Titre : Comme un enfant, chapitre 21

Base : Gundam Wing

Auteur : Brisby

Couple : R+1 ; 2+1 ; 1+...

Genre : yaoï, angst, OOC

Rating : K+

Disclamer : Les g-boys ne sont pas à moi.

Comme un enfant
Chapitre 21

- Alors ? Elle veut quoi la p'tite dame ?

- Huum… Alors on va prendre quatre sandwich club, deux salades aux crevettes, cinq portions de frites, six bouteilles d'eau, trois bières, un coca, un thé glacé et… Tu veux quoi déjà Trowa ?

- Un gaspacho, si il y a.

- Et un gaspacho si vous avez.

- Pas de mayonnaise dans mon club.

- Ok Heero. Et un club sans mayo.

- D'accord… Alors il va falloir qu'on recommence un peu plus lentement parce que…

- Personne ne bouge ! C'est un hold-up !

Hilde, Heero et Trowa se retournèrent lentement en haussant un sourcil. Trois gus venaient d'entrer dans la sandwicherie avec des collant sur la tête. Deux d'entre eux avaient des revolvers.

- Un hold-up dans une sandwicherie ? Mais c'est quoi cette ville ?

- Faire ça juste en face d'un hôpital en plus, faut le faire…

- Ce sont des amateurs. On peut s'en occuper.

- Fais quand même gaffe Heero…

Les deux hommes armés sautaient pratiquement sur place, braquant tour à tour le patron de la boutique ou les quelques clients. Le troisième s'approchait du patron d'un pas qui se voulait assuré mais qui l'aurait sûrement plus été s'il n'avait pas manqué de glisser sur le carrelage à chaque fois qu'il posait le pied. Heero s'approcha tranquillement d'un des deux hommes armés. Celui-ci était tellement occupé à braquer une mère de famille sans trembler qu'il n'aperçut pas tout de suite le Japonais.

- Hey toi ! Tu bouges p… Hoof…

Il se retrouva plaqué au sol, une main immobilisée dans le dos et privé de son arme. Son acolyte eut à peine le temps de se retourner pour voir ce qui se passait qu'un autre bruit attira son attention. Près du comptoir, le troisième homme masqué se trouvait à terre et semblait sonné. Trowa, agenouillé à côté de lui se relevait tranquillement. Un déclic attira alors son attention et lorsqu'il reporta son regard sur son camarade mis à terre par Heero, un revolver était pointé sur lui. Il se mit alors à jeter des coups d'œil frénétiques autour de lui pour essayer de comprendre la situation. Il finit par se décider à braquer le Japonais qui le fixait avec un calme olympien.

- Lâche… Lâche ce flingue… !

Heero ne cilla même pas.

- Si tu le lâche pas je te descends !

- Vu ton état d'amateur si tu me tires dessus j'ai quatre chances sur cinq de survivre. Alors que si moi je tire tu t'en sortiras pas, c'est sûr.

Le type déglutit bruyamment mais garda son revolver dirigé sur le brun.

- Allez dégage.

Pendant quelques secondes, aucun bruit ne se fit entendre dans la boutique et personne n'osa bouger. Puis le type fit soudain volte-face et sortit en courant de la boutique. Heero glissa par réflexe le revolver dans son dos puis s'approcha du comptoir.

- Bon, on y va ?

Hilde acquiesça avant de se tourner vers le patron.

- Vous nous faites une réduction ?

Heero et Trowa sortirent quelques minutes plus tard de la boutique, les bras chargés de sacs, suivis de Hilde qui pesta pendant une dizaine de minutes sur le peu de sens commercial dont avait fait preuve le vendeur.

A quelques rues de là, le dernier braqueur qui s'était enfui reprenait son souffle après avoir couru en zigzaguant dans les rues pendant plusieurs minutes. Il s'approcha lentement d'un grand mur qui entourait un bâtiment en regardant autour de lui. Il finit par sortir son revolver, enveloppé dans son collant et le jeta par-dessus le mur. Regardant une dernière fois autour de lui, il s'en alla. De l'autre côté du mur se trouvait un petit parc où un homme blond aux yeux délavés et portant une camisole regarda avec intérêt ce qui venait de tomber du ciel.

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Assit sur une chaise dans la chambre de Duo, Quatre somnolait. Il appuyait son coude contre le dossier de la chaise et reposait sa tête contre sa main. Installé sur l'autre chaise, Wu Fei se massait lentement le crâne, appuyé sur la commode. Une forte migraine l'avait assaillie depuis quelques heures et tout le paracétamol qu'il avait pu ingurgiter n'y faisait rien. Il se contentait donc de fixer la fenêtre, essayant vainement de se convaincre qu'il n'avait pas mal. Au centre de la pièce, Duo toujours sous perfusion semblait profondément endormi.

Trois coups furent toqués à la porte et Hilde, Trowa et Heero entrèrent dans la pièce sous le regard brouillé de Quatre et Wu Fei. Hilde jeta un regard à Duo et s'approcha de Quatre, baissant la voix.

- Il ne s'est pas réveillé pendant qu'on est parti ?

- Non. Il a dormi à poings fermés. Mais ce n'est pas si étonnant avec la batterie de tests qu'ils lui ont fait faire ce matin et la dose de médicaments qu'ils lui ont donnés pour sa fièvre.

En effet, le docteur Baker était arrivée en catastrophe à huit heures après avoir reçus les divers messages de Sally. Après avoir pris le temps de s'extasier devant le rétablissement de son malade puis de s'horrifier devant la cause de son autisme, elle n'avait eu de cesse de lui faire faire un nombre impressionnant de tests. Puis elle avait disparu avec Sally pour étudier les résultats de tous ces examens après l'avoir bourré de pilules pour faire baisser sa fièvre. Duo s'était alors lourdement endormi et n'avait pas émergé depuis. Puis, vers quatorze heures, les ventres s'étant mis à gargouiller avec insistance, Hilde, Heero et Trowa avaient donc été sommés d'aller chercher quelque chose à manger.

La brunette donna son sandwich à Quatre, s'installa sur la commode à côté de Wu Fei et entama sa salade. Elle leur raconta à voix basse le hold-up étrange auquel ils avaient assisté avant d'ouvrir sa barquette de frites et de les grignoter une à une. Elle en avait mangé la moitié quand elle descendit de la commode pour s'approcher de Duo. Elle s'assit doucement sur le lit et le regard dormir, mangeant distraitement ce qui lui restait de frites.

Au bout de quelques minutes, le natté se mit à remuer et il se retourna dans son lit, se retrouvant face à elle. Hilde se figea alors que les quatre autres regardaient le châtain avec attention. Deux paupières se levèrent lentement sur deux pupilles violettes qui, après un moment d'arrêt, se tournèrent vers la brunette. Il lui fit un petit sourire.

- …Duo ?

- …Hors de ma vue avec cette bouffe…

Hilde cligna des yeux une première fois, puis une deuxième fois.

- Hein ?

Duo s'étira lentement, prenant garde à ne pas s'emmêler avec le tuyau de sa perfusion.

- Hilde, toi qui étais avec moi, tu devais savoir à quand remonte mon dernier repas, non ?

- Uh… Loin ?

Il lui sourit, retenant une grimace de frustration.

- Exact… Et mon charmant docteur m'a fait comprendre avec la force de persuasion et l'intimidation dont elle est capable qu'il était hors de question que je mange avant qu'elle n'ait fini de me faire passer toute sorte de tests.

- Oh…

- Voilà.

Il se redressa dans son lit.

- Alors déjà que je crève de faim, si tu voulais bien enlever cette barquette de frite de sous mon nez, je t'en serais éternellement reconnaissant.

Hilde s'exécuta en allant mettre ses frites à l'autre bout de la chambre sous le regard amusé des autres occupants. Quatre se tourna vers l'Américain.

- Tu as encore de la fièvre ?

Duo lui fit un sourire.

- Un peu… Mais déjà moins que ce matin.

Quatre répondit à son sourire avant de baisser la tête.

- C'est marrant… Ca me fait presque drôle de parler avec toi…

Duo le fixa un moment, semblant se forcer à garder son sourire.

- Hm…

L'ambiance sembla pesante pendant quelques secondes. Hilde se dépêcha de combler ce silence.

- Et au fait Duo… Tu as des souvenirs un peu de ce qui s'est passé ou pas ?

- Un peu… Par bribes surtout… Comme pour un rêve…

- Comme quoi ?

Il lui sourit et se laissa aller contre son oreiller en soupirant.

- Alors… Je me souviens que tu m'as chanté toutes sortes de comptines…

L'Allemande grimaça devant le sourire content du natté.

- Je me souviens… T'avoir fait une scène dans un super marché pour que tu m'achètes un carnet à dessin…

Un grand sourire étira les lèvres de la jeune fille.

- Et…

Duo jeta un coup d'œil à la main de la brunette où deux doigts étaient bandés ensembles.

- Je me souviens t'avoir trop serré les doigts…

Elle suivit son regard puis cacha rapidement sa main derrière elle comme si cela allait changer quelque chose. Le natté souriait toujours mais son regard était triste.

- Excuse-moi.

L'Allemande se mordilla consciencieusement l'intérieur de la lèvre pendant un moment, semblant chercher quoi répondre avant de s'approcher d'un pas décidé vers le lit. Elle s'y assit et tint le châtain par les épaules.

- Franchement Duo, j'ai bien d'autres choses plus importantes à me préoccuper que ces doigts. Entre autre, toi. Alors mes doigts, fêlés ou pas, j'en ai vraiment rien a faire.

Duo la fixa en silence, avant de passer la main dans ses cheveux en souriant.

- Ok…

Son regard dévia vers le lino.

- C'est marrant parce que… J'ai pas l'impression d'être parti, moi… C'est comme si je me réveillais après une nuit de sommeil.

Wu Fei fronça les sourcils.

- Pourtant tu dis que tu te souviens de certaines choses… Et puis tu t'es quand même battu toi-même pour sortir de cet état hier.

- Hm… Ouais… Mais c'est bizarre… C'est confus… Personnellement je saurais pas dire si j'ai été dans cet état pendant un mois ou pendant plusieurs années. Chronologiquement, je suis un peu paumé.

Pendant quelques secondes, un silence flotta dans la pièce.

- Bon, de toute manière, ce n'est pas important ça Duo.

L'Américain tourna son regard vers Quatre. Celui-ci lui sourit.

- Ce qui important c'est que tu sois là.

Duo répondit à son sourire. Hilde en profita pour lui ébouriffer doucement les cheveux.

- Allez, raconte-nous les autres choses dont tu te souviens, qu'on rigole un peu.

Wu Fei haussa un sourcil.

- Tu trouves ça drôle ?

- Assez oui. Repenser avec le recul que je chantais des comptines à Duo, moi ça me fait rire.

Le Chinois haussa les épaules alors que la jeune fille insistait auprès du châtain. Celui-ci réfléchit un moment, essayant de retrouver des souvenirs précis. Puis petit à petit, son sourcil gauche se fronça alors que le droit s'élevait. Il se mit à se tapoter la lèvre inférieure avec l'ongle du pouce, plongé dans ses pensées.

- Duo ? Tu te souviens de quelque chose d'important ?

Il sortit de ses réflexions et jeta un regard à l'Allemande.

- Uh…

Il se gratta distraitement le crâne en souriant.

- Important, c'est pas vraiment le terme, non… Stupide, je dirais plutôt… Oui, c'est ça, stupide…

La jeune fille fronça les sourcils.

- De quoi s'agit-il ?

Duo sembla hésiter un instant.

- Uh…

Il jeta un coup d'œil à Heero qui le fixait avant de détourner rapidement le regard vers sa couette.

- Uh… D'une histoire de cerise…

Duo baissa un peu plus la tête, serrant fortement les dents pour que le rouge ne lui monte pas aux joues.

- …Oh…

Quelques regards qui ne voyaient pas où le natté voulait en venir se tournèrent vers Wu Fei. Celui-ci fixait Duo avec un petit sourire.

- Et je suppose que de cet épisode, ce n'est pas le fait que je mange tes cerises qui t'as paru comme le plus grand crime au monde ou qui doit le plus t'avoir marqué.

Duo releva la tête en grommelant.

- Effectivement, non…

Il tourna lentement son regard vers le Japonais, qui regardait obstinément le sol. Il hésita un moment puis fixa à nouveau sa couette.

- Excuse-moi, Heero…

La mâchoire du brun sembla se contracter mais il continua d'observer le sol.

- C'est pas grave…

Hilde qui suivait les échanges sans rien comprendre depuis le début tapa brusquement dans ses mains.

- Oh ! Mais oui ! C'est pas quand tu as roulé un patin à Heero tout ça pour récupérer une cerise ?

Duo soupira et se laissa aller contre l'oreiller.

- C'est ça… Merci Hilde d'avoir toujours autant de tact… Et toujours autant l'art de retourner le couteau dans la plaie…

La brunette resta surprise un moment, avec de sourire en regardant Duo d'un air de celle à qui on la fait pas. Le natté ignora un moment son regard avec de froncer les sourcils.

- Oh ça va hein…

Le sourire de la jeune fille s'élargit un peu plus.

- Tu es si transparent…

- Alors franchement t'es mal placée pour…

Quelques coups toqués à la porte les interrompirent. Sally et le docteur Baker entrèrent dans la pièce, quelques dossiers sous le bras. Sally s'approcha de Duo et posa la main sur son front.

- Tu te sens mieux Duo ? Tu n'as plus de fièvre ?

- Ca baisse.

Elle lui sourit.

- Bon… C'est bien…

Elle sembla vouloir parler pendant un moment puis se tourna finalement vers Nelly. Celle-ci prit une profonde inspiration.

- Duo, nous avons fini d'étudier le résultat des examens.

L'Américain redressa la tête et regarda tour à tour les deux jeunes femmes.

- Mais alors…

Nelly se tendit mais attendit silencieusement qu'il parle.

- … Je peux manger ?

Il y eut un court silence puis Sally laissa échapper un éclat de rire.

- Oui tu peux manger Duo.

- Je te béni jusqu'au plus haut des cieux. Quatre, est-ce que tu peux me donner de tes frites steup' ?

L'Arabe rit à son tour avant de tendre sa barquette.

- Finis-les.

- Merci !

Le châtain engloutit plusieurs frites avant de porter attention aux deux docteurs qui l'entouraient.

- Alors, vous avez trouvé quoi ? Vous cherchiez quoi au fait ?

Nelly s'approcha et Hilde se leva pour lui laisser plus d'espace.

- Et bien, étant donné qu'on est pratiquement sûres que c'était ces injections qui te mettaient dans cet état et que tu nous l'avais toi-même confirmé, on cherchait surtout des effets secondaires.

Duo fronça les sourcils en avalant une frite.

- Des effets secondaires ?

Sally le fixa d'un air grave.

- Duo, tu as subi des injections en surdose pendant deux ans. Rien que ce fait a dû détraquer pas mal ton organisme. Mais en plus, la dose était tellement forte que tu as frôlé de peu la mort.

La frite qu'il s'apprêtait à avaler resta suspendue devant sa bouche.

- … Hein ?

Nelly soupira.

- Si Mitsumi avait, ne serait-ce qu'un peu forcé la dose, tu aurais pu faire un arrêt cardiaque, une embolie, ton cerveau aurait pu être asphyxié par la toxine… Tu aurais pu mourir par bien des façons. Tu as eu beaucoup de chance.

Le regard du châtain s'assombrit.

- Je ne crois pas non.

- Quoi ?

Il grignota quelques frites d'un air absent.

- On me voulait en vie…

Un silence pesant flotta pendant quelques instants.

- Enfin, je suis vivant, c'est le plus important non ?

Devant le silence qui lui répondit, Duo commença à paniquer.

- Attendez, qu'est-ce qui se passe là ? C'est quand même pas de ces effets secondaires dont vous avez peur ?

Les deux jeunes femmes le regardèrent d'un air grave. Le natté sembla blêmir l'espace de quelques secondes puis il sourit d'un air confiant en se laissant aller contre son oreiller.

- De toute manière, ça ne peut pas être pire que ce par quoi je suis passé.

Sally s'assit à côté de lui.

- Duo, le traitement qui t'avais été donné était un neuroleptique classique sensé calmer l'hyperactivité, les bouffées délirantes et les crises d'angoisse. Etant donné les doses qui t'étaient administrées, n'importe qui aurait fini aussi réactif qu'un légume. Ce qui n'a pas été pris en compte, c'est que tu t'y es accoutumé. C'est pour ça que, au fil des mois, les médecins ont cru que tu sortais de cet autisme. Avec notre arrivée tu as sûrement commencé à combattre la toxine et ce jusqu'à ce que tu réussisses vraiment à émerger, hier.

- Oui, bon, et… ?

Duo l'écoutait très calmement mais sa main ne cessait de pelucher la couverture.

- Duo, ce médicament à une telle dose est extrêmement corrosif pour le corps. C'est comme si on t'avait administré du cyanure en sous-dose pendant deux ans.

La main du natté s'arrêta de bouger sur la couverture.

- … Hein… ?

Nelly s'approcha de l'autre côté de lui.

- Avec cette faible dilution, c'est très nocif pour le corps. En plus, il t'a été injecté directement dans le corps. Nous avions très peur qu'il ait, à force, attaqué tes reins, mais aussi ton cœur ou ton cerveau…

Il la dévisagea, blafard.

- Vous « aviez » peur ? Ca veut dire que… Que finalement ça ne…

Sally posa sa main sur la sienne.

- Non Duo, les examens n'ont rien fait ressortir d'inquiétant.

- Mais… ?

Elle sembla mal à l'aise.

- Mais ton organisme a quand même été énormément fragilisé. Tes reins sont abîmés mais pas de façons irréversible. Donc il est possible qu'ils se régénèrent petit à petit par eux-même, mais on ne peut pas exclure le fait qu'ils ne s'en remettent pas et qu'ils ne puissent plus filtrer ton sang. Dans ce cas-là il te faudra faire des dialyses en hôpital chaque semaine.

- Pour ton cœur c'est à peu près la même chose. Il a quelques lésions mais rien de graves. On ne peut pas pour autant dire que ça ne déclenchera pas des problèmes cardiaques précoces. Tout comme le cerveau.

La bouche du natté s'ouvrit légèrement alors qu'il laissait son regard aller d'une femme à l'autre. Sally soupira.

- De plus, ton corps va devoir éliminer la toxine qui t'a été injectée et comme l'arrêt a été brutal c'est possible que…

- Tu pourrais avoir des crises de manque.

Duo referma lentement la bouche et se releva doucement, fixant un point sur sa couette. Il leva la main et la laissa prise dans ses cheveux.

- Wow… Alors, je suis revenu… Pour « ça » ?

Les deux jeunes femmes n'osèrent pas répondre. Les cinq autres, qui avaient assistés à la scène, impuissants, semblaient se sentir aussi mal.

Duo redressa une de ses jambes et y appuya son front. Il referma lentement ses bras au-dessus de sa tête, fixant toujours un point lointain au bout de son lit, les yeux exorbités. L'air peiné avec lequel Hilde le regardait jusque là s'effaça alors lentement pour être remplacé par une autre émotion. Son visage devint plus pâle et ses yeux s'agrandirent. Elle sembla se figer pendant plusieurs secondes, puis elle se précipita par-dessus le lit et attrapa le bras du châtain.

- Duo !

Celui-ci sembla émerger du plus profond de ses pensées et lui jeta un regard un peu confus.

- …Quoi ?

La jeune fille sembla se détendre. Elle s'assit à côté de lui, le prit par les épaules et se serra contre lui.

- J'ai eu peur… J'ai cru que tu allais encore faire une crise… J'ai cru que… Tu allais repartir…

L'Américain parut figé pendant un bref instant, puis il se mit à sourire doucement et passa la main dans les cheveux de l'Allemande.

- Mais non voyons…

Il se mit alors à taquiner la brunette sur sa formidable reconversion en mère-poule avec larmes incluses et ils se chamaillèrent un moment sur le lit. La majeure partie des occupants de la pièce se détendit à son tour, essayant d'oublier l'incroyable tension qui avait bien décidé d'élire domicile dans cette chambre. Deux regards bleus ne profitaient toutefois pas de ce moment de relâche. Le premier regard était très bleu et très préoccupé. Fixé sur le lino, il ne cessait de se torturer le neurone sur ce dont le natté pouvait bien se souvenir exactement du mois passé dans la villa. Et à force de mettre sa caboche en ébullition, un détail lui revint en mémoire.

Le deuxième regard était plus turquoise que bleu. Il ne cessait de fixer l'Américain, absolument pas dupe quant au jeu qu'il jouait comparé à comment il prenait réellement ces nouvelles sur sa santé. La main crispée sur la commode après avoir monté en toute hâte des barrières plus fortes, il avait la mâchoire crispée depuis l'intervention de l'Allemande. Crise il y avait bien eut. Mais si elle avait failli être extérieure, Duo s'était empressé de se reprendre pour la garder l'intérieur pour le moment. Et ce n'était sûrement pas une bonne chose qu'elle reste dedans.

Quatre se leva en faisant grincer sa chaise le plus possible histoire de bien attirer l'attention sur lui. Il regarda alors tout le monde avec un grand sourire.

- Bien, je crois qu'il serait bon de laisser Duo se reposer tranquillement non ?

Quelques regards étonnés mais résolus se tournèrent vers lui avant de se lever.

- Quoi ? Hey mais non… Et puis il peut très bien se reposer quand on est là vu que…

- Voyons Hilde, Duo a aussi le droit d'être un peu au calme.

- Euh… Nan mais tu sais Quat', moi ça ne me dérange pas de…

- Tu as besoin de te retrouver seul avec toi-même Duo, c'est important. De toute manière on n'est pas loin, on reviendra te voir plus tard.

Le blond leur fit un grand sourire qui ne souffrait aucune contestation, se dirigea vers la porte et sortit de la pièce. Hilde hésita un instant mais elle finit par sortir elle aussi, promettant à Duo de revenir très vite. La pièce se vida peu à peu jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Heero, perdu dans ses pensées. Il se dirigea d'un air absent vers la porte et posa la main sur la poignée pour l'ouvrir un peu plus. Il sembla hésiter un instant puis finalement il referma la porte.

- Duo…

Le natté lui jeta un regard surpris.

- Hm ?

- Je peux te poser une question sur… Ce dont tu te souviens du temps passé à la villa ?

L'Américain sembla se figer mais il finit par acquiescer. Heero fronça les sourcils et se mordilla la lèvre, cherchant ses mots. Il s'approcha lentement du lit.

- Disons que… J'ai fait un rêve assez étrange et… Tu étais là… Jusqu'à présent je croyais que c'était un rêve mais… C'était tellement bizarre que je commence à en douter…

Duo le regarda, un peu perdu.

- D'accord… Et … Tu voudrais que je… ?

- Et bien, si ça te disait quelque chose, ça voudrait dire que ce n'était pas un rêve.

- Ah ok… Mais il va falloir que tu m'en dises plus parce que là, c'est pas vraiment clair comme description.

Le Japonais mâchonna sa langue un moment en regardant le sol avant de se remettre à parler.

- Et bien… J'étais dans ma chambre, allongé dans mon lit et… Tu étais aussi dans ma chambre… Aussi allongé et… Aussi dans mon lit…

En voyant la figure du natté s'allonger, le brun s'empressa de rajouter quelque chose.

- Mais ce qui est le plus important c'est que tu parlais. Alors, je me demandais si… Peut-être que tu avais eu un moment de lucidité et… Je n'y avais pas prêté attention jusque là mais…

- Mais on faisait quoi ?

- Rien.

La réponse avait été si rapide que Duo le dévisagea pendant quelques secondes.

- Rien ?

- Non, rien.

Il passa la main dans ses cheveux, fronçant les sourcils.

- Bon… Alors attends voir… Est-ce que ça me rappelle quelque chose…

Il resta silencieux pendant un long moment, parcourant la mémoire embrouillée qui lui restait de cette période. Heero le fixait attentivement, essayant de remarquer le moindre changement d'émotion sur son visage. Mais à l'observer avec trop d'attention, il finit par ne plus savoir ce qu'il devait considérer comme suspect ou pas. Il réussit même à se persuader à un moment que le visage du natté s'était figé avant qu'il comprenne qu'il s'agissait d'une illusion d'optique due à un changement de luminosité. Duo finit par secouer la tête.

- Non, ça ne me dit rien.

Heero acquiesça silencieusement. Le châtain lui fit un petit sourire d'excuse.

- Mais tu sais… Je ne me souviens vraiment pas de grand chose. Et puis mes rares souvenirs sont emmêlés. Je ne saurais pas dire s'ils se sont passés hier ou il y a un mois.

- C'est pas grave. Ca devait être un rêve.

Le Japonais se leva, n'arrivant pas à savoir si ça le rassurait ou pas.

- Hey… Au fait…

Heero qui avait déjà commencé à s'éloigner du lit se retourna vers lui.

- Je ne me souviens pas de grand chose mais… Je voulais te remercier… Je sais que tu t'es pas mal occupé de moi.

Ne sachant pas très bien comment réagir, le brun se contenta d'hocher la tête.

- Sérieux Heero, je suis touché que t'aies fait ça.

Levant les yeux, le Japonais tomba sur le sourire du châtain. Presque gêné par un sourire aussi franc, il haussa les épaules.

- C'est rien.

- Oh attend… Ok je me souviens de pratiquement rien et les seuls souvenirs que j'ai sont sûrement les plus insignifiants… Mais je sais quand même à quel point je pouvais être pas évident à gérer.

Un sourire un peu crispé étira ses lèvres à ce souvenir.

- Et je sais que c'était pas rien pour toi Heero. Je sais que tu t'es pas occupé de moi par formalité. Et je suis très touché que tu ais fait ça. Sincèrement… Merci beaucoup.

Le brun l'observa un moment, silencieusement. Il finit par fermer les yeux et s'adossa au mur.

- T'aurais fait la même chose pour moi.

Il y eut un court silence puis Duo se laissa aller contre son oreiller.

- Hm…

Heero était ennuyé. Il avait voulu rappeler ça à Duo parce que c'était vrai et que ça lui semblait important de le signaler. Mais finalement… Il avait l'impression que ce n'était pas ça qu'il fallait dire. Ou alors peut-être que ça venait de la prononciation.

- Ecoute Duo…

Le natté releva la tête pendant qu'il cherchait ses mots à toute allure.

- Tu étais souffrant, je te connais et donc c'était mon devoir d'être là pour t'aider.

Heero serra fort les dents en se rendant compte ô combien ces mots sonnaient faux. Qui plus est, le sourire de l'Américain paraissait de plus en plus forcé.

- Je veux dire… Tu es mon ami alors c'était normal de…

Le brun se sentait s'enfoncer de plus en plus tandis que le sourire du châtain devenait de plus en plus crispé. Il soupira profondément, baissa la tête et se pinça la base du nez, n'accordant aucune attention au fait que son attitude était plus qu'incohérente ces dernières minutes. Quand il releva la tête, il regarda le natté dans les yeux.

- Duo… Quand je t'ai dis que m'occuper de toi à ce moment n'était rien, j'étais sincère. Je ne dis pas que ce n'était pas compliqué, parce que ça l'était énormément. Mais puisque c'était pour toi, alors ce n'était pas grave que ce soit compliqué. Ca ne comptait pas. C'est pour ça que je dis que c'est rien.

Le sourire qui étira les lèvres du châtain était bien plus grand et bien plus sincère que les précédents.

- Ok… Merci…

Un silence confortable flotta pendant quelques instants jusqu'à ce que des sons leur parviennent à travers la porte. Celle-ci finit par s'ouvrir après deux coups rapidement toqués.

- Mais Nelly, attendez un peu !

- Mais pourquoi ? Après il risque de s'endormir et si je n'ai pas de réponses maintenant ça va me parasiter tout l'après-midi !

La jeune femme qui avait déjà fait quelques pas dans la pièce finit pas se tourner vers Duo et s'approcha de lui d'un air décidé. Le natté, un peu déstabilisé, se redressa dans son lit.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Nelly s'accrocha fermement aux barres qui se trouvaient au bout de son lit.

- Excuse-moi, mais je vais devoir t'embêter encore avec une question.

Duo un peu perdu jeta un regard à Sally qui semblait fortement contrariée et le regardait d'un air désolé. Derrière elle, il aperçut Quatre et Wu Fei qui se regardaient d'un air gêné dans le couloir.

- Je sais que c'est Mitsumi qui t'injectait ces surdoses et je sais aussi combien l'hôpital à une part de responsabilité là-dedans.

Duo redirigea son regard vers elle, un peu perdu. Vu la façon dont elle serrait son pied de lit, sa question avait effectivement l'air de lui tenir à cœur.

- Mais Sally m'a dis que tout ça avait été organisé par quelqu'un de puissant et qu'elle n'avait été que l'intermédiaire.

Duo se gela complètement dans son lit.

- Bon, je sais que nous devrions appeler la police ou te déplacer dans une zone surveillée pour être sûr que cet individu ne reviendra pas pour finir son travail, mais avant ça…

De plus en plus crispé, Duo continuait de fixer le docteur Baker avec une incroyable immobilité.

- Est-ce que tu sais qui es à l'origine de tout ça ?

Duo garda la mâchoire fermement serrée.

Les secondes s'écoulèrent dans une ambiance pesante dont Nelly semblait tout juste prendre compte. Quatre et Wu Fei, dans le couloir, attendaient avec anxiété la suite des évènements. Sally fixait le sol, se maudissant mille fois de ne pas avoir réussi à empêcher Nelly d'entrer dans la pièce. Heero fixait le natté d'une façon qui aurait pu paraître extraordinairement calme si on n'avait pas remarqué l'éclat incroyablement sombre de ses yeux. Duo quand à lui semblait complètement figé, tous ses muscles tendus à l'extrême.

- Duo …?

L'Américain cligna des yeux. Une fois, et puis deux. Il regarda le docteur Baker puis fixa longuement sa couverture. Il passa lentement sa langue sur ses lèvres, inspirant et expirant profondément. Son regard dévia lentement vers Heero mais quand il croisa le sien, il détourna rapidement la tête, encore plus crispé que précédemment. De longues secondes pesantes s'écoulèrent avant que Duo ne prenne une profonde inspiration pour respirer.

- Non, je ne sais pas.

Pendant plusieurs secondes les seuls bruits qui se firent entendre furent les pas des infirmières qui résonnaient au loin.

- …Tu ne sais pas ?

- Non.

Nelly parut hésiter entre le fait que le regard violet fixé sur elle la dissuadait de poser plus de questions et le fait que la posture crispée du natté laissait penser qu'il y avait bien plus gros qu'une anguille sous la roche.

- Bon… D'accord…

Alors qu'elle se redressait, Heero se détacha brusquement du mur et sortit de la chambre, bousculant Sally au passage. Celle-ci le regarda partir silencieusement avant de se diriger vers le docteur Baker, de la prendre par le bras et de l'inciter à sortir. La porte se referma silencieusement, laissant Duo seul dans sa chambre. Il regarda silencieusement la poignée de la porte puis l'endroit où se trouvait le Japonais quelques secondes auparavant. Il finit par se laisser aller sur son matelas en soupirant bruyamment.

- Putain…

Il fixa le plafond blanc pendant de longues minutes puis peu à peu, un sourire étira ses lèvres. Un rire sans joie finit par les échapper.

- Elle est forte… Très forte…

Oui, Réléna Peacecraft était très forte. Parce que même alors qu'il était sortit de son état léthargique et qu'elle était censée être hors-jeu, elle continuait à avoir de l'influence sur les évènements.

Et qu'est-ce qu'il était censé répondre, hein ? Déclarer tranquillement à un médecin qu'une grande femme politique, celle qui fut l'incarnationdu pacifisme, avait mis toute son énergie à le réduire à l'état d'un légume ?

Bien sûr… Et la marmotte ? Elle fait quoi la marmotte ?

D'autant que Heero était là. Oh le magnifique plan. Oui ta petite copine m'a drogué pendant près de deux ans. Pourquoi ? Oh et bien parce qu'on a plus ou moins toujours été en rivalité elle et moi pour savoir qui réussirait à te séduire et qu'elle devait me considérer comme un ennemi trop dangereux. Au fait, je t'aime, tu veux bien sortir avec moi ?

L'idée de présenter les choses ainsi au Japonais ne le fit même pas rire. Il soupira profondément et se tourna dans son lit.

Elle le bouffait cette dégénérée ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle fasse de leur rivalité privée quelque chose auquel tout le monde s'était mêlé. C'était un truc entre eux merde ! Ok ils géraient pas trop cette rivalité, ok pratiquement tout le monde était déjà au courant, ok ça avait franchement dégénéré et pris des proportions hallucinantes… Mais bordel, c'était quand même censé être un truc entre eux. C'était suffisamment embarrassant avant, quand les autres les regardaient se chercher mais maintenant c'était carrément humiliant. Oui, oui, elle avait manqué de la tuer pour une rivalité amoureuse. Normal, non ? Pourquoi pas en faire une affaire d'état pendant qu'elle y était… !

L2 versus Sank pour les beaux yeux de Heero ?

Logique.

Et puis surtout maintenant… Il allait falloir leur expliquer. Expliquer d'abord comment il s'était fait avoir comme un débutant par l'autre nénette à la fin de la soirée signant la destruction des gundams. Déjà qu'il l'avait pas encore digéré, mais avoir à le dire aux autres allait donner un sérieux coup à son ego. Et puis surtout leur expliquer comment leur rivalité amoureuse avait pu dégénérer ainsi. Bref, un joyeux moment de perdition pour lui.

Mais en tout cas il expliquerait tout ça à Hilde, Quatre, Trowa et Wu Fei, Sally éventuellement mais… Hors de question pour Heero.

Ah non, alors là il n'avait pas envie d'être celui qui le dirait au brun. D'abord parce qu'il lui poserait sûrement des questions et qu'il ne voulait pas lui avouer ses sentiments comme ça. Et puis il n'était pas sûr que ça passe s'il lui déballait tout d'un coup. Ca ferait peut-être trop d'informations à la fois pour le brun et ça diminuerait encore plus ses maigres chances de lui faire accepter ses sentiments. En plus… Il ne savait pas ce qu'il y avait vraiment entre Heero et Réléna. Pendant le mois qu'il avait passé à la villa, les quelques fois où il les avait vu ne lui donnaient aucune indication pour savoir s'ils étaient vraiment liés ou pas.

Oui, bon, il avait menti en disant qu'il ne se souvenait pas de grand chose. En fait il se souvenait de pratiquement tout.

Oui, bouuh, c'était pas bien.

Mais il avait besoin de gérer quelques détails avant ça. Digérer ce qui s'était passé avant d'y faire face.

Genre le fait qu'il soit tous au courant de… Du petit détail… Qui consistait au fait qu'il ne soit pas vraiment très stable psychologiquement. Avoir un ami à personnalité multiple n'était sûrement pas encore à la mode.

Ce genre de choses, tant qu'il prétendait ne pas s'en souvenir, il n'aurait pas à les gérer. Et il aimerait bien pouvoir émerger un peu avant de commencer la prise de tête géante par rapport à tout ce qui s'était passé ces deux dernières années.

Et puis… Il y avait aussi le fait que… Heero lui ait roulé une pelle phénoménale la veille.

… Oui alors bon… D'accord rien que d'y repenser, ça lui donnait envie de sauter partout. Mais il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fait ça. Et il ne savait pas comment Heero réagirait s'il lui remettait ça sous le nez. Pas très bien s'il y avait tout le monde autour en tout cas.

Alors, pour le moment, le plus pratique pour tout le monde était de laisser croire qu'il ne se souvenait pas de grand chose.

En plus c'était facile de s'en persuader, alors si c'était pas parfait, hein ?

En tout cas… De ce qu'il se souvenait d'hier soir, entre deux convulsions, Quatre avait plus ou moins démasquée l'autre folle.

Plus que moins même.

« Je n'insinue rien. Je t'accuse »

Mwahahaha !

Duo n'aurait pas été moitié en train de claquer à ce moment là, il aurait grandement jubilé.

Donc, il supposait que s'ils n'en étaient pas complètement sûrs, elle était quand même leur suspect numéro un.

Et vu leur réaction à l'instant, ils attendaient juste que Heero ne soit pas là pour lui poser la question.

Vu que eux, ils savaient très bien quels rapports il entretenait avec Réléna.

Là était tout le problème. Heero ne savait pas qu'il était en compétition avec elle. Il ne savait pas qu'il l'aimait.

Duo soupira profondément.

Elle le faisait chier ! Déjà qu'elle lui avait pourri la vie pendant deux ans, mais en plus elle réussissait à continuer à le faire chier.

Deux années en arrière, Duo n'était pas prêt à avouer à Heero ses sentiments. Il faisait juste obstacle à Réléna dans le rôle de l'ami.

Ensuite, ben, sa vie avait été mise sur pause pendant deux ans. Et là, comme ça, au réveil, il ne se sentait pas forcément plus de courage pour lui avouer.

En plus… L'espèce de dingue à nœud rose lui avait dit qu'ils étaient ensemble depuis un an. Et… Un an, c'était long quand même… Peut-être qu'ils étaient devenus très proches. Peut-être qu'ils s'étaient beaucoup liés. Peut-être que… Heero ne lui en voudrait pas tant que ça pour ce qu'elle avait fait.

Parce que… Dans sa grande démence, elle avait quelque part fait ça par amour.

Alors peut-être que…

Un long frisson parcouru le dos du châtain. Réalisant qu'il avait la chaire de poule, il s'enveloppa un peu mieux dans ses couvertures. Il se réinstalla sur le dos et fixa le plafond.

Comme il la haïssait…

Non seulement elle avait voulu le transformer en légume, lui offrant la radieuse opportunité de la regarder faire sa vie avec l'homme qu'il aimait… En plus elle avait essayé de l'étouffer… Et pour couronner le tout, alors qu'il pensait que sortir de cet état la mettrait définitivement hors-jeu, ça n'était même pas sûr ? Pire, c'était peut-être lui qui allait être hors-jeu ?

… Mais c'était lui qui allait la tuer oui ! C'était qui le terroriste des deux, hein ?

Pourtant, même l'idée de mettre fin à sa vie de dégénérée à nœud rose ne le contentait pas. Ca ne le rassurait même pas. Est-ce qu'il avait raison de s'inquiéter autant ou… ?

Il se roula légèrement en boule, frissonnant de plus en plus.

- Mais ils ont eu une promo d'air conditionné ou quoi ?

Il se frictionna les avants-bras, commençant doucement à grelotter. Une douleur assez forte lui contracta alors l'estomac. Il se recroquevilla un peu plus sur lui-même, la main sur le ventre.

- Argh… Et dire qu'ils avaient plein de bouffe avec eux et qu'ils sont tous partis avec… Bande de sadique… Laissez crever de faim un malade comme ça c'est…

Duo se figea, interrompant sa complainte à lui-même. Cette douleur qu'il avait à l'estomac, ce n'était pas celle de la faim. Quand on avait faim, on avait un creux. Et là, il avait le ventre tout dur, complètement noué.

Ce médicament à une telle dose est extrêmement corrosif pour le corps. C'est comme si on t'avait administré du cyanure en sous-dose pendant deux ans.

Le natté était toujours recroquevillé, les bras autour de son ventre. Son visage perdit lentement toutes ses couleurs jusqu'à devenir blafard.

Non…

Il se redressa lentement sur son lit. Une douleur un peu plus violente le prit, le forçant à se plier en deux. Il fixa longuement sa couverture, les lèvres incroyablement pâles.

Ca ne lui avait pas suffit ?

En plus de lui voler deux années de sa vie. En plus d'essayer de faire de lui un légume vivant. En plus de vouloir exécuter sa stupide vengeance de dégénérée. En plus de vouloir le tuer. En plus de continuer à être un obstacle.

Elle lui avait aussi ruiné la santé ?

Lentement, le rythme respiratoire du châtain augmenta.

Sally lui avait parlé de lésions au cœur, aux reins et au cerveau.

Ca voulait dire quoi ? Il risquait une crise cardiaque ? Une tumeur au cerveau ? C'était quoi une dialyse ?

Il lui restait combien de temps à vivre exactement ?

Il leva lentement la main jusqu'à son torse. Son cœur battait si vite qu'il lui faisait mal.

Il… Il allait la tuer…

Non mais… Ca allait peut-être aller là…

Toute chose avait ses limites…

Mais Heero allait se faire voir. Oui il allait la plomber. S'il n'était pas content ça reviendrait au même.

Elle avait ruiné sa vie ! Il allait mourir merde !

Oui… Il en était sûr maintenant… Il allait mourir… Il n'y avait pas d'autre issue possible… Il allait mourir d'une longue et douloureuse maladie… Minimum

Il eut l'impression que sa chambre se mettait à tourner autour de lui et il s'accrocha au bord du lit. Il… Ne se sentait pas bien… Vu la goutte de sueur qui venait de rouler sur sa tempe, il devait avoir chaud… Et pourtant il grelottait.

Il ramena ses genoux contre son torse, entoura sa tête de ses bras et commença à se bercer d'avant en arrière.

Ca le calma pendant un moment mais il finit par se sentit pris de vertige. Il releva lentement la tête, le cœur au bord des lèvres.

Il se gela dans son lit.

La pièce semblait de plus en plus étroite.

Les murs se rapprochaient, non ?

Oui ils se rapprochaient !

Il essaya de respirer mais l'air se bloqua dans sa poitrine. Il tenta de se calmer mais respirer lui devint de plus en plus difficile.

Il repoussa d'un geste nerveux les couvertures et voulut se mettre debout. Il dût se tenir au lit dans les premiers temps tellement la pièce tournait autour de lui. Quand il eut un peu plus de stabilité, il essaya de faire un pas mais quelque chose l'encombra. En se retournant il aperçut le pied de perfusion qui avait un peu bougé suite à son mouvement. Ce tube en plastique enfoncé dans son bras l'angoissa soudainement. Il tira dessus dans un geste presque désespéré pour s'en débarrasser. Une fois qu'il l'eut retiré, il se dirigea d'un pas chancelant vers la porte de la chambre.

Le couloir était complètement vide. Toutes les infirmières semblaient être dans des chambres d'où on entendait leur voix. Mais ce couloir déserté oppressa encore plus le natté. Il jeta autour de lui des regards paniqués avant de se mettre à courir.

Il fallait qu'il aille dehors. Là et seulement là il pourrait se sentir à l'aise.

Il dévala toute une série de couloirs et plusieurs escaliers. Au bout de plusieurs minutes il se trouva dans un petit hall. Il regarda rapidement autour de lui avant de se précipiter vers une porte qui menait à l'extérieur. Une fois dehors, il se mit à longer le bâtiment, jetant des regards hagards autour de lui. Il finit par arriver dans un espace vert ressemblant à un petit parc. Les muscles de ses jambes s'étaient peu à peu raidis et il lui était de plus en plus difficile de marcher. Apercevant un banc le long d'un sentier, il s'y dirigea et s'affala dessus. Il fixa le ciel bleu, le souffle court.

Il s'était passé quoi là ? C'était quoi cette angoisse qui le lâchait pas ? Il avait vraiment fait n'importe quoi… Bien sûr qu'il n'allait pas mourir. Sally lui avait confirmé… Et puis il n'aurait pas dû arracher sa perfusion. Elle lui avait sûrement été mise pour une bonne raison.

Son rythme cardiaque recommença doucement à s'accélérer. Mais qu'est-ce qui s'était passé ? Il avait eu l'impression de retourner pas si longtemps en arrière, quand il était sous camisole chimique et qu'il faisait des crises. Encore que… Non, ce n'était pas tout à fait la même chose. Les crises d'avant étaient très confuses… Celle-ci était juste… Bizarre…

Comment avait-il réussi à croire que les murs de sa chambre se rapprochaient ?

Il poussa un profond soupir. Et ben… Apparemment il n'était pas encore sorti de l'auberge… Il essaya de bouger mais ses muscles étaient tellement raidis que le moindre mouvement lui faisait mal. Il grimaça et décida de rester un moment sur ce banc.

Fixant un point au loin sur les graviers, il se détacha peu à peu de la réalité. Il avait l'impression d'être en train de s'endormir et de ne rien pouvoir faire contre. Son esprit s'engourdissait.

Peu à peu son corps se mit à frissonner.

Le doux crissement de bruits de pas feutrés par les graviers s'approcha de lui. Quelqu'un passa devant lui et s'assit sur le banc. Duo avait vaguement conscience de tout cela, mais il avait l'impression de ne pas réussir à reprendre pied avec la réalité.

- Bonjour, Duo.

Le natté se figea sur le banc. Le contact avec l'instant présent était fugace mais intense. Il déploya une énergie impressionnante à garder conscience de ce qui se passait autour de lui.

- Et bien ? Tu ne me réponds pas ? Ce n'est pas très poli ça…

Le ton posé, calme et poli hérissa les poils du châtain. Il passa lentement la langue sur ses lèvres, s'effrayant de la force que cela lui demandait.

- Bonjour, Réléna.

La jeune femme à ses côtés sourit et pencha la tête.

- Comment vas-tu ?

Un sourire amer étira les lèvres du châtain.

- Merveilleusement bien. Comme tu le vois.

Elle haussa un sourcil.

- Ce que je vois c'est que tu es trempé de sueur, que tu grelottes et que depuis que je t'observe tu n'as pas réussi à garder ton regard fixé sur la moindre chose.

Une veine sur la tempe du natté devint peu à peu de plus en plus seyante sous la peau. Il tourna lentement la tête vers elle, ne tenant pas compte de ses muscles durs comme de la pierre.

- Oh oui… Tu vois le produit que tu m'as injecté pendant deux ans a complètement ruiné mon organisme. J'en paie quelques petits effets secondaires. Mais je finirais bien par m'en remettre, ne t'inquiète pas.

Un sourire poli étira les lèvres de l'ex-princesse.

- Comme si je m'inquiétais pour toi.

Duo la fixa avec un sourire crispé sans dire mot. Elle finit par détourner les yeux, passant une main dans sa chevelure blonde.

- Mais pour ton information, ce ne sont pas ces prétendues lésions que ton organisme aurait subi qui te mettent dans cet état.

Il fronça un sourcil.

- Et qu'est-ce que tu bien en savoir ?

Elle le regarda avec un sourire supérieur.

- Voyons Duo… Tu as reçus des injections d'un neuroleptique pendant deux ans en continu et on les a arrêtés du jour au lendemain. Ces réactions sont plus que prévisibles.

Les yeux du natté s'arrondirent tandis qu'elle énumérait sur ses doigts.

- Pour un neuroleptique comme celui-ci, une grosse crise de manque peut se résumer par des poussées de fièvres suivies de grelottements et bien sûr, vue la nature du médicament, des crises d'angoisses. Ton système musculaire peut également se raidir jusqu'à une pseudo-paralysie. Et au niveau de tes organes, tu vas sûrement avoir de bonnes crampes d'estomac pendant quelques temps, après tout, c'est le plus souvent l'estomac qui réagit le plus fort à une crise de manque.

Devant l'air hébété du châtain, elle se mit à rire.

- Duo, Duo, Duo… Je me demande comment tu as pu avoir un rôle aussi important pendant la guerre… Tu ne réfléchis décidément pas assez. C'est pour cela que j'arrive toujours à te piéger aussi facilement.

Malgré la bile qui venait de lui monter tout droit dans la gorge suite aux mots de la jeune femme, l'Américain ne pouvait pas s'empêcher de se sentir soulagé. Toutes ces réactions n'étaient donc dues qu'à l'arrêt subit d'injections. Ce n'était pas dû aux lésions et ce n'était pas non plus une crise comme il faisait avant. Si la folle qui avait essayé de le tuer ne se trouvait pas juste à côté de lui, il aurait soupiré de soulagement. Il essaya de lever la main pour s'accouder au dos du banc mais ses mains restèrent inertes sur ses genoux. Essayant de ne pas trop s'en inquiéter, il tourna la tête en souriant vers la jeune femme.

- Bien sûr… Tu arrives toujours à me piéger… D'ailleurs en ce moment je suis sûr que tu contrôles complètement la situation, non ? Le fait que je ne sois plus sous l'effet de ton neuroleptique de merde et que les autres n'attendent que ma confirmation pour être sûrs que tu es définitivement givrée, ça doit sûrement faire parti de ton plan, c'est ça ?

Elle se pinça les lèvres jusqu'à qu'elles n'aient plus de couleurs.

- J'avoue… Dernièrement je n'ai plus vraiment tenu la situation en main… Mais ce n'est pas grave…

Elle croisa les jambes et regarda droit devant elle.

- Quand Heero apprendra que j'ai fait ça pour lui, quand il saura à quel point mon amour pour lui est fort, il me reviendra.

Elle se tourna vers Duo et le fixa d'un regard fier.

- Je le récupérerais Duo. Je vais le faire revenir sur sa décision, tu peux me croire.

Il la regarda d'un air blasé.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Quelle décision ? Celle de sortir avec toi ? Oh ben t'as raison hein, rends-lui la raison, fais- le revenir sur cette décision, le pauvre homme.

Elle plissa les yeux.

- C'est cela… Joue à celui qui ne comprends pas pour mieux m'humilier… Je m'en fiche. Après tout, j'ai déjà réussi à le convaincre de nous mettre ensemble une première fois. Le faire une seconde fois ne devrait pas poser de problème.

Duo fronça les sourcils. Il avait de plus en plus de mal à faire fonctionner son cerveau et il lui manquait de toute évidence des éléments mais… D'après ce qu'elle disait… S'il essayait de lire entre ses lignes… Alors…

Sa figure s'allongea. Il se tourna lentement vers elle pour l'observer. Ses lèvres s'étirèrent peu à peu dans un sourire de plus en plus grand puis il finit par éclater de rire.

Elle le fixa d'un regard flamboyant de haine alors que son rire allait en crescendo.

- Oh je rêve ! Il t'a lâché !

Le corps de la jeune femme se tendit alors que ses poings se serraient.

- J'étais hors-jeu et il t'a quand même lâché ? Mais tu as encore de l'espoir ? Wow, tu m'épates… Quel acharnement.

Quelques autres éclats de rire lui échappèrent avant qu'il ne se calme. Il leva la main à sa bouche, tapotant ses lèvres de son index, ne tenant pas compte de la douleur que ses muscles raidis avaient provoqué.

- Mais… Quand est-ce que ça c'est passé au juste ?

Réléna se contenta de le regarder de haut, lui signifiant quelle ne comptait absolument pas lui révéler ce détail.

- Non parce que… Vu la scène de malade que tu m'as fait dans ma chambre la dernière fois, ce n'est pas très vieux et… J'ai un scoop intéressant pour toi.

Il continuait de tapoter ses lèvres tandis que les sourcils de la jeune femme se fronçaient très légèrement.

- Vois-tu… Hum… Comment te présenter les choses de façon à ce que ça ne te secoue pas trop…

Il fit une moue concentrée comme s'il y réfléchissait vraiment avant de la regarder avec un grand sourire.

- Disons que hier matin, Heero m'a donné le baiser le plus fougueux qu'il m'ait été donné d'imaginer.

Le visage de l'ex-princesse s'allongea lentement mais sûrement.

- C'est dans ces moments là que son côté un peu sauvage ressort hein ? Pas qu'on s'en plaigne remarque… Bordel ce patin…

Duo regarda en souriant l'allée de gravier devant lui, ne tenant pas compte de la Réléna livide qui se trouvait à côté de lui.

- Dans ce cas-là… Peut importe le fait que vous ayez rompu avant ou après… Je trouve ce baiser suffisamment parlant…

Le natté n'était pas vraiment convaincu par ses paroles. S'il se souvenait du baiser, il se souvenait aussi de la façon dont il avait fini. Mais il savait aussi à quel point cette idée pouvait faire souffrir la jeune femme. Et après tout ce qu'elle avait bien pu lui faire, c'était une bien maigre vengeance.

- Il ne me reste donc plus qu'à lui expliquer que tu es complètement folle, lui avouer mes sentiments, et à moi le happy end. Tu ne penses pas que ce serait…

Une douleur fulgurante à l'épaule droite le coupa. Une douleur qui n'avait rien à voir avec la raideur musculaire qui s'aggravait peu à peu. Une douleur bien plus fulgurante, qui se répercutait dans tout son organisme alors qu'il liquide chaud coulait le long de son bras.

Il tourna la tête brutalement, sous le coup de la douleur pour croiser un regard bleu qui semblait en pleine crise de démence. Réléna, qui jusque là se tenait à distance raisonnable s'était approché en un éclair du natté. Au sol gisait son sac, ouvert en grand et entre ses poings serrés l'un au dessus de l'autre se trouvait un manche en nacre. Manche en nacre qui se poursuivait par une longue et grande lame, elle même profondément enfoncée dans l'épaule du châtain.

Duo essaya de se dégager malgré la raideur de ses muscles. La jeune femme retira le couteau de ses chaires mais rattrapa le natté par son pyjama d'hôpital.

- J'ai une meilleure suggestion de plan, si tu permets Duo.

Elle leva à nouveau son couteau mais le châtain réussi à attraper ses poignets. Il fut cependant effrayé de constater qu'il avait à peine la force de la contenir. Peut-être cela n'avait-il pas été le meilleur moment pour la provoquer finalement.

- Je vais te supprimer ici et maintenant. Et comme ça, je n'aurais plus d'obstacle sur mon chemin.

Elle réussit à se dégager et d'un mouvement brusque, entailla le bras du jeune homme. Arrivant au bout du banc, Duo réussit à se lever malgré le fait que ses jambes étaient pratiquement paralysées.

- Et ça va t'amener à quoi de faire tout ça ?

Le châtain essayait vainement de contrôler la vague de panique qui montait en lui, ne sachant pas très bien si elle était due à la situation ou bien à la crise de manque.

- Tu crois vraiment qu'il va t'accepter si tu me tues ?

Il réussit à attraper un de ses bras mais elle saisit le couteau de l'autre main et l'abattit sur lui. Il fut obligé d'arrêter la lame à main nue, s'entaillant profondément la paume.

- Oui. Je suis convaincue qu'il finira par comprendre la force de mon amour.

Le brouillard qui avait élu domicile dans sa tête, la raideur de ses muscles qui l'empêchait de bouger comme il le souhaitait, les quelques entailles faites par le couteau et l'angoisse qui l'oppressait de plus en plus menaçaient de le faire couler sous la panique. Il se sentait en train de perdre pied quand un petit déclic se produit derrière les orbes violettes.

- Une fois que tu seras mort, je serais bien plus tranquille !

Alors qu'elle abattait une énième fois son couteau, le natté attrapa brutalement son autre bras. Elle n'eut pas le temps de retenir son coup ni de le rediriger face au déséquilibre qu'avait entraîné et la lame érafla son bras. Elle regarda avec horreur son sang couler et lança un regard plein de rage au châtain. Toutefois, le regard dur et intensément sombre qu'elle rencontra la surpris l'espace de quelques secondes. Un sourire se dessina sur sa bouche.

- Tiens donc ? Voilà le retour du chien de garde.

Un sourire mauvais étira les lèvres du châtain.

- Et oui… Et peut-être que cette fois je pourrais te montrer si je mords ou non…

Elle leva une fois de plus le bras mais il repoussa sans trop de difficulté son coup. Elle fronça les sourcils en l'observant.

- Oh oui… J'oubliais d'ajouter… Quand Duo sent qu'il n'est en pleine possession de ses moyens lors d'un combat, ça l'angoisse vite. Hors quand il s'angoisse, il perd toute ses capacités… Mais heureusement pour nous, je ne suis pas du tout la même logique.

Son sourire s'élargit.

- Approche donc, foutue princesse… Que je te fasse bouffer ton couteau…

La jeune femme fronça les sourcils avant de se précipiter sur lui. Il réussit à dévier la main qui tenait l'arme mais elle se servit de l'autre pour appuyer fortement sur la profonde entaille qu'elle lui avait fait à l'épaule droite. Il étouffa son cri entre ses dents mais la douleur lui fit plier les genoux. Elle était en train d'essayer de se dégager de sa prise sur son poignet pour pouvoir profiter de sa position quand des crissements de graviers se firent entendre.

- … Réléna… ?

La jeune femme se figea et tourna lentement la tête.

- Oui Heero ?

Le Japonais se trouvait à plusieurs mètres d'eux et observait la scène d'un air médusé.

- Qu'est-ce que tu fais ici Heero ?

Il la dévisagea longuement.

- Ce serait à moi de te poser cette question.

Il observa longuement sa position et celle du châtain, puis il laissa son regard aller des marques de leur lutte sur les graviers aux marques de sang depuis le banc jusqu'à eux.

- Oh. Et bien…

Elle essaya de se détacher de la poigne du natté mais celui-ci la retenait fermement. Elle fronça les sourcils et finit par réussir à se libérer. Elle se tourna alors vers le brun avec un grand sourire, ne tenant aucunement compte du couteau maculé de sang qu'elle tenait à la main ni de ses vêtements tachés.

- On peut dire que je suis venue ici pour que nous puissions nous remettre ensemble.

- Quelle femme douce et aimante.

Elle foudroya le natté du regard qui lui répondit par un regard suffisant. Heero dévisagea alors le jeune homme, semblant prendre conscience d'un détail. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'il l'observait longuement. C'était une chose d'apprendre que Duo était schizophrène, c'en était une autre que d'être mit face à cet… autre…

- Ne t'inquiète pas Heero, je n'en aurais pas pour longtemps.

Il cligna des yeux et reporta son regard sur elle.

- Réléna… Alors c'est bien toi qui as payé cette infirmière pour qu'elle fasse ces injections à Duo.

Elle pencha la tête sur le côté, l'air contrit.

- Oui… Je pensais que cela suffirait pour que nous puissions vivre heureux… Mais visiblement j'ai fait une erreur.

Elle lui sourit.

- Qu'à cela ne tienne. Je vais la réparer ici même en supprimant le problème.

Le visage du Japonais blêmit alors que ses yeux s'écarquillaient.

- Mais Réléna… Pourquoi tu fais ça ?

Pour la première depuis le début de cette… conversation… le visage de l'ex-princesse devint sérieux.

- Pourquoi ? Mais parce que je t'aime Heero. Et que je suis prête à faire n'importe quoi pour toi.

Il la regarda d'un air hagard.

- Et… Et tu crois que tuer Duo… Est quelque chose que tu dois faire pour moi ?

Elle le regarda comme si c'était l'évidence même.

- Mais oui. C'est un obstacle à notre bonheur.

Le brun était tellement soufflé qu'il ne sut pas quoi répondre. Il reporta son regard sur le natté et remarqua que son visage semblait se détendre et paraissait moins froid que précédemment. Son regard perdit peu à peu son éclat froid et hautain puis fixa Heero avant de détourner les yeux. Assez abasourdis par le phénomène qu'il venait de voir, le Japonais continua de fixer Duo de telle sorte que Réléna finit par se retourner pour l'observer à son tour.

- Tiens ? Te revoilà ?

Heero cligna des yeux et regarda la jeune femme.

- Tu savais pour… ?

Elle lui sourit.

- Si je savais que Duo était tellement peu stable qu'il avait fini par développer deux personnalités ?

L'Américain la foudroya du regard.

- Oh oui… J'ai souvent eu l'occasion d'avoir à faire avec son chien de garde lors de nos affrontements.

- Vos affrontements ?

Pour la première fois depuis le début de la conversation, Réléna donna l'impression d'avoir perdu le contrôle de ses mots. Elle se mordit fortement la langue et ne regarda pas Heero, se contentant de fixer le natté. Celui-ci soutint son regard mais on pouvait voir un brin d'angoisse au fond de ses yeux violets. S'il n'avait rien dit à Heero précédemment parce qu'il jugeait que ce n'était pas le bon moment, ça l'était sûrement encore moins maintenant. Plus encore si c'était elle qui lui disait. Mais heureusement pour lui, Réléna estimait que ce n'était pas dans son intérêt de révéler ça à Heero. Elle n'était pas sûre de la réaction qu'il pourrait avoir s'il apprenait les sentiments du natté. Et vu où en était leur relation, elle préférait ne prendre aucun risque.

Elle finit donc par se retourner vers Heero avec un regard serein.

- Rien de bien important.

Duo, surprit par sa réponse, hésita un moment à la contredire juste pour contrarier ses plans. Mais il ne réussit pas à décider ce qui serait le mieux pour lui entre gêner Réléna ou dévoiler ses sentiments de la sorte. Alors qu'il réfléchissait à toute allure, son estomac se contracta avec force, le forçant à se plier en deux. Les quelques frites qu'il avait ingurgitées firent marche arrière. Réléna grimaça de dégoût et fit un pas de côté pour s'éloigner. Les crampes se firent de plus en plus fortes et ses jambes raides ne pouvant plus le supporter, Duo tomba complètement à genoux. Heero blêmit.

- Duo, qu'est-ce que…

- Oh ce n'est rien. L'arrêt subit des injections lui a donné une forte fièvre et semble lui retourner l'estomac.

Un doux sourire étira ses lèvres.

- En plus ses muscles doivent maintenant être complètement raides. Ce sera bien plus pratique, cette fois il ne pourra plus bouger.

Duo, la tête courbée, garda le regard fixé sur les graviers, incapable de se redresser. Heero l'observa un moment avant de tourner un regard dur vers Réléna. Il passa la main droite dans son dos et en retira le revolver qu'il avait pris au braqueur plusieurs heures plus tôt.

- Maintenant ça suffit Réléna.

Elle regarda avec étonnement son revolver.

- Tiens ? Ce n'est pas celui que tu as habituellement.

Heero ne cilla pas.

- Effectivement. Lâche ce couteau et éloigne-toi de lui.

Elle cligna plusieurs fois des yeux en le regardant.

- Pourquoi ?

Le Japonais ôta la sécurité du revolver et dirigea le canon vers la jeune femme.

- Je ne suis pas bien ton raisonnement Réléna… Mais ce que je sais c'est que j'ai décidé hier de me séparer de toi et que depuis je ne suis pas revenu sur ma décision.

L'ex-princesse perdit lentement toutes ses couleurs mais ne bougea pas.

- Tu ne sais pas ce que tu dis… Tu es sous le choc, c'est pour ça…

- Sous le choc ? Plutôt oui ! Mais enfin qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête pour que tu décides de transformer Duo en légume ?!

Elle le regarda d'un air blessé.

- J'ai fais ça pour nous !

Le regard du brun se durcit.

- Pour « nous » ? Premièrement il n'y a plus de « nous ». Et ensuite… Mais bordel il ne t'est jamais venu à l'esprit que je pourrais te détester pour ça ?

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent.

- Mais bon sang Réléna, il… Il s'agit de Duo !

La bouche de la jeune femme trembla alors que ses yeux devenaient plus humides.

- Pourquoi est-ce que tu ne veux pas comprendre…

- Pas comprendre quoi ? Pourquoi tuer Duo me serait profitable ? Alors là je suis désolé mais effectivement je ne comprends absolument pas !

Le Japonais avait la mâchoire crispée et le souffle court.

- Maintenant pose ce couteau ou je te jure que je tire.

Derrière son regard blessé, un sourire suffisant étira les lèvres de la jeune femme.

- Tu n'oseras pas. Tu n'as jamais osé.

Le sourcil gauche du brun se fronça lentement alors que le droit se haussait.

- Tu veux parier ? Les circonstances sont bien différentes.

Le masque de sérénité que la jeune femme avait à peu près réussi à garder vola alors en éclat.

- Mais pourquoi tu ne vois pas que je fais tout ça pour toi ?! Pourquoi tu ne comprends pas que tout ce que j'ai fait je l'ai fait par amour ! Pour ton bonheur !

Les larmes coulaient sur son visage et elle le regardait avec des yeux flamboyants de colère. Puis ses lèvres s'étirèrent lentement et un sourire perça derrière ses larmes.

- Attends deux secondes Heero. Je te jure que je vais faire ton bonheur.

Les quelques secondes qui suivirent se passèrent très vite. Réléna se retourna brutalement et leva la main qui tenait toujours son couteau. Duo, toujours à genoux, avait réussi à redresser la tête et essayait de faire un pas en arrière, mais ses muscles trop raides le déséquilibrèrent et il tomba en arrière. Il essaya de lever le bras mais parvint à peine à le lever en travers de sa poitrine. La jeune femme abaissa violemment la main vers le torse du jeune homme. Le bruit de la détonation retentit dans le petit parc, faisant s'envoler quelques oiseaux.

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L'enterrement de Réléna Darlian Peacecraft se passa un lundi matin dans la cathédrale du royaume de Sank. Celle-ci était noire de monde. De nombreux personnages politiques et autres grands de la Terre et des colonies étaient présents. Sur les murs château de Sank, des photos gigantesques avaient été disposées, retraçant la vie de la jeune femme et combien son rôle avait été important pour la Terre et les colonies. Des milliers de personnes avaient fait le voyage pour venir jusqu'ici et une foule de fleurs, mots et dessins d'enfants avaient été déposées au pied du château.

Dans la cathédrale, la cérémonie dura longtemps, oscillant entre l'enterrement princier et religieux, et celui d'une femme politique laïque dans un drôle de mélange. Au premier rang, les dits proches fixaient l'œil humide le cercueil où la jeune femme reposait, entourée de lys blancs. Parmi eux se trouvait un homme aux longs cheveux blonds sur lequel les tabloïds s'étaient donnés à cœur joie ces derniers jours.

Les premières nouvelles à avoir été données par les médias étaient que la jeune femme avait été tuée dans un accident dans un hôpital à Okinawa. La presse s'était empressée d'y ajouter quelques fioritures en transformant l'affaire en une visite caritative qui avait mal tournée. Milliardo Peacecraft qui était apparu dévasté par cet évènements avait finit par déclarer aux journalistes qui campaient devant chez lui, excédé, qu'il n'y croyait pas du tout et qu'il allait faire mener une enquête. Les rumeurs racontaient que Quatre Raberba Winner serait arrivé chez lui dans la nuit, qu'il serait reparti avant l'aube et que le matin-même, le blond avait arrêté toute enquête. Suite à tout ce remue-ménage, les tabloïds s'était empressés de partir avec délectation dans des affaires d'attentat, de complot politique ou colonial, et toutes sortes d'autres suppositions plus démesurées les unes que les autres.

Pourtant la vérité n'était pas si compliquée que ça. Tout ça s'était déroulé entre quatre personnes dans un petit parc où les malades d'un hôpital se promenaient de temps en temps, trois jours auparavant.

La première personne, Réléna Peacecraft, avait lâché son couteau dans les secondes qui avaient suivies la détonation, regardant avec horreur son ventre que la balle avait traversé. La deuxième personne, Heero Yuy, avait soudainement perdu toute couleur et regardait les yeux écarquillé le sang de la jeune femme couler à terre. La troisième personne, Duo Maxwell, avait lentement baissé le bras avec lequel il s'était protégé et avait regardé la blessure de la jeune femme avant de froncer les sourcils et de tourner son regard vers quelques arbres qui se trouvaient à une dizaine de mètres d'eux, près du mur qui entourait le parc… Fixant la quatrième personne.

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Réléna passa la main sur son ventre et fixa pendant un long moment sa main pleine de sang. Elle se tourna lentement vers le brun.

- Heero… ?

Le Japonais était devenu complètement blafard et il tremblait légèrement.

- Je… Je ne…

La jeune le regarda d'un air paisible, un doux sourire sur les lèvres.

- Ne t'inquiète pas. Ce n'est qu'un petit contre-temps, mais ça va aller.

Elle fit un pas de côté, son sang coulant lentement sur ses vêtements.

- Je vais juste te demander de patienter quelques minutes et puis… Et puis je vais supprimer définitivement Duo de nos vies… Et ensuite, nous allons vivre très heureux.

Le rose de ses joues disparaissait peu à peu.

- Ca va très bien se passer… Bientôt il n'y aura plus d'obstacle entre nous… Tu vas voir… Nous allons être très heureux.

Ses jambes la lâchèrent et elle se retrouva au sol. Elle essaya de se relever grâce à ses bras mais ils ne la soutinrent par longtemps et elle se retrouva allongée au sol. Quelques spasmes la parcoururent puis elle ne bougea plus.

Heero la fixa, complètement livide. Il tenait encore son revolver levé mais il tremblait de plus en plus. Il finit par dévier lentement son regard vers Duo qui le regardait. Ils s'observèrent un long moment en silence, puis voyant qu'il ne se décidait pas à bouger, Duo s'approcha tant bien que mal de la jeune femme. Il plaça deux doigts sous sa gorge, resta un moment sans bouger puis regarda Heero et secoua la tête.

Le Japonais sembla avoir reçu une décharge électrique. Il lâcha son revolver.

- Elle est morte… Et en croyant que c'était toi qui…

- Je ne comprends pas ! Je visais son épaule !

Duo fronça les sourcils.

- Hein ?

- Je visais son épaule ! Je voulais l'empêcher de te faire du mal, pas la tuer !

Le natté se fit violence pour ne pas lui répondre que les deux était sûrement liés.

- Mais Heero ce n'est pas…

- Je ne voulais pas…

Le Japonais fit quelques pas en arrière avant de se retourner et de se mettre à courir. Duo le regarda faire, médusé. Il n'allait quand même pas le laisser seul ici ? Mais Heero s'arrêta soudainement et se laissa tomber sur la pelouse. Le natté hésita, il jeta un regard méfiant à sa droite puis il se releva péniblement et essayant comme il put de rejoindre le brun. Il prit tout de même une demi-seconde pour maudire le Japonais très fort de lui laisser tout faire alors que c'était lui qui était position de faiblesse.

Quand il arriva aux côtés du brun, il se figea pendant quelques secondes. Aucune larme ne coulait sur ses joues mais ses iris vibraient d'un bleu si profond qu'il semblait mouillé.

- Heero…

- Elle est morte. La femme que j'ai passé des années à protéger… Est morte.

Duo soupira.

- Ca n'a rien à voir Heero. Tu as passé des années à protéger la femme politique. Mais celle qui était avec nous tout à l'heure n'était absolument pas la même personne.

Le brun lui jeta un regard mi-sceptique, mi-interrogatif.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Et bien… Réléna était une femme pleine de bonté qui croyait en l'homme et au pacifisme mais… Moi je l'ai aussi souvent vu dans cet état…Et je peux dire que quand on en arrivait à ce terrain de dispute, son caractère changeait radicalement.

Heero fixa la pelouse devant lui, pas sûr de bien suivre Duo.

- Quel terrain de dispute ?

Le natté s'étrangla presque en se rendant compte de sa métaphore.

- Et bien… Quelque chose que nous voulions tous les deux et pour lequel elle ne reculait devant pas grand chose comme tu as pu le voir… Je devrais même plutôt dire devant rien.

Le Japonais secoua la tête, ne suivant pas le châtain.

- Franchement… Quand je repense qu'elle disait que je n'étais pas très stable… Pour avoir de tel changement de caractère elle devait par contre être moitié schizophrène elle…

- Ca ne change rien.

Le ton du brun était dur.

- Elle est morte. Par ma faute.

Duo cligna des yeux.

- Mais Heero ce n'est pas ta faute.

- Arrête un peu ! J'ai appuyé sur la détente !

Le natté le regarda les yeux exorbités pendant quelques secondes, puis il fronça les sourcils. Heero était tellement occupé à se culpabiliser qu'il ne vit pas le poing du natté s'élever et heurter sa joue. Il resta sonné un moment avant de regarder Duo qui le fixait d'un regard noir.

- Mets-toi debout et aide-moi à me relever. La crise de manque semble diminuer donc mes muscles sont moins raides mais je ne peux pas encore trop bouger.

Le brun fronça les sourcils.

- Ce n'est pas toi qui l'a tué Heero.

Si le Japonais ne cru pas ce que Duo lui dit ou si cela le surprit, il ne laissa rien paraître. Il se releva et tira le châtain, l'aidant à tenir debout en passant son bras autour de ses épaules. Duo l'observa un moment avant de soupirer.

- Bon… Si tu te souviens bien… Toi tu étais là, à une bonne dizaine de mètres d'elle et moi.

- Hm…

- Déjà… Le fait que tu puisses penser que ton coup à dévié de l'épaule à l'estomac me surprend mais bon…

Le brun ne répondit pas.

- Mais ce qui devrait te sauter aux yeux c'est que… Rappelle-toi… Quand elle s'est retournée vers moi pour… Bref… avec son élan elle s'est retrouvée de trois-quart. Donc elle était pratiquement de profil par rapport à toi.

Heero fronça les sourcils.

- Oui, je m'en souviens effectivement…

- Et dans ce cas, comment voudrais-tu que ton coup de feu lui ai traversé le ventre d'avant en arrière.

Il cligna des yeux une première fois, puis une deuxième.

- Je…

Il fronça les sourcils.

- Je ne vois pas où tu veux en venir. Il n'y a pas cinquante personnes ici qui avaient un revolver à ce moment précis.

- Non. Mais il y en avait deux.

Le natté désigna du doigt les quelques arbres qui se trouvaient près du mur qui bordait le parc, à une vingtaine de mètre de l'endroit où il s'était trouvé avec Réléna. Les yeux du brun s'arrondirent en apercevant un jeune homme blond, aux yeux délavés et en camisole qui couvrait sa tête de ses bras en regardant d'un air apeuré un revolver à ses pieds.

- Qu'est-ce que…

- Je ne sais pas qui c'est… Je ne sais pas ce qu'il fait là… Et je ne sais pas pourquoi il avait un revolver avec lui… Mais je ne l'avais pas remarqué avant donc il devait se cacher derrière les arbres et… Vu la façon dont il semble avoir peur du revolver maintenant je pense qu'il ne savait pas ce que c'était.

A ce moment là, le jeune homme qui ne cessait fixer le petit objet noir tendit le bras pour le toucher. Heero et Duo se tendirent mais au contact du métal brûlant il retira vivement sa main.

- Tu devrais aller lui prendre ou au moins enlever le chargeur, qu'il n'y ait pas d'autres accidents. Moi je n'ai pas osé le faire tout à l'heure parce que je ne savais pas si je réussirais à aller jusqu'à lui.

Le Japonais lança un regard complètement éberlué au natté.

- Mais alors… Ca n'est pas moi qui…

Duo posa la main sur la joue du Japonais.

- Non Heero. Ca n'est pas toi qui as tué Réléna.

Les deux yeux bleus semblèrent s'illuminer mais le sourire triste du Duo réfréna leur ardeur.

- Mais ça ne change rien au fait qu'elle soit morte.

Heero déglutit difficilement, puis il se détacha de l'Américain et se dirigea lentement vers le fond du parc où se trouvait le jeune homme aux yeux délavés. Duo le regarda faire avec un petit sourire, puis il s'approcha en boitillant du banc où il s'était assis plusieurs heures auparavant. Ou bien était-ce seulement quelques minutes ?

Le natté s'appuya contre le dossier du banc et observa le Japonais faire. Quand il revint avec le chargeur, ses yeux lui parurent un peu moins vides mais l'accablement au fond de ses pupilles était toujours là.

- Voilà…

- Bon, c'est déjà ça.

Le natté inspira profondément, un faible sourire sur les lèvres.

- Au fait… Qu'est-ce que tu faisais par là ?

- Je marchais tout en réfléchissant et… J'ai fini par me retrouver dans ce petit parc. Je vous ai aperçu de loin.

Duo acquiesça.

- Et toi ?

- Oh, et bien… L'arrêt subit d'injection a eu pour effet de me faire faire une belle crise d'angoisse et j'ai eu subitement envie de sortir. Je me suis retrouvé là sans trop savoir pourquoi et… Je pense qu'elle aussi elle m'a croisé par hasard. Elle n'avait pas du imaginer que je serais ici mais… Elle a dû trouver l'endroit propice.

Heero l'observa longuement.

- Pourquoi ? Pourquoi elle t'a fait ça ? Pourquoi elle a voulu te tuer ?

Le souffle de Duo se bloqua dans sa gorge, son sourire toujours scotché aux lèvres. Il fixa ses pieds pendant des longues avant de répondre.

- Je t'expliquerais tout ça un peu plus tard, tu veux bien ?

Le brun l'observa pendant un moment avant de hocher la tête.

- Bon… Il va falloir appeler quelqu'un

- Hm…

Le regard du Japonais dévia alors lentement vers le corps de la jeune femme, plusieurs mètres derrière Duo. Son regard se voilà légèrement et il se pinça les lèvres. Duo l'observa en silence, n'ayant pas besoin de regarder derrière lui pour savoir ce qu'il fixait. Il finit par se détacher du banc, il passa ses bras autour de la taille du jeune homme et se serra contre lui.

- … Duo ?

- Excuse-moi… Mais je crois que ça a été un peu trop d'émotions pour moi toute cette affaire…

Le brun resta raide comme un piquet, ne sachant pas comment agir.

- Heum… Je dois faire quelque chose ou… ?

- Serre-moi. Fort.

Heero ferma les yeux et passa ses bras autour du corps du natté. Une main sur sa nuque lui fit pencher la tête vers le coup de châtain. Une étreinte si serrée et les repliant l'un sur l'autre donnait l'impression à Heero d'être coupé du monde. Et en même temps… Duo était fiévreux et sa peau était plus chaude que la normale. Et cette chaleur se diffusait peu à peu sur le corps du Japonais, le réchauffant et l'ancrant plus que jamais dans la réalité. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'il prit vaguement conscience de la main dans son dos qui traçait de grands cercles réconfortant et de celle dans ses cheveux qui lui massait lentement le crâne. Il ne put empêcher un très léger sourire de se dessiner sur ses lèvres, se demandant si Duo avait eu l'intention de renverser les rôles depuis le début.

To be continued…

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Heum, heum…

Bon alors, oui Réléna est morte. Pour la simple et bonne raison que dans cette fic son amour pour Heero est totalement dément et que… Vu le caractère extrême de sa façon d'aimer, elle ne pouvait pas tout simplement décider d'abandonner. Donc il lui fallait une fin elle aussi extrême.

Et non ce n'est pas Heero qui l'a tué. Parce qu'il est sorti avec elle, qu'il a tout de même été assez proche d'elle et que si c'était lui qui l'avait tué ça aurait été quelque chose de trop lourd à porter. En plus il lui aurait sûrement fallu une longue période de deuil. Et je n'ai pas envie d'éterniser la fic en longueur, chronologiquement parlant. Mince alors, ça fait 21 chapitres que ça dure, j'ai envie de les caser enfin les deux zozos moi ! XD

Bref, cette façon de finir avec Réléna me convenait mieux et me semblait mieux convenir à la fic (la pauvre… qu'est-ce que je lui en aurais fais subir dans cette fic…)

Voili, voilou :)

J'espère que ça vous à plus

Sur ce, see u

Brisby