Titre : Comme un enfant, chapitre 20
Base : Gundam Wing
Auteur : Brisby
Couple : 3+4+3 ; H+5+H ;
Genre : yaoï, angst, OOC
Rating : K+
Disclamer : Les g-boys ne sont pas à moi.
Note : non, non, vous ne faites pas de surplace dans ce chapitre ; c'est une illusion crée par vos sens xd
Comme un enfant Chapitre 20
Wu Fei ouvrit lentement les yeux. Il y avait au-dessus de lui quelque chose de flou et de blanc. Puis le flou se dispersa peu à peu et ne resta que le blanc. Le blanc d'un néon et le blanc d'un plafond, quoique celui du plafond soit nettement passé voir jauni. Il était en train de prendre lentement conscience des murs blanc qui descendaient du plafond quand une violente douleur à la tête l'assaillit.
- Aoutch… !
Il remua lentement pour se préparer à se redresser quand il remarqua que ce sur quoi reposait sa tête était curieusement mou et chaud. Il leva lentement les yeux vers l'endroit dont la chaleur semblait venir. Un soupir lui échappa quand il croisa le regard bleu.
- Hey…
- Salut…
La voix de l'Allemande était basse et son visage était chiffonné. Le brun fronça les sourcils.
- Ca va… ?
Les rouages se mirent difficilement en route dans la tête du Chinois mais ils finirent par connecter les informations. Il voulut se redresser mais une violente migraine le prit, le forçant à rester allongé sur les jambes de la jeune fille.
- Duo ! Comment il… va ? On est où là ? Et il est où lui ?
L'Allemande n'essaya même pas de retenir son sourire.
- Calme-toi. On est dans le hall de l'hôpital. Duo est dans une chambre et…
Elle laissa passer un court silence avant de reprendre.
- Et on s'occupe bien de lui…
Devant le ton peu convaincu de la brunette, Wu Fei haussa un sourcil. En guise de réponse, elle haussa les épaules.
- Enfin je suppose…
Le Chinois fronça les sourcils et se releva brusquement. Un violent mal de tête le déstabilisa quelques instants.
- Rah mais bouge pas trop !
- Il s'est passé quoi ?
Hilde soupira.
- T'as encore fait des tiennes…
Elle attendit un moment pour profiter du regard ahuri et presque inquiet du brun avant de poursuivre.
- Disons que… Tu te souviens que quand nous sommes arrivés à l'hôpital, Duo avait pratiquement perdu connaissance ?
- Oui.
- Et bien disons que tu as eu la chance de te trouver juste à côté de lui quand il nous a prouvé qu'il avait encore de la réserve.
Les yeux du Chinois s'arrondirent.
- T'inquiète. Il a juste eu un mouvement de panique, t'a repoussé et avec ta chance légendaire, tu t'es mangé le coin du bureau de la réceptionniste.
Un sourire fade apparu sur les lèvres de la jeune fille.
- Tu as réussi à t'ouvrir le crâne et ça un peu saigné.
Le visage du brun s'allongea.
- J'ai des points ?
- Non pas jusque là. Mais tu t'es fait une belle entaille.
Il passa d'un air absent la main dans ses cheveux détachés pour trouver la-dite entaille. Une fois qu'il l'eut trouvé, il dessina plusieurs fois ses contours, restant silencieux. Au bout de quelques minutes il leva son regard vers l'Allemande.
- Et Duo alors ? Qu'est-ce qui c'est passé ?
La jeune fille se mordit lentement les lèvres avant de les retrousser en une moue indécise. Le regard de Wu Fei vacilla et il leva la main pour la passer dans les cheveux de la brunette.
- T'as l'air crevée…
Elle sourit légèrement.
- Penses-tu… C'est pas comme si ça faisait sept heures que j'attendais dans ce hall.
La main du brun stoppa ses caresses dans les cheveux de l'Allemande. Il resta un moment silencieux avant de se lever.
- T'as qu'à dormir, je vais aller demander à Sally pour un résumé…
- Rassied-toi. Tu la trouveras pas. Et puis c'est pas grand chose que de te raconter ce qui c'est passé.
Le Chinois hésita puis il se rassit pendant que la brunette s'étirait longuement.
- Il faut juste que je fasse attention à pas mélanger les évènements et à pas oublier des trucs…
Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire avant de se redresser sur son siège en plastique.
- Alors… Duo est actuellement dans le service de psychiatrie dans l'aile des toxicomanes.
- Vous êtes pas allés aux urgences finalement ?
L'Allemande sourit.
- On a bien essayé… Mais d'abord ta rencontre fracassante avec le bureau de la standardiste n'a pas vraiment fait bonne impression… Et puis ils sont complètement débordés donc quand ils peuvent caser leurs patients autre part ils hésitent pas. Duo a un passé administratif dans ce service donc c'était plus pratique pour eux niveau paperasse et dossiers. Et leur raison officielle, c'était qu'il s'agissait d'une overdose médicamenteuse donc ils sauraient parfaitement gérer ça en toxicomanie.
Elle s'étira une énième fois.
- En plus, il avait complètement perdu connaissance et il n'avait plus ni spasmes ni difficultés pour respirer, ils ont donc jugé que l'urgence n'était plus… Si urgente que ça.
- Tu parles d'une organisation…
La jeune fille haussa les épaules.
- Hm… Enfin en même temps… Ca a été plutôt pratique d'être là-bas finalement…
Elle relâcha les muscles de son cou, appuyant sa tête sur son épaule.
- En fait, arrivé dans ce service on a croisé… Euh… Tu sais là… L'autre infirmière qui s'était occupée de Duo…
- La blonde glaciale que tu pouvais pas supporter ?
- Oui… Euh… Anastasia, voilà.
Wu Fei fronça légèrement les sourcils et s'enfonça dans son siège.
- Et… Vous lui faites confiance ? Je veux dire… Peut-être qu'elle aussi elle était dans le coup.
- Ben disons que… La façon dont elle est devenue blafarde quand on lui a expliqué la situation était assez convaincante. En plus après ça elle a accéléré la prise en charge de Duo. Et elle est restée plusieurs heures après la fin de son service pour aider Sally à faire des recherches dans les bouquins du docteur Baker qui était déjà partie. Elle s'est même portée garante pour qu'elle puisse y rester aussi longtemps qu'elle voudrait. Et puis bon, elle s'est pas sauvée en courant, contrairement à ce qu'à sûrement dû faire l'autre…
Le Chinois soupira.
- Ah ça… C'est sûr qu'elle a pas du nous attendre pour se tirer… On aurait dû l'amener avec nous…
- C'était pas vraiment la priorité du moment…
- Hm…Et puis d'après ce que j'ai compris de la situation à ce moment là, c'était pas elle qui était à la tête de tout ça…
- Tu crois vraiment que Réléna aurait…
- Je sais pas… Je crois que je préfère pas y penser…
Hilde ramena ses jambes sur le fauteuil, s'installant en tailleur.
- En tout cas, il ne nous reste plus qu'à attendre…
- Vous avez vraiment confiance en cette fille ? Parce que franchement, si jamais elle nous l'empoisonnait alors qu'on est si prêt de le retrouver…
- Ecoute, étant donné que j'ai vraiment du mal avec elle, je lui accorde pas cette confiance de gaieté de cœur… Mais Quatre a vérifié avec son… truc… Et elle ne nous a pas mentis depuis qu'on est arrivé.
Wu Fei s'accouda sur ses genoux et passa plusieurs fois les mains dans ses cheveux.
- Et les autres ils sont où ?
- Sally est toujours dans le bureau du docteur Baker en train d'éplucher ses bouquins pour trouver tous les effets d'une telle dose d'injections. C'est pas vraiment son domaine donc elle doit lire pas mal de choses avant de tout comprendre… Ca ira sûrement plus vite quand le docteur arrivera… D'ici quelques heures… Oohf…
Elle étouffa un long bâillement.
- Ca fait sept heures que Sally cherche ?
- Non… Ca doit faire cinq petites heures qu'elle a disparu dans ce bureau… Mais je pense qu'elle s'est endormie.
- Et Quatre ?
L'Allemande se frotta longuement les yeux.
- Avec Trowa dans la chambre de Duo. Ils ont réussi à faire en sorte que les infirmières les acceptent…
- Et toi, pourquoi tu n'es pas avec eux ?
La brunette fit un petit sourire.
- Ben… Je me suis fait reconduire comme une gamine quand j'ai demandé à rester aussi…
Le Chinois la dévisagea.
- Toi ? On t'a refusé de rester avec Duo et tu n'as pas fais un scandale ? Qu'est-ce que t'arrive ?
Elle sourit à peine et s'appuya contre lui.
- Faut croire que je fais jamais de scandale quand il faut… Je suis tellement bouffée d'angoisse que j'arrive plus à bien réfléchir et je me laisse diriger… Et puis il fallait bien quelqu'un pour rester avec toi…
Wu Fei qui s'apprêtait à répondre quelque chose s'arrêta. Il leva la main et la passa doucement dans les cheveux courts de la brunette.
- …Et Heero ?
- Tu trouves la machine à café, tu trouves Heero.
Quelques éclats de rire leur échappèrent. Hilde se bouina un peu plus contre lui et resta silencieuse un long moment.
- Dis Wu…
- Oui ?
Elle fronça les sourcils et se mordilla la lèvre.
- Hum…
- Quoi ?
Elle lui jeta un coup d'œil avant de détourner le regard.
- Non laisse tomber…
Il roula des yeux.
- Mais quoi bon sang ?
Elle mâchonna sa langue un moment avant de lui jeter un regard par dessous.
- Il va s'en sortir hein ?
Wu Fei se demanda un moment s'il avait eu raison d'autant insister. D'un côté, ça valait peut-être mieux qu'elle ait enfin dit la question qu'elle devait retourner dans sa tête depuis maintenant sept heures. D'un autre côté…
- Il n'y a rien d'autre que je pouvais faire pour l'aider, n'est-ce pas ?
Wu Fei n'était absolument pas le genre de personne à pouvoir faire des réponses d'une positivité limite hypocrite dans ce genre de situation. Il préfèrerait rester lui-même et rester, dans la mesure du possible, objectif quand à la situation. C'était sa façon de gérer l'inquiétude.
- Wu Fei ?
- Euh…
Par contre, s'il avait une chose dont il était sûre, c'était que la petite brunette bouinée contre lui n'avait ni envie ni besoin de ce genre d'objectivité. Son sentiment était renforcé par ses yeux un peu trop humides pour ne pas être suspects et les battements de ses paupières trop rapides.
- Euh, je…
Il n'avait pas envie que sa façon de gérer la situation la fasse souffrir. Il avait appris au cours de ce séjour qu'il n'aimait décidément pas la voir pleurer. D'un autre coté, il n'avait pas envie de dire toutes ces banalités dégoulinantes d'un optimiste faux-cul. D'abord, ça lui écorcherait la bouche de dire ça, et puis ça sonnerait horriblement faux venant de lui. Alors non seulement il serait horriblement ridicule mais en plus ça ne la soulagerait pas le moins du monde.
- Tu ?
- Euh…
Il lui jeta un regard en biais et se figea quand il la vit accrochée à lui et pendue à ses lèvres.
Il ne pouvait lui dire les choses à sa façon et il ne pouvait pas non plus lui dire ce qu'elle attendait.
Donc…
- J'ai en marre ! Allez viens !
Il se leva et la tira par le bras.
- Mais où est-ce qu'on va ?
- On monte. On va au chevet de Duo. J'en reviens pas que ça fasse sept heures que tu te ronges les sangs comme ça dans le hall. Tu es sa meilleure amie et il est important que tu sois là-haut. Alors tu vas allez le veiller comme tu crèves d'envie de le faire.
Donc Wu Fei allait détourner son attention.
Il ne pouvait pas décemment lui répondre, par contre il pouvait la pousser à faire ce dont elle avait envie depuis de longues heures.
Et puis, peut-être que là-haut, Quatre ou Sally voudrons bien lui donner les réponses qu'elle attendait.
Ils passèrent une porte et l'attention de Wu Fei fut attirée par une machine à café. Il chercha rapidement Heero du regard mais ne vit qu'une poubelle remplie à ras-bord de gobelets vides. Un bruit de chasse d'eau se fit alors entendre et le Japonais sortit lentement des toilettes situées à quelques mètres.
- Wu Fei. Réveillé ?
- Je sais pas. A ton avis ?
Le brun lui accorda à peine un regard, inséra une pièce dans la machine et fit un code avec une rapidité déconcertante.
- Bon on monte voir Duo. Tu viens avec nous.
- Je croyais qu'on pouvait pas ? Et puis je suis bien ici.
Wu Fei haussa un sourcil.
- Mais c'était pas une proposition. Tu viens avec nous. J'ai pas envie d'avoir ta mort sur la conscience. La caféine c'est nocif à trop grande dose et vu ton état, t'es capable d'arriver à ce seuil avant que ton organisme l'ait éliminé.
Heero le fixa un moment, se baissa pour prendre son café, en but une gorgée et lui emboîta le pas. Arrivé au bon étage il se déplacèrent silencieusement dans les couloirs avant de tomber sur une porte de bureau entrouverte, depuis laquelle il pouvait voir Sally dormir. Le Chinois s'approcha, éloigna les livres entassés à côté d'elle et lui secoua l'épaule. Elle se réveilla en sursaut et lui jeta un regard groggy.
- …Nhuum ?
- On va dans la chambre de Duo, tu veux venir avec nous ?
- T'vas pas pouvoir… Les infirmières… Pas possible…
Les lèvres du Chinois s'étirèrent.
- Attends… J'avais quinze ans et tu faisais deux tête de plus que moi que je te tenais déjà tête… Tu crois quand même pas que je vais me laisser intimider.
Un rire échappa à la jeune femme.
- J'attends de voir… Je vous rejoins d'ici quelques petites minutes…
Elle bailla et sa cala la tête entre les bras, comme pour se concentrer avant de se lever. Wu Fei sourit et sortit du bureau, sachant qu'elle ne les rejoindrait pas avant plusieurs heures.
Ils n'avaient pas fait quelques mètres que la porte d'une chambre s'ouvrit, laissant sortir une jeune femme en blouse blanche. Elle fronça les sourcils en les apercevant.
- Mais qu'est-ce que…
- Nous sommes venu voir Duo Maxwell. On vous l'a amené pour délester les urgences en début de soirée. Il a reçu une surdose de médicaments. Vous pouvez nous donner le numéro de sa chambre ?
A travers sa fatigue et son angoisse, Hilde prit quand même le temps de sourire devant le culot du Chinois.
- Non mais vous vous croyez où vous ? A cette heure-ci de la nuit les visites sont interdites.
- Ah mais on est pas là pour une visite. On est venu pour rester à son chevet jusqu'à ce qu'il se réveille.
La jeune femme fronça les sourcils.
- Je regrette mais c'est impossible. Nous avons déjà acceptée exceptionnellement que deux personnes restent avec lui, ce qui me semble largement assez.
- Et bien je regrette également mais ça ne me semble pas largement assez. Un de mes amis, et je ne donne pas ce genre de titre à n'importe qui, est en train de lutter contre une substance pour sa survie et vous voudriez me faire croire que deux d'entre nous seulement pour le veiller c'est « assez » ? Mais sur quoi basez-vous votre jugement ? Parce que, que ce soit du côté du malade comme de celui des proches, je ne vois pas en quoi ça pourrait être « assez ».
Elle pinça les lèvres et gonfla lentement la poitrine.
- Monsieur je base mon jugement sur le fait que sept dans une chambre appauvrira l'air en oxygène et fragilisera mon malade. Maintenant je vous demanderais de quitter les lieux. Vous pouvez attendre dans le hall en bas si vous le souhaitez.
Elle tourna les talons et fit quelques pas quand une main sur son épaule l'arrêta.
- Madame, je n'aimerais pas avoir à en arriver jusque-là, mais savez vous au moins qui est dans la chambre avec « votre malade » ?
Un sourire suffisant étira les lèvres de la jeune femme.
- Bien sûr. Je ne suis pas sotte à ce point.
- A ce point ?
Elle sembla vouloir le foudroyer du regard mais cela parut autant atteindre Wu Fei qu'un pétard mouillé.
- Quatre Raberba Winner avait comme projet de racheter votre hôpital qui est sur la pente glissante.
- Je le sais. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'il a été autorisé à rester, lui et son ami, dans la chambre.
- Et pourquoi ne pourrions-nous pas rester nous aussi ? Après tout, nous sommes également ses amis.
Elle fronça un sourcil.
- Je suis disposée à fermer les yeux sur certaines choses pour ne pas contrarier monsieur Winner mais il ne faut quand même pas exagérer.
- Vous pourriez perdre votre poste si vous le contrariez ?
- … C'est fort probable… Mais j'estime avoir fait ce soir suffisamment de concession.
Wu Fei acquiesça.
- Oui, envers Quatre, peut-être bien… Mais envers nous vous n'en avez pas fait beaucoup…
- Pourquoi aurais-je dû en faire ?
Il s'approcha et murmura à son oreille.
- Parce que mon ami Duo a été empoisonné pendant deux années dans votre hôpital et que nous pourrions très bien nous décider à porter plainte. Parce que cela précipiterait encore plus l'hôpital à sa perte et que vous n'avez peut-être pas très envie de vous retrouver au chômage. Parce qu'à peser le pour et le contre, vous pourriez peut-être vous rendre compte qu'entre couler l'hôpital et fermer les yeux sur sept personnes dans une chambre qui ne gêneront personne, une des options vous paraît plus attrayante.
Il se recula lentement et l'observa alors qu'elle le fixait. Elle avait les sourcils tellement froncés qu'ils se touchaient presque. Elle fit taper sa langue contre son palais.
- Et bien… Je ne pense pas que…
- Je suis sa mère ! Vous ne pouvez quand même pas m'interdire de le voir !
Wu Fei serra les dents fort, très fort. Il ferma les yeux avant de prendre une profonde inspiration.
- Vous êtes quoi ?
La mâchoire crispée, il tourna lentement la tête vers la petite brunette restée quelques mètres derrière lui qui avait la main sur la poitrine d'un air indigné.
- Je suis sa mère ! Parfaitement !
Il retint le long soupir qui lui montait dans la gorge. Si avec ça, son plan d'intimidation capotait, il ne se prendrait plus a tête sur la façon avec laquelle il devait répondre à ses questions d'angoissée.
- Sa mère ? Mais enfin c'est impossible…
Hilde s'avança jusqu'à être à côté du Chinois.
- Et pourquoi je vous prie ?
- Mais parce que… Vous ne vous ressemblez pas du tout et… Et puis d'abord vous êtes trop jeune…
- Pas du tout, j'ai trente-trois ans. Je l'ai eu à quinze ans, il en a dix-huit, le compte est vite fait.
L'infirmière secoua la tête.
- Vous n'avez pas trente-trois ans… Vous n'espérez quand même pas que quelqu'un va croire ça ?
- Avec la panique si.
Elle fronça les sourcils.
- Quelle panique ?
- Celle que je vais bien finir par créer si vous ne nous laissez pas aller dans cette foutue chambre. Je vais monter dans les aigus, très rapidement et de façon très forte de sorte que je puisse réveiller tout le service. Vous allez vous retrouver à très peu d'infirmières face à un service entier de personnes plus ou moins perturbées, tirées de leur sommeil par des cris stridents. Avec un tel bordel je suis sûre que tout le monde me croira. Et je pense que vos collègues préfèreront que nous soyons dans la chambre plutôt qu'à crier dans le couloir.
Le visage de la jeune femme s'allongea.
- Vous n'oseriez quand même pas… Je vous préviens si vous faites ça j'appelle la sécurité !
- Vous voulez voir si je vais oser ? Vous pouvez l'appelez votre sécurité. D'après ce que j'ai pu voir, ils ont d'abord bien mieux à faire aux urgences. Et puis j'ai avec moi deux gardes du corps de haut niveau plus deux autres dans la chambre alors il va vous falloir du temps pour nous maîtriser. Et beaucoup de patience parce que je suis déterminée à revenir jusqu'à ce que vous nous laissiez entrer.
Wu Fei passa son bras autour des épaules de la jeune fille et caressa ses cheveux.
- Je tenais juste à rajouter qu'elle est complètement capable de faire un truc pareil.
Elle les regarda tour à tour, n'osant pas déglutir. Un bruit de plastique qu'on écrasait retentit alors dans le couloir. L'infirmière porta alors son regard sur le troisième de ceux qu'elle appelait maintenant dans sa tête « les dingues » et qui venait d'écraser son gobelet à café. Ses traits lui rappelèrent vaguement quelque chose, elle crut même l'avoir vu dans un magasine pendant un moment. Puis il leva la tête et le regard qu'il lui lança la cloua sur place. Un regard bleu acier qui lui glaçait les os, la mettait au défi de rester quelques secondes de plus devant eux et lui faisait comprendre qu'elle n'avait pas envie de savoir ce à quoi elle s'exposait à le faisant franchir ses limites.
- Alors ? Entre nos pour et vos contre, que choisissez-vous au final ?
Elle déglutit de façon sonore avant de passer la langue sur ses lèvres, de leur indiquer la chambre puis de s'éloigner.
- On est trop forts !
- Hm… Je sais pas si ton intervention était nécessaire… Elle était en train de craquer et ça aurait pu tout faire capoter…
- J'en reviens pas que vous ayez passé tout ce temps en parlotte…
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'ils étaient tous entassés dans la petite chambre. Dans le silence le plus total, chacun guettait le moindre mouvement de la part du natté. Celui-ci était allongé dans un lit, un pied de perfusion à ses côtés et le front baigné de sueur. Assis dans des chaises en face de lui, Quatre et Trowa guettaient le moindre changement, appuyés l'un contre l'autre. A côté d'eux, la commode avait été débarrassée des quelques objets qui l'encombraient pour être investie par Hilde, puis par Wu Fei après avoir passé une heure debout. La brunette avait ramené ses jambes contre sa poitrine et blottissait de temps en temps sa tête entre ses bras pour soupirer bruyamment, en faisant ainsi profiter toute la chambre. Heero restait dans un coin de la chambre, près de la porte, raide comme un piquet. Après s'être rendormie pendant quarante bonnes minutes sur le bureau, Sally avait finit par les rejoindre. Vu le peu de place qui restait et l'état de fatigue dans lequel elle était, elle n'avait pas fait la fine bouche et s'était installée à même le sol. Elle piquait du nez relativement souvent mais était restée à peu près éveillée pendant les quelques heures qu'ils venaient de passer à veiller Duo.
Il n'y avait pas d'horloge dans la chambre et personne ne pensait à demander l'heure. Cependant, à la vue du ciel qui s'éclaircissait de plus en plus, on semblait plus tirer vers l'aurore que vers l'aube, il ne devait pas être loin de cinq heures trente du matin. Avec l'arrivée du jour et le fait qu'il n'y avait toujours aucune réaction du côté de Duo, le peu de nerfs qui leur restaient s'amenuisait de minute en minute.
- Tu as dis qu'il faudrait combien de temps au maximum pour que le médicament disparaisse complètement de son organisme déjà Sally ?
Ils retinrent tous parfaitement leur soupir d'exaspération face à la question de l'Allemande mais la tension monta d'un cran.
- Je ne sais pas Hilde.
Un court silence passa avant que Sally ne se décide à desserrer les dents pour continuer de façon moins tendue.
- Il faudrait faire des analyses… Tout dépend de la façon dont son organisme a géré le médicament. S'il l'a éliminé petit à petit, alors ça peut être définitivement réglé en moins d'une semaine. Mais c'est peu probable… Et si ce n'est pas le cas il faudra au moins un mois, si ce n'est pas plus…
L'ambiance s'alourdit un peu plus. La brunette ne répondit pas, mordillant consciencieusement sa lèvre. Un soupir agacé échappa au blond.
- Mais arrête un peu Hilde… De toute manière, rien ne dit qu'il ne se réveillera qu'après que le médicament ait complètement disparut de son corps. Il a bien réagi tout à l'heure. Peut-être que dans quelques heures, les dernières injections cesseront définitivement de faire effet et…
Elle lui jeta un regard mauvais.
- Je n'ai pas dis le contraire mais on n'est sûrs de rien et j'en ai un peu marre de composer avec les « peut-être que ». Je préfère me faire une idée du temps maximum que ça peut prendre aussi.
- Tu es d'un optimisme déconcertant…
L'Allemande haussa le ton.
- Arrête ça ! Tu sais que je ne suis pas pessimiste ! Mais je n'ai pas non plus envie d'être stupidement optimiste sans rien savoir du fond de l'affaire !
Quatre fronça les sourcils.
- Et croire en Duo, tu peux le faire ça ? A moins que le fait qu'il ait réussi à réagir tout à l'heure ne te fasse ni chaud ni froid ?
- Quatre, je te préviens je… !
Wu Fei les coupa en posant sa main sur l'épaule de la jeune fille.
- Bon je suis sûr que s'il vous entend depuis son sommeil, Duo est très content que vous vous battiez pour savoir lequel croit le plus en sa guérison… Mais vous allez finir par réveiller les gens des autres chambres.
Ils lui lancèrent deux regards noirs.
- Oh toi, la ramène pas avec ton sois-disant flegme !
- J'en ai rien à faire des autres ! Moi j'ai pas dormis une seule minutes cette nuit pendant que toi tu pionçais sur mes cuisses ! C'est pas une heure de sommeil en moins qui va les tuer !
Sally fronça les sourcils.
- Hilde ! On est dans un hôpital !
Heero soupira en leur jetant un regard.
- Bon, c'est bientôt finit la crise de nerf ?
Trowa leva les yeux au ciel.
- Roh le shooté au café ça va hein !
- Dis donc, si t'avais tellement envie de pioncer t'avais qu'à aller t'ouvrir le crâne sur un bureau toi aussi ! Tu me diras si tu préfères !
- Bon allez ça suffit ! Arrêtez ça on va se faire virer !
- Sally arrête, t'es pas crédible en pseudo-adulte responsable !
- Quatre… Calme-toi…
- Hooof… Vu la perceuse qui me vrille la tête, vous pourriez baisser d'un ton s'il vous plait ?
Les échanges, plus ou moins virulents, cessèrent immédiatement. Les sourcils cessèrent d'être froncés pour s'arquer très haut sur les fronts. Six regards se tournèrent lentement, très lentement vers le lit au centre de la pièce.
Redressé sur son lit, le châtain avait la main dans ses cheveux et se massait le crâne. Ses sourcils étaient froncés et son front semblait être moite de sueur. Il grimaça avant de se laisser tomber en arrière sur le lit et ne bougea plus.
Un long, très long silence suivit.
Wu Fei finit par se redresser et s'étirer de tout son long pour pouvoir observer de haut le natté allongé sur le lit. Sa respiration semblait régulière et rien ne paraissait différent de son état quelques minutes auparavant. Le Chinois finit par se réinstaller lentement. Hilde à côté de lui déglutit bruyamment et passa la langue sur ses lèvres.
- Euh… Je… Je crois que je viens d'avoir une hallucination…
Quatre répondit dune voix blanche.
- Ah bon… ?
Hilde prit une profonde inspiration.
- Oui et… Et je sais pas si je dois devenir patiente dans ce service ou si…
- Ou si on doit tous l'être ?
Elle jeta un coup d'œil rapide à Wu Fei avant de reporter son attention sur le lit.
- Hm…
Les minutes s'égrainèrent en silence sans que personne n'ose bouger ni dire un mot de plus, chacun fixant le lit en silence. Au bout d'un long moment, la brunette n'y tint plus, elle prit une profonde inspiration et détacha ses jambes de sa poitrine. Quelques regards se tournèrent vers elle avant de retourner vers le centre de la pièce. Elle s'agrippa de façon crispée aux bords de la commode et se fit lentement glisser pour en descendre.
Lorsqu'elle posa le pied par terre, le soleil perça enfin à l'horizon et un large rayon rouge-orangé éclaira subitement la tête du lit. Cette soudaine luminosité figea tout le monde dans la pièce. Les secondes qui s'écoulèrent leurs parurent une éternité jusqu'au moment où une main, où était posée une perfusion, se leva pour protéger des yeux d'un soleil un peu trop agressif. Un soupir se fit entendre puis, pour la deuxième fois, le natté se redressa jusqu'à être assis sur son lit. Mais cette fois il le fit plus lentement pour ne pas être trop déstabilisé par son mal de crâne. Ainsi installé sur le lit, entouré d'une lumière orangée, il les fixa tous tour à tour avant de se mettre à sourire.
- Hey…Long time no see…
Hilde s'étrangla et quelques larmes se mirent à couler sur ses joues. Sally pleurait elle aussi mais avec un petit sourire. Quatre ne pleurait pas mes ses yeux étaient décidément humides et il avait un grand sourire. Trowa regardait tour à tour le natté et un point sur le lino, le regard à moitié caché sous sa mèche. Contre toute attente, Wu Fei lui pleurait et à grandes larmes. Mais dans le fond de son regard noir tout mouillé, on pouvait lire une grande fierté. Fierté qui pour une fois n'était pas dirigée vers lui. Heero était resté complètement inexpressif mais l'intensité de son regard était suffisamment parlante. Il fixait ces yeux, ce sourire, cette attitude, ce Duo. Son Duo.
Enfin leur Duo, se corrigea-t-il.
Le châtain semblait ne pas trop savoir comment gérer toute cette émotion silencieuse. Il finit par soupirer profondément et leur faire un sourire railleur.
- Bon… Vous allez pas faire vos chochottes indéfiniment ? Je vous jure que si vous ne vous ne venez pas au moins me faire une petite accolade d'ici quelques secondes, je vais me vexer.
Plusieurs sourires fleurirent sur les lèvres puis ils se levèrent tous petit à petit pour se rapprocher du lit. Bizarrement, la phrase de l'Américain, censée détendre l'atmosphère leur avait encore plus serré le cœur. Car cette fois, ils en étaient sûrs : Duo était revenu.
To be continued…
¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
Et voilà ;)
Au programe dans le prochain chapitre : des frites, des braqueurs miteux, Duo qui meurt de faim (hôpital oblige), Heero qui est un homme : "pourquoi ?" "elle vient de te l'expliquer" "oui... mais pourquoi ?" "...", Réléna qui est... Elle même ?
J'espère que ce chapitre-ci vous aura plu.
See u
Brisby
