(Fin du flash-back)

Il n'était que quatre heures, mais le ciel était déjà couvert et le fond de l'air frais. Un frisson parcourut le corps de Sam, lorsqu'elle s'extirpa péniblement de sa voiture. Réprimant un bâillement, elle s'empara lentement des nombreux sacs en plastiques disséminés dans le coffre de sa voiture. La journée avait été longue et morose. La jeune femme avait été réveillée vers cinq heures du matin par un appel du général Landry : un virus avait envahi le terminal informatique de la base, empêchant toute commande de la Porte des Etoiles. et Sam avait dû travailler d'arrache-pied pour réactiver en temps et en heure le système de commande de la Porte des Etoiles.

D'un claquement sec, le coffre de sa voiture se referma, et le colonel se dirigea vers sa maison.

- Kate ? appela Sam en rentrant dans la maison.

Kate était la jeune fille au pair chargée de veiller sur Thomas. C'était une femme très sympathique que Sam appréciait énormément et sur laquelle elle pouvait compter.

- Kate ? Tu es là ? réitéra Sam en déposant ses courses sur la table de la cuisine.

De nouveau, personne ne répondit. L'inquiétude gagna Sam. D'ordinaire lorsque Kate s'absentait avec Thomas elle la prévenait. Cette absence n'était pas normale. Le cœur soudain battant, Sam vérifia les messages du répondeur et fit un tour rapide de la maison.

- Kate ?

Il n'y avait personne dans les chambres. Cette fois très agitée, Sam descendit les escaliers à vive allure, et manqua de renverser Daniel qui venait de la cuisine.

- Daniel ? Mais qu'est-ce que vous faites là ? s'exclama la jeune femme. Et où sont Thomas et Kate ? Je ne les…

- Calmez-vous Sam, la rassura Daniel, Thomas va bien. Il joue dans le jardin derrière la maison.

Sam fronça les sourcils.

- Mais qu'est-ce qui se passe ici ? Vous ne deviez pas être à la base ?

Daniel ne répondit pas, se contentant de baisser la tête. Immédiatement, l'inquiétude de Sam remonta en flèche. Quelque chose n'allait pas, elle en était persuadée. Sans un regard pour Daniel, elle se précipita dans la cuisine, en direction du petit jardin de la maison.

Elle se figea brusquement lorsqu'elle entendit une voix.

Sa voix.

Ses jambes se mirent soudain à trembler violemment. L'air sembla lui manquer. Fiévreuse, elle poussa sans même s'en rendre compte la porte du jardin. La légère brise n'atténua pas le moins du monde le feu qui irradiait son corps. Son regard troublé parcourut lentement le jardin et se posa finalement sur les deux silhouettes. Un gémissement s'échappa de ses lèvres.

Gémissement qui fit irrémédiablement tourner la tête de l'homme.

Sam se figea brusquement. Leurs regards se croisèrent enfin.

C'était lui. Tel qu'elle l'avait toujours connu. Assis sur le sol, il tenait Thomas contre son cœur et un livre dans son autre main. Il avait interrompu sa lecture depuis la venue de Sam, et regardait désormais fixement cette dernière.

Jack ne l'avait pas entendu arriver. Le fait d'avoir enfin retrouvé la mémoire l'avait plus qu'ébranlé. Sitôt après que Daniel lui ait montré la photo, l'image de Sam et de Thomas s'était imposée dans son esprit. En quelques secondes, il avait revécu tout le film de ces dernières années.

La fois où Sam avait finalement accepté de le rejoindre dans son chalet, peu après la mort de Jacob.

Leur soulagement respectif lorsque Sam lui avait annoncé l'annulation de son mariage, et que lui-même lui avait appris sa rupture avec Kerry.

Leurs regards apaisés qui se croisaient pour ne plus se lâcher.

Leur premier baiser, si doux et léger.

Leur premiers mois ensemble, si purs et parfaits.

Sam et lui s'embrassant, se chamaillant, riant, se disputant, se réconciliant, faisant l'amour, s'aimant.

Et finalement, Sam lui annonçant qu'un petit être, fruit de leur union, avait commencé à grandir en elle.

La première fois qu'il avait croisé le regard de son fils et les larmes qui avaient alors menacé de lui échapper.

Jack avait été pris dans un tourbillon de souvenirs sur lequel il n'avait aucun contrôle. Il avait eu l'impression de voir les images d'une vie qui n'était pas la sienne. Mais c'était pourtant bien lui. Lui qui était mort, et les avait laissés tous les deux. Seuls.

Ne lâchant nullement Sam du regard, il se releva lentement tout en maintenant Thomas dans ses bras. Des larmes s'échappaient sans retenue des yeux saphirs de la jeune femme, qui restait figée.

Elle voulait partir, s'enfuir à toutes jambes. Ce n'était pas possible, tout ça n'était pas réel. Et pourtant Jack se rapprochait irrémédiablement d'elle. Combien de fois avait-elle souhaité ce moment là ? Combien de nuits avait-elle passées à prier pour que cet instant arrive enfin ? Et aujourd'hui elle aurait donné n'importe quoi pour ne pas avoir à l'affronter.

Une main chaude et douce effleura doucement sa joue, la faisant sursauter. Jack se figea instantanément, de peur qu'elle ne le repousse. Sam ferma les yeux, et lentement elle laissa son visage couler contre la large paume. Le cœur de Jack se serra lorsqu'il sentit ses larmes. Sa main caressa avec douceur le visage de la jeune femme, qui n'osait toujours pas ouvrir les yeux. Il parcourut délicatement ses traits fins, effleurant son menton, remontant vers ses joues, replaçant une mèche blonde derrière son oreille, et finalement s'arrêta sur ses lèvres. Son pouce les frôla légèrement, et Sam ouvrit enfin les yeux. Elle avait cessé de pleurer, mais elle le regardait toujours avec douleur dans le regard. Jack sentit une lame acérée lui transpercer le cœur. La voir si fragile et sans défense lui était insupportable. Il aurait donné n'importe quoi pour faire disparaître cette souffrance.

Alors il fit la seule chose que son cœur lui dictait. Lentement, il combla les derniers centimètres entre lui et la jeune femme, et passant son bras autour de sa taille, il la fit venir tout contre lui. Sam se laissa faire sans la moindre objection et cala sa tête au creux de son épaule. S'accrochant désespérément au tee-shirt de Jack, elle se laissa enfin aller contre lui. Elle respira son odeur qui lui avait tant manqué.

- Jack… murmura-t-elle enfin.

Le militaire ferma doucement les yeux et resserra son étreinte.

- Chut… je suis là Sam. Ça va aller maintenant. Je suis là.

La jeune femme sanglota doucement contre lui. Il laissa ses lèvres parcourir son front, et lui chuchota de nouveau ces mots rassurants.

- Je suis là Sam. Je ne te laisserai plus, je te le promets.

Quelques heures plus tard :

Elle remua légèrement en sentant une odeur de plat cuisiné envahir ses narines. Ses paupières s'ouvrirent lentement, et elle constata qu'elle était allongée dans son lit. Dehors, le soleil disparaissait petit à petit derrière le toit des maisons, et le ciel s'obscurcissait. Consciente de l'heure avancée de la journée, Sam se releva brusquement. Les souvenirs des dernières heures la submergèrent enfin. Daniel, Thomas, Jack…

La jeune femme sauta rapidement de son lit, et dévala les marches du deuxième étage. Des bruits provenant de sa cuisine lui indiquèrent la direction à suivre, et elle s'arrêta net en découvrant Jack, un tablier autour de la taille, s'affairer entre le four et la cuisinière. Thomas, assis sur sa chaise surélevée, semblait observer avec amusement son père se bagarrer avec la râpe à fromage.

- Mais c'est pas vrai ! Comment est-ce que ça marche ce truc ? s'énerva Jack en remuant la râpe dans tous les sens.

Thomas laissa échapper un rire léger, puis, apercevant sa mère, il tendit les bras en direction de la porte en prononçant vainement le mot « maman ». Alerté, Jack se figea brusquement, la râpe et un morceau de fromage dans chaque main. Sam se rapprocha et prit Thomas dans ses bras.

- Hey, coucou mon trésor, murmura-t-elle en déposant un baiser sur son front.

Le petit garçon sembla apprécier et il se blottit de plus belle entre les bras chauds et rassurants. Jack passa une main nerveuse sur sa nuque.

- Heu… désolé pour le dérangement…

Sam détacha son regard de son fils et observa l'état critique de sa cuisine. Mais elle ne s'arrêta pas sur la farine éparpillée de part et d'autre de la table, ou sur le four d'où s'échappait une étrange fumée. Non, son regard incertain se figea sur Jack. Elle avait encore tellement de mal à croire à tout ça. Et si tout ça n'était qu'un rêve ?

Jack sentit son hésitation et il la couva d'un regard tendre.

- Daniel est parti il y a deux heures, expliqua-t-il. Tu t'es évanouie tout à l'heure, juste après que…

Il ne termina pas sa phrase. Sam acquiesça doucement d'un signe de tête.

- Je voulais… euh… te faire un dîner, continua Jack en montrant la cuisine, mais apparemment je ne me rappelais pas que je n'étais pas doué pour ça.

Sam lui lança un regard pénétrant et Jack se fustigea intérieurement. Ramener son histoire d'ascension d'une telle manière sur le tapis n'était pas une des choses les plus intelligentes à faire. La jeune femme soupira, puis elle s'éloigna finalement de la cuisine, laissant Jack seul. Ce dernier ne bougea pas, surpris par la réaction de Sam et incapable de savoir comment réagir.

Quand ils s'étaient retrouvés tout à l'heure, la surprise et la joie de se revoir avaient eu raison d'eux. Il ne s'était posé aucune question lorsqu'elle était apparue devant lui. Il l'avait prise dans ses bras parce que c'était la seule chose dont il était capable à ce moment-là. Cela lui avait semblé si normal et naturel qu'il ne s'était pas douté un seul instant de ce que tout ça représentait. Mais il était revenu, et cela changeait tout. Une multitude de questions l'avaient alors assailli, troublant le précieux bonheur qu'il avait ressenti à la vue de Sam et de Thomas.

Thomas… son petit garçon. Son cœur s'était gonflé de joie lorsque Daniel l'avait mené à lui. C'était lui, son fils. Ce tout petit être qui avait réussi à lui redonner foi en la vie, et à apaiser le vide laissé par Charly. C'était ses yeux à lui qu'il retrouvait dans le regard de son fils, ses yeux et sa petite frimousse insouciante. Mais c'était le sourire de Sam qu'il arborait, et la même petite lueur au fond des yeux l'habitait. Thomas était leur chair à tous les deux, leur sang. Il était la preuve ultime de l'amour qu'ils se portaient.

Mais malgré cela, Sam ne l'avait pas autorisé à voir Thomas. Et elle non plus n'était pas venue. Alors qu'il tentait vainement de rassembler ses souvenirs, il n'avait pu voir aucun d'eux. Et ça il ne le comprenait pas. Pourquoi Sam avait-elle décidé ça ? Pourquoi n'avait-elle pas osé venir ? Et pourquoi Daniel, Teal'c et Cameron ne lui avaient pas parlé d'elle avant ? Que s'était-il passé de si terrible pour que tout cela se passe ainsi ? Qu'avait-il fait pour qu'on veuille lui cacher tant de choses ? Et Sam était-elle justement prête à lui pardonner cette chose ?

Ses pensées furent interrompues par le retour de Sam. Elle n'était plus avec Thomas et Jack en conclut qu'elle était allé le coucher. Il sentit un nœud se former dans son estomac lorsque Sam se rapprocha de lui, la mine fermée et les bras croisés.

- Je vais ranger tout ça, dit-elle d'une voix atone, tu peux partir.

Jack ôta son tablier en soupirant.

- Sam, il n'est pas question que je parte et que je vous laisse…

- Jack, s'il te plaît, implora Sam, ne complique pas les choses. C'est déjà assez difficile comme ça.

- Je sais, mais nous ne pouvons pas rester comme ça, nous devons en parler.

- Il n'y a rien à dire, répondit Sam en secouant la tête. Tu es parti. C'est trop tard maintenant.

Jack perçut le tremblement de sa voix. Il détestait faire ça. La faire souffrir ainsi lui était insupportable, mais il avait besoin de savoir.

- Sam, dis-moi ce qu'il s'est passé. Dis-moi pourquoi tu m'as empêché de vous voir, Thomas et toi.

- Je ne t'en ai jamais empêché, répliqua la jeune femme, c'est toi qui n'est jamais venu.

Jack ne sut quoi répondre. Il ne comprenait pas. Et il détestait ça. Imperceptiblement, il sentit une sourde colère s'insinuer en lui. Qu'est-ce que tout cela signifiait enfin ?

Sam remarqua le changement d'attitude de l'homme.

- Ah non, s'emporta-t-elle, ne fais pas ça ! Tu n'en as pas le droit.

- Je n'ai pas le droit de quoi ? répliqua Jack. De venir ici ? De voir Thomas ?

- Non ! Tu n'as pas le droit d'être en colère contre moi ! Pas après tout ce que tu as fait !

- Mais qu'est-ce que j'ai fait ? s'exclama Jack en perdant le peu de calme qui lui restait. Tu ne m'as rien dit. Je n'ai aucune idée de ce que j'ai bien pu faire de mal !

Sam laissa échapper une protestation indignée.

- Qu'est-ce que tu as fait ? répéta-t-elle incrédule. Tu oses me le demander ? Tu es parti ! Voilà ce que tu as fait ! Tu nous a laissés sans aucun remord !

- Mais j'étais mort Sam ! Qu'est-ce que je pouvais à ça ! cria Jack d'une forte.

- Non, tu ne l'étais pas ! Tu as choisi l'ascension et c'est là que tu nous as laissés ! hurla Sam.

Jack se figea devant le ton si désemparé de la jeune femme. Cette dernière tentait visiblement de reprendre le contrôle de son corps et de maîtriser ses tremblements.

- Quand tu as fait l'ascension, continua-t-elle avec rage, tu n'es jamais revenu ! Pas une seule fois ! J'étais tellement soulagée de savoir que tu n'étais pas mort, que tu vivais encore quelque part. Et je savais que tu reviendrais vers nous. Tu le pouvais, comme Daniel. Mais tu ne l'as jamais fait ! Tu n'es jamais venu !

Jack ne savait plus quoi dire ou faire. Il n'avait plus aucune idée de rien. Il répétait inlassablement la dernière phrase de Sam dans sa tête.

Tu n'es jamais revenu !

Il ne comprenait pas. Daniel était venu le voir pendant son ascension, il l'avait soutenu lorsque Ba'al le torturait. Mais lui n'était jamais venu voir Sam. Ce n'était pas possible ! Comment aurait-il pu ne pas venir les voir ? Il n'aurait jamais pu les laisser un an ainsi !

- J'étais seule avec Thomas, dit soudain Sam d'une voix tremblante. Il n'avait plus que moi. Il n'avait plus que moi lorsqu'il pleurait la nuit en te demandant. Tu n'étais plus là pour le consoler ! Et moi je ne pouvais pas lui donner ce qu'il voulait. Je ne pouvais pas lui dire que tout allait bien, que tu reviendrais. Alors oui, quand tu es réapparu, je n'ai pas su quoi faire ! Est-ce que tu te rends seulement compte du choc que ça m'a fait ? Je ne voulais pas que Thomas subisse ça lui aussi, alors je n'ai rien dit. Je n'ai rien dit et je ne suis pas venue. Je n'ai pas voulu nous infliger à nouveau ça. Mais je l'ai fait uniquement pour nous protéger.

La colère s'était progressivement effacée de la voix de Sam. Elle n'était désormais plus qu'un murmure, un chuchotement qui n'en finissait pas de meurtrir le cœur de Jack. Celui-ci ne bougeait plus, les yeux fixés sur le sol, incapable d'affronter le regard de Sam.

- C'est pour ça, que tu n'as pas le droit d'être en colère contre moi, termina-t-elle d'une voix éteinte.

Sur ces derniers mots, un lourd silence envahit la pièce.

Ça y est. Elle lui avait tout dit. Tout ce qu'elle avait sur le cœur. Tout ce qu'elle ne pouvait plus contenir. Tout ce qui bouillonnait en elle depuis qu'il était parti. Elle avait vu la douleur dans ses yeux, la souffrance qui s'était emparée de lui, mais elle n'avait pas pu s'arrêter. Il fallait qu'elle lui dise, il fallait qu'il sache.

Et le plus dur restait à venir…

Jack sembla enfin émerger de la stupeur qu'il l'avait envahi. Il releva doucement la tête et rencontra les yeux tourmentés de Sam.

Il était dévasté. Dévasté par ce qu'il venait d'apprendre. Dévasté par l'enfer que Sam avait vécu à cause de lui. Dévasté par la peine et le chagrin qu'il avait causés. Il aurait tellement aimé dire à Sam qu'il y avait une raison à tout cela, qu'il n'avait pas agi ainsi dans le but de lui faire du mal… Mais il n'avait aucun souvenir de son ascension. Il ne pouvait donner aucune explication.

- Mon Dieu, Sam… soupira-t-il désemparé.

Sam cessa un instant de respirer. L'entendre prononcer son nom lui faisait mal désormais.

- Tu peux dormir ici ce soir, réussit-elle à articuler, mais après si ça ne te dérange pas, je préférerais que tu restes à la base.

Jack ouvrit la bouche pour protester mais il se retint. Il ne voulait pas aller à l'encontre de sa volonté. Voyant qu'il ne protestait pas, Sam continua.

- Tu pourras voir Thomas autant que tu voudras. C'est ton fils. Je ne veux pas à nouveau le priver de toi.

- Merci, répondit Jack soulagé.

Sam acquiesça doucement de la tête. Jack sentit qu'elle voulait encore ajouter quelque chose. Aussi ne bougea-t-il pas, attendant patiemment.

- Je sais que pour toi, les choses n'ont pas changé, et tout est tel que tu l'as quitté il y a un an, dit-elle enfin. Mais en ce qui me concerne, ce n'est plus le cas.

Jack sentit une sourde angoisse le gagner. Il savait exactement de quoi Sam allait lui parler. Et au ton qu'elle abordait, le pire était à craindre…

- Je ne reviendrai pas vers toi cette fois.

Les mots firent à Jack l'effet d'une bombe. Il eut l'impression que son cœur volait en éclats, coupant violemment sa respiration. Ses jambes flageolèrent, et il dut attraper le bord du bar pour ne pas glisser sur le sol.

- Je ne serai pas capable de supporter à nouveau ça. Je préfère… t'éloigner de moi plutôt que d'avoir à le revivre.

- Sam…

- C'est fini, acheva-t-elle d'une voix sans réplique.

À cette dernière phrase terrible, son cœur se serra si douloureusement qu'il suffoqua. Ce n'était pas possible. Après tout ce qu'ils avaient vécu, tout ce qu'ils avaient enduré, elle ne pouvait pas tirer un trait sur eux de cette manière. Pas alors qu'il revenait tout juste auprès d'elle…

Elle ne pensait pas que ce serait aussi dur. Elle avait mal, la douleur enserrait sa poitrine. Et voir cette douleur se refléter dans ses yeux à lui était tout aussi insupportable. Elle luttait désespérément contre cette envie de se jeter dans ses bras, de le serrer contre elle, et lui dire qu'elle regrettait, que la seule chose qu'elle voulait, c'était être avec lui. Mais elle ne devait pas. Elle ne pouvait pas.

Alors, lentement, elle se retourna et s'éloigna. Il ne bougea pas, mais elle perçut très nettement l'intensité de son regard, à travers les picotements de sa nuque. Mais elle continua. Ce n'est que lorsqu'elle eut franchit la porte de la cuisine que sa voix chaude s'éleva enfin.

- Je n'abandonnerai pas Sam.

Elle se figea.

- Je n'abandonnerai pas.

Elle ferma doucement les yeux, laissant ainsi échapper quelques larmes. Puis elle disparut définitivement dans l'obscurité du salon.

Il glissa lentement sur le sol, ivre de douleur.

A suivre…