Ron ouvrit la porte à la volée, bien décidé à faire comprendre à Hermione qu'il était toujours fâché, tout au moins en apparence. Les yeux baissés et les sourcils froncés, il s'arrêta devant elle et s'appuya contre le canapé, attendant qu'elle lui dise quoi faire. Ce qui, vu le caractère de la jeune fille, ne devait pas tarder, il le savait. Et en effet, à peine quelques secondes plus tard, le dénigrant des yeux, elle fit remarquer d'une voix âcre :

- Tu ne comptes pas y aller comme ça ?

Ron baissa les yeux et ne sut quoi dire, pour lui, rien ne clochait. Certes, il n'avait pas un pantalon de première main et son pull avait le seul avantage d'avoir été tricoté main. Mais jamais Hermione ne lui avait dit qu'il fallait s'habiller d'une manière si spéciale pour aller voir ses parents.

- Je ne vois pas où est le problème …

- C'est justement ça le problème, tu ne vois pas où il est …

Ron haussa un sourcil et continua à observer son amie, se demandant si oui ou non, il valait vraiment la peine de s'énerver. Il pencha pour le calme, certain que cela à vite passer … comme toujours.

- Ron … tu viens d'aller jouer au quidditch …

- Non, je viens d'aller faire un tour en balai. C'est différent …

Il la vit soupirer, lui tendre un paquet de vêtements repassés et bien pliés qui diffusait cette étrange parfum qu'il avait si souvent senti sur elle.

- Je suis assez grand pour choisir mes vêtements je crois …

- Ron … je ne suis pas d'humeur et nous n'avons pas le temps. On en discute en rentrant si tu veux.

- Et je ne suis pas chez moi ici …

- Je te donne l'autorisation d'utiliser ma salle de bain.

Le jeune homme soupira, il ne voyait réellement pas pourquoi il avait à faire tout ça. Et il lui en voulait soudainement d'avoir si rapidement pris un appartement toute seule. Marquant ainsi son indépendance, elle ne cessait de lui rappeler que lui, habitait toujours sous le toit de ses parents.

Il poussa la porte de la salle de bain et s'arrêta sur le palier. Absorbé par cette même odeur qui en dégagé de sa salle de bain lorsque Ginny venait d'en sortir … Une odeur de fille, comme il l'avait si souvent dit. Pourtant cette fois, tout lui semblait différent. Ginny d'accord, elle avait toujours voulu faire comme tout le monde mais Hermione …

Il s'approcha à pas feutré, comme s'il avait peur d'être surpris, vers le lavabo. Au-dessus, prônaient tout un tas de produits disposés dans des flacons aux formes différents … des crèmes aux parfums, il semblait détailler à chaque fois qu'il ouvrait un tube, les effluves que portaient l'amie qui l'attendait dans la pièce à côté.

La tête encore embrumée, il décida qu'il était finalement temps de prendre sa douche, au risque de la voir s'énerver un peu plus, et cela, contre lui bien sûr. Il prit le premier gel douche qui vient à sa disposition, tout au moins, le premier gel douche qu'il connaissait de nom. Il supposa qu'il n'était vraiment pas l'heure de faire ses expérimentations. Puis, cela fait, il gomma sa barbe naissante d'un coup de baguette et s'épongea avec sa serviette alors que Hermione faisait entendre son impatience en cognant contre la porte. Il soupira, enfila les affaires qu'elle lui avait préparé sans même penser à grogner contre la matière inconfortable de son pantalon.

- Ron tu es prêt ?

- Je le serais si tu avais pas eu la bonne idée de me faire mettre une chemise. C'est à un mariage qu'on va ?

La porte s'ouvrit et Hermione apparut, dans des vêtements qui n'avaient non plus rien à voir avec ses habituelles jupes que ne laissaient que très rarement apercevoir les robes de sorcières. Et sans qu'il ne put réagir, il la vit s'approcher et mettre un à un ses boutons, comme s'il s'agissait d'un enfant de deux ans, incapable de s'habiller correctement.

- Les moldus s'habillent comme ça ?

- Pas tous.

- Alors, pourquoi tu me donnes ça ?

- Parce que j'ai pas envie que tu effrayes mes parents avant même d'avoir ouvert la bouche.

Ron grogna et passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant par habitude. Si elle commençait comme ça, il pouvait d'ores et déjà dire que cette journée n'allait pas être de la tarte.

- Ca va, je plaisante …

- Tu as un drôle d'humour.

Hermione soupira, elle lorsqu'elle eut finit d'attacher le dernier bouton, elle observa les cheveux de son ami, comme si elle se demandait si réellement, elle pouvait y faire quelque chose. Puis, voyant Ron y passer la main pour la énième fois, elle soupira une nouvelle fois et s'asseyant sur la commode, elle fixa le sol en réfléchissant à ce qu'elle allait dire :

- Ron, écoute … je ne suis pas certaine que mes parents seraient très heureux de me voir marier à quelqu'un par simple décret d'un gouvernement dont ils ne savent rien.

- C'est pour le bien de …

- Même pour ça … ils savent que le monde sorcier est en guerre et tout ça mais … ce genre de choses leur échappe complètement et je crois que c'est mieux ainsi. Alors j'aimerais que … j'aimerais qu'on évite de leur dire que si nous nous marions, c'est simplement parce qu'on n'a pas le choix. J'aimerais qu'ils croient que si on avait pu choisir, c'est ce choix-là que nous aurions fait.

Cette fois, Ron ne sut pas quoi dire, les yeux rivés sur celle qui fixait toujours le sol d'un air ennuyé, il eut l'impression que ceci était le plus grand service qu'elle n'avait jamais eu à lui demander. Et quelque part, il ressentit une pression qu'il n'avait jamais ressentit depuis l'instant où il avait appris son futur mariage. Pour la première fois, il eut conscience qu'il tenait entre ses mains le bonheur d'une famille.

- Je sais que je te demande beaucoup mais crois-moi, ça ne me plaît pas plus qu'à toi de devoir mentir à mes parents … mais je leur dirais tout quand … quand tout sera plus calme.

- Ce n'est pas tout à fait mentir …

Lorsque Hermione leva les yeux vers lui, Ron se demanda un instant s'il venait réellement de dire cette phrase qui désormais lui semblait si stupide. Mais à la vue du regard perçant de son amie, il n'eut plus aucun doute : il venait de penser à voix haute.

Le regard fuyant, et les oreilles rougies, il tenta de s'expliquer en gardant toute sa fierté :

- Ecoute 'Mione … si réellement j'avais eu le choix. Si le décret avait été : vous devez épouser une fille de moldus, quelque soit votre choix, je pense que … mon choix aurait été celui-là. Parce que … parce que finalement, on est amis depuis tellement longtemps que tu fais presque parti de ma famille.

Ne la voyant pas réagir, il regretta pour la énième fois de s'être laissé emporter par les mots. Et se dirigeant vers la porte d'entrée, il souffla :

- On va réellement être en retard.