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Une Etreinte si Attendue
(Drago)
Je pouvais sentir mon cœur battre à la chamade et s'affoler crescendo dans ma poitrine tant l'émotion qui me subjuguait en cet instant était forte. Après toutes ces semaines à pouvoir traverser n'importe quoi, à ne plus pouvoir sentir le moindre objet sous mes doigts, le moindre contact humain contre ma peau ou tout simplement la saveur d'un souffle sur mon visage, voilà que je redevenais… palpable !
La gifle de Granger m'avait touchée, elle ne m'avait pas traversé mais s'était bien arrêtée sur ma joue et je l'avais sentie… Un geste fort peu agréable en lui-même, il est vrai, mais il y avait si longtemps que je n'avais plus été touché, que je n'avais plus senti la saveur d'une peau contre la mienne que… ce contact me procura – malgré la douleur – une émotion d'extase indescriptible et totalement folle.
–Granger ! m'exclamai-je, tremblant. Tu as vu ? Tu m'as touché… touché !
–Oui… j'ai vu… balbutia-t-elle, apparemment tout aussi bouleversée que moi. C'est incroyable.
–Ce n'est pas un rêve… n'est-ce pas ?
J'avais tellement imaginé ce moment que j'avais peur que celui-ci échappe à la réalité… Mais cela ne pouvait être un rêve puisque je ne dormais plus jamais.
–Dans ce cas, on fait le même, souffla Granger en s'approchant de moi.
Elle posa alors d'un geste délicat ses doigts sur mon épaule, mon dos, et finalement mon visage tout en me contournant, comme fascinée par ce phénomène.
–Tu es bien là… murmura-t-elle. Tu es de retour !
–Je ne crois pas, non… lui dis-je d'une voix morne. Regarde.
Je pointai un doigt vers le grand miroir de sa chambre vers lequel elle se tourna instantanément. Et là, comme d'habitude, au lieu de nous refléter tous les deux puisque nous étions devant, le miroir ne réfléchissait que le seul reflet de Granger, me faisant demeurer toujours invisible.
–C'est curieux que tu ne sois plus immatériel mais toujours invisible… murmura Granger qui semblait réfléchir.
–Oui… Je me demande comment ça se fait…
Car je trouvais cela bien étrange.
–Eh bien… Je suppose que c'est un stade, finit par suggérer Granger avec raison. Cela doit être parce que tu deviens de plus en plus… réel. Tu retrouves d'abord ta palpabilité avant de redevenir visible.
–Ça doit être quelque chose comme ça, oui, approuvai-je.
–Mais ce qui m'étonne, c'est que ça se fasse aussi vite, fit remarquer Granger en fronçant les sourcils. Le manuel parlait de deux à trois ans, or, cela fait à peine trois mois que tu es dans cet état.
–Eh bien, nous dirons que je suis une exception ! lançai-je, trop content pour me poser des questions.
–Je trouve tout de même cela curieux, insista Granger.
Curieux ou pas, peu importe. J'étais bien trop heureux pour gâcher mon plaisir… que je ressentais le besoin de partager avec… elle, en cet instant.
–Ecoute, Granger… commençai-je, gêné. Je regrette toutes les idioties que je t'ai dit tout à l'heure… J'étais énervé, stressé de ma situation… Navré de m'être défoulé sur toi. Tu ne le méritais bien et je sais tout ce que tu fais pour moi… Et je suis désolé de t'avoir encore une fois traitée de Miss Je-Sais-Tout… et pour le reste, m'excusai-je platement.
Heureusement pour moi, Granger n'avait pas la rancune tenace.
–Je comprends… répondit-elle d'une voix douce. Et je suis également désolée si certaines de mes paroles t'ont blessé. Je parlais sous le coup de la colère et je ne pensais pas tout ce que je disais…
Nous nous sourîmes mutuellement, bien qu'avec une certaine réserve. Mon état et le pouvoir qu'elle avait eu sur moi durant ces dernières moi m'avaient bien fait changé ma vision d'elle…
–Notre dispute paraît bien futile à côté du miracle qui vient de se produire, ajouta Granger avec un petit rire nerveux.
–C'est vrai, approuvai-je. Je n'en reviens toujours pas…
Tout comme j'espérais qu'elle accepte de partager ce miracle avec moi. J'en avais cruellement besoin… et avec elle, ce serait d'autant plus magique.
–Granger… Je peux te demander quelque chose ?
–Je t'écoute.
–Trois mois sans pouvoir sentir le contact d'une peau contre la mienne… c'est quelque chose de psychologiquement très pénible à vivre. Alors je me demandais si… maintenant que je suis… matériel… je pouvais…
Je pris mon courage à deux mains et me lançais.
–Si je pouvais… te serrer dans mes bras, risquai-je enfin.
Les yeux de Granger s'agrandirent à cette demande pourtant sincère, comme si elle croyait avoir mal entendu.
–Sans rien de romantique, bien entendu ! me hâtai-je de lui préciser. C'est juste que… après tous ces mois sans pouvoir rien toucher, rien ressentir physiquement… J'ai besoin de sentir le contact d'une autre personne contre moi, maintenant que c'est possible. Rien qu'une seconde.
–Je… je comprends, murmura-t-elle d'une voix que je perçus comme légèrement tremblante.
Je ne sus pas exactement à quel instant ce contact se noua mais très vite, malgré une certaine gêne, nos bras respectifs s'ouvrirent et nous nous retrouvâmes enlacés l'un à l'autre, au beau milieu de la chambre.
Notre étreinte, au début timide et maladroite, devint, au fil des secondes, plus affirmée, étroite et sans plus aucun embarras quelconque, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde.
Sentir la chaleur d'une peau contre la mienne, un souffle sur ma nuque, un cœur battant contre le mien et l'odeur de mèches de cheveux sous mon nez… Voilà qu'à présent je recevais d'un coup tous ces contacts humains qui m'avaient si cruellement manqué durant ces mois réduit à l'état de spectre. J'en avais presque oublié la sensation…
Ce contact étroit et chaud était aussi doux qu'agréable et en cet instant je n'avais plus envie de quitter les bras de Granger. Plus du tout.
Et j'en vins même à me demander si l'extase que me procura ce premier toucher humain après tout ce temps venait simplement du contact en lui-même ou également de la personne avec laquelle je le partageais…
Au bout de quelques minutes où je n'entendis plus rien d'autre que des battements de cœurs et des bruits de souffles légers émanant de nous deux, Granger détacha délicatement ses bras des miens avant que son corps tout entier ne suive, ceci me donnant la désagréable impression de sortir d'une longue douche chaude pour me retrouver trempé dans une pièce glacé.
–M… merci, balbutiai-je, me sentant incapable d'exprimer tout ce que j'avais ressenti durant ce court instant béni.
–Je t'en prie, répondit Granger d'une voix posée.
Et pourtant, j'avais l'impression, en voyant ses yeux, qu'elle était légèrement troublée.
–Je… Je voudrais m'assurer de quelque chose, finis-je par dire.
Car en fait, j'avais surtout envie de changer de sujet afin de me débarrasser de ce sentiment de trouble qui s'était emparé de mon ventre depuis notre étreinte.
–Ah oui ? Quoi donc ? voulut savoir Granger.
–Suis-moi.
J'ouvris la porte de sa chambre – désormais incapable de la traverser – et descendit au rez-de-chaussée, suivi d'une Granger interrogative.
Ah… Parfait. Il y avait justement McGonagall, Flitwick et Rusard en train de discuter au pied du grand escalier.
–Hé, ho ! m'écriai-je. Vous m'entendez ?
Mais ils restaient tous les trois plongés dans leur conversation.
–Hé, McGo ! criai-je. Je voulais simplement te dire que je t'avais toujours trouvée super sexy ! Eh oui, ne soyez pas jaloux Flity, elle est à moi ! Quant à vous Rusy, je suis certain que vous trouverez votre bonheur quelque part entre deux étagères de la bibliothèque avec Mrs Pince et Miss Teigne !
Surtout que j'avais déjà surpris Rusard avec la bibliothécaire plusieurs fois la nuit alors qu'ils se croyaient seuls.
En entendant mon monologue stupide, Granger, derrière moi, ne put s'empêcher de rire ce qui attira l'attention des trois professeurs dont les regards convergèrent alors instantanément vers elle.
–Hum… Un problème, Professeur Granger ? lui demanda McGonagall en haussant un sourcil interrogateur.
–Non, absolument pas, Madame la Directrice, lui répondit Granger en ravalant tant bien que mal son fou rire. Veuillez m'excuser.
Nous remontâmes alors rapidement jusqu'à sa chambre en pouffant de rire comme des gamins.
–Non mais qu'est-ce qui t'a pris, Malefoy ? rit Granger en se laissant tomber sur son lit. Tu voulais me rendre ridicule à me faire rire comme ça devant eux ?
–Je voulais simplement m'assurer que j'étais toujours invisible, lui répondis-je en riant à mon tour. Mais avoue que c'était marrant.
–C'est vrai. Merci pour ce stupide et divertissant moment, Malefoy l'Invisible !
–Pour vous servir, Granger mon cœur !
–Pas la peine de faire tant de manières ! pouffa-t-elle en me donnant un coup de coude.
Mais en réalité, je n'en faisais pas.
Je savais que c'était idiot de ma part.
Je savais que je l'avais méprisée et insultée pendant de longues années.
Je savais qu'aujourd'hui elle fréquentait quelqu'un.
Et je savais à présent ou plutôt avais compris, dès le moment où nous nous étions enlacés… que j'avais des sentiments pour elle.
Je ne savais pas trop comment j'avais fait pour tomber amoureux d'elle, de cette fille que j'avais toujours cru haïr en raison de ses origines, mais nos longs moments passés ensemble lors de ces trois mois avaient fini par faire éclore en moi quelque chose d'étrange et de complètement nouveau.
C'était décidemment le bouquet ! Moi, Drago Malefoy, ancien Sang-Pur respecté et à présent le renié invisible venait de tomber amoureux, par accident total, d'Hermione Granger, celle que j'avais traitée avec tout mon cœur de Sang-de-Bourbe des centaines de fois…
Et j'en avais honte, tout comme j'avais honte de mes sentiments à présent. Pas parce que c'était elle, au contraire, je la trouvais chaque jour de plus en plus incroyable, mais parce que j'étais sûr que mes sentiments n'étaient pas partagés.
Je devais être lucide. J'avais été odieux avec elle pendant si longtemps et qui plus est, elle semblait bien attachée à son Logan au sourire endenté, à présent…
Pourquoi aurait-elle voulu d'un pauvre invisible dépendant d'elle, ancien Mangemort et ne laissant jamais passer l'occasion d'humilier les autres ?
Finalement, Crew ne la méritait pas plus que moi.
Mais ça me faisait mal car à présent que je m'avouais enfin mes sentiments à moi-même, je me rendais compte que c'était vain, car elle ne ressentait rien pour moi et par conséquent, cela ne servirait à rien sinon à me rendre ridicule et à l'éloigner de moi que de lui avouer ce que je ressentais pour elle.
Elle ne le saurait pas.
Tout comme elle ne savait pas… que depuis un bon moment déjà, elle me fascinait. Que de nombreuses nuits, toujours incapable de dormir, je ne faisais pas qu'errer dans les couloirs à épier vaguement les autres élèves… que j'allais la voir dans sa chambre.
Et que je l'observais pendant son sommeil.
Je ne comptais plus les nuits que j'avais passé agenouillé à côté de son lit, l'observant dormir et étudiant chacune de ses respirations et de ses mouvements légers. J'étais sûr que plusieurs fois, elle avait ressenti ma présence mais à chaque fois, je m'étais arrangé pour m'en aller avant qu'elle ne puisse me voir.
D'ailleurs, je ne restais jamais fort longtemps, finissant toujours par trouver mon attitude bizarre vis-à-vis de cette fille qui ne représentait pour moi qu'une simple aide.
Sauf qu'elle était finalement beaucoup plus que ça pour moi.
Et que je m'en apercevais uniquement maintenant.
Et ce fut ce moment-là qu'elle choisit pour m'arracher à mes pensées :
–Bon… Il se fait tard, je crois que je devrais aller dormir…
–Oui… répondis-je, pensif.
–Que vas-tu faire ? s'enquit-elle. Tu ne ressens toujours pas le besoin de dormir ?
–Non, je ne crois pas… Alors je crois que je vais aller me promener, comme d'habitude. Pour une fois, j'aurais l'occasion de toucher des choses !
Mais en fait, je venais surtout d'avoir une idée…
Granger haussa les épaules avant de hocher la tête.
–Comme tu veux. Dans ce cas, bonne nuit.
–Bonne nuit à toi aussi.
Je crus que mon esprit me jouait des tours lorsque je vis Granger se pencher vers moi pour me déposer un rapide baiser sur la joue… juste avant de disparaître dans la salle de bain.
Doux contact… Mais je m'interdis immédiatement de me faire des idées. Ce n'était qu'un simple baiser de bonne nuit, pour ne pas dire un baiser de pitié à moi, l'homme ayant été transparent et privé de tout contact pendant trois mois.
Pour en revenir à mon idée, elle était très simple et je me demandais comment j'avais fait pour ne pas y songer plut tôt.
Si je ne pouvais pas avoir Granger, alors lui non plus ne l'aurait pas ! J'étais toujours invisible, non ? Et à présent, je pouvais toucher les choses. Alors ainsi, j'allais pouvoir en profiter pour fouiller dans sa chambre et trouver la preuve que ce n'était pas un type bien ! Car j'avais eu l'intime conviction, la toute première fois où j'avais eu affaire à ses dents blafardes prétentieuses, que ce Logan Crew n'était qu'un immense séducteur hypocrite…
Granger était à présent sous la douche. Parfait. Ainsi, je pourrai sortir et espionner son Logan sans qu'elle ne me voie.
Je dus donc ouvrir la porte pour sortir – n'était à présent plus transparent – en prenant le soin de n'être entendu par personne. Par chance, en cette heure tardive, le couloir des professeurs était désert. C'était parfait. Le seul problème, c'était d'entrer dans la chambre du Yankee aux dents de cheval sans qu'il ne s'en rende compte car je devrai ouvrir la porte pour y pénétrer…
J'arrivai donc devant et collai mon oreille contre, afin de voir ce qui s'y passait. Par chance, je pouvais percevoir de l'eau couler. Quelle chance, lui aussi était sous la douche ! Ainsi, je pourrai entrer sans qu'il ne voie la porte bouger… Et comble de la chance – qui était décidemment avec moi aujourd'hui – la porte n'était pas verrouillée. Je pus donc y entrer tout naturellement et en toute discrétion.
Hum… Plutôt propret, le Sourire d'Enfer ! Rien ne traînait, le lit était impeccablement fait, le bureau organisé de manière irréprochable et cela brillait autant que ses horribles dents. Où pourrais-je donc trouver quelque chose de compromettant devant tant de maniaquerie ?
Alors c'est au hasard que je me mis à chercher un indice, n'importe quoi, pour prouver qu'il n'était pas assez bien pour Granger. Je fouillai partout. Sous le lit, sur les étagères, dans les tiroirs… Mais rien, mis à part des vêtements, des fioles ou des cours…
Je commençai réellement à perdre espoir en me disant que cet homme était Mr Parfait lorsque quelque chose que je n'avais pas vu attira mon attention. Une feuille posée à la va-vite sur le bureau, un stylo mal fermé dessus montrant que son écriture n'était pas ou à peine achevée.
La curiosité me fit m'approcher du bureau et lire cette feuille qui apparemment était une lettre. Sur l'enveloppe mise juste en dessous, je pouvais lire une adresse américaine au dessus du nom Amy Crew. Hem… Crew… Il écrivait probablement à sa famille, je perdais mon temps. Toutefois, quelque chose me poussa à lire cette lettre.
« Mon Amy,
Navré de n'avoir pas pu t'écrire plus tôt. Mes cours me laissent très peu de temps de libre mais je prends un instant pour te donner quelques nouvelles. Je suis heureux que tu aies bien reçu ma dernière lettre et je te remercie pour la tienne qui comme d'habitude m'a réchauffé le cœur. Ici, tout se passe bien. Mes élèves sont dans la globalité charmants, tout comme mes collègues, et je me suis très bien adapté à ma nouvelle vie en Angleterre.
Chez nous, j'espère que tout se passe bien et que tout va bien pour toi aussi. Si tu savais comme tu me manques, mon cœur… Et je sais que cette séparation qui se prolongera jusqu'à la fin de l'année sera douloureuse mais patience. Après cette année en tant que professeur de Potions dans le prestigieux collège de Poudlard, je serai un pédagogue reconnu et je pourrai enseigner dans n'importe quelle grande école de sorcellerie des Etats-Unis ! Et là, nous pourrons enfin profiter réellement de notre vie conjugale et même peut-être penser à agrandir notre famille…
Je reviendrai passer Noël avec toi, comme promis, avec quelques transplanages jusqu'à toi avant si je le peux… En attendant le moment où je pourrai à nouveau te serrer dans mes bras, je t'envoie à distance tout mon amour et te dis à très bientôt, ma chérie…
Logan. »
Je restai un bon moment immobile devant ce torchon, partagé entre un sentiment de soulagement doublé d'une satisfaction profonde et une violente envie de vomir sans retenue sur son bureau.
Cette Amy Crew n'était ni sa mère, ni sa sœur, ni sa cousine.
Ce salaud était marié !
A/N : Et voilà, notre Drago s'est enfin avoué ses sentiments XD et il a également découvert quel genre d'être est Logan… Je vous laisse patienter pour la réaction d'Hermione devant les révélations qui l'attendent, héhé… Bisous à tous et mille merci pour vos mots gentils :)
