Titre : Comme un enfant, chapitre 18
Base : Gundam Wing
Auteur : Brisby
E-mail : 3+4+3 ; 5+H+5 ; 2+1+... Pas encore tout à fait +1 mais on s'approche :)
Genre : yaoï, angst, OOC
Rating : K
Disclaimer : Les g-boys ne sont pas à moi.
Bonne lecture :)
Comme un enfant
Chapitre 18
Quatre sortit de sa chambre en baillant. Oui il était plus de onze heures, mais il était quand même fatigué. Après tout ce qui c'était passé la veille il avait eu un mal fou à s'endormir. Il avait finit par emprunter le laptop de Wu Fei pour consulter ses mails. Il avait dit à Trowa qu'il en avait pour cinq minutes, que c'était juste pour se changer les idées. En apercevant sa boite mail sur le point d'exploser, il avait eu comme le pressentiment que les cinq minutes allaient durer.
Depuis le petit mois qu'ils étaient dans la villa, il s'était un peu tenu au courant de ce qui se passait dans ses sociétés par téléphone. Parce que oui, quand on était le patron on pouvait déléguer. Mais se tenir trop loin, trop longtemps, non ça ce n'était pas bon. D'ailleurs même avec des coups de fils de temps en temps comme substitut, ça ne voulait pas dire qu'il travaillait pour faire tourner sa boite. Et ses collaborateurs le lui avaient beaucoup reprochés dans la multitude de mails qu'ils lui avaient laissés. Même ceux qui étaient sous ses directives commençaient à lui demander avec insistance quand est-ce qu'il comptait rentrer... Il avait finit par prétexter un grave problème familial. De toute manière ça n'en était pas si loin…
Au bout de quatre grosses heures passées devant l'écran il avait fini de répondre aux mails qu'il avait jugé importants. Et au final ça lui avait peut-être changé les idées mais également amené de nouveaux problèmes en tête qui ne l'avaient laissé dormir qu'au petit matin…
Bien sûr qu'il n'allait pas pouvoir rester éternellement ici. Et les autres non plus. C'était déjà un miracle qu'ils n'aient pas encore évoqué le problème. Pourtant, eux aussi devaient bien y penser de temps en temps.
Bien sûr qu'il le savait… Il évitait juste d'y penser.
Il soupira bruyamment et passa la main sur son visage.
Bon… Le tout maintenant était de gagner le plus possible de temps. Lui, il pouvait toujours travailler à distance et faire des vidéos-conférences. Les autres… C'était déjà bien moins sûr… Wu Fei et Heero ne travaillaient pratiquement que sur le terrain, il allait bien falloir qu'ils y retournent. Sally travaillait surtout dans des bureaux mais elle ne pourrait pas rester trop longtemps éloignée non plus. Hilde… était son propre patron et avait fermé son garage pour une durée indéterminée. Ca ne voulait pas dire qu'elle le tiendrait éternellement fermé. Trowa ne travaillait plus pour le moment… Mais ils n'en avaient jamais vraiment discuté et il n'était pas homme à rester trop longtemps sans rien faire. Enfin, dans un premier temps il était libre.
Donc… En premier lieu rester ici ensemble le plus longtemps possible et après s'organiser pour se relayer auprès de Duo.
Il étouffa un bâillement et avança dans le couloir, les mains enfoncées dans les poches. Il regarda distraitement le ciel nuageux. Il lui semblait un peu trop sombre pour ne pas être inquiétant. Une fenêtre ouverte à un quelconque endroit de l'étage lui apporta un vent chaud et collant. Le temps semblait décidément à l'orage.
- Mais comment est-ce qu'il s'est fait ça ?
- Je ne sais pas mais il ne s'est pas loupé…
Le blond tourna la tête vers la porte de Duo qui était entrouverte. Il s'avança jusqu'à passer la tête dans l'ouverture.
- C'est dingue qu'aucun vaisseau important n'ait été tranchée. Il a eu beaucoup de chance. Si c'était arrivé, il aurait eu tout le temps de mourir avant qu'on s'en rende compte.
- Je suis désolée, je ne pensais pas que…
- Ne vous en faites pas Mitsumi, personne n'aurait pu prévoir ça.
Sally était à genoux à côté du natté, une pince et un coton imbibé d'alcool dans les mains. Mitsumi soutenait le bras droit de Duo, l'inclinant selon les côtés que la jeune femme inspectait. Hilde, assise de l'autre côté, le maintenait par les épaules pour l'empêcher de bouger. Encore que Duo n'avait pas l'air de vouloir trop se débattre. Adossé contre un pied de son lit, il regardait d'un air absent le ciel nuageux, complètement indifférent aux morceaux de porcelaine qu'on retirait de ses chairs.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
Trois têtes se tournèrent vers le blond.
- Ah, Quatre… Et bien… On ne sait pas trop…
- Il semblerait que Duo soit tombé dans la nuit, la lampe a dû tomber avec lui et il s'est ouvert le bras avec les morceaux de porcelaine.
Sally se reconcentra sur le bras du jeune homme qu'elle finissait de désinfecter.
- Heureusement, aucune coupure n'est suffisamment profonde pour nécessiter des points. Je vais juste lui mettre des compresses et une bande adhésive.
- Je peux m'en charger si vous voulez. Après tout, je suis son infirmière. Et puis je pourrais en profiter pour faire sa piqûre du matin.
La jeune femme hésita un moment.
- Et bien… Si vous voulez… Après tout vous avez toujours été très compétente dans son accompagnement. Mais réduisez peut-être son injection, c'est possible que ce soit ça qui l'ait rendu groggy au point de tomber de son lit et de se couper ainsi.
Mitsumi sembla saisie par la remarque de Sally avant de se reprendre.
- Oh… Oui… Enfin, il est peut-être aussi tombé pour une autre raison… Son autisme tout simplement ou… Mais d'accord, je diminuerai les doses…
Sally se releva, suivie de Hilde.
- Bien… Alors merci.
Ils sortirent tous les trois de la pièce, laissant la jeune femme avec Duo. Sally soupira en jetant dans un sac en plastique les cotons imbibés de sang.
- Tu parles d'une histoire…
Quatre marchait à côté d'elle, regardant d'un air distrait le ciel noir qu'il apercevait à travers les fenêtres.
- Les coupures sont profondes ?
- Un peu, mais pas excessivement… Non ce qui me tracasse plutôt, c'est que Duo ne s'était pas blessé avec son environnement avant… C'est peut-être un cas isolé, mais… Si ça n'en est pas un et que des pièces deviennent dangereuses pour lui, il va falloir repenser toute l'organisation de cette maison. Ce qui peut être dangereux pour lui, ce qui ne l'est pas, ça va nous demander un travail fou… Si ça se passe comme ça, je me demande si on ne ferait pas mieux de changer de maison plutôt et… Quatre ? Tu m'écoutes ?
Le blond marchait en regardant ses pieds d'un air absent. Il finit par relever la tête.
- Oui, oui… Excuse-moi… D'ailleurs en parlant de la maison, il va falloir que je recontacte les types de l'agence pour savoir si on peut prolonger la location. On n'avait pas prévu de rester si longtemps au début…
- Dis plutôt qu'on n'avait pas voulu prévoir de date… On devait bien savoir que ça ne se ferait pas en un coup de cuillère à pot…
Ils se tournèrent vers Hilde qui les suivait, les mains enfoncées dans les poches.
- Et bien… C'est vrai mais au début on avait juste prévu de passer le maximum de temps ensemble à ses côtés et…
- Ca m'énerve ! Tout va de travers aujourd'hui !
Elle les dépassa et se dirigea d'un pas rapide vers l'escalier. Sally soupira, ne se formalisant pas plus d'avoir été coupée en pleine phrase.
- Pourquoi ? A part les blessures de Duo il y a eu d'autres choses ?
- Pas spécialement… Enfin…
La jeune femme passa la main dans ses cheveux.
- Je ne sais pas si c'est le temps, mais il y a de la tension dans l'air aujourd'hui… Wu Fei et Heero ont cassé trois bols ce matin et on a mis un temps fou à les calmer… Je crois qu'on commence à sentir la fatigue. Depuis qu'on est ici on se la coule douce en apparence, mais au final on est toujours sur les nerfs du fait de l'état de Duo. Et je pense qu'avec ce qui s'est passé hier, personne n'a pu bien dormir. Tu rajoutes le Duo complètement stone et coupé sur tout le bras qu'on a retrouvé ce matin…
Elle grimaça.
- Toi encore tu l'as vu changé et à peu près débarbouillé. Nous, quand Mitsumi est venue nous chercher, il était toujours allongé sur la moquette, il avait du sang sur toute une moitié du visage. Certains de ses cheveux étaient même collés. La moquette était tellement imbibée qu'on a dû mettre une dizaine de serviettes pour pas se tâcher alors à mon avis elle est irrécupérable. Et puis je te raconte pas l'état de ses vêtements. Franchement, en tant que médecin j'en ai vu des pas mal, mais quand c'est quelqu'un que tu connais…
Elle secoua la tête et se remit à marcher.
- Et il n'était pas bien mentalement ?
- Il n'a pas eu une seule réaction pendant tout le moment où on l'a soigné. Insensible même à sa propre douleur, c'est quand même pas le plus léger stade de l'isolement…
Quatre soupira en descendant l'escalier.
- Mauvaise journée donc…
- En espérant que ça ne dure qu'une journée… Mais vu l'état de nerfs dans lequel on est, je sais pas comment on va en sortir…
Il ne répondit pas, se contentant de suivre la jeune femme dans le salon. Une fois dans la pièce, il adressa un léger signe de tête à Heero et Wu Fei en guise de bonjour avant de se diriger vers le fauteuil où se trouvait Trowa. Il s'assit à moitié sur un des accoudoirs, en profitant pour déposer un léger baiser sur les lèvres du brun. Celui-ci se contenta de se caler un peu plus sur l'accoudoir où s'était assis le blond.
Quatre balaya alors la salle avec un regard un brin plus attentif. De l'autre côté de la pièce, Heero était assis à côté de la table où chacun avait dû petit-déjeuner. Les pieds posés entre les différents bols et assiettes et un carton sur le ventre, il fouillait parmi les différentes photos qu'avait reçu Quatre la veille. Il en gardait un petit paquet dans la main droite, les examinant de temps en temps pour en enlever ou en rajouter un autre. Sally, assise en face de lui, buvait un café à petites gorgées.
Plus près de lui, Wu Fei et Hilde étaient assis sur le canapé. Le Chinois semblait lire un livre qui ne devait pas être très passionnant vu l'enthousiasme avec lequel il tournait les pages. Ses épaules touchaient celles de l'Allemande, assise à côté de lui. Celle-ci fixait d'un œil endormi la table basse en verre où elle appuyait ses pieds. De temps en temps, elle relevait la tête et murmurait quelques mots au brun. Il lâchait alors son livre des yeux et se tournait vers elle pour lui répondre sur le même ton. Leurs visages ne laissaient passer aucune émotion spéciale, mais ces échanges suffirent à faire s'arrondirent les yeux du blond. Il sembla alors enfin remarquer la proximité anormale entre eux ainsi que d'autres petits détails étonnant… Comme par exemple les légères traces rosées dans leurs cous.
Wu Fei en relevant la tête tomba sur ce regard mi-étonné, mi-curieux. Il se contenta de le soutenir calmement jusqu'à ce que Quatre détourne les yeux, retenant avec peine un sourire. Hilde n'avait pas participé à l'échange mais fixait maintenant la table basse avec une étrange rougeur sur le haut des joues.
Le bruit d'un carton qu'on posait violemment attira leur attention. A l'autre bout de la pièce, Heero venait de reposer les photos, non sans une certaine irritation. Sally qui mâchait un bout de brioche en face de lui se redressa pour le regarder. Il la fixa d'un air crispé, semblant attendre quelque chose. Ne comprenant pas ce qu'on lui demandait, la jeune femme se contenta d'arrêter de mastiquer.
- Alors ?
- …Alors quoi ?
Heero roula des yeux d'un air agacé.
- Il était comment ?
Sally soupira, comprenant enfin ce qu'il voulait. Elle se remit à tremper sa brioche dans son café.
- Pas brillant…
Trowa releva la tête ver eux pendant que Wu Fei se retournait pour suivre la discussion.
- Il s'est coupé sur tout le bras. Il n'y aura pas besoin de points de suture mais il va quand même falloir surveiller…
Quatre se pencha à l'oreille du brun.
- Vous êtes montés le voir vous aussi ?
- Oui mais comme elles étaient déjà toutes les trois dans la pièce et qu'on ne pouvait pas faire grand chose pour les aider, on est redescendu.
Il observa un moment Sally qui finissait son café.
- Et puis Heero et Wu Fei ont cassé deux autres bols…
Quatre hésita entre sourire ou soupirer. Il finit par opter pour une grimace, en se calant un peu plus contre le brun. A l'autre bout de la pièce, Sally finit par reposer son bol. Heero ne la quittait toujours pas des yeux.
- Sinon… Pas terrible non plus… Il est resté stone pendant tout le temps où on lui a fait son pansement. Aucune réaction, ni par rapport à nous, ni par rapport à la douleur, ce qui m'inquiète déjà plus… Complètement dans son monde…
Elle passa la main dans ses cheveux en fronçant les sourcils.
- On ferait peut-être bien d'appeler le docteur Baker ou prendre contact avec un psy… Moi je ne connais pas bien l'autisme et je dois dire que Duo me paume encore plus… J'avais l'impression que par rapport à son état à l'hôpital on avait fait une grande avancée mais… Tout vient par à-coup. Il s'ouvre à nous, et puis il part dans son monde sans raison. Hier il était un peu perturbé, mais une fois qu'on est rentré dans sa chambre, il avait l'air bien. Et ce matin c'est encore pire…
Elle soupira en secouant la tête.
- Franchement, je n'y comprends plus rien…
Un silence gêné suivis ses mots.
- Il n'y a peut-être rien à comprendre.
Heero retira ses pieds de la table, le regard fixé sur les photos en vrac dans la boite en carton. Hilde se retourna alors pour pouvoir le regarder.
- Qu'est-ce que tu entends par là ?
Le brun lui adressa un regard blasé.
- On s'est peut-être surestimé. Peut-être que notre présence n'apporte au final pas grand chose à Duo.
Hilde ne répondit pas, se contentant de s'accouder sur le dossier du canapé en laissant son regard se perdre sur le carrelage.
- Mais… Quand même, il y a eu quelques progrès…
- Exact Quatre, il y a eu quelques progrès. Quelques… C'est peut-être là le problème, non ?
Le blond fronça les sourcils devant le ton agressif du Japonais.
- Nan mais attends, tu t'attendais à quoi là Heero ? Qu'on allait apparaître et hop, Duo redeviendrait comme avant ? Nan mais tu l'as rêvé ça. Je sais pas si tu te rends compte de l'état dans lequel il est ?
- Je m'en rends compte, merci… N'empêche que…
- Que quoi ? Bon sang Heero il a conscience de notre présence, il nous parle, il nous inclut à son monde, c'est quand même pas rien ! A l'hôpital il ne se centrait que sur lui-même !
Le brun plissa les lèvres.
- Je ne dis pas le contraire. Mais si tu te rappelles bien, il a toujours été comme ça avec nous. Il nous a toujours inclus à son monde. Alors les changements depuis qu'il est ici tu les vois où ?
Quatre resta un moment interloqué.
- Et bien…
- Il t'a roulé une pelle Yuy… C'est un changement non ?
Wu Fei regardait le brun d'un air désinvolte alors que quatre paires d'yeux exorbités s'étaient fixées sur lui. Le Japonais au contraire le regardait d'un œil noir.
- Il ne m'a pas roulé une pelle, il cherchait juste à récupérer une cerise. Ce qui prouve d'ailleurs que pour arriver à faire une telle chose pour une cerise, il ne me concevait pas comme une personne. J'ai été l'obstacle entre lui et la cerise qu'il s'est empressé de faire disparaître.
- Qu'est-ce que t'en sais ? T'es dans sa tête ? Tu sais exactement quel raisonnement l'a amené à faire ça ?
Un léger sourire narquois étira les lèvres du Chinois
- Peut-être qu'en fait il voulait vraiment faire ça et que la cerise n'était qu'un prétexte.
Le regard bleu acier se fit un brin plus sombre.
- Chang, étant donné que tu as assisté à la scène, je trouve ton explication aussi déplacée que ridicule. Alors tant qu'à faire, retourne galocher ton Allemande et fous-moi la paix.
- Répète un peu… ?
- Ok, c'est bon, on arrête la casse là.
Hilde avait levé les mains comme pour les séparer virtuellement.
- Primo, vous vous mettez vraiment à dire n'importe quoi dès que vous êtes sur les nerfs. Deusio, j'apprécie vraiment pas d'être un argument dans une joute verbale ! Donc vous arrêtez ça tout de suite ! Ou alors vous prenez le risque de me voir m'en mêler et je vous assure que j'ai une très grande gamme d'ultrasons dès que je me mets à crier…
Wu Fei se retourna pour ne plus voir le Japonais et s'enfonça un peu plus dans le canapé. Heero se tourna aussi légèrement pour fixer à nouveau le tas de photos dans le carton.
- Et bien… On voit qui porte le pantalon…
Le Chinois se raidit et s'apprêtait à se retourner mais la voix de Sally s'éleva.
- C'est vrai que de la part de quelqu'un qui n'a pas réussi à empêcher un autiste qui a des réflexes d'enfant de l'embrasser, la réflexion semble totalement justifiée…
Elle continua de siroter son nouveau bol de café sans plus se soucier du regard bleu qui la foudroyait. Un long silence s'installa pendant lequel Wu Fei fixa son livre d'un œil noir pour se passer les nerfs. Hilde à côté de lui se renfonça dans le canapé, observant d'un œil vide ses pieds posés à côté de ceux du Chinois sur la table basse. Heero fit semblant de recommencer à fouiller le carton de photos histoire d'avoir l'impression de faire quelque chose. Quatre soupira et s'assit un peu plus confortablement sur son accoudoir.
- N'empêche…
Le blond roula des yeux d'un air excédé avant de relever la tête vers le Japonais.
- N'empêche quoi ?
Le brun se leva et commença à rassembler les assiettes en piles.
- Duo n'a pas fait de gros progrès depuis qu'il est ici.
Quatre soupira d'agacement.
- C'est sûr que si tu t'attendais à ce qu'il fasse des progrès phénoménaux en si peu de temps…
Heero ne répondit pas continuant d'empiler les assiettes et les bols.
- Mais il a raison Quatre…
Il se tourna, étonné, vers Trowa.
- Tu ne vas pas me dire que toi aussi tu pensais que…
- Je ne pensais rien du tout. Mais il a quand même raison sur certains points. Qu'est-ce qui te fait dire que Duo fera des progrès avec nous à ses côtés ? On a été surpris qu'il adopte une telle attitude avec nous, mais peut-être qu'il fait une différence avec nous et puis c'est tout. Ce n'est pas parce qu'il nous différencie qu'on peut l'aider à le sortir de cet état.
Le blond fronça les sourcils.
- Oui mais… Mais si on commence à…
Il fit un geste vague de la main, n'arrivant pas à trouver ses mots. Le bruit de vaisselle qui s'entrechoquait le coupa dans ses tentatives de réflexion. A l'autre bout de la pièce, Heero venait de soulever une pile d'assiettes et de bols. Il se dirigea vers la porte et actionna la poignée avec le coude. Avant de sortir, il se tourna vers Quatre.
- En tout cas… J'étais d'accord pour aider Duo, mais je ne ferais pas éternellement le garde malade si ça ne sert à rien.
Il sortit du salon et referma la porte avec le pied. Quatre fixa un moment la porte sans dire mot avant de s'avachir sur l'accoudoir du fauteuil. Il se pinça la base du nez en soupirant.
- Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe aujourd'hui ?
Seuls quelques haussements d'épaules et des soupirs lui répondirent.
- Il nous fait quoi là Heero ? Il va pas se tirer alors que c'est avec lui que Duo réagit le plus …!
- Je pense pas qu'il veuille partir Quatre. Il doit juste être fatigué et déçu…
Le blond fixa un moment Hilde avant de lever les yeux au plafond.
- Déçu de quoi ? Il s'attendait à une guérison éclair ?
- Mais arrête de te braquer Quatre… C'est pas ça la question… Même si on savait bien qu'on pourrait pas le sortir en un clin d'œil de cet état… Tu vas pas me dire que tu l'as pas espéré ? Que tu l'as jamais rêvé ? J'attendais rien de spécial, mais n'empêche que moi aussi je suis déçue quelque part que rien ne se passe… Moi aussi je suis triste…
Un court silence suivit les mots de la brunette. Elle ramena ses jambes contre elle et cala son menton sur ses genoux. Wu Fei se tourna légèrement vers elle.
- Tu crois que Heero est triste ?
Elle leva lentement les yeux vers lui.
- Tu l'es pas toi ?
Il ne répondit pas, se contentant de baisser les yeux.
- En plus… Je veux pas dire mais…
Elle tourna la tête vers Quatre.
- Depuis le début on n'arrête pas de dire à Heero que Duo s'ouvre plus avec lui et… C'est vrai qu'on a obtenu aucun résultat concret. Ca doit lui foutre une pression supplémentaire…
Le blond resta pensif un moment avant de hocher lentement la tête et de s'enfoncer à nouveau contre l'accoudoir en soupirant profondément. Des doigts caressèrent doucement sa cuisse alors qu'une tête s'appuyait contre ses côtes. Il passa la main dans les cheveux bruns du Français et regardant d'un air absent les baies vitrées. Le vent semblait s'être un peu plus levé et de grosses bourrasques emportaient des feuilles mortes. Le temps semblait décidément à l'orage…
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Après avoir jeté la vaisselle dans l'évier, manquant ainsi de fêler un énième bol, Heero était resté un moment dans la cuisine. Il n'avait pas envie de retourner dans le salon où l'ambiance était décidément trop électrique… Ou alors c'était peut-être lui qui était trop sur les nerfs… Enfin, qui ne l'aurait pas été après avoir passé la nuit entière à essayer de se remémorer chaque scène passée avec le natté ? Oui il avait quand même eu du mal à digérer cette histoire de dédoublement de personnalité et cherchait absolument à savoir s'il avait déjà vu ce fameux « autre » ou pas. Et puis… Il s'était rendu compte que sa mémoire était loin d'être bonne quand elle concernait ce genre de chose. Surtout qu'il n'était même pas sûr de ce qu'il cherchait. Il avait donc passé la nuit à essayer de savoir s'il avait déjà croisé une personne qu'il ne connaissait pas. Il avait finit par abandonner au petit matin mais n'était pas parvenu à s'endormir. Et puis, quand il était tombé quelques heures plus tard sur ce carton de photos, il n'avait pas pu s'empêcher de se remettre à chercher cet autre. Mais ne sachant toujours pas ce qu'il cherchait vraiment, il n'avait pas obtenu de résultat concluant.
Il soupira profondément en se frottant les yeux. Il sortit de la cuisine et se mit à marcher d'un air morne le long des couloirs. Alors… Il ne voulait pas aller dans le salon, donc… Il pouvait toujours aller dehors.
L'air lourd et chaud lui colla à la peau dès qu'il eut ouvert la porte. Le ciel était tellement sombre qu'il aurait presque fallut allumer les lumières. Le vent soufflait fort, créant un bruit sourd et continu en fond sonore. Une bourrasque lui envoya trois feuilles mortes dans la figure. La porte était refermée moins d'une demi-seconde plus tard.
Il allait se rediriger vers la cuisine quand il entendit la porte du salon s'ouvrir. Il hésita un instant puis bifurqua à droite pour monter l'escalier.
Il n'avait rien de spécial à reprocher aux autres. Mais il n'avait vraiment pas envie de parler ou de repartir dans le même genre de discussions que celles qu'ils avaient eues tout à l'heure. Une fois arrivé à l'étage, il se dirigea d'un pas traînant vers sa chambre. Avec un peu de chance, il pourrait rattraper ses heures de sommeil manquées.
Il allait ouvrir sa porte quand une lumière un peu plus loin dans le couloir attira son regard. Une porte ouverte diffusait une lumière pâle dans le couloir sombre. Le Japonais hésita un moment. Il savait très bien qui se trouvait dans cette chambre… Mais est-ce que ça valait vraiment le coup d'y aller ?
Ou alors … ? Juste pour voir. Juste pour être sûr qu'il n'y avait pas d'amélioration…
Il se dirigea lentement vers la porte entrouverte et la poussa doucement. A l'intérieur, Mitsumi semblait finir de faire l'injection. Elle reposa la seringue dans un plateau à côté d'elle et se tourna pour se relever quand elle aperçut enfin le brun. Elle sursauta violemment et fit un pas en arrière.
- Ah… Je ne vous avais pas vu… Je… Je lui faisais juste son injection.
- C'est ce que j'avais cru comprendre.
La jeune femme semblait assez mal à l'aise et elle sortit rapidement de la pièce. Le bruit de ses pas descendant l'escalier diminua peu à peu.
Le Japonais resta un moment sur le seuil à fixer la moquette avant de tourner son regard vers le natté. Celui-ci était toujours assis à même le sol, les paupières mis-closes et les yeux vides. Un bandage blanc entourait tout son avant-bras droit et une petite goutte de sang avait perlé sur son autre bras à l'endroit où l'injection avait était faite.
Heero ferma les yeux et soupira profondément. Il finit par fermer la porte et alla s'agenouiller à côté de l'Américain. Il attrapa la boite où se trouvait le coton, en détacha un morceau et tamponna le bras gauche du natté. Duo ne fit aucun mouvement, gardant son regard fixé sur la moquette.
- Hey, Duo… Est-ce que ça sert à quelque chose ce qu'on fait ?
Le châtain fixait d'un regard morne les tâches de sang sur le sol.
- Je veux dire… Il y a des chances qu'on y arrive, ou… ?
Heero continuait de frotter doucement le point où la piqûre avait été faite.
- Ou bien on aura beau faire ce qu'on voudra, tu seras toujours dans cet état ?
Il jeta le morceau de coton et prit un pansement.
- Et puis… Est-ce que tu es encore là au moins ?
Il enleva les languettes et l'appliqua sur la peau du natté.
- Est-ce qu'il y a, ne serait-ce qu'un petit bout de celui qu'on a connu qui est encore là ?
Il repassa plusieurs fois les doigts sur les bandes adhésives.
- J'ai du mal à m'imaginer… Si jamais on y arrive… Est-ce que ça ferait comme une amnésie ? Tu ne te souviendrais plus mais tu seras un peu le même quand même ? Ou bien un changement total ?
Duo pencha lentement la tête jusqu'à ce qu'elle soit appuyée sur son épaule, observant les quelques gouttes de pluie qui commençaient à s'écraser sur la vitre. Heero soupira.
- Bordel… T'as vu où j'en suis rendu à cause de toi ? Je cause à un autiste qu'en a rien à foutre de ce que je peux raconter…
Le brun jeta les languettes du pansement dans le même sac que le coton et ramena une de ses jambes contre son torse. Il appuya sa tête contre son genou et passa plusieurs fois la main dans ses cheveux.
Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi dans le silence. Heero ne bougeait pas et Duo continuait à laisser son regard planer dans le vide. Seul le bruit des gouttes de pluies heurtant parfois la fenêtre rompait le silence.
Un long soupir finit par échapper au Japonais et il se redressa. Il se massa un moment le bas du dos en grimaçant. Et non, même pour un soldat, rester assis sur un sol dur était toujours aussi peu confortable, surtout dans une mauvaise position.
A ce propos… D'après ce qu'il avait compris, Duo avait été retrouvé sur la moquette et apparemment, personne n'avait songé à l'asseoir sur le lit. D'accord il n'avait pas l'air d'en tenir bien compte… Mais quand même, ses membres devaient finir par être engourdis à force de rester dans cette position sur un sol dur.
Heero l'observa un moment, soupira et se plaça devant lui. Il le saisit sous les épaules et le souleva pour le mettre sur son lit, adossé au mur.
Duo était… assez léger.
Non, léger.
Il lui avait déjà semblé s'en apercevoir les quelques fois où il l'avait porté ou soutenu mais là… Là il le trouvait vraiment léger.
Même trop léger.
D'accord il était soldat et il n'avait pas trop de problème pour soulever des charges lourdes… Mais quand même… Surtout que, d'après ses souvenirs, Duo n'était pas trop du genre rachitique pendant la guerre. Plutôt du genre musclé, même s'il l'était moins que lui, avec une bouille qui n'avait encore rien perdu des rondeurs de l'enfance.
Alors bon, il l'avait bien trouvé changé en le revoyant, mais il avait un peu été préoccupé par l'autisme en premier lieu quoi. Et en deuxième lieu… Et bien il avait mis ça sur le compte du temps et des deux années passées à l'hôpital sans y réfléchir vraiment plus.
Mais là… Il le trouvait très léger quand même…
Le natté était assis sur le lit et Heero restait accroupis en face de lui, les mains toujours sous ses aisselles. Il l'observa longuement puis il les baissa lentement, touchant son corps à travers ses vêtements. Arrivé à ses hanches, il hésita un moment puis il passa ses mains sous le tee-shirt, et remonta jusqu'à ses côtes en palpant la peau.
Duo avait maigri. C'était indéniable. Il n'avait pas la peau sur les os, non. Mais c'était franchement pas très loin.
En même temps… En quoi était-ce si étonnant ? Déjà être nourrit convenablement par un hôpital en temps normal n'était pas évident, mais alors quand on était autiste ça relevait de l'exploit… Et puis pendant deux ans…
Le Japonais soupira en sentant distinctement la forme des os sous ses doigts.
Deux mots ne cessaient de rebondir dans sa tête. « Piteux état ».
L'Américain faisait pitié. Et ce n'était pas normal. Il n'était pas censé lui inspirer la pitié.
Duo était censé lui inspirer de l'agacement voir de la lassitude, après tout ils n'avaient ni le même caractère, ni les même centres d'intérêts alors forcément ça clashait. Il était aussi censé lui inspirer du respect, c'était un bon pilote de gundam et un mécano de génie. Il était également censé lui inspirer de la confiance, il était devenu le genre de personne sur qui il pouvait compter.
Duo était un prénom auquel il aurait dû associer de la vivacité, des sourires, de l'entrain, du bruit et tout un tas d'autres choses.
Il ne devrait pas avoir à associer ce prénom à une espèce de pantin de chair.
Duo ne devrait pas lui inspirer de la pitié.
Ca faisait… mal.
Duo lui faisait pitié. Et ça lui faisait mal.
Ca lui vrillait le ventre de l'intérieur.
Son poing s'abattit violemment sur le sommier en bois. La mâchoire crispée, les dents enfoncées dans sa lèvre inférieure, les jointures blanches, Heero prenait calmement de grandes inspirations. Peut-être même un peu trop calmement.
Il releva lentement la tête et croisa le regard du châtain fixé sur lui. Il retint sa respiration quelques secondes, le croyant enfin sortit de sa léthargie, mais le regard morne et complètement vide le ramena bien vite à la réalité. Un long soupir lui échappa et il garda les yeux fermés un moment.
Ca aussi ça faisait mal. Surtout quand, à force d'entendre qu'avec lui Duo réagissait plus, il finissait par y croire. A tord apparemment.
- Bon… Ben je vois franchement pas l'intérêt de rester si tu montres pas plus de réactivité qu'un légume.
L'Américain détacha alors son regard de lui pour fixer ses genoux d'un air bovin. Le poing du brun frappa le mur à moins d'un centimètre du crâne du natté.
- Tu commences sérieusement à me gaver Duo !
Un genou sur le lit, le corps à quelques centimètres de celui du châtain et la tête au-dessus de la sienne, Heero fixait le mur d'un œil noir.
- Je suis pas venu pour jouer les gardes-malade moi ! Je savais même pas que je venais pour toi à la base ! Et…
Il éloigna son poing du mur, légèrement creusé par l'impact.
- Et si tu continues comme ça, ça va pas le faire !
Son poing se réenfonça dans le mur, un peu plus près de la tête du natté.
- Je vais pas être patient si t'es comme… Si tu ne…
Il frappa le mur une troisième fois plutôt que de chercher plus longtemps ses mots. Le creux que formaient ses coups commençant à être clairement visible.
- Je le supporterais pas ! Je te supporterais pas longtemps comme ça… !
La poitrine du Japonais se soulevait et s'abaissait rapidement. Sa gorge et son ventre étaient noués. Sûrement l'énervement… Il finit par s'éloigner un peu du mur et jeta un coup d'œil au natté. Celui-ci fixait son tee-shirt les yeux écarquillés.
… Oh ?
Heero eut quelque chose qui ressemblait un peu à un mauvais pressentiment.
- Duo… ?
Le châtain sursauta presque, se recroquevillant sur lui-même et jetant des coups d'œils autour de lui.
Ok. Duo n'était plus un légume. Par contre il était maintenant sur les nerfs.
- Bordel de…
Il avait été énervé par sa léthargie. Léthargie qui avait en partie été provoquée à cause de la dose d'injections qu'on lui avait faites après l'incident de ce matin. Et maintenant, il le foutait dans un état de panique qui pouvait nécessiter d'autres injections… Donc d'autres léthargies… Donc il avait envie de se foutre des baffes.
- C'est bon… Excuse-moi Duo…
Il posa la main sur son épaule, le faisant immédiatement sursauter.
Heero espéra un instant que le fait qu'il soit plus réactif avec lui soit vraiment une hypothèse stupide parce que sinon… La boule, supposée de rage, qui grossissait dans sa gorge, n'était pas prête de disparaître.
- Du calme Duo, je ne vais pas te faire du mal… Je ne t'ai même pas frappé…
Il roula des yeux.
- Et pourtant tu l'aurais mérité…
Il sentit quelque chose s'appuyer contre son torse et se rendit compte que l'Américain s'était accroché à son tee-shirt. Il soupira en posant la main sur sa tête.
- Arrête Duo. Je ne suis pas d'humeur à jouer à la nounou.
Le natté sembla se crisper un peu plus et s'accrocha plus fermement.
- Arrête…
Il baissa la tête et releva celle de l'Américain, se retrouvant quasiment front contre front avec lui.
- En plus, si je t'ai fait peur en gueulant tout à l'heure ça rime à rien de te coller à moi si tu veux te sentir protégé.
Duo soutint son regard.
- … Enfin je suppose qu'essayer de te faire comprendre ça est ainsi vain que d'espérer que tu sortes de ton autisme…
Il souleva les quelques mèches de la frange du natté pour pouvoir mieux appuyer son front contre le sien.
- Lâche-moi Duo.
Le châtain le fixa sans ciller, ne relâchant en rien sa prise sur le tee-shirt. Heero soupira. Et dire qu'il avait voulu de l'attention une dizaine de minutes plus tôt…
Les nuages se firent encore plus sombre et la luminosité dans la pièce baissa considérablement. On se serait cru à la tombée de la nuit, ou bien quelques heures avant le levé du soleil. La pluie commença à taper de façon plus régulière sur la vitre.
Heero déglutit difficilement. C'était mauvais, très mauvais. La faible luminosité et leur proximité lui avaient rappelé son rêve. Pourtant jusqu'à présent il avait plutôt bien réussi à l'oublier, alors pourquoi maintenant…
- Duo…
L'Américain s'accrocha encore plus au tee-shirt, écarquillant davantage les yeux tout en continuant de le fixer. Heero avait l'impression d'avoir de plus en plus de mal à respirer au fur et à mesure que la situation perdurait. Il fallait vraiment qu'il y mette fin. Surtout que… Ils étaient vraiment près l'un de l'autre. Et cette proximité le mettait mal à l'aise. Il fit descendre la main qu'il avait dans les cheveux du châtain jusqu'à sa joue, espérant pouvoir éloigner son visage. Mais celui-ci prit au contraire appui sur la main et redressa la tête, l'approchant un peu plus de celle du brun.
Ils étaient vraiment trop près. Heero n'avait quasiment plus dans son champ de vision que cette paire d'yeux violets qui ne le lâchaient pas. Leurs fronts étaient appuyés l'un contre l'autre, leurs nez se croisaient et il sentait son souffle sur sa joue. Et il y avait aussi… Il baissa lentement le regard vers les lèvres du châtain, se trouvant à quelques petits centimètres des siennes.
Il releva la tête en prenant une profonde inspiration, décollant son visage de celui de Duo.
C'était pas bon. C'était pas bon du tout. D'abord il fallait qu'il coupe court à la situation, parce que ça n'allait franchement pas. Il ne comprenait même pas comment il avait pu laisser s'installer un tel truc. Ensuite, il fallait qu'il arrête de penser à ce rêve. Premièrement parce que c'était un rêve stupide. Deuxièmement parce que… Parce que c'était un rêve vraiment stupide et… Et troisièmement…
Il ferma les yeux et soupira. C'était n'importe quoi… De toute manière il n'avait pas, et n'avais jamais eu envie d'embrasser Duo. Ca au moins il en était sûr. Ca ne lui avait jamais traversé l'esprit.
Deux mains tirant sur son tee-shirt lui firent baisser les yeux. Il se retrouva à nouveau au-dessus du visage de Duo mais avec cette fois-ci, plus de distance. Le natté le fixait toujours avec la même intensité et… C'était marrant parce que, dans la pénombre, il ne voyait plus très bien son visage ni ses expressions. Alors avec un petit effort il pouvait faire comme si il ne voyait plus l'effarement sur le visage de Duo et ça lui donnait l'impression qu'il le fixait juste avec intensité. Un peu comment quand il le fixait avant. Alors oui, ça lui faisait un peu mal de penser au Duo d'avant et de s'imaginer qu'il était en face de lui, mais… Mais ça lui faisait un peu de bien aussi.
Et il en était sûr, embrasser Duo ne lui était jamais venu à l'esprit.
Mais sur le coup… Avec l'impression d'avoir l'ancien Duo accroché à lui… Ce qui le turlupinait vraiment c'était… Pourquoi est-ce qu'il n'avait jamais pensé à l'embrasser ?
La main sur la joue du natté lui redressa le visage et l'inclina légèrement. Une deuxième main passa dans son dos et remonta jusqu'à sa nuque alors que les doigts s'écartaient pour la maintenir. Les yeux bleus et les yeux violets se fixaient, puis les yeux bleus observèrent quelque chose un peu plus bas. Ils s'approchèrent lentement des yeux violets. Les deux nez se croisèrent et les deux souffles se mêlèrent. Puis deux lèvres se posèrent sur deux autres.
La pluie tapait régulièrement sur la vitre, mais pas trop fort. Le vent dehors continuait de souffler et de secouer les arbres. Quelques feuilles volaient encore mais plus trop. Et à l'intérieur de la chambre, les lèvres se prenaient puis se séparaient avant de se reprendre. Le corps du châtain avait glissé jusqu'à être adossé au mur et celui du brun avait suivit.
Ca ressemblait à son rêve. Vraiment… Enfin pas complètement non plus. Il y avait bien quelque chose qui était différent mais il n'arrivait pas à savoir exactement quoi. Et puis tant pis… Le Japonais n'avait pas vraiment envie d'y réfléchir, surtout vu le désordre qui régnait dans ses pensées à ce moment précis. Il glissa sa langue entre les lèvres du natté. Les deux bras qui, à son souvenir étaient accrochés à son tee-shirt, le repoussèrent brutalement.
Le choc le saisit et il eut un moment d'arrêt. Quand il baissa son regard vers celui de l'Américain, il tomba sur deux yeux encore plus apeurés que précédemment.
Oh… Oui, il se souvenait… Ce qu'il y avait de différent c'était que… Dans son rêve Duo répondait au baiser alors que là…
Un bloc de glace tomba dans son estomac. Non, non, non, ce n'était pas possible. Là aussi Duo avait répondu au baiser, il en était sûr. Enfin quasiment. Presque quoi… Il s'en serait rendu compte s'il ne lui avait pas répondu non… ? Il n'aurait pas pu ne pas s'en rendre compte, hein ? Et puis le connaissant, il se serait débattu. Encore que… Pendant le baiser, il avait glissé ou il avait essayé de s'enfuir …? Non, non, ça n'était pas possible. D'ailleurs si, il lui avait répondu, il s'en souvenait très bien. Enfin il lui semblait qu'il se souvenait… C'est vrai que le baiser était, somme toute, assez confus dans sa tête mais… Il avait pourtant eu l'impression que…
Les deux mains sur son torse le repoussèrent un peu plus et Duo se décolla de lui pour aller se recroqueviller dans un coin du lit. Heero le regarda faire un peu sonné.
- Du…o ?
Le natté lui jeta un regard apeuré, avant de replier ses jambes contre son torse et de croiser ses bras sur sa tête.
Oh… Oui bien sûr… Franchement… A quoi d'autre il s'était attendu ? Duo était un autiste bordel ! Un autiste ! Qu'est-ce qu'il pouvait avoir comme autre réaction ? Déjà, se faire embrasser en temps normal, il ne devait pas comprendre. Mais là en plus il lui avait fait peur juste avant…
Alors oui, d'accord, Duo l'avait déjà embrassé une fois… Pour récupérer une cerise !
Heero se leva brusquement, sortit de la chambre et se dirigea presque en courant vers la salle de bain. Il ouvrit les vannes du robinet et fit couler l'eau dans ses mains pour s'asperger le visage. Il ne se sentait pas bien.
Mais… Mais… Mais bordel qu'est-ce qu'il lui avait pris d'embrasser Duo ?! Comme s'il n'en avait pas déjà assez avec ses rêves… Embrasser Duo… Un ancien coéquipier… Un homme… C'était… Argh… Il n'avait rien contre les gays, après tout deux de ses amis l'étaient. Mais lui il ne l'était pas, voilà tout. Et puis il était avec Réléna. Oh bordel, Réléna…
Heero se sentait mal. Très mal.
Il avait embrassé un homme. Il avait embrassé Duo. Alors qu'apparemment ce dernier ne le voulait pas. Et sans penser à un seul moment à Réléna.
L'ambiance dans la maison lui apparaissait soudainement comme malsaine. Il ne se sentait pas bien, pas bien du tout. Il se sentait oppressé. Acculé même. Et il avait l'impression que son petit déjeuné prenait le chemin inverse de ce matin.
Il se laissa lentement glisser jusqu'au sol et appuya son front contre la faïence froide de la vasque de l'évier.
Ca n'allait plus, mais alors plus du tout.
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La pluie commençait à tomber drôlement fort. Si le bruit qu'elle avait pu faire à un moment sur la fenêtre de la chambre avait été apaisant, il ne l'était plus du tout. Le natté était toujours blottit dans un coin du lit, replié sur lui-même. Les yeux exorbités, il semblait fixer un point dans le vide, le regard toujours aussi effrayé. Les bras repliés sur la tête, il se balançait lentement d'avant en arrière. Sa respiration était erratique et irrégulière. Un gémissement à peine audible lui échappa et il blottit sa tête entre ses genoux et son torse. Son souffle s'accéléra, comme s'il manquait d'air. Ses mains ses crispèrent dans ses cheveux en les tirant. Quelques autres gémissements plus forts se firent entendre avant que de légers tremblements ne commencent à le parcourir. Puis ses jambes se tendirent brusquement, allant heurter violemment la petite table de nuit. Ses mains tiraient toujours ses cheveux mais son regard avait un peu changé. Il était un peu moins apeuré et aussi un peu plus vif.
- … ro…
Ses dents s'enfoncèrent profondément dans sa lèvre inférieure. Une longue plainte lui échappa. Il se recroquevilla à nouveau sur lui-même alors que les spasmes qui le parcouraient se firent plus violents. Une larme perla doucement de sa paupière pour venir rouler sur sa joue et s'écraser doucement sur ses cuisses.
To be continued…
Et voilà encore un chapitre :)
Pour celui-ci ça a bougé du côté de Heero mais pour le prochain… Ca bougera du côté de Duo. Mais chut… No spoiler ;p
En tout cas j'espère qu'il vous aura plu :)
See u
Brisby
