Le jour suivant cependant, quand Jean se réveilla Violine était déjà partie. Où avait-elle bien pu aller ? Le grand militaire se prépara pour se rendre à son travail, sans cesser de s'interroger. Et pas que sur l'endroit où Violine était partie. Cette relation qu'il avait avec elle … était-ce une bonne chose ? La jeune femme devenait de plus en plus dangereuse. Bon, pour l'instant elle n'avait tué personne. Juste les homonculus.
« Elle n'est pas dangereuse, elle a simplement des pouvoirs effrayants, rien de plus. » se dit-il pour se rassurer.
C'était vrai en un sens. Seulement, un dommage collatéral était à craindre avec une puissance comme la sienne. Jean marchait dans les rues, songeur. Fallait encore que ça tombe sur lui cette histoire. Il était maudit des dieux y'avait pas à dire. Soudain, un bruit de vitre brisée retentit. Un corps descendit pas moins de cinq étages en chute libre. Toutefois, l'individu ne toucha pas le sol. Il était en effet retenu par une espèce de liane noire enroulée autour de son mollet.
Ce qui n'empêchait pas son propriétaire, apparemment jeune, de hurler à plein poumons. Abasourdi, Havoc ne put que le regarder se balancer doucement dans le vide. Il distingua soudain une silhouette familière.
« Violine ? »
La liane remonta, ramenant un jeune homme de dix-neuf ans sur le plancher de son salon.
« Alors j'ai été assez claire cette fois ? » demanda Violine.
« O … ou … oui ! » répondit le jeune terrorisé.
« Et qu'as-tu appris de cette petite chute ? interrogea-t-elle.
« Q-que j-je ne d-dois pas f-faire de trans … transmutation humaine. »
« Bien. Tâche de ne pas l'oublier. Parce que la prochaine fois, je laisserais ta tête s'éclater contre le bitume. » avertit Violine.
La brunette ramena un bras de la porte, et s'en alla. Elle croisa Jean en bas, qui la regardait d'un air à la fois contrarié et chagriné.
« Ma chérie … tu ne pense pas parfois que tu y va un peu fort ? » demanda-t-il.
« Non. Je me contente de les effrayer suffisamment pour qu'ils ne veuillent plus faire de transmutation humaine. Et c'est toujours moins que perdre un membre ou de mourir. » répondit-elle.
Ils marchèrent en silence. Arrivée à un croisement, Violine se sépara de Jean.
« Où est-ce que tu va ? » s'étonna-t-il.
« Je dois finir une partie de ma mission. Je vais à Resembool. » répondit l'envoyée de la Porte.
« Mais euh … »
Elle alla vers lui et posa les mains sur sa poitrine.
« Je reviens vite, ne t'en fais pas. » dit-elle doucement.
« Bon. Ben bon voyage alors. »
Il se pencha un peu et l'embrassa. Violine se dirigea ensuite vers la gare, où elle prit le premier train pour le village natal des Elric.
A la base, on s'étonna de voir Havoc seul. Le beau blond raconta ce qui s'était passé ce matin.
« Elle va chez nous ? Mais pourquoi faire ? » demanda Al surpris.
« Elle a dit qu'elle devait terminer une partie de sa mission. » fit Havoc.
Edward fronça les sourcils. Qu'est-ce qui pouvait bien attirer la Porte dans ce petit village de campagne ? Un homonculus ? Non, il n'y avait rien d'intéressant pour eux là-bas. En y réfléchissant, le FullMetal eut soudain un déclic : la veille, Violine s'était métamorphosée en Hohenheim. Et comme elle possédait les souvenirs de sa mère, elle savait qu'il avait vécu là-bas. Si Violine s'y rendait, c'était pour aller le chercher.
« Violine est allée chercher notre père. » déclara le blondinet.
« Hein ? Mais pour quelle raison ? » s'exclama son frère.
« Comment veux-tu que je le sache ? En tout cas je ne vois pas d'autre explication. » répondit Ed.
« Ed, on ne peut pas la laisser faire. C'est notre père. » reprit l'armure.
« Ouais, qui nous a joyeusement abandonné nous et maman. Qu'elle aille donc s'occuper de lui, j'en ai rien à secouer. » répliqua Edward.
« D'autant plus qu'un de ces jours, il risque d'y avoir des blessés graves. » fit Mustang.
« Faudrait déjà qu'elle le trouve, de toute façon. »
Al baissa le casque. Il n'avait jamais connu son père autrement que par des photos. Quoi qu'en dise son aîné, il aurait aimé lui parler, le voir ne serait-ce qu'une fois. Or Violine allait certainement le tuer. Le cadet se leva, et sortit du bureau. Sa décision était prise.
Violine posa les pieds à la gare de Resembool. L'endroit était désert. La jeune fille fouilla dans la mémoire de Trisha pour s'orienter. Elle arriva ainsi près d'un cimetière, d'où elle ressentit des émanations. La brune tourna la tête, et aperçut un homme devant une tombe. Après l'avoir observé quelques secondes, elle poussa le petit portail et entra dans le cimetière. Entendant des bruits de pas, Hohenheim tourna la tête.
Il découvrit une jeune femme habillée de bleu, aux longs cheveux noirs et aux yeux d'un violet intense. Belle mais glaciale. La façon dont elle le dévisageait ne lui disait rien qui vaille.
« Hohenheim … voilà longtemps que tu n'as pas foulé cette terre. » dit Violine.
« Excusez-moi, mais il ne me semble pas vous connaître. » répondit le blond.
« Non en effet, mais moi je te connais. Je possède les souvenirs de la femme allongée là. » expliqua Violine en tournant la tête vers la tombe sur leur gauche.
« Trisha ? Vous avez ses souvenirs ? Mais comment … » s'étonna Hohenheim.
« La Porte m'en a fait cadeau. »
L'alchimiste fronça les sourcils. La Porte ?
« Je ne comprends pas de quoi vous parlez. » dit-il en rajustant ses lunettes.
« C'est pourtant simple : la Porte m'a créée, et m'a envoyée te chercher, plus les homonculus et leur maître. Ces derniers sont hors-jeu, et il ne reste plus que toi. » expliqua Violine.
Hohenheim écarquilla les yeux. Ainsi la Porte pouvait créer un humain. Elle l'avait doté des souvenirs de sa femme, mais le père des Elrics se doutait que ce devait pas être les seuls. En tout cas, Violine avait déjà eu les homonculus et Dante.
« J'aimerais revoir mes enfants, avant que ne vous ne me tuiez. Car c'est ce que vous allez faire, n'est-ce pas ? » dit-il.
« En effet c'est bien mon intention. Je vais te renvoyer devant la Porte, mais tu n'aura pas l'occasion de revoir ta progéniture. »
« Voilà qui est embêtant, j'ai vraiment envie de les revoir. »
« Ce n'est pas mon problème. »
Le sol trembla, et des pics de pierre manquèrent d'embrocher l'alchimiste. Hohenheim répliqua. Violine bondit pour éviter son attaque. Elle posa une main au sol, et rendit la terre instable sous les pieds de l'alchimiste de lumière. Les tombes à côté se fendirent et cassèrent.
« Tu as abîmé la tombe d'un être cher. Je vais devoir me fâcher. » avertit-il.
« Mais je t'en prie, ça rendra la capture intéressante. » répliqua Violine.
Alphonse courait sur un chemin de campagne. Il fallait qu'il retrouve Violine avant qu'elle ne s'en prenne à son père. L'armure était partie seule, sans prévenir son frère. Al savait qu'il allait se faire souffler dans les bronches à son retour, mais pour l'instant il s'en fichait. Tout à coup, il aperçut des éclairs rouges et noirs, mêlés à des éclats bleutés.
« C'est le cimetière ! » réalisa-t-il.
Le jeune alchimiste accéléra l'allure. Il découvrit alors son père en train de batailler contre Violine, et accessoirement en train de ravager le cimetière. Les bras de la Porte jaillirent, et emprisonnèrent son père. Il ne fallut pas plus pour le décider. Al traça rapidement un cercle qu'il activa en toute hâte. Sa transmutation coupa les lianes de la Porte.
« Alphonse … tu ne devrais pas te mêler à tout ça. » dit Violine.
« C'est mon père ! Tu ne peux pas me l'enlever. » répondit Al se levant.
« Pourtant c'est que je dois faire. »
Violine écarta les bras, faisant apparaître une vague noire avec des yeux.
« COURS PAPA ! » hurla l'armure.
Hohenheim se releva, et détala. La vague noire se lança après lui. Alphonse fit jaillir un mur pour la stopper, mais l'ombre dévora la pierre. Il continua, espérant ainsi la ralentir le plus possible.
« Ca suffit Alphonse. » dit Violine calmement.
« Tu ne me le prendra pas. Il est tout ce qui me reste de famille avec nii-san. »
Al se décida à l'attaquer. Violine regarda le poings de pierre venir vers elle. La brunette le désintégra par simple contact. Ensuite, elle transmuta une main qui percuta Al et l'envoya bouler au loin.
« AAAAL ! » fit une voix.
« Nii-san ? »
Edward accourait, entouré des militaires. Il aida son petit frère à se relever.
« Mais qu'est-ce que tu fous bon sang ? » s'exclama le FullMetal.
« Ed on doit aider papa, on a plus que lui comme famille. » répondit l'armure.
« Mais … »
« Je le ferais avec ou sans toi, je te préviens. »
« … bon d'accord."
Il se tournèrent vers Violine, mais elle avait déjà disparu.
« Merde. » siffla Ed.
« Là-bas ! Regardez ! » fit soudain Riza.
Elle montrait un point en-dehors du cimetière. On apercevait une tornade noire avec plein d'yeux, et qui projetait des lianes. Le groupe se précipita. Ils entendirent des rires enfantins provenant de la tornade. Cette dernière dévorait tout sur son passage.
« Elle est en train de tout détruire. » fit Roy.
« Oui, et peut importe ce qui se trouve sur son chemin. Il faut qu'on l'arrête. » répondit Alphonse.
« Et comment ? Violine est trop puissante. » dit Falman.
« Moi elle m'écoutera peut-être. » hasarda Jean.
« Ca coûte rien de tenter le coup. » fit Ed.
La tornade de Violine rasa le toit d'une maison. Ses occupants en sortirent paniqués et se sauvèrent. La gigantesque ombre noire la fit disparaître. Une liane jaillit pour saisir Hohenheim. Il frappa des ses main et dressa une barrière de bois entre lui et son adversaire. Des éclairs noirs entourèrent un moment l'obstacle, et le firent voler en éclat.
La liane serpenta pour attraper sa proie. Soudain, Violine s'entendit appeler.
« Violine ! Arrête ça tout de suite ! »
Une ouverture apparut dans la tornade, la révélant aux militaires. Jean fit quelque pas en avant, mais resta à bonne distance.
« Tu va trop loin Violine, tu es en train de t'en prendre à des innocents. Et ces enfants ont besoin de leur père. Je t'en prie tu dois arrêter tout ça. » dit-il.
Les yeux de la tornade se braquèrent sur les militaires. Le FullMetal déglutit. Ca lui rappelait trop le moment où il s'était retrouvé devant la Porte. Les rires d'enfant résonnèrent, et Violine disparut à nouveau dans la tornade. Elle s'élança à l'assaut d'une église qu'elle dévora complètement. Edward et Roy décidèrent d'agir : le blond transmuta une sorte de pont sur laquelle le colonel grimpa.
Puis son subordonné le dirigea vers Violine. Quand Mustang fut à bonne distance, il claqua des doigts. Mais ses flammes se perdirent dans le néant de la tornade. Un bras jaillit, s'enroula autour de lui en claquant comme un fouet et le souleva.
« COLONEL ! » s'écria Riza.
Elle s'élança. Roy était assez haut. Des yeux violets apparurent et le fixèrent. Roy frissonna sous ces regards. Une bouche étirée en sourire se dessina en face de lui, et un rire cristallin résonna. Riza dégaina, et tira sur la tornade. Seulement comme pour les flammes de son supérieur, ses balles furent avalées par le néant. Un œil se braqua sur elle. Quelque chose claqua, la frappa au ventre et la balaya. Riza roula sur le sol.
Puis ce fut au tour de Roy d'être rejeté avec violence. Mais heureusement pour lui, la tornade l'avait balancé sur un tas de paille. Ed et Al s'élancèrent à leur tour. Hélas, ils furent stoppés de la même manière. La tornade frappa aussi les militaires. Les yeux disparurent, pour se concentrer à nouveau sur leur cible.
« C'est pas vrai ! » geignit Edward.
« Voilà bien ce que je disais : on est pas assez forts. » dit Falman.
« Je me demande … » dit Al.
" Quoi ? " demanda son frère.
« On ne peut pas la tuer. Ce n'est pas le but et de toute façon elle est immortelle. Tant qu'elle enfermée là-dedans, on ne peut pas non plus l'atteindre. Si on veut pouvoir la neutraliser, il faut la forcer à se montrer. » dit l'armure.
« Et comment compte-tu t'y prendre ? » interrogea Roy en revenant.
Il enleva un peu de paille, et se pencha vers Riza pour la relever. Ce faisant il garda ses mains autour de sa taille.
« Tout à l'heure quand on l'a appelée elle s'est montré. Lieutenant, vous n'aurez qu'à l'abattre. Elle va se relever, et on en profitera pour l'enfermer. Colonel, on aura besoin de votre force dans ce coup là. » exposa Alphonse.
« Ok, on essaie ça. Havoc ? » dit Roy.
Le blond baissa les yeux. Ca l'ennuyait beaucoup d'en arriver là, mais il n'avait pas le choix.
« D'accord, je m'en occupe. » soupira-t-il.
« Merci. »
Riza ne remarqua que son supérieur la tenait que lorsqu'il la lâcha. Ensuite, tous entreprirent de rattraper Violine. Elle avait fini par coincer Hohenheim. Ce dernier se trouvait sur le sol au pieds d'un arbre, épuisé. La jeune femme se prépara à agir.
« VIOLINE ! VIOLINE AU SECOURS ! entendit-elle.
La voix de Jean. La brunette ouvrit sa tornade, pou le découvrir non loin. Avant qu'elle ne comprenne ce qui se passait, Hawkeye l'abattit d'une balle en pleine tête. Ainsi que les frères Elric l'avait espéré, la tornade disparut. Eux et Mustang se précipitèrent avant qu'elle ne se revienne à elle. Al traça un cercle autour d'elle, et son frère et l'officier l'activèrent. Al joignit sa force à la leur. D'autres éclairs s'ajoutèrent, en provenance d'Hohenheim. Une épaisse prison de glace, puis de pierre et enfin de métal entoura Violine toujours inconsciente.
« Voilà. Le cercle qu'on a tracé la maintient inconsciente. Il va s'en passer du temps avant qu'elle ne sorte de là. » dit Edward en se relevant.
« On devrait également la cacher quelque part. » suggéra Mustang.
« Il y a des montagnes par là-bas. Vous pourriez l'y mettre. » intervint Hohenheim.
« Bien allons-y."
Ils hélèrent une charrette où ils entreposèrent Violine, et l'amenèrent dans une grotte. Al grava le cercle sur le métal de la prison, pendant que son frère creusait un trou profond dans une paroi. Havoc s'approcha, et posa une main sur l'acier.
« Adieu Violine. Tu aura été mon petit rayon de soleil pendant un moment. » murmura-t-il.
Il recula ensuite. Breda lui tapa sur l'épaule en signe de compassion. Les alchimistes poussèrent la prison dans la montagne, et bouchèrent l'entrée.
« Merci de votre aide les enfants. » fit Hohenheim en sortant.
« Garde tes remerciements. C'est Al que j'ai aidé. » rétorqua Edward.
Il partit en avant, et rattrapa Mustang. Le brun lui jeta un regard en coin. Al s'approcha de son père, et lui demanda d'excuser son grand frère.
« Ce n'est rien. Je le comprends. » sourit l'homme.
Les militaires rentrèrent à Central, pendant que les autres allèrent rendre visite à Pinako. Winry fut satisfaite de voir qu'Ed n'avait rien de cassé. Sa grand-mère servit à boire à tout le monde, puis demanda de leur raconter ce qui s'était passé ici.
« C'est une longue histoire. »soupira Alphonse.
« Et c'est toi qui t'y colle. » ajouta Ed.
L'armure eut un semblant de soupir, et commença son récit.
De son côté, Jean se trouvait chez lui. Il ouvrit la fenêtre de son salon, et s'y accouda en laissant ses pensées vagabonder.
« Et volà, encore une histoire de coeur qui se termine mal. Mais aussi, quelle idée ai-je eu de tomber amoureux d'une fille comme ça ? C'était sûr qu'on allait avoir des problèmes. Est-ce qu'un jour j'aurais enfin une copine normale et bien à moi ?" se demanda-t-il.
Bonne question. Seul l'avenir lui apportera une réponse ...
