tut mais ses yeux clairs continuaient à me lancer des éclairs.

–Content de voir que tu t'éclates, finit-il par dire, l'air blessé. Et c'est vrai, tu n'es ni ma sœur, ni ma petite amie, mais… pour le troisième terme… j'avoue que je pensais qu'après toutes ces semaines passées ensemble, nous étions peut-être un peu plus que de simples connaissances l'un pour l'autre.

Je me sentis alors coupable. Finalement, en me mettant à sa place, je pouvais comprendre son point de vue. Lui qui était privé de toute vie sociale depuis tant de semaines me voyait à présent moi, son seul contact humain, sortir avec un garçon alors que lui était incapable de pouvoir parler à quelqu'un et de toucher qui que ce soit…

Pas étonnant qu'il se sentît frustré… et jaloux de moi. Et je m'en voulais d'en avoir rajouté une couche en lui disant que je ne le considérais pas comme un ami. Surtout qu'avec tout ce temps passé tous les deux, j'avais fini par apprendre à mieux le connaître, à découvrir, derrière ce masque d'arrogance et de sarcasme que j'avais connu pendant tant d'années, un garçon blessé par la vie et un peu fragile, pouvant finalement être quelqu'un de gentil… Et je m'étais même confiée à lui à plusieurs reprises, alors qu'est-ce qui m'avait pris de dire ça ?

–Excuse-moi, Malefoy, soupirai-je. Je comprends ce que tu ressens mais…

–Non, tu ne sais rien ! m'interrompit-il, l'air peiné.

–Je ne voulais pas dire ça…

–Mais tu l'as fait.

–Ecoute, je fais de mon mieux ! m'exclamai-je, sentant les larmes me monter aux yeux. Mais tu ne rends pas la tâche facile en étant aussi désagréable !

–Ah, c'est moi qui suis désagréable maintenant ?

–Mais quel est ton problème à la fin, Malefoy ? Tu as peur qu'à cause de ma nouvelle relation avec Logan, je t'oublie et te laisse tout seul dans ton malheur ?

–Je pense simplement que ce type est nul ! rugit-il avec hargne. Et j'ai entendu ce qu'il te disait à Pré-au-Lard. Je te croyais plus intelligente que ça, pour tomber dans ses bras à la première phrase bateau sortie.

–Logan est quelqu'un de bien ! Tu n'as pas le droit de porter un tel jugement envers lui !

Je commençais sérieusement à trouver son comportement lourd et anormal.

–C'est un bellâtre hypocrite et profiteur qui te laissera tomber dès qu'il aura eu ce qu'il voulait, lança-t-il, agressif. Je connais ce genre de types.

–Pas étonnant ! C'est ton portrait chez les Serpentard que tu décris là ! Tu les as toutes eues et toutes jetées ! lui rappelai-je. Même Pansy à qui tu avais promis monts et merveilles, selon tous !

–C'est de toi dont nous sommes en train de parler, Granger ! Et je tiens seulement à te mettre en garde avant que tu ne te retrouves seule, humiliée et honteuse.

–Je suis une grande fille, Malefoy !

–Mais tu ne connais pas les hommes, Granger !

–Tu sais qui tu me rappelles en cet instant ? Ron, au bal de Quatrième année ! Lui aussi voulait me dissuader de fréquenter Viktor pour les mêmes raisons alors qu'il a toujours été très correct ! Pourquoi voulez-vous tous m'empêcher d'être heureuse, à la fin ?

–Tu es naïve, Granger… avança-t-il, à bout d'arguments.

–C'est toi qui es jaloux de me voir heureuse alors que tu ne peux plus te faire aucune fille ! criai-je presque, furieuse de son attitude. Mais sache que je ne vais pas mettre ma vie sociale entre parenthèse tout simplement pour être solidaire avec toi qui n'en as plus aucune ! Et parfois, je me dis que c'est bien fait pour toi !

Je me mordis les lèvres et me rendant compte de ce que je venais de lui dire. Ma colère avait pris le dessus sur ma raison. J'avais été trop loin.

Et je pouvais à présent voir dans ses yeux clairs qu'il était terriblement blessé par mes propos.

–Finalement, commença-t-il, le ton méprisant, même si je commençais à te trouver sympathique, dans le fond, tu es toujours cette petite Miss Je-Sais-Tout qui se croit plus intelligente que tout le monde, prétentieuse et naïve qui se laisse embobiner par la première paire d'abdominaux bulgare ou américaine venue !

Ma rage reprit le dessus aussi vite que la culpabilité était apparue. Furieuse et vexée de me voir jugée et rabaissée de la sorte, je m'approchai de lui et mon premier réflexe fut de lui administrer – comme en troisième année – une gifle magistrale.

Au contact violent de ma main sur sa joue, son visage partit d'un coup en arrière et prit rapidement une couleur irritée. Sous l'effet de la colère, lui comme moi mîmes plusieurs secondes avant de réaliser réellement le miracle qui venait de se produire en cet instant.

–Oh, Merlin… Granger… balbutia Malefoy en pâlissant d'émotion. Tu m'as… touché !


A/N : Je suis désolée de poster avec une semaine de retard mais comme j'ai été absente tout le week-end dernier, je n'ai pas eu le temps… Donc voilà pour ce chapitre ! Les mystères concernant l'invisibilité de Drago sont désormais dévoilés… Mais il en reste d'autres, héhé… A la semaine prochaine, j'vous embrasse tous !