- Répète-moi pourquoi je dois te suivre là-bas ?

Hermione s'arrêta de faire sa valise et tourna un regard réprobateur vers celui qui était son ami depuis sept ans et par-dessus tout, son futur mari. Elle sembla chercher dans son regard l'ombre d'un doute qui montrerait que cette question était une simple blague, une simple blague mise en place pour la pousser à bout. Et pourtant, elle dut bien se rendre à l'évidence, certes, il s'était mis en tête de l'énerver mais il fallait avouer qu'il jouait plutôt bien son rôle.

- Parce qu'il me paraît normal de présenter mon… futur mari…à mes parents avant qu'ils ne le découvrent d'eux même.

- Ca j'avais compris 'Mione.

- Ouf, tu me rassures…

- Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu veux à tout prix que je vienne avec toi ?

La jeune femme leva les yeux au ciel et, dans un soupir, se décida à garder son calme malgré le sang qui venait battre dans ses tempes avec force.

- Ecoute, Ron… tu viens et c'est tout.

- Oui mais…

- RONALD BILIUS WEASLEY !

L'ancien Gryffondor fit un pas en arrière, fixant son amie comme si son visage avait pris l'apparence de celui d'un elfe de maison. Puis, voyant qu'il n'aurait pas le dernier mot, il se leva, la regarda une dernière fois avant de disparaître dans un « bien ».

Hermione resta là un moment, perplexe sur ce qui venait de se passer. Elle ne savait pas comment prendre cette histoire et la nervosité la poussait à deux extrêmes : sourire et pleurer.

- Il n'a pas fait ça hein ? Il n'a pas osé ? Ron reviens, tu n'es pas drôle ! Ron ! RoOoOoOoOn !

Tendant l'oreille et n'entendant aucun bruit, elle en déduisit que réellement il l'avait fait. Il venait de lui faire faux bond alors qu'à quelques kilomètres de là, ses parents l'attendaient, anxieux en imaginant quelle pouvait être cette si grande nouvelle que leur fille avait promis de leur révéler.

Hermione se laissa tomber un instant sur le canapé avant que sa bonne conscience ne lui demande de se remettre debout et de tout mettre en œuvre pour ne pas inquiéter ses parents plus qu'elle ne l'était.

- Très bien Ron… je te jure que tu vas regretter ça…

Dans un « flop », elle disparut alors et se retrouva dans le jardin du terrier où elle le vit, adossé à la rambarde, qui séparait le jardin des Weasley aux champs environnants, la main sur son balai et les yeux dans le vide.

Elle s'approcha doucement, avide de le prendre au dépourvu mais crut mourir de peur quand elle l'entendit s'exclamer d'une voix forte :

- Tu ne me laisseras donc jamais cinq minutes de répit !

- Je…

- Comment as-tu su que j'étais là ?

Hermione s'appuya à son tour sur la barrière et le regarda. Il avait cet air si sérieux qu'il n'endossait que pour les grandes occasions. Cet air qui faisait enfler quelques veines sur son front, celui qui lui faisait se mordre la lèvre inférieure et celui qui faisait naître un éclat profond dans ses yeux. A ce moment, elle se surprit à lui trouver quelque chose d'attirant… elle n'avait plus l'impression d'avoir en face d'elle ce garçon vide de sentiments qui ne semblait vivre que pour deux choses : le quidditch et la nourriture.

- Tu as perdu ta langue ? Pourtant tu en avais des choses à dire ce matin. Je me trompe ?

Cette phrase fut comme un coup de massue pour elle. Elle sentit alors toute la compassion qu'elle avait ressentie quelques secondes auparavant s'évaporer comme de l'eau rencontrant la lave en fusion.

- Comment peux-tu te permettre de me parler comme ça ! Je ne t'ai rien fait Ronald ! Je viens te chercher jusque là pour…

- Dis moi que tu venais t'excuser et je te croirais de la même manière que je crois ma sœur quand elle dit qu'elle n'a pas de nouveau petit ami.

- Exactement Ron ! Je venais pour te présenter mes excuses et toi tu…

- Très bien, je les accepte. Bon tu permets que j'aille faire un tour avant d'aller voir tes parents.

Une fois de plus, Hermione ne put déceler si réellement Ron était sérieux. Mais son temps de réaction se faisant trop grand, elle n'eut que le temps de le voir chevaucher son balai avant de s'entendre dire :

- Ron, reviens immédiatement !

Le jeune homme enchaîna un demi-tour impressionnant et vînt stationner devant elle, le visage toujours grave. Hermione, prise sur le fait d'un retour si rapide ne sut réellement quoi dire avant d'entendre la voix de Ron la prier de se dépêcher :

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu… on n'a pas le temps…

- TU n'as pas le temps ! MOI j'ai tout le temps que je veux tu vois ! Et dorénavant, évite de prendre les décisions à MA place et évite de me parler comme si j'étais un crétin ! Ca évitera ce genre de mésaventure.

- Bien.

- C'est tout ? Bien ?

- C'est ce que tu m'as dit tout à l'heure non ?

Le jeune homme haussa les épaules et souleva le manche de son balai pour reprendre de la hauteur avant d'entendre cette même voix venir jusqu'à lui.

- Alors tu me laisses là ?

- Non je ne te laisse pas là, j'ai besoin de cinq minutes de tranquillité si ce n'est pas trop te demander.

Hermione ne répondit rien et disparut dans une nouvelle intonation tandis que Ron sentait un sourire se dessiner sur ses lèvres. Certes, leur union ne commençait pas d'une des meilleures façons mais au moins, il avait su lui faire comprendre que désormais, il ne fallait plus qu'elle compte sur son silence et sur ses non-dits. Ils avaient deux caractères très différents mais lui non plus n'aimait pas se laisser marcher sur les pieds. Si elle devait être sa femme, elle devait apprendre que c'est lui qui porterait la culotte.

Et c'est sur cette réflexion machiste qu'il était le seul à croire qu'il redescendit de son balai et se hâta de le ranger, n'imaginant même pas la crise que lui ferait Hermione s'il la faisait attendre un peu plus.