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Douloureuses Révélations

(Drago)

Ce fut l'esprit chargé de colère et d'espoir que je finis par transplaner devant le Manoir où j'avais été élevé. Et où à présent vivait celui qui m'avait probablement jeté ce maudit sortilège… dont Hermione faisait à présent les frais.

Hermione… Si jamais elle devait ne pas s'en sortir, je m'en voudrais toujours…

Je franchis la grille et arrivé devant la grande porte d'entrée, je tambourinai dessus comme un forcené jusqu'à ce que quelqu'un daigne venir m'ouvrir.

Une silhouette, petite et menue, se précisa alors de l'autre côté de la porte pour s'ouvrir sur Tindom, l'Elfe de Maison.

En me voyant, ce dernier eut presque l'air de faire une attaque.

–M… maî… Maître Drago ! balbutia-t-il en fondant en larmes. Vous… vous n'êtes pas mort ?

Avec tous ces mois d'absence, tout le monde avait dû finir par le croire, en effet.

–Non, comme tu vois, je suis bien vivant ! ripostai-je avec sécheresse. Et je ne le dois pas à la pourriture qui vit ici avec ma mère ! Maintenant, écarte-toi de mon chemin, stupide Elfe !

Tindom fit un bon de côté pour me laisser passer avant de se recroqueviller, l'air terrorisé, pour finalement disparaître à l'étage.

–Rogue ! criai-je alors, me permettant pour la première fois de l'appeler par son nom. Rogue, montre-toi ! Je sais ce que tu as fait mais ton plan a échoué ! Je suis vivant ! Et maintenant, montre-toi, si tu es un homme !

Je restai là attendre, aux aguets, bouillonnant de colère comme jamais. Et je dus l'appeler au moins cinq fois avant qu'il n'apparaisse finalement.

–Mais qu'est-ce que c'est que ce boucan ? grommela-t-il en entrant dans le hall. Tindom, qui…

Il s'interrompit brut, en me voyant là devant lui, parut chanceler un instant puis perdre quasiment l'usage de la parole, le visage figé.

–D… Drago ? balbutia-t-il. Est-ce vraiment toi ?

–Oui, c'est moi ! attaquai-je en marchant droit vers lui, menaçant. Je sais très bien quel maléfice tu m'as jeté pour me rendre transparent mais cela n'a pas marché ! Car Hermione Granger était la seule à pouvoir me voir, étant mon alter moléculaire, et à présent, c'est elle qui a pris ma place ! Alors, je te préviens, si tu ne…

–Transparent ? Hermione Granger ? Alter moléculaire ? répéta-t-il, l'air complètement déconcerté. Mais enfin, de quoi parles-tu ?

–Tu as voulu me tuer ! hurlai-je, ulcéré de le voir nier. Avoue !

Je fis encore un pas de plus vers lui, menaçant. J'avais bien l'intention de me venger pour tout ce qu'il m'avait fait.

–Tu délires, Drago ! s'exclama-t-il, confus. Qu'est-ce qui t'est arrivé pendant tous ces mois ? Ta mère et moi croyions que tu étais mort ! Nous étions fous de chagrin ! Alors qu'est-ce que c'est que ces accusations à mon encontre ? J'aimerais savoir !

–Et moi, j'aimerais savoir pourquoi tu as fait ça, ordure ! crachai-je, hors de moi. Tu as tenté de m'éliminer en me jetant un sort d'invisibilité mais j'ai survécu ! Et tu vas payer !

Severus eut alors la plus inopinée des réactions. Je me serais attendu à ce qu'il avoue, qu'il se repente, ou au contraire qu'il nie ou même qu'il tente de m'immobiliser avec un sort quelconque, mais non, pas du tout… Au lieu de cela, il avança lentement vers moi, le visage bouleversé… et me gifla.

–Comment oses-tu, ingrat ? commença-t-il en détachant chaque syllabe, l'air blessé. Depuis ta disparition, pas un jour ne s'est passé sans que j'aille à ta recherche ou tente d'envoyer des hommes pour retrouver ta trace. J'ai été tout aussi bouleversé que ta mère lorsque tu as disparu et surtout, surtout, tu sais que je t'ai toujours considéré comme mon propre fils, Drago ! Et toi, en remerciement, tout ce que tu trouves à faire, c'est de me menacer et de m'accuser d'avoir essayé de te tuer ! J'ai beaucoup de défauts, Drago, j'en suis conscient, mais très sincèrement, je ne pense pas avoir mérité une chose pareille. Non, je ne pense pas…

Sa voix se brisa et il essuya brièvement l'un de ses yeux du revers de son pouce. J'étais bouleversé. C'était la première fois que je voyais Severus dans un tel état. Et soudain, je pris conscience du fait que je l'accusais peut-être à tort… Car il paraissait réellement abattu, comme si je venais de profondément le blesser. Il avait l'air plus que sincère et je me sentis alors coupable de l'avoir attaqué ainsi, sans aucune preuve.

–Severus… risquai-je. Je peux t'expliquer.

–DRAGO !

Ma mère venait d'apparaître dans le hall et dès qu'elle me vit, son visage se mit à ruisseler de larmes, comme si elle ne pouvait pas y croire.

–Oh, mon Drago ! s'exclama-t-elle en oubliant toute manière pour venir me serrer dans ses bras comme jamais elle ne l'avait fait auparavant.

Je lui rendis son étreinte et nous restâmes de longues secondes ainsi. Ma mère m'avait manqué, je m'en rendais compte à présent.

–Bonjour maman, finis-je par murmurer lorsqu'elle relâcha un peu son étreinte tremblante.

–Où… où étais-tu passé ? balbutia-t-elle d'une voix à peine audible, sans pouvoir s'arrêter de pleurer.

–C'est… une longue histoire, déclarai-je en soupirant. Je crois que nous ferions mieux de passer au salon pour que je vous raconte tout ça…

A peine remis du choc, Severus et ma mère me suivirent pour aller s'asseoir à mes côtés, encore tout chancelants.

Installé dans le canapé en face d'eux, je soupirai avant de me lancer dans le long et compliqué récit de ma disparition. Tout y passa. Du matin où je m'étais rendu compte qu'ils ne me voyaient plus à la découverte du Maléfice d'Evaporation Corporelle en passant pour Hermione et tout ce qu'elle avait fait pour moi… trop, même…

Severus et ma mère m'avaient écouté dans un silence religieux, respectant leur parole de ne pas m'interrompre mais je pouvais voir leur mine ahurie se préciser à mesure que j'avançais dans mon récit. Finalement, lorsque j'en arrivai à la fin, à savoir, mes soupçons sur Severus car il n'y avait que lui et ma mère à avoir ou m'approcher pour me lancer le sort, ils se regardèrent un long moment avant de soupirer à l'unisson, bouleversés d'apprendre tout ce qui m'était arrivé durant ces cinq mois de disparition.

Finalement, après un long moment de silence qui suivit mon histoire, Severus expira longuement avant de déclarer :

–Par tous les mages… Cette histoire est complètement folle. Je n'arrive pas à y croire…

–Avais-tu déjà entendu parler du Maléfice d'Evaporation Corporelle auparavant ? m'enquis-je.

–Vaguement. Je connaissais approximativement les effets de ce sortilège mais jamais je n'aurais imaginé que tu en étais sous l'emprise… C'est un maléfice tellement rare et si peu connu… Et son utilisation peut-être aussi sévèrement punie que celle d'un Sortilège Impardonnable.

–Encore désolé de t'avoir soupçonné, m'excusai-je platement. Au fond, c'est vrai, tu n'aurais jamais pu me faire ça, toi… Mais seul quelqu'un de la maison a pu m'infliger cela. Nous sommes tellement bien gardés…

–Mais pourtant, cela doit bien être quelqu'un de l'extérieur, étant donné que toi, Severus et moi-même sommes les seuls à vivre ici ! insista ma mère. C'était pareil au moment de ta disparition, d'ailleurs.

–Quelqu'un a dû entrer par infraction, je ne vois pas d'autre explication, soupirai-je.

Je vis alors les sourcils de Severus – qui semblait réfléchir avec intensité – se froncer puis finalement s'arquer d'un air à la fois ahuri et indigné.

–Cela n'aura pas été la peine, murmura-t-il d'une voix blanche.

–Pourquoi ? s'étonna ma mère.

–Parce que nous ne sommes pas les seuls à vivre ici…

Il marqua une pause avant de lancer :

–Tindom habite ici avec nous !

Cette déclaration me glaça l'échine.

Tindom…

Mais oui… Comment avais-je fait pour ne pas y penser plus tôt ? Il m'était tellement indifférent que j'avais presque oublié qu'il vivait ici avec nous, aussi discret était-il !

Ainsi… ce serait cet Elfe de Maison qui m'aurait lancé ce sort ? Mais pourquoi ?

–Tindom ? hoqueta ma mère. Mais… enfin Severus, ce n'est qu'un Elfe ! Il n'aurait pas eu la puissance magique requise pour lancer un tel sort !

–Ne sous-estime pas la puissance des Elfes, la prévint Severus. Guidé par quelqu'un, il en aurait été parfaitement capable. Même si leur nature n'est pas portée sur le mal, les Elfes de Maison ont déjà servi d'instruments de mauvais sorts à maintes reprises, par des personnes mal intentionnées. Ils sont très influençables.

–D'accord, mais s'il a agi sous les ordres de quelqu'un… De qui s'agit-il ? demanda ma mère.

–Au lieu de nous creuser la tête inutilement, demandons-le lui ! déclara Severus en se levant, la mine sévère. Et crois bien qu'avec moi, il saura se montrer coopératif !

–Bonne idée, marmonnai-je en me disant que j'aurai du mal à me retenir de frapper cet Elfe si jamais c'était réellement lui le coupable.

–Il doit être à l'étage. Allons-y, fit Severus en ouvrant la marche.

Avec lenteur, nous montâmes alors quatre à quatre les marches du grand escalier de marbre du manoir. Finalement arrivés en haut, nous découvrîmes vite Tindom, recroquevillé sur lui-même dans un coin, semblant sangloter.

–Relève-toi, Tindom ! lui ordonna Severus en tapant du pied.

Pour toute réponse, l'Elfe se tasse davantage dans son coin, tremblant de tous ses membres.

–La culpabilité, diagnostiqua Severus en se tournant vers ma mère et moi. Lorsqu'il a vu Drago, il a compris qu'il serait vite découvert et maintenant, il regrette et préfère se faire oublier.

–Ça, certainement pas ! m'emportai-je en attrapant Tindom par la peau du cou. C'est bien toi qui m'as fait ça, hein, stupide Elfe ? Répond ! criai-je en le voyant trembler davantage.

–Tindom est un vilain Elfe ! pleurnicha-t-il en se recroquevillant autant que son petit corps le lui permettait. Tindom est tellement méchant d'avoir fait ça et Tindom s'en veut d'avoir fait du mal au petit Maître Drago ! Mais il se devait d'obéir à son vrai maître…

–Ton vrai maître ? releva Severus.

–Mon premier et à jamais unique maître, couina Tindom.

Il marqua une pause pour une nouvelle crise de larmes avant de s'exclamer :

–Maître Lucius !

Je crus chanceler lorsque Tindom prononça le prénom de mon père. Mon père… Ainsi, ce serait mon propre père qui aurait attenté à ma vie de cette manière horrible et cruelle ? Je le savais vil, mais jamais je n'aurais pu imaginer qu'il me fasse ça à moi… son fils ! Mais au fond, je savais que Tindom disait vrai. Parce que je savais bien, hélas, que père ou pas, Lucius Malefoy était après Voldemort, la méchanceté et l'inhumanité incarnée.

A côté de moi, je pus voir ma mère l'air complètement ébranlé par cette nouvelle affreuse.

–Lucius ? murmura-t-elle. Non… Il n'a tout de même pas pu… Drago est son fils, tout de même !

– Un homme désespéré peut être capable du pire, Narcissa, soupira Severus. Mais j'espérais très honnêtement que malgré tout ce que Voldemort lui a fait perdre, Lucius n'en arriverait pas à ce point.

–Que t'a-t-il demandé au juste, Tindom ? insistai-je en le relâchant.

–C'est… M… Maître Lucius qui m'a demandé depuis la prison de vous lancer le… le Maléfice d'Evaporation Corporelle. Par Legi… legimimens… Pour… pour punir son fils d'avoir fui et lui f… faire ressentir cette impression d'invisibilité et de r… restriction comme l… lui-même, laissa-t-il finalement échapper.

J'étais ulcéré. Me faire endurer ça simplement pour me faire payer ses propres erreurs… C'était vraiment un salaud, une belle ordure ! J'avais honte de l'avoir comme père et préférai le renier totalement, tant la pensée de cette pourriture m'était ignoble !

–Je vais le tuer… déclarai-je avec hargne.

–Drago, ce ne sera pas la peine, balbutia alors ma mère. Tu n'as sans doute pas pu apprendre la nouvelle mais… ton père est très récemment mort en prison. Il y a à peine une semaine.

Mort.

Lucius Malefoy, mon père, était mort.

Etrangement, cette nouvelle ne me choqua pas, ne me peina pas le moins du monde, même s'il s'agissait de mon père. Je me sentis au contraire… soulagé.

Je ne lui devais rien du tout. Ou alors d'être devenu un pantin comme lui, mais heureusement, moi, je m'étais réveillé à temps.

Et à présent il était mort, après avoir vendu son âme au diable. Il n'avait pas mieux mérité que de finir tout seul en prison, méprisé et tout seul. C'était bien fait pour lui et père ou pas, je n'allais pas le pleurer, loin de là !

–Il paraît qu'il a fini par se laisser mourir de faim dans sa cellule, m'expliqua Severus avec douceur.

–Tindom est si vilain, continuait de pleurnicher l'Elfe.

–Mais alors… S'il est mort… murmurai-je.

Je venais de prendre conscience d'une chose horrible. Une chose pour laquelle il aurait fallu qu'il vive assez longtemps pour révéler le secret du sort qu'il m'avait lancé. Car si je l'ignorais…

Comment sauver Hermione ?

Si une solution existait, ce salaud l'avait emporté dans sa tombe !

–Mais… Et Hermione, alors ? balbutiai-je. Comment… Que…

Severus et ma mère s'échangèrent alors un regard, ne sachant trop que penser, que dire.

–Tu tiens vraiment à cette jeune fille, n'est-ce pas ? finit par me demander ma mère d'un air bouleversé.

–Je n'aurais jamais cru ça, fit remarquer Severus en se grattant de front. Mais qu'importe, nous n'avons pas le temps de discuter de cela maintenant.

–En effet, car le temps presse pour elle ! fis-je remarquer d'une voix forte. Elle a pris ma place, elle est invisible et immatérielle ! Je ne peux pas la laisser comme ça !

Voyant que Severus et ma mère gardaient le silence, me regardant simplement d'un air désolé, je me surpris alors à… verser des larmes.

Je… pleurais.

Pour elle.

Et peu importe ce qu'il m'en coûterait, j'étais bien décidé à me battre et même à me sacrifier pour elle !


A/N : Bonjour ! Déjà, un grand MERCI général pour vos reviews ! Etant donné que l'envoi de mails du site semble encore buguer, je n'ai pas fait de RARS pour ce chapitre, de peur qu'une fois de plus ils ne soient pas envoyés ! Donc merci à tous et j'en profite pour répondre à une question que l'on m'a posée : Ma fic « Chasse d'un Passé » n'est pas morte ! Il me reste quelques chapitres à écrire et je m'y attaquerai sitôt cette fic-ci achevée ! Brefle, à la semaine prochaine où dans le prochain chapitre, de « vrais » contacts attendent Drago et Hermione XD…