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Soupçons
(Drago)
Je serais presque tombé à la renverse tant le choc était grand. Et je pouvais constater que Granger n'en menait pas large, elle non plus.
Ebahi en constatant que Crew pouvait me voir, Granger et moi nous regardâmes pendant quelques secondes, affichant le même air ahuri, avant que je ne me reprenne.
– Eh bien ? insista-t-il d'un air poli sans cesser de me fixer.
– Vous… parlez de moi ? murmurai-je d'une voix blanche.
– Y'a-t-il quelqu'un d'autre que nous trois dans la pièce ? fit remarquer Crew. Hu, hu !
Je préférai cacher mon bouleversement – tout comme Granger que malgré son silence je pouvais sentir trembler d'émotion à mes côtés – et me comportais en parfait Malefoy lorsque je répliquai d'un ton méprisant :
– Hum… Je ne sais pas trop… Peut-être une nouvelle femme cachée dans le vase que vous venez d'apporter ?
Touché. L'idiot aux grandes dents lactescentes parut passer de la surprise à la vexation pour finalement se reprendre en se raclant la gorge pour forcer le sourire.
– Oh… Je vois qu'Hermione vous a tout raconté.
– Ce n'était même pas la peine, je la comprends d'emblée, moi.
Je vis Granger me lancer un drôle de regard tandis que je me mordais les lèvres pour avoir prononcer cette phrase involontaire, dans le seul but de faire enrager Crew comme il m'avait fait rager, moi.
– Euh, bien… Pour en revenir au sujet… reprit Crew avec son petit rire hypocrite insupportable. Puis-je savoir qui vous êtes, jeune homme ?
Non mais de quoi se mêlait-il celui-là ? Surtout après ce qu'il avait fait, quel culot de revenir la voir et de se permettre de poser des questions, en plus !
– Soit. Eh bien… hésitai-je. Je suis…
– …mon meilleur ami ! acheva Granger d'une voix forte.
Elle s'approcha alors de Sourire d'Enfer – qui ne souriait plus du tout à présent – pour le pousser légèrement et le faire rebrousser chemin.
– Oh, mais Hermione…
– Allez, merci pour les fleurs, et au plaisir ! expédia-t-elle avec ironie en lui claquant la porte au nez.
A peine débarrassée de Crew, Granger se tourna vers moi, presque aussi tremblante et bouleversée que je l'étais et murmura d'une voix chevrotante :
– Oh, Malefoy… Il… il t'a vu !
– Oui… murmurai-je avec émotion. Et dire qu'il y a quelques minutes encore, il ne me voyait pas… Je n'arrive pas à y croire.
Le fait d'être redevenu réel comme avant me procurait une telle émotion, un tel bouleversement, que je sentais tous mes membres en pleine fébrilité, me sentant rempli d'adrénaline et prêt à exploser de joie d'une seconde à l'autre.
Ce sentiment de bien-être soudain en était presque déroutant.
– Tu es de retour ! s'exclama Granger en me sautant dessus.
Son enthousiasme me fit perdre l'équilibre et nous nous retrouvâmes tous les deux, l'un contre l'autre par terre. Mais nous riions tellement, heureux et émus par ce miracle, que nous en fichions d'avoir l'air ridicule, en cet instant.
– Oui, apparemment, murmurai-je.
– C'est tellement incroyable…
Son visage souriant était juste au-dessus du mien et j'avais une irrésistible envie de lever un peu le visage pour attraper ses lèvres, à présent que nous étions débarrassés de Crew, mais elle se releva lentement en disant :
– Je suis tellement heureuse pour toi… Tu vois que finalement, il ne fallait pas perdre espoir ?
– Tu avais raison, oui, déclarai-je en attrapant une de ses mains pour la presser avec chaleur.
Le contact de ses petits doigts fins entre les miens m'assena comme une légère décharge au niveau du ventre.
– Je me demande vraiment ce que j'aurais fait sans toi, ma petite Granger…
– Bah, tu aurais probablement rencontré une autre « alter moléculaire », rit-elle en serrant mes doigts à son tour.
– Ç'aurait été bien dommage.
Elle me sourit en réponse avant de lâcher ma main pour s'asseoir sur son lit, l'air songeur.
– N'empêche que je me demande toujours comment cela se fait-il que tu sois revenu si vite. En à peine trois mois… Cela relève du miracle.
Je me posais la même question mais une autre plus importante hantait exclusivement mon esprit.
– Moi, ce qui m'inquiète, c'est plutôt de savoir qui est à l'origine de ce sort, fis-je en fronçant les sourcils. Qui peut donc me haïr au point d'avoir voulu me rendre fou par cette odieuse méthode ?
– Sans vouloir te vexer, Malefoy, tu es loin de faire l'unanimité dans le monde magique, depuis cet été… me fit remarquer Granger avec tact.
– Je sais… soupirai-je. Mais l'article sur le sortilège disait bien qu'il fallait faire avaler à la victime une potion tout en murmurant une incantation durant son sommeil… Et tu sais, Granger, le Malefoy Manor est l'une des propriétés de sorciers pour ne pas dire LA maison la mieux gardée et protégée de tout le Royaume-Uni.
– Alors la personne qui a fait ça se trouvait certainement à l'intérieur… conclut Granger à ma place.
– Mais qui ? soupirai-je. Cela ne peut tout de même pas être ma propre mère, jamais elle ne m'aurait fait ça…
C'est à cet instant-là que je réalisai que ma mère et moi n'étions à présent plus les seuls à vivre au manoir, depuis le début de l'été.
– ROGUE ! m'étranglai-je, horrifié.
– Rogue ? répéta Granger, l'air surpris à cette éventualité. Il vit chez toi ?
– Depuis début juillet, oui. C'est le nouveau petit ami de ma mère.
– Mais… A ce que je sache, il a toujours été très sympa avec toi, non ? fit-elle valoir. A Poudlard, tu étais même son chouchou… Et il t'a d'ailleurs défendu, après la mort de Voldemort…
– Alors il cachait bien son jeu car ça ne peut être que lui, marmonnai-je entre mes dents, à présent sûr de sa culpabilité. Lui seul était au manoir avec ma mère, personne d'autre n'y était entré depuis des semaines à part nous trois.
– Mais pourquoi t'aurait-il fait ça ? insista Granger.
– Pour se débarrasser de moi à présent que je suis renié de tous, pour se couler des beaux jours seul avec ma mère… Je n'en sais rien ! m'exclamai-je en levant les bras en l'air, agacé. Et j'aimerais bien le découvrir…
Mais Granger ne semblait pas convaincue.
– Tu es vraiment sûr que c'est lui ?
– En toute logique, oui ! Personne d'autre n'aurait pu rentrer dans le manoir.
– Alors que vas-tu faire à présent ? s'enquit-elle.
– En tous les cas, il ne s'en tirera pas comme ça ! promis-je avec colère. J'ai bien envie de voir sa tête quand il verra la chance que j'ai eue de tomber sur toi et de pouvoir ainsi survivre et revenir ! Oui, j'aimerais vraiment voir ça !
– Moi aussi, à vrai dire, dit Granger.
– Alors viens avec moi ! proposai-je.
– Oh, euh… Vraiment ? fit-elle d'une voix timide.
– Bien sûr, je te dois tellement. Et tu fais partie de cette histoire après tout.
– Mais… Je ne sais pas trop…
– Ce sont les vacances d'Halloween donc pour tes cours, il n'y aura pas de problème. Et s'il tente la moindre chose, je serai là à te couvrir de toutes façons, je ne le laisserai pas s'approcher de toi. Et puis nous allons le prendre au dépourvu alors je pense qu'il ne fera rien de stupide, surtout avec ma mère et ses gardes dans les parages.
Granger me regarda plusieurs secondes sans dire mot, le regard indéchiffrable, comme si elle réfléchissait à toute vitesse.
– D'accord, finit-elle par accepter. Je viens avec toi.
– Merci, lui dis-je en souriant.
J'étais tellement content qu'elle dise oui que je l'aurais serrée dans mes bras à l'étouffer. Mais au lieu de ça, je me contentai d'un sourire avant de serrer rapidement ses mains dans les miennes pour la remercier.
– Mais que vas-tu lui dire ? s'enquit Granger.
– Je ne sais pas trop…
Mais en réalité, pour l'instant, quelque chose d'autre me préoccupait et j'avais un besoin urgent de remédier à ce malaise.
– Dis, Granger… Je peux te demander un service ?
– Vas-y.
– Maintenant que je suis redevenu réel, il se trouve que j'éprouve à nouveau certains… besoins.
Je ne savais pas trop comment formuler ma question.
– Cela te gênerait de… me prêter ta douche ?
En entendant ma question assez peu commune, Granger eut un sourire surpris avant de marquer son accord par un hochement de tête joyeux.
– Evidemment, idiot ! Je commençai justement à me demander comment tu te sentais à ce niveau-là, maintenant que tu es à nouveau réel.
– Pas vraiment crade, m'empressai-je de préciser. Mais n'avoir pas pris de douche pendant près de trois mois, c'est… tu vois…
– Je m'en doute, répondit Granger en me faisant signe d'entrer dans la salle de bain. Tes vêtements nécessitent d'être lavés, aussi ?
– Non, ça va, mais j'aimerais tout de même me changer.
– C'est bien normal. Alors va prendre ta douche – tu trouveras des serviettes propres dans l'armoire de gauche en bas – moi je descends au lavoir du château pour te dénicher quelque chose à te mettre.
– Merci, lui répondis-je, touché par cette attention.
– Et aussi te chercher quelque chose à grignoter, pendant que j'y suis, ajouta-t-elle, l'air songeur. Tu dois avoir faim, non ?
– Assez, oui. Merci beaucoup, Granger.
– De rien, répondit-elle en rosissant légèrement.
Décidemment, qu'aurais-je fait sans elle ? Même à présent que j'étais à nouveau visible, elle continuait à prendre soin de moi. Comme je l'avais mal jugée… Et comme mes sentiments pour elle avaient changé du tout au tout, eux aussi.
– Bonne douche ! A tout à l'heure ! me lança-t-elle en sortant de la chambre.
A peiné entré dans la salle de bain, voilà que je me sentais déjà mieux. Après trois mois sans avoir éprouvé le moindre besoin physique naturel, j'allai enfin pouvoir me laver, me nourrir, et faire un tas d'autres choses très banales mais qui m'avaient manquées.
Je pris tout mon temps pour retirer mes vêtements, un à un et sans me presser, pour mieux apprécier le contact de les voir glisser de ma peau, après tout ce temps durant lequel ils avaient dû faire corps avec moi.
Je me sentais redevenir entier, humain, vivant.
C'est alors que, juste avant de sortir de cette douche délicieuse, il me vint à l'esprit que pendant trois mois, elle aussi, était entrée plusieurs fois dans cette même douche, et dans la même tenue que moi… Cette pensée déplacée me procura un léger trouble mais je la chassai bien vite de mon esprit.
Avant de penser à cela, il fallait d'abord que la fille en question vous accepte… Et même si Crew n'était plus dans le tableau, même si dans un élan de spontanéité, j'avais bien failli lui avouer mes sentiments un peu plus tôt, j'avais toujours la sensation que mes sentiments n'étaient pas partagés.
Et cela me faisait mal de me voir si attaché à une fille qui à présent, m'intimidait tant… Car elle exerçait sur moi une emprise naturelle que je n'avais jamais connu auparavant. Et son caractère déterminé faisait d'elle la seule fille que j'aie jamais autant respectée… avec ma mère, bien entendu.
Une fois sorti de la douche, je vis que Granger avait fait transplaner mes vêtements de rechange dans la salle de bain. Je souris en les voyant juste à ma taille, et du même genre de ceux que je portais d'ordinaire. Elle était réellement une fine observatrice.
Je me vêtis en quelques minutes avant de regagner la chambre de Granger où cette dernière m'attendait, assise sur le lit.
– Eh bien, voilà qui change un peu ! sourit-elle. Tu te sens mieux ?
– Beaucoup, admis-je, reconnaissant.
– Bien. Je t'ai apporté un plateau-repas, m'informa-t-elle en me désignant ce dernier du doigt sur la table de nuit.
– Oh, merci. Tu es la meilleure, Granger.
– Allez, mange tant que c'est chaud !
Je ne me le fis pas dire deux fois et ne pris même pas soin de conserver mes bonnes manières en savourant mon premier repas – délicieux qui plus est – depuis trois mois. Merlin que c'était bon de pouvoir mâcher, savourer, avaler un bon mets à nouveau ! Divine sensation que je pensais avoir perdue à jamais.
– Bon, moi en attendant, je vais me préparer un petit sac ! annonça-t-elle en en sortant un de sous son lit. Qui sait pour combien de temps nous en aurons avec Rogue ?
Tout en continuant à manger, je me mis à l'observer en train de remplir son sac de diverses choses. Comme elle était craquante en cet instant, à ranger frénétiquement ses affaires, le visage si sérieux entouré de ces mèches brunes indomptables que j'avais tant critiquées et qui finalement me plaisaient tant.
Mais soudain, tandis qu'elle continuait à faire son sac, quelque chose d'étrange attira mon attention. Je regardais trois fois de suite ce détail incohérent qui venait de me frapper. Par Salazar Serpentard !
Merlin Tout Puissant !
Etais-je en train d'halluciner ou alors… ? Oh, Diable !
– G… Granger… murmurai-je d'une voix que je m'effrayai d'entendre si faible. Dans le miroir… il n'y a qu'un seul reflet alors que nous sommes tous les deux devant.
– Oui, comme d'habitude, le miroir ne te reflète pas, répondit Granger sans lever les yeux de son sac. Mais c'est étrange car à présent que tu es redevenu palpable et visible, le miroir devrait à nouveau renvoyer ton reflet.
– Non, Granger… Parce que le reflet manquant dans le miroir… c'est le tien !
A/N : J'avoue, je m'amuse comme une petite folle avec ces deux-là XD La prochaine fois, c'est au tour de notre Drago d'aider sa petite Granger p Au fait, navrée pour le léger retard mais le site ne me laissait pas uploader ! Bisous et merci pour vos reviews !
