Titre : Comme un enfant, chapitre 22
Base : Gundam Wing
Auteur : Brisby
Couple : 2+1 ; 3+4+3 ; 5+H+5
Genre : yaoï, angst, OOC
Rating : K
Disclamer : Les g-boys ne sont pas à moi.
Comme un enfant
Chapitre 22
Cela faisait maintenant trois semaines que Réléna Darlian Peacecraft était décédée. Les choses avaient plus ou moins suivi leur cours. Vu leurs passés et leurs relations avec la jeune femme, les G-Boys avaient été vivement sollicités pour participer à sa cérémonie funéraire, mais ils avaient refusé. Comme disait Hilde, d'accord, vu la fin qu'elle avait subie ils n'arrivaient pas vraiment à ressentir de la haine envers elle, mais ils n'avaient pas non plus envie de ressentir de la compassion. Peu après l'accident, Duo les avait pris à part pour leur expliquer ce qui s'était passé entre lui et l'ex-princesse ces deux dernières années. Il l'avait ensuite expliqué à Heero, mais avait préféré omettre le détail de ses sentiments. Forcément, l'explication avait été un brin plus compliquée puisque Heero ne comprenait pas pourquoi Réléna voyait Duo comme un obstacle alors qu'ils étaient juste amis. Le châtain avait l'impression qu'il n'avait pas été dupe et qu'il savait qu'il ne lui disait pas tout mais il n'avait fait aucun commentaire. Il ne savait pas s'il avait bien fait d'attendre puisque plus il attendrait, plus lui expliquer deviendrait compliqué… Mais à peine quelques heures après le décès de son ex-petite amie, il avait estimé que ce n'était pas le bon moment pour le dire à Heero.
Ils avaient encore eu quelques complications quand Zechs les avait appelés, bien décidé à enquêter sur la mort de sa sœur. Il semblait persuadé qu'ils lui cachaient quelque chose et que sa mort avait été maquillée. A juste titre d'ailleurs. Ils avaient discuté longuement pour savoir s'ils devaient dire la vérité au blond ou s'il valait mieux rester sur la prétendue visite caritative. Ils n'arrivaient pas à trancher sur ce qui serait le mieux pour lui mais Zechs faisant tant de remue-ménage, Quatre avait finit par aller le voir. Il était revenu à Okinawa en début d'après-midi, assez brassé par cet entretient.
Duo lui aussi était un peu brassé à cause de toute l'ampleur que cette affaire avait prise. Il haïssait la jeune femme pour avoir détournée leur rivalité privée en quelque chose qui touchait tout le monde. Et puis il la détestait aussi pour tout ce qu'elle lui avait fait, incluant le fait qu'elle ait essayé de le tuer. Mais d'un autre côté, il se sentait ennuyé de maudire une pauvre femme, relativement dérangée en amour et qui était morte sans presque en prendre conscience. Enfin… Ca le dérangeait un petit peu quoi… Il allait quand même pas lui pardonner d'avoir presque réussi à faire de sa vie un enfer juste parce qu'elle était morte. C'était un peu trop simple à son goût.
Enfin pour le moment il n'y pensait plus trop. Il avait quitté l'hôpital la veille pour revenir à la villa et pour l'instant, il se contentait de fixer Sally avec de grands yeux arrondis et de cligner plusieurs fois des paupières.
- Tu déconnes ?
La jeune femme lui fit un grand sourire.
- Pas du tout Duo.
- Fais-moi voir ça !
Il se précipita vers le dossier qu'elle tenait à la main et le feuilleta rapidement. Un grand sourire étira ses lèvres et il se jeta au cou de Sally en criant de joie. Attirés par les cris, Hilde, Quatre et Wu Fei entrèrent dans le salon.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- On a entendu un éléphant barrir mais on a préféré venir vérifier.
Duo tira la langue à la brunette qui le regardait avec un grand sourire. Toujours accroché d'un bras à Sally, il lui jeta le dossier qu'il tenait à la main.
- Regarde donc ça, Hildie. On verra qui pousse des cris d'éléphants après.
Elle le parcourut lentement, fronçant les sourcils quand elle ne comprenait pas les termes employés, ce qui arrivait assez souvent. Puis, arrivée aux dernières pages du dossier ses yeux s'écarquillèrent et son visage s'illumina.
- Non …?
- Si !
Elle poussa à son tour un cris de joie et se précipita vers lui pour lui sauter dessus. Il réussit tant bien que mal à garder son équilibre alors qu'elle s'agrippait à lui. Quatre et Wu Fei qui n'avaient réussi qu'à lire qu'une petite partie du dossier par-dessus l'épaule de Hilde regardaient la scène sans rien y comprendre.
- Vous pourriez nous expliquer pour qu'on se réjouisse nous aussi ?
- Ca serais assez charitable effectivement.
Sally secoua la tête en regardant Hilde qui avait, semblait-il, décidé de voir si elle pouvait étouffer Duo rien qu'en le serrant dans ses bras. Elle s'approcha des deux laissés pour compte et récupéra le dossier.
- La raison d'un tel enthousiasme est que, les examens sont formels, la toxine présente dans le corps de Duo à cause de injections disparaît à vitesse grand V. A l'échelle de ce qu'on prévoyait bien sûr.
Un grand sourire se dessina sur les lèvres du blond.
- Mais c'est super !
- Et oui. D'autant plus que les lésions sur ses reins ont été réparées à 30 pourcent en l'espace de deux semaines. Donc notre scénario catastrophe à base de dialyse, problèmes cardiaques et autres n'a plus lieu d'être.
Duo et Hilde, toujours scotchés l'un à l'autre, firent chacun un V de la victoire dans leur direction avant de se mettre à parler avec empressement de combien cette nouvelle était bonne. Wu Fei demandait des précisions à Sally quand Trowa et Heero entrèrent à leur tour dans la pièce, attirés par les cris de joies et le remue-ménage que faisaient Hilde et Duo. Quatre leur mis le dossier entre les mains et leur expliqua avec beaucoup d'enthousiasme ce que venait de leur apprendre Sally. Celle-ci justement stoppa un instant sa discussion avec Wu Fei pour s'adresser au natté.
- Au fait Duo. Il faudra qu'on pense à aller chercher tes médicaments contre la raideur musculaire et les crises d'angoisses que t'a provoqué l'arrêt d'injection.
- Ca marche... !
Hilde le fixa d'un air concerné.
- Ah oui, au fait, tu fais toujours des crises de manque ?
Duo lui sourit pour la rassurer.
- Oui mais des petites, et puis elles sont de plus en plus espacées. En plus les médicaments annihilent pas mal des effets gênants. En gros, je ne dois plus me préoccuper que des poussées de fièvres et des grelottements.
L'Allemande parut soulagée.
- C'est bien alors…
Elle lui donna une grande claque dans le dos.
- Franchement, que demander de plus, hein ?
Duo se contenta de répondre par un grand sourire. Pendant que la brunette continuait de lui parler avec animation, son regard glissa lentement vers l'autre bout du salon où un certain Japonais parcourait son dossier médical, en pleine discussion avec Quatre.
Que demander de plus hein ?
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Cela faisait maintenant plusieurs minutes que Heero se retournait dans son lit. La chaleur l'avait d'abord tiré du sommeil, le réveillant alors qu'il était baigné de sueur. Il avait repoussé sa couette du pied et, espérant que ça suffirait à le rafraîchir, il s'était tourné pour se rendormir. Il avait alors dénoté distraitement à ce moment que sa gorge lui semblait un peu sèche. Et depuis maintenant dix minutes, ce petit détail relevé de façon innocente lui titillait le cerveau jusqu'à l'empêcher de dormir. En cette belle nuit étoilée, tout semblait se liguer contre lui. Depuis l'eau de la piscine qu'il entendait crépiter jusqu'à sa langue pâteuse et sa salive collante qui ne parvenaient pas à ré-humidifier sa bouche. Il finit par pousser un soupir énervé et regarda d'un air bougon sa montre. Les aiguilles indiquaient trois heures dix-huit. Il se redressa alors, jugeant qu'il était suffisamment tard pour qu'il puisse espérer se rendormir. Il se leva et sortit de sa chambre d'un pas traînant. Il descendit les escaliers à tâtons, n'allumant aucune lumière pour ne pas être éblouis ni encore plus réveillé qu'il ne l'était. Il se dirigeait vers la cuisine quand quelque chose dans le couloir attira son attention. Par-dessous la porte du salon fermé passait une faible lumière bleutée dont l'intensité variait parfois. Il hésita pendant quelques secondes puis il finit par pousser la porte, s'arrêtant sur le seuil.
A l'intérieur de la pièce, Duo était à moitié allongé sur le canapé, adossé à un des accoudoirs, et tenait un laptop allumé sur genoux. Il était tellement absorbé qu'il ne sembla pas se rendre compte de la présence du Japonais. Celui-ci regarda pendant un moment les orbes violettes bouger avec vivacité, suivant sûrement un texte. Heero finit par refermer la porte un peu brutalement pour avertir le natté de sa présence. Il sursauta et leva la tête, clignant plusieurs fois des yeux pour les habituer à l'obscurité. Un sourire étira finalement ses lèvres.
- Hey… Heero.
Le brun s'approcha de lui.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Duo s'étira, repoussant l'ordinateur.
- Je m'informe… Je voulais savoir ce qui c'était passé dans le monde pendant ces deux dernières années… Quatre a accepté de me prêter son portable.
Heero le regarda d'un air sceptique.
- Tu crois pas qu'il est un peu tard pour ça ?
Le sourire du natté resta accroché à ses lèvres mais ses yeux dévièrent vers le carrelage.
- Ca va. Je ne suis pas fatigué.
- Il est plus de trois heures du matin, Duo. Même si tu ne te sens pas vraiment fatigué il faut que tu dormes.
Duo se mâchouilla consciencieusement la langue, hésitant à répondre.
- J'ai pas sommeil.
Heero se rapprocha.
- Même si tu ne…
- Nan Heero, tu comprends pas. Je suis fatigué. Mais j'ai pas sommeil.
Il posa son coude contre le dossier du canapé et appuya son front contre sa paume, regardant le brun avec un sourire désolé.
- Je peux pas dormir.
Le Japonais resta silencieux un moment puis il s'approcha du canapé. Il s'assit sur l'accoudoir, faisant face au natté.
- Tu fais des insomnies.
Duo fit une grimace.
- Il semblerait.
- Tu as demandé à Sally des comprimés contre ça ?
Il fixa un moment le brun avant de répondre.
- Non…
- Tu devrais. Elle pourrait te donner des somnifères.
- Je sais… Mais j'ai pas envie.
Heero fronça les sourcils tandis que Duo le regardait d'un air blasé.
- Franchement, après tout les médocs qu'on m'a donné ces dernières années… J'ai déjà énormément de mal à avaler mes trois pauvres comprimés par jour. J'arriverai pas à en prendre plus.
Le Japonais soupira.
- Tu devrais lui en parler quand même, des fois que ça serait un effet secondaire à…
- C'est pas la peine. Je sais d'où ça vient. C'est effectivement un effet secondaire mais…
Il fixa le brun avec un sourire en tapotant son crâne.
- Il vient de là.
Heero haussa un sourcil et Duo passa la main dans ses cheveux.
- Je viens de passer deux ans à ne rien faire. Pour le moment, sauf si je tombe de fatigue, la seule idée de passée plusieurs heures allongé à ne rien faire m'horripile atrocement.
Il fit un petit sourire au brun qui sonnait faux.
- Ca me rappelle un peu trop de mauvais souvenirs.
Celui-ci l'observa pendant un long moment sans rien dire avant de hausser les épaules.
- C'est toi qui vois.
- Hum…
Pendant plusieurs minutes ils restèrent plongés dans leurs pensées, puis Duo finit par se tourner vers le brun.
- Et au fait, pourquoi tu es debout toi, Heero ?
Le Japonais le regarda pendant un moment, essayant de se rappeler pourquoi il était descendu au départ. Il finit par rouler des yeux.
- J'étais descendu boire.
- Oh, il y a de l'eau et des verres sur la table si tu veux.
Heero le remercia et il se leva pour se diriger vers la table. Mais en passant à côté du natté, il rencontra des éléments imprévus du fait de l'obscurité. Il se prit tout d'abord les pieds dans le fil du portable, poussa un juron mais réussit à se rétablir. Cependant, en reposant le pied il tomba sur les chaussures du natté et perdit le peu d'équilibre qui lui restait. Duo regarda les évènements se dérouler sous ses yeux sans réussir à faire le moindre geste. Il eut juste le réflexe de repousser encore plus l'ordinateur et essaya d'attraper le brun et de le réceptionner comme il le pouvait. Toutefois il se figea quand il lui tomba dans les bras.
Heero réussit à se raccrocher à l'accoudoir et au dossier du canapé pour ne pas écraser le natté. Une fois que la déstabilisation fût passée et qu'il fût à peu près sûr de son équilibre il essaya d'analyser la situation… Et au passage sa position.
Il avait la tête au-dessus du front du châtain et quelques mèches de ses cheveux lui chatouillaient le menton. Il sentait aussi le nez du natté, écrasé contre son sternum et s'il y avait prêté un peu plus d'attention il se serait rendu compte qu'aucun souffle effleurait sa peau. Cependant, il était plutôt conscient du genou qu'il avait passé entre le corps de l'Américain et le canapé pour retrouver son équilibre et qui faisait que… La taille du natté était étroitement serrée entre ses cuisses.
Il avala difficilement sa salive étrangement collante avant de se relever avec précaution.
- Excuse-moi…
- Pas grave…
Heero s'éloigna du canapé d'un pas curieusement pressé alors que Duo se relevait lentement sur le canapé. Il fixa ses pieds pendant un moment, la bouche entrouverte avant de tourner la tête de façon hésitante vers le Japonais. Celui-ci s'était servi un verre d'eau et le buvait, la tête penchée en arrière et les yeux fermés. Le natté l'observa avec attention boire d'un seul coup le verre entier, devinant l'eau qui passait dans sa gorge et essayant de ne pas trop fixer le mouvement de ses lèvres. Heero finit par éloigner le verre vide de ses lèvres et pencha la tête en avant en prenant une profonde inspiration, ne prenant pas conscience du regard violet braqué sur l'auréole d'eau au-dessus de sa lèvre supérieure. Quand il tourna les yeux vers le châtain, leurs regards restèrent accrochés un long moment. Dans l'obscurité de la nuit, ils ne pouvaient se distinguer que grâce à la faible lumière du portable ou à celle de la lune, reflétée sur les pierres blanches de la terrasse. Ces lumières blanchâtres illuminaient certaines parties de leurs corps, en laissant d'autres dans l'obscurité. Au bout d'un long moment, ils détournèrent tous les deux le regard, Heero reportant son attention sur la bouteille d'eau et Duo fixant ses pieds, les sourcils légèrement froncés.
- Heero… ?
Le brun, buvant un second verre d'eau mais avec moins de précipitation, tourna son regard vers le natté.
- Tu pensais aller te recoucher directement ou… ?
Heero éloigna lentement le verre de ses lèvres et fixa Duo un moment avant de hausser les épaules.
- Pourquoi ?
Les deux yeux violets dévièrent quelques instants sur le carrelage avant de fixer à nouveau le Japonais.
- J'aurais voulu te parler… De certaines choses…
Heero le fixa pendant de longues secondes avant de s'asseoir à moitié sur la table, attendant. Duo passa la langue sur ses lèvres nerveusement et ses doigts s'emmêlèrent dans ses cheveux. Il fixa pendant un moment ses genoux en mordant ses joues, essayant de contrôler l'angoisse qui menaçait de lui manger le ventre. Il prit encore quelques secondes pour être sûr que sa voix ne craquerait pas quand il se mettrait à parler puis il se redressa et posa le coude sur le dossier du canapé, observant le brun.
- Tu te souviens quand à l'hôpital tu m'as parlé d'un de tes rêves ?
Le Japonais hocha la tête.
- Pourquoi tu m'as demandé ça ?
Heero l'observa minutieusement, semblant chercher ses mots en même temps.
- Ce rêve… Etait vraiment bizarre. J'étais persuadé que c'était un rêve parce que tu agissais de façon normale alors qu'à l'époque tu étais encore sous l'effet des injections… Mais ce jour là à l'hôpital, je me suis souvenu de ce rêve et… J'ai eu une impression bizarre. L'impression d'avoir manqué quelque chose, d'avoir oublié un détail.
Il secoua la tête.
- Mais c'était juste une impression. Ce rêve était vraiment bizarre, c'est peut-être à cause de ça que…
Il ne finit pas sa phrase et se contenta de hausser les épaules.
- Désolé de t'avoir embêté avec ça…
- C'est moi qui suis désolé Heero.
Duo le regardait avec un regard gêné et un petit sourire d'excuse étirait sa bouche. Il se mordit les lèvres, comme pour trouver le courage de continuer.
- Je t'ai menti. Ce n'était pas un rêve.
Heero ne bougea pas, se contentant de le fixer en silence. Le natté essaya de calmer les battements de son cœur qui prenait de la vitesse. Il aurait préféré que le brun lui pose des questions ou s'insurge plutôt que de le laisser seul avec ce silence pesant.
- Je suis désolé de t'avoir menti ce jour là mais… Je venais de me réveiller et je crois que… Tu m'as pris un peu de court. J'ai préféré repousser un peu l'échéance des explications.
Heero s'assit complètement sur la table, posant un de ses pieds sur une chaise.
- Pourquoi tu es venu dans ma chambre ?
Duo ne put retenir un sourire, rendu un peu trop nerveux par la situation.
- Et bien… Je ne sais pas trop…
Le brun continuait de le fixer sans mot dire.
- Je pense que je rêvais… Je veux dire, je ne pense pas que j'étais vraiment conscient de ce que je faisais.
Il passa la main dans ses cheveux.
- Réléna était venue me voir la veille et… Je pense que son passage m'avait pas mal remué. J'ai dû remuer ça dans ma tête toute la nuit et… Je ne voulais pas rester comme ça. Je ne voulais pas finir ma vie comme un légume. Je voulais me remettre à bouger… D'ailleurs c'est à partir de ce moment vraiment que j'ai commencé à me battre contre le produit…
Il resta silencieux un moment, le regard perdu sur le carrelage.
- Enfin… Je crois qu'au matin, l'injection du soir n'avait plus beaucoup d'effet et… Je devais tellement être obnubilé par l'idée de bouger à nouveau par moi-même… Que lorsqu'elle n'a plus vraiment fait effet, je suis venu te voir.
Heero posa son coude sur son genou et appuya son visage dans sa paume.
- Pourquoi tu ne m'as pas parlé à ce moment des injections ?
Duo fronça les sourcils pendant quelques secondes, semblant réfléchir sérieusement à la question.
- Je pense que… Je n'avais pas conscience que c'était réel. Tu sais, ce n'est pas pour rien que j'ai mis neuf heures à me réveiller à l'hôpital, la toxine m'embrouillait incroyablement le cerveau. Je pense qu'il me fallait au moins vingt heures après la dernière injection pour que je puisse à peu près avoir les idées claires. Quand je suis venu te voir, j'ai dû penser qu'il s'agissait d'un rêve.
Heero ne répondit pas immédiatement, se contentant de le fixer.
- Tu m'as fait quoi ?
Duo fronça un sourcil.
- Hein ?
- J'étais persuadé que c'était un rêve parce que tu étais juste à côté de moi et que la seconde d'après tu avais disparu et que nous étions plusieurs heures après. Qu'est-ce que tu m'as fait pour que je perde connaissance ?
Le natté le regarda les yeux écarquillés avant de cligner des paupières,et de baisser la tête.
- Oh… Oui… Je crois que je me souviens… Je suis désolé…
- Tu m'as fait quoi ?
Duo le regarda avec un petit sourire forcé et pointa son cou.
- Wu m'avait appris un jour quelques techniques de son clan pour neutraliser un ennemi quand on est désarmé.
Il étouffa un éclat de rire.
- Je pense qu'il ne devait pas trop avoir confiance en mes capacité… Quoi qu'il en soit il avait une technique très intéressante qui consistait à appuyer sur un shiatsu du cou avec l'annulaire, couper une des artères menant au cerveau avec le majeur et presser un nerf avec l'index. Le résultat est assez spectaculaire, plusieurs heures d'inconscience pour la victime.
Il haussa les épaules en regardant le brun d'un air désolé.
- Et si tu te souviens… J'avais les mains sur ton cou…
Heero ne cilla pas.
- Je suis vraiment désolé… J'étais complètement dans mon délire et… Je ne me rendais vraiment pas compte de ce que je faisais…
Le Japonais le fixa sans rien dire pendant un long moment puis il finit par hocher la tête. Un long silence s'installa entre eux, Duo tritura longuement le tissu de son pantalon avant de craquer.
- Tu ne dis rien ?
- Je suis censé dire quelque chose ?
Le châtain appuya son menton contre le dossier du canapé.
- Ben… Oui il y aurait bien des choses que tu pourrais dire.
- Comme ?
- Comme me demander pourquoi je t'ai embrassé ce matin-là. Par exemple, hein…
Le regard bleu lâcha le carrelage pour fixer longuement Duo. Heero finit par se redresser, appuyant ses mains derrière lui.
- Tu l'as dis toi-même, tu te rendais pas vraiment compte de ce que tu faisais.
Si Duo avait essayé d'imaginer toutes sortes de réponses à sa question, celle-ci ne faisait sûrement pas partie de son répertoire. Il hésita entre écarquiller des yeux ou soupirer de frustration. Il se contenta finalement de laisser errer son regard sur le sol carrelé, les bras repliés sur le haut du canapé et le menton posé sur ses poignets.
- Heero…
- Hm ?
Le fait qu'il ne semblait n'y avoir ni rancœur, ni colère contenue dans la voix du brun rassura le natté. Il avait déjà suffisamment de mal à trouver le courage pour continuer à parler sans qu'il faille en rajouter non plus. S'aventurer sur ce terrain-là avec un Heero énervé n'était vraiment pas ce qu'il voulait.
- J'avais l'esprit embrouillé ce matin là, ok… Mais tout ce que je t'ai dit était vrai.
L'attitude du brun ne changea pas.
- Tu sais…
Duo mordilla pendant quelques secondes l'ongle de son pouce avant de prendre une profonde inspiration.
- Tu sais, je crois que je suis amoureux de toi…
Heero cligna plusieurs des yeux, sans quitter le châtain des yeux, comme s'il prenait peu à peu conscience de cette information.
- Non… Non… Non !
Duo avait les sourcils froncés et secouait la tête. Sa bouche était pincée et il s'était redressé sur le canapé, fixant un point sur le cuir.
- C'est pas ça… C'était pas comme ça que je voulais le dire… J'ai pas…
Il releva la tête et planta dans les deux yeux bleus un regard décidé.
- Il y a pas de « je crois ». Je suis amoureux de toi. Je le sais.
Il continua de regarder Heero avec un regard ferme, attendant une quelconque réaction. Le Japonais l'observa pendant un long moment, puis il baissa la tête pour examiner le verre qu'il tenait dans ses mains. Au bout de quelques minutes, il le reposa sur la table, faisant vibrer le verre dans le silence. Il finit par joindre ses mains et hocher lentement la tête. Le regard décidé du natté vacilla un peu alors qu'un bloc de glace tombait dans son estomac. Il lâcha le brun du regard et passa nerveusement la main dans ses cheveux. Les minutes s'écoulèrent en silence, chacune devenant un peu plus insupportable pour Duo. Il finit par passer la langue sur son palais pour ré-humidifier sa bouche avant de parler.
- C'est pour ça qu'il y avait cette relation entre moi et Réléna…
Heero releva enfin son regard vers lui.
- Elle était au courant…
- Je me demande qui n'était pas au courant Heero…
Un éclat de rire qui sonnait faux échappa au natté.
- J'étais très transparent je pense… Surtout quand elle était dans les parages…
Le brun continuait à le fixer avec calme.
- Ca date alors ?
- Un peu oui… Vers la fin de la guerre…
Duo laissa le regard bleu le scanner avec minutie en essayant de ne pas trop se tendre.
- Pourquoi vous en êtes venu à une telle relation, elle et toi ?
Le sourire du châtain s'évapora.
- C'était pas voulu… En tout cas moi je ne voulais pas que ça tourne comme ça… Et je pense que elle non plus, au début.
Duo se laissa un peu aller en arrière, s'adossant à l'accoudoir.
- Je pense que… Quand elle a su, elle n'a pas compris. Je crois que pour elle, ça n'a pas été concevable que tu puisses finir avec moi. Elle ne devait sûrement pas imaginer déjà que tu puisses être avec une autre femme… Mais alors, avec un homme… Je pense qu'elle ne le concevait pas.
Un petit sourire crispé étirait les lèvres du natté.
- Alors, à force de retourner le problème dans sa tête… Elle a dû en arriver à la solution que tu ne pourrais pas être heureux avec quelqu'un d'autre, et surtout moi… Et que donc, pour toi, elle se devait de faire en sorte que vous finissiez ensemble.
Il haussa un sourcil.
- Alors évidemment son raisonnement ne me convenait pas.
Duo laissa passer quelques secondes puis il soupira.
- Après je n'en suis pas sûr… Mais je sais qu'elle m'a souvent dit qu'elle seule pouvait te rendre heureux alors, je suppose que son raisonnement devait ressembler à ça.
Il tourna son regard vers le brun.
- Mais en tout cas, même si nous étions forcément en rivalité vus nos sentiments, je n'ai jamais voulu que ça tourne… Comme ça…
Heero acquiesça lentement. Puis il cligna des yeux, semblant prendre conscience de quelque chose.
- Mais alors tu es gay ?
Duo fut un peu décontenancé par la question et s'il réussit à ne pas éclater de rire, il ne put retenir un sourire.
- Et bien… On dirait que oui.
Heero ne répondit pas, se contentant de fixer Duo. Puis il finit par détacher son regard de lui, baissant légèrement la tête et observant ses mains jointes. Cette fois le silence dura. Duo ne savait plus quoi faire, quoi dire, pour lutter contre ce silence qu'il trouvait si pesant. Il n'avait plus rien à rajouter, Heero savait tout. Et puis il n'était pas sûr qu'il faille rajouter quelque chose. Peut-être fallait-t-il maintenant qu'il le laisse réfléchir à tout ce qu'il venait de lui dire. Qu'il comprenne, qu'il fasse le tri dans les informations, qu'il s'interroge lui-même avant de répondre. Duo s'était donc résolu à se taire et passait ses nerfs tendus à l'extrême sur son ourlet de pantalon qui risquait de ne pas faire long feu à la vitesse à laquelle il arrachait les coutures. Enfin, Heero finit par descendre de la table après plusieurs heures d'attente pénible pour le natté. Ou bien était-ce seulement cinq minutes ? Il replaça la chaise correctement et se tourna vers Duo.
- Je suis censé répondre quelque chose ?
Le châtain le regarda sans rien dire pendant de longues secondes puis il finit par secouer la tête, un semblant de sourire aux lèvres.
- Non, tu n'es pas obligé.
Heero acquiesça et s'éloigna du canapé.
- Bonne nuit alors.
Duo le regarda actionner la poignée de la porte.
- Bonne nuit Heero.
Le Japonais sortit et referma la porte derrière lui. Le natté la fixa pendant quelques secondes avant de se laisser tomber en arrière, poussant un profond soupir. Il fixa le plafond, le regard un peu triste. Ca n'était pas si mauvais que ça. Heero ne l'avait pas blâmé. Il n'avait pas eu l'air dégoûté, ni en colère. Il ne l'avait pas accusé d'avoir tenu une part dans l'affaire avec Réléna. Ou tout du moins une trop grande part. Il ne lui avait pas dit qu'il l'avait trahi, non il semblait avoir gardé sa confiance en Duo. Heero n'avait eu aucune réaction excessive.
Ou plutôt, Heero n'avait pas eu de réaction du tout. Enfin si… Un peu… Quand on connaissait bien Heero, quand on savait bien regardé, on pouvait voir qu'il avait quand même réagi. Un peu…
Duo ne s'attendait pas à ce que ce soit facile. Il ne s'attendait pas à ce qu'il lui saute dessus en lui disant que c'était réciproque. Il avait quelques espoirs mais il n'était pas utopiste non plus. Mais il espérait qu'il lui parle. Qu'il lui dise si ça le chamboulait, si ça le touchait, si ça lui faisait quelque chose. Pas qu'il fasse comme si c'était rien. C'était pas rien ! C'était ses sentiments ! C'était quelque chose d'important !
Et le pire dans tout ça, c'était qu'il l'avait laissé partir. Il l'avait laissé s'en aller sans répondre. Encore que non… Une réponse il n'en attendait pas. Pas pour le moment. Il préférait qu'il y réfléchisse bien avant. Mais que au moins, il lui dise ce que ça lui faisait.
Un « wow !». Un « putain… ». Un « la vache… ». Pourquoi pas même un « je ne me serais pas imaginé que… ». Oui, ça d'accord.
Mais un « bonne nuit » ? Nan là c'était un peu abusé quand même.
Le pire c'était qu'il savait même pas à qui en vouloir le plus. A Heero pour avoir eu le culot de partir comme ça ? Ou à lui pour l'avoir laisser partir ? Pour lui avoir donné la permission même !
Il pouvait peut-être essayer de mettre ça sur le dos à Réléna… Ca marchait pas mal en ce moment… Dès que quelque chose lui plaisait pas, il mettait ça sur le compte de Réléna et de ce qu'elle lui avait fait. Ca marchait pas mal n'empêche…
Et pour ce soir il allait au moins lui falloir un truc comme ça pour espérer s'endormir. Et encore, il n'avait vraiment pas beaucoup d'espoir de trouver le sommeil.
Il soupira et croisa les bras sur son visage.
A l'étage du dessus, allongé sur son lit, un Japonais regardait fixement son plafond, les bras replié sur la nuque.
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La journée avait sûrement dû être passablement atroce pour Duo. Enfin, tout du moins, c'était l'impression qu'avait eu Quatre. D'un point de vue extérieur, le natté pouvait paraître simplement de mauvaise humeur. Simplement un peu trop fatigué. Simplement mal luné. Mais quand on connaissait bien Duo, et qu'on savait remarquer certains détails, on pouvait commencer à douter. Il y avait par exemple le fait que, si il était effectivement d'une humeur explosive, il changeait dès l'arrivée d'un certain Japonais, devenant subitement sec. Mais bon, après tout peut-être que sa présence avait un effet bénéfique sur Duo et qu'elle tempérait son humeur. D'un autre côté, il y avait aussi le fait que ses échanges avec Heero se bornaient à de la pure politesse et rien de plus. Mais peut-être qu'il limitait simplement ses échanges avec lui pour ne pas le faire profiter de sa mauvaise humeur. Oh, et il y avait aussi la coïncidence étrange qui faisait que l'humeur du natté était bien plus massacrante après un passage du brun. Mais après tout c'est peut-être… Hm… Juste une coïncidence vraiment… Vraiment sans aucun rapport… De même que le fait que Heero se retrouve subtilement toujours à un autre endroit que l'Américain ne voulait peut-être rien dire.
Tout cela ne voulait peut-être rien signifier… Mais très honnêtement… Aucun des habitant de la villa n'était suffisamment aveugle ou naïf pour y croire.
Ils avaient tout de même décidé de faire comme si de rien. Peut-être par délicatesse. Peut-être pour ne pas être ceux qui allaient se manger les foudres de l'un ou de l'autre en pleines dents.
Et après avoir gardé un œil sur le châtain toute la journée, Quatre en était sûr : il avait passé une journée ignoble. Surtout quand il était venu lui annoncer peu après le repas qu'il avait besoin de son portable et qu'il ne pouvait pas lui prêter pour la soirée. Il avait vu la bouche du natté s'étirer dans une moue dépitée et avait réfléchit à toute vitesse. Il avait lancé plein d'espoir qu'il pouvait toujours emprunter celui de Wu Fei ou celui de Heero. Quatre s'était mordu fortement la langue pour sa gaffe et essayait de garder un visage impassible alors que le visage de Duo s'allongeait lentement son ses yeux. Et finalement avant qu'il ne réponde, il lui avait proposé d'aller leur demander pour lui.
Assit sur un fauteuil dans sa chambre, Quatre poussa un profond soupir. Il était plus d'une heure du matin et il venait de finir de relire un contrat. Il fixa le petit écran blanc, pensif. Le portable de Wu Fei n'étant pas programmé pour la connexion net de l'île il avait dû donner à Duo celui de Heero. Le natté avait un gros effort pour paraître naturel en prenant l'ordinateur mais Quatre n'avait pas été dupe. Il ne savait même pas si il s'en était servi finalement.
Il ne savait pas exactement ce qui c'était passé entre eux mais il se sentait désolé pour Duo.
Oui bordel il y avait parti pris ! Il s'entendait très bien avec Heero mais il avait toujours eu plus d'affinité avec Duo. Alors oui, il y avait favoritisme.
Il poussa un deuxième soupir et sursauta quand il sentit deux bras passer sur ses épaules avant de descendre sur ses bras.
- Quatre… Il est tard…
Un sourire désolé étira les lèvres du blond.
- Excuse-moi… La lumière t'empêche de dormir ?
Deux lèvres effleurèrent son cou et remontèrent vers son oreille.
- Tu m'empêches de dormir à ne pas être là.
Quatre se mordit consciencieusement les lèvres pour essayer de retenir un sourire alors que la bouche repartait dans son cou.
- J'ai fini. J'éteins le portable et j'arrive.
- Je t'attends alors.
Les lèvres et les deux bras s'éloignèrent du corps de l'Arabe. Quatre prit une profonde inspiration et tendit la main pour éteindre son ordinateur quand quelque chose lui tomba sur la tête. Il se figea et un grand sourire éclaira son visage alors qu'il reconnaissait la texture du débardeur de Trowa. Il attrapa le vêtement, le faisant glisser de sa tête, rabaissa l'écran de l'ordinateur et se leva, passant lentement la langue sur ses dents.
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A quelques chambres de là, Heero, allongé sur son lit, regardait fixement son plafond. Cela faisait plusieurs heures qu'il restait là, sans bouger, à réfléchir à certaines choses. Notamment une. Une qui lui tarabiscotait furieusement le cerveau. Une question, qui à cette heure de la nuit pouvait être considérée comme vitale. Heero Yuy, se demandait s'il devait descendre boire ou pas.
D'un côté, il mourrait de chaud, encore plus que la veille puisque le repas qu'ils avaient pris était extraordinairement salé. D'un autre côté, est-ce qu'il fallait vraiment qu'il prenne le risque de descendre ? Ce n'était pas qu'il n'avait pas envie de croiser Duo. Mais plutôt qu'il lui semblait évident que lui n'avait pas envie de le croiser. Il le concevait, mais sans le comprendre vraiment. Après tout, il avait demandé la permission avant de partir sans rien dire.
Un air chaud et collant s'engouffrant par la fenêtre ouverte mit fin à ses réflexions. Il repoussa du pied les couvertures et se leva. Après tout, il n'était pas obligé de le croiser. Il descendit donc une nouvelle fois les escaliers dans l'obscurité et se dirigea vers la cuisine. Il avala successivement deux verres d'eau et s'en servis un troisième. Il s'apprêtait à remonter, passant silencieusement devant la porte du salon fermée quand une baie vitrée ouverte attira son attention. Il hésita un instant puis sortit. Une petite promenade au clair de lune le rafraîchirait peut-être suffisamment pour qu'il puisse enfin s'endormir. Et puis si ça ne suffisait pas, il y avait toujours la piscine. Il se promena donc pendant plusieurs minutes sur la pelouse, finissant son troisième verre et le posant sur une table avant de longer la maison pour se diriger vers la piscine. Alors qu'il s'apprêtait à passer l'angle il s'arrêta. Jouait-il de malchance ou… ? Ou bien le natté jouait-il de malchance ?
A quelques mètres de lui, le châtain était assis un bord de la piscine, un pied dans l'eau et son ordinateur sur le genoux, semblant très concentré par ce qu'il faisait. Une longue rallonge sortait d'une des fenêtres de la maison pour alimenter les batteries du portable. Heero hésita pendant quelques secondes. Avant de descendre, il avait pris la décision de ne pas le croiser. Et puisqu'il ne semblait pas l'avoir vu, il pouvait encore faire demi-tour. Pourtant, quelque chose le titillait : la position ô combien dangereuse pour l'ordinateur. Et accessoirement pour l'Américain. Il finit par s'approcher.
- Tu devrais t'éloigner de l'eau.
Le natté leva brutalement les yeux vers lui.
- C'est dangereux, tu pourrais faire tomber mon portable. Et puis tu pourrais t'électrocuter.
L'Américain le fixa pendant un long moment d'un regard presque blasé puis un sourire étira ses lèvres. Il sortit lentement son pied de l'eau. Heero acquiesça et il se dirigea vers une des baies vitrées entrouvertes pour rentrer dans la maison.
- Merc…
Un bruit d'eau l'interrompit et il se retourna juste à temps pour voir son laptop couler au fond de la piscine. Il cligna des yeux plusieurs fois et regarda le châtain qui le fixait avec un grand sourire railleur, une lueur ironique au fond des yeux. Il fronça un sourcil.
- …Tu n'es pas…
Le jeune homme se releva, son sourire toujours accroché aux lèvres.
- Pas Duo ? Elémentaire mon cher…
Il débrancha la rallonge et laissa le fil de l'ordinateur couler au fond de l'eau.
- Encore qu'on pourrait se demander qui est « Duo », mais ma foi, c'est une autre histoire…
Heero fronça lentement les sourcils.
- Pourquoi tu as fait ça ?
Le natté le regard alors d'un air très concerné.
- J'avais très envie de t'emmerder.
Heero haussa un sourcil.
- Et est-ce que je peux savoir pourquoi ?
Le jeune homme se mit à marcher le long de la piscine.
- Tu me bouffes…
Il mit les mains dans ses poches et grimaça d'un air profondément ennuyé.
- Duo est complètement paumé depuis la nuit dernière, et c'est très agaçant. Et comme c'est de ta faute, je me venge sur toi.
- Pourquoi ça serait de ma faute ?
Le châtain fronça les sourcils.
- Tu te fous de ma gueule ?
- Je ne l'ai jamais forcé à me dire tout ça.
Le jeune homme prit un air mauvais. Il se rapprocha du brun et le saisit par ses vêtements.
- Mais bordel t'es vraiment à la ramasse toi !
Le Japonais le regarda d'un air désintéressé.
- Bien sûr que tu ne l'as pas forcé à te dire ça ! Bien sûr que tu n'es pas obligé de lui répondre ! Mais enfin bordel quand quelqu'un te fait une déclaration, le bon-sens veut quand même qu'on lui réponde ! Est-ce que t'as la moindre idée de combien tout ça le brasse ?
Les yeux du brun s'entrouvrirent un peu plus.
- Tu te sens concerné par lui ?
Le natté plissa les yeux avant de le lâcher.
- Bien sûr que je me sens concerné par lui. On est ensemble, tout le deux dans un même corps. Et cet idiot ne sait jamais s'occuper de sa vie correctement.
Il avait dit tout ça d'un air détaché mais une grande fierté ressortait du ton de sa voix. Il regarda Heero d'un air dédaigneux.
- Et franchement, je me demande bien ce qu'il te trouve…
Il le reluqua de la tête au pied sans grand intérêt.
- Alors plutôt que de le laisser brasser tout ça dans son coin, si tu pouvais rapidement mettre fin à ses espoirs. Ca m'arrangerait beaucoup de pouvoir recommencer à vivre normalement le plus rapidement possible.
Heero l'observa lentement, essayant de décrypter le sens derrière les mots du natté puis son visage s'allongea et il le dévisagea longuement.
- Tu es amoureux de lui ?
Les deux yeux violets s'arrondirent et une grimace de dégoût apparut sur le visage du châtain.
- Ca va pas, toi ?!
- T'as l'air de te sentir très concerné par lui donc…
Il s'approcha de lui d'un air menaçant.
- Il est moi. Je suis lui. On est une même entité divisée en deux et bloquée dans un même corps.
Il secoua la tête.
- Putain je peux pas croire que tu supposes ça ! J'aurais l'impression d'être amoureux de mon frère, ou pire, de moi-même ! What the… You're insane !
- C'est bon, du calme… C'était juste une question…
L'Américain le regarda d'un air mauvais avant de s'éloigner de lui.
- Ouais ben t'es gentil, la prochaine fois tes questions, tu te les gardes…
Heero soupira.
- T'es plutôt nerveux comme type…
- Ooh, grande nouvelle, je ne suis pas comme lui. Etrange pour un cas de personnalité multiple, non ?
Le Japonais haussa un sourcil d'un air dédaigneux et le châtain lui montra son majeur. Heero secoua la tête et s'approcha du bord de la piscine pour observer son ordinateur au fond de l'eau.
- Et tu faisais quoi sur mon portable ?
- Je regardais des sites pornos gay.
Il ferma les yeux pendant quelques secondes avant de tourner son regard vers le jeune homme qui le regardait avec un sourire.
- Tu es aussi gay ?
- Il semblerait… Et finalement ce n'est pas plus mal, ça aurait été difficilement vivable si nous n'avions pas eut les mêmes inclinaisons.
Le châtain regardait ses ongles avec intérêt, ne s'arrêtant pas de sourire.
- Au fait, je crois que je me suis choppé un virus parce qu'à chaque fois que je lançais une nouvelle page, j'avais comme page d'accueil un portail vers divers sites pornos.
Heero ferma les yeux pendant plusieurs secondes, prenant une profonde inspiration.
- De toute manière je me demande à quoi pourra me servir mon ordi après le bain que tu lui as donné.
- Hm… Oh ! Si tu arrives à sauver un peu le disque dur, tu trouveras sûrement de bonnes images dans les fichiers temporaires. Peut-être même quelques vidéos.
- Ca ira, merci…
Un sourire railleur étira les lèvres de l'Américain.
- Je voulais te faire un dossier spécial avec les meilleurs images mais je n'en ai pas eu le temps puisque tu…
- C'est bon… ! Ca va… !
Le sourire du jeune homme s'agrandit un peu plus.
- Oh moi je dis ça, je dis rien hein… Si le sexe te mets mal à l'aise il faut me le dire…
Heero aussi un sourcil.
- Ca ne me mets pas mal à l'aise. Mais tu n'es sûrement pas la première personne avec qui j'ai envie d'en parler.
Le châtain s'adossa au mur, près de la baie vitrée.
- Oh ? Et qui est la première personne alors ?
Heero roula des yeux, agacé.
- Je vais me coucher…
Il s'éloigna de la piscine, et dirigeant vers la baie vitrée entrouverte.
- C'est ça… Oh, et puis tu sais Heero… C'est pas grave si tu as problème avec le sexe. Ca arrive que certaines personnes restent bloquées à un certain stade. C'est un peu navrant mais ça arrive…
Heero qui s'apprêtait à rentrer dans la maison tourna la tête pour le regarder. Un grand sourire étirait les lèvres du natté. Il l'observa un moment puis un sourire se dessina aussi sur ses lèvres. Le jeune homme cligna des yeux devant ce sourire mais n'eut pas le temps de faire autre chose. En une demi-seconde, Heero s'était approché de lui, maintenant son menton d'une main et, plaquant son épaule contre le mur de l'autre, il se colla à lui en pressant ses lèvres contre les siennes. Dans un premier temps, le châtain ne réagit pas, trop sonné pour penser à faire quoi que ce soit. Mais quand une langue insolente glissa entre ses lèvres il se raidit et leva le poing gauche pour frapper le brun. Si Heero se saisit de son poignet avant qu'il n'ait pu le toucher, le baiser au moins cessa. Le tenant toujours fermement contre le mur, il se pencha vers son oreille, un sourire aux lèvres.
- Bonne nuit…
Le Japonais le lâcha et rentra dans la maison. Toujours adossé au mur, le natté reprenait lentement sa respiration, la mâchoire crispée, jetant un regard courroucé à l'endroit où avait disparu le brun. Il finit par lever la main, attrapant un bac de pots de fleurs à la fenêtre et le précipita vers le sol. Les pots en terre se brisèrent de façon sonore en rencontrant le sol. Il finit par se détacher du mur, longea la piscine et s'éloigna dans le jardin, les mains enfoncées au fond des poches, l'ai profondément irrité. Le sourire de Heero s'élargit au bruit de la casse. Cette personne là était définitivement quelqu'un de nerveux.
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Le lendemain, Heero ne croisa pas l'Américain de toute la matinée. Pourtant il avait passé tout son temps dans le salon à essayer de sauver quelques données de son portable, s'aidant des ordinateurs de Quatre et Wu Fei. Peut-être qu'il l'évitait encore… Ou alors peut-être était-ce parce que lui, ou son double diabolique… Enfin peut-être pas diabolique, mais en tout cas nerveux, avait jeté son portable dans la piscine. Peut-être aussi que ça lui avait fait bizarre qu'il « discute » avant son autre personnalité… Quoi que ce fut, le brun ne s'en préoccupa pas vraiment pendant toute la mâtinée.
Ce n'est que vers onze heures et demi, lorsqu'il décida qu'il ne pouvait rien faire d'autre pour son ordinateur, qu'il quitta la pièce. Entendant de l'agitation venant de la cuisine il s'y dirigea pour proposer éventuellement son aide à la préparation du repas. Quand il rentra dans la pièce, tout était parfaitement normal. Wu Fei et Hilde devant la gazinière se disputaient, critiquant tour à tour la manière qu'avait l'autre de faire cuire les aliments. Assis à la table, Duo et Quatre coupaient des légumes en riant tellement aux éclats devant les disputes des deux autres qu'on pouvait se demander si les larmes étaient vraiment dues aux oignons. Enfin, Sally supervisait les opérations, lavant un peu de vaisselle quand il y en avait. Et puis la scène changea.
Duo essuya une larme de son poignet et, relevant le visage, il s'aperçut de la présence du brun. Son sourire s'évanouit et ses traits se figèrent. Il se leva, faisant racler sa chaise sur le sol, passa ses mains sous l'eau, les essuya et sortit de la cuisine sans un mot, bousculant le Japonais au passage. Heero le regarda s'éloigner dans le couloir avec des yeux ronds. Quand il reporta son regard vers la cuisine, tout le monde le fixait d'un regard interrogateur. Il se contenta de hausser les épaules pour toute réponse. Quatre fronça les sourcils et lui fit signe de suivre le natté de la main. Heero poussa un soupir puis il sortit de la pièce et se dirigea vers le jardin. Il retrouva Duo debout au milieu de la pelouse. Il s'approcha de lui, les mains dans les poches.
- Hey…
- Dégage…
Il haussa un sourcil.
- Il y a un truc que je saisis pas… C'est à toi qu'on a jeté l'ordinateur dans la piscine ou à moi ? Parce que vu ta réaction je commence à avoir un doute.
Duo lui lança un regard mauvais avant de soupirer et de commencer à s'éloigner. Le Japonais le rattrapa par le bras.
- Duo…
- Ne me touche pas !
Le natté fit soudainement volte-face et son poing heurta durement la joue du brun. Heero le lâcha et recula d'un pas pour retrouver son équilibre, portant la main à sa joue. Duo le fixait d'un œil courroucé.
- Est-ce que je peux au moins savoir pourquoi j'ai reçu ce coup de poing ?
- Putain mais tu le fais exprès ?!
Devant le regard vraiment interrogatif du Japonais, Duo se sentit encore plus énervé.
- S'il te plait ne me dit pas que tu ne t'en rend même pas compte…
- Je pourrais savoir de quoi je suis accusé ? Juste à titre informatif, hein…
Le regard violet devint dangereusement noir. Il posa lentement ses mains sur ses hanches, fixant le brun presque sans ciller.
- De quoi t'es accusé ? T'es accusé de ne pas me répondre quand je te dis que je t'aime. T'es accusé de me laisser dans un putain de doute pendant toute une nuit et toute une journée. Mais par dessus tout t'es accusé de l'embrasser lui après m'avoir fait tout ça !
Heero cligna des yeux.
- Bordel mais est-ce que tu imagines seulement, combien je me suis torturé tout hier ? Je savais pas comment penser, je savais pas comment agir, je savais pas ce que j'étais sensé faire ! Tu ne m'as donné aucune indication ! T'es parti sans rien dire et je devais juste dealer avec tout le reste ! Et lui à peine tu le croises que tu lui roules un patin !
Duo secoua la tête.
- Putain je sais pas ce que je t'ai fait, mais je méritais pas ça…
Le regard du châtain, bien que toujours aussi noir avait quelque part un éclat blessé.
- Je ne méritais pas qu'à moi, tu ne me répondes pas alors qu'à lui, tu lui files un baiser…
Heero continuait de le fixer sans rien dire. Duo soutint son regard un moment puis il finit par secouer la tête, il fit demi-tour et s'éloigna sans se retourner. Il traversa le jardin jusqu'aux arbres qui clôturaient la pelouse. Il se faufila entre eux et continua à avancer, sans vraiment regarder où il allait. Quand il s'arrêta, la proximité de la mer, qu'il pouvait d'ailleurs apercevoir en arrière-plan, avait fait diminué la végétation autour de lui et rendu le paysage plus aride. Il alla s'asseoir au pied d'un arbre, frappant du pied la terre sèche et les cailloux. Il ramena ses genoux entre ses bras et fixa l'horizon, les sourcils froncés. Il resta ainsi pendant un long moment.
- Imbécile…
- Ha, tais-toi, toi ! Je suis aussi énervé contre toi !
- N'importe quoi…
Duo fronça un peu plus les sourcils.
- Franchement, tu avais besoin de le laisser faire ? Tu pouvais bien le repousser !
- Honnêtement, il m'a pris par surprise.
- C'est ça…
- Je ne faisais que le taquiner, je ne pensais pas qu'il réagirait ainsi.
Duo soupira d'un air agacé.
- Quel beau résultat…
- Oh arrête… Tu sais que je ne suis pas intéressé par lui…
- Ben pour quelqu'un de pas intéressé je trouve que t'as vachement apprécié le baiser…
- Oh je t'en prie !
Le natté grimaça en faisant un vague geste de la main.
- Ne me dit pas que tu le nies ?
- Je ne nies pas qu'il embrasse bien. Mais je n'étais pas plus enthousiasme que ça.
- Mettons…
- En tout cas je n'étais certainement pas aussi extatique que lorsqu'il t'a embrassé toi quand on était encore sous camisole chimique.
Duo cligna des yeux.
- Je n'étais pas extatique !
- Tu parles… T'étais intenable. Je le sais j'étais bloqué à l'intérieur avec toi.
- De toute manière cette période où on était tous les deux dedans est floue pour l'un comme pour l'autre alors arrête de raconter n'importe quoi !
Un rire moqueur s'échappa de la bouche du châtain.
- C'est ça…Quoi qu'il en soit, tu es un abruti.
- Et est-ce que sa grandiose majesté veut bien m'expliquer pourquoi elle me trouve si stupide ?
- Ta réaction. C'était stupide et sans aucun sens.
Duo s'étrangla.
- Stupide ? Bordel il me laisse sur le carreau et toi il t'embrasse ! Je suis censé réagir comment ?
- T'es censé le comprendre. C'est toi qui es amoureux de lui, c'est toi qui devrais le comprendre le mieux.
- J'ai jamais entendu un raisonnement aussi stupide…
Le natté soupira de frustration.
- Oh arrête d'agir comme un enfant Duo, ça finit par être agaçant…
- Et je suis censé faire quoi ?
- T'es censé comprendre qu'il n'est absolument pas intéressé par moi ! T'es censé te rappeler que c'est toi qu'il a embrassé quand on était sous camisole chimique ! T'es censé te rappeler que c'est lui qui t'a pris dans ses bras ce matin où il croyait qu'il rêvait ! T'es censé comprendre que si il t'a questionné à propos de ce rêve, c'est parce que ça l'a travaillé !
Le visage de Duo se décomposa lentement.
- Oui mais…
- Non ! Pas de « mais » Duo !
- …
- Bordel il m'a embrassé pour me faire chier ! Je ne saisis même pas pourquoi tu ne l'as pas compris ! Tu me connais bon sang pourtant, non ? Bien sûr que tu me connais, on vient de la même personne ! Tu sais qu'il n'y avait aucune autre chose qui pouvait plus me faire chier que ça à ce moment là !
Les sourcils du châtain étaient froncés.
- Je ne comprends même pas pourquoi tu es énervé Duo !
- Oh vraiment ?
- Moi aussi j'étais énervé parce qu'il ne t'avais pas répondu. Bordel c'est pas pour rien que j'ai foutu sa machine à l'eau ! Mais enfin Duo, tu devrais être content.
Les yeux de Duo s'arrondirent.
- Content ?
- Je l'ai provoqué. J'ai jeté son portable dans l'eau. J'ai pas arrêté de le chercher. Et sa seule réponse a été de rentrer dans mon jeu.
- …
- Il n'a eu aucun problème à parler avec moi et il s'est même montré plus hardi que je ne le pensais. Ca signifie qu'il n'a pas de problème avec moi. Qu'il n'a pas de problème avec nous. Que le fait qu'on soit deux ne lui fait pas peur.
Le visage de Duo s'allongea.
- Et puis bon sang, Duo ! Il m'a embrassé ! Moi, un garçon. Et de son plein gré. Je le soupçonne même d'y avoir pris du plaisir. Je ne comprends même pas que tu n'y es rien vu de positif là dedans ! Bordel Duo ça ne le gêne pas d'être avec un mec !
- …
- Il t'a fait passer deux informations très importantes hier, qui auraient dû te calmer plutôt que de te mettre sur le nerfs. Il t'a fait comprendre qu'il n'avait pas de problème avec moi et que ça ne le gênait pas de se considérer homosexuel. Ou tout du moins bisexuel. Ou au minimum ça ne le gêne pas de faire ça avec ton corps ! …Enfin « notre » corps, mais bon…
Duo baissa la tête jusqu'à regarder ses pieds.
- Voilà pourquoi je dis que tu es stupide ! Voilà pourquoi je dis que tu agis comme un enfant ! Bon sang Duo, tu sais déjà qu'il est attiré par toi. Consciemment ou pas, vous vous êtes déjà embrassé trois fois ! Alors oui il ne t'a pas donné de réponse à ta questions mais il t'en a donné deux autres non négligeables en attendant ! Je sais que t'es un foutu romantique et que tu veux être certain que c'est pas qu'une histoire de sexe. Je sais que t'as envie qu'il te dise qu'il t'aime. Mais bordel tu pouvais quand même pas espérer qu'il allait te dire ça ou même qu'il te répondre immédiatement alors que son ex est morte sous ses yeux y a trois semaines ?
- Tiens, pour une fois tu l'insultes pas…
- N'évites pas la question Duo.
- …
- Et je n'ai pas insulté cette putain de psychopathe qui nous enfermé pendant deux ans juste parce que je suis énervé. N'y deviens pas habitué, ma rancœur contre elle ne disparaîtra pas si vite…
Un faible sourire se dessina sur les lèvres de Duo.
- La question est donc, qu'est-ce que tu vas faire après avoir autant merdé ?
- Je sais pas…
- Ben tu intérêt à te décider à agir et plutôt vite même. Autrement je vais être contraint à te botter le cul comme il se doit.
Duo soupira et se laisser aller contre le tronc.
- Allez bouge-toi. T'as quelqu'un à aller voir avant qu'il ne soit trop tard.
- Hm…
Duo se releva, tapant son pantalon pour en faire partir la poussière.
- Hey… Au fait…
- Quoi ?
- Merci.
- …
- Vraiment…
- Tu parles… C'est pas comme si j'avais pas l'habitude de rattraper tes conneries.
Un sourire apparut sur les lèvres de Duo.
- Heureusement que je sais que c'est ta façon de me dire que tu m'aimes et que tu ne laisseras jamais rien de mal m'arriver.
- Si tu le dis…
- …
- De toute façon, tant que tu supposes pas, comme l'autre malade, que je suis amoureux de toi, tout me va.
Un éclat de rire échappa à Duo.
- Il se posait des questions, c'est tout.
- Ce type est un malade. J'en ai encore froid dans le dos.
- Et nous on est deux.
- Oh le joli couple…
- N'est-ce pas…
L'esprit de Duo devint soudainement calme et silencieux. Il soupira profondément et s'étira, un sourire accroché aux lèvres. Ses yeux s'arrondirent lorsqu'il vit les aiguilles de sa montre indiquer trois heures vingt-cinq. Il jura et se dirigea vers la ville d'un pas rapide. Il avait toujours tendance à oublier que ce genre de « discussion » prenait toujours bien plus de temps qu'il ne semblait s'écouler.
Une fois revenu à la villa, il en fit le tour minutieusement au cas où le Japonais serait dehors. Mais il ne croisa que Quatre Trowa et Hilde au bord de la piscine. Il ignora royalement leurs questions quand ils lui demandèrent où il était passé et ce qu'il cherchait et rentra dans la maison, fouillant chaque pièce. Il finit par monter à l'étage et après avoir vérifier les deux salle de bain sans trop y croire, il s'arrêta devant la porte du Japonais. Il resta quelque temps comme ça, sans bouger, le souffle un peu trop court à son goût. Il faillait qu'il aille s'excuser. Il fallait qu'il aille s'expliquer. Il le savait, mais il avait un mal fou à s'en convaincre. Il respira profondément plusieurs fois, pour essayer de se donner un peu de courage puis il toqua trop coup la porte, les dents serrées au maximum.
Il attendit patiemment. Et longuement. Très longuement. Il retoqua, supposant que le brun ne l'avait peut-être pas entendu et attendit encore. Les secondes s'égrènent longuement, devenant peu à peu des minutes. Il fronça les sourcils et toqua une énième fois, avec un peu plus de force et d'exaspération. Mais là encore, aucune réponse ne vint. Il finit par entrouvrir la porte et y passer seulement la tête.
- Heero ?
N'obtenant aucune réponse et ne voyant de toute manière personne dans la pièce il ouvrit complètement la porte et s'avança. Il observa lentement la chambre. Heero n'était pas là c'était certain, mais autre chose le titillait. La pièce était incroyablement bien rangée. Le lit avait été fait, le drap impeccablement bien tiré. Aucune affaire personnelle ni aucun vêtement ne traînait sur le sol ou sur les meubles. D'ailleurs c'était bien simple les placards, grands ouverts, étaient complètement vides. Tout comme la pièce. Petit à petit les sourcils du châtain se froncèrent alors que sa bouche se pinçait. Il n'aurait pas osé… ? Un bruit de voiture qu'on démarrait lui parvint depuis la fenêtre ouverte.
- Oh le con !
Il sortit en courant de la chambre et descendit les escaliers quatre à quatre. En se ruant à travers le salon, il croisa Hilde, un tas de serviette dans les bras.
- Ah au fait Duo, si tu cherchais Heero il …
- Je sais !
Il prit un virage dangereux le long d'un couloir, manquant de déraper sur le marbre puis se précipita vers la porte d'entrée. Il l'ouvrit à la volée et continua de courir jusqu'à l'allée de gravier qui menait vers la grille automatique de la villa. Un crissement résonna et le bruit de pneus freinant sur les graviers se fit entendre. Duo se retourna pour apercevoir le voiture de Quatre s'arrêter à quelques centimètres de lui. A son volant, Heero le regardait d'un air qui pouvait sembler parfaitement calme, si on exceptait ses mains crispées sur le volant. Passé la surprise, Duo fronça les sourcils et se précipita à la fenêtre du brun.
- Oh mais tu crois faire quoi là ?!
Heero haussa un sourcil.
- J'ai essayé de ne pas t'écraser. Je n'aurais pas dû ?
Le châtain s'appuya à la portière.
- Qu'est-ce que tu fais dans la voiture de Quatre ?
- Je lui emprunte pour quelques jours.
- Pourquoi faire ? Tu vas où ?
- Ca ne te regarde pas.
Duo cligna des yeux plusieurs fois. Il soupira et se redressa.
- Ecoute, Heero… Je suis désolé… Je n'aurais pas dû réagir comme ça mais… Bordel ça fait mal Heero !
Le brun le regarda un moment sans rien dire, puis il détacha sans ceinture, ouvrit la portière et sortit. Il attrapa le natté par la taille, passant une main derrière sa nuque et l'embrassa. Duo se gela pendant un moment avant de fermer lentement les yeux. Quand le Japonais se détacha de lui, il le regarda, essoufflé et hagard.
- Voilà, maintenant je t'ai embrassé toi aussi.
Duo haussa un sourcil et lorsque le brun se retourna pour rentrer dans la voiture il le retint pas le bras.
- Ca ne marche pas comme ça Heero.
- Comment est-ce que ça marche alors ?
Ils se fixèrent sans rien dire pendant un moment.
- Pourquoi tu m'as embrassé ?
- Tu semblais contrarié que je l'aie embrassé lui. Je me disais que ça te calmerait peut-être si je t'embrassais toi aussi.
- Ca ne marche pas comme ça.
Heero le regarda sans ciller.
- Comment est-ce que ça marche alors ?
Duo plissa les yeux et se rapprocha lentement de lui, bloquant son corps entre le sien et la voiture.
- Je t'aime Heero. Ca ne veut pas dire que je te laisse faire ce que tu veux de moi. Ce que tu veux de mon corps.
Il se rapprocha un peu plus, effleurant le nez du Japonais.
- Je ne suis pas comme elle Heero. Je ne vais pas te laisser tout faire sous prétexte que je t'aime. Je ne vais pas te laisser jouer avec mes sentiments ni avec mon corps.
Il plaça ses mains de chaque côté du corps du brun, les plaquant contre la carrosserie.
- Je ne veux pas que tu m'embrasses Heero. Je ne t'en donne pas le droit. Pas tant que tu sais pas pourquoi tu le fais. Tant que tu n'as pas une bonne raison pour le faire.
- Tu es assez contradictoire.
- Autant que toi.
Il haussa un sourcil.
- Pourquoi je suis contradictoire ?
- Merde parce que quand j'étais sous camisole chimique, t'as eu aucun souci à m'embrasser et maintenant que je me déclare tu me laisses sur des charbons ardents !
Les yeux du Japonais s'arrondirent.
- Tu te souviens ?
- Il y a peu de choses dont je ne me souvienne pas.
- Tu nous as menti.
- Exact. Je me suis dis que tu n'apprécierais peut-être pas que j'évoque ce souvenir devant tout le monde.
Heero fronça les sourcils.
- Ne te cherche pas d'excuses, Duo. T'en a fait quoi de ta grande fierté ? Celle qui consistait à courir, se cacher mais ne jamais mentir ?
- J'ai changé Heero. Ma fierté je la place autre part. Et aujourd'hui particulièrement, ma fierté consiste à ne pas te laisser jouer avec moi sous prétexte que j'ai des sentiments pour toi.
Le natté plissa des yeux.
- Tu as le droit de prendre du temps pour réfléchir. Mais tant que tu ne me dis pas si tu m'aimes ou pas, tu ne me touches pas.
Ils se fixèrent pendant un moment sans rien dire, puis Heero finit par soupirer et il hocha lentement la tête.
- Compris.
Duo sembla se détendre. Le contact entre leurs corps devint soudainement moins agressif, moins oppressant, pour devenir quelque chose de plus doux. La bouche à quelques centimètres de celle du brun, Duo baissa les yeux.
- Où est-ce que tu vas, Heero ?
- Quelque part où je veux être seul.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai envie de réfléchir.
Duo ferma les yeux pendant quelques secondes.
- A quoi ?
Il entendit un soupir s'échapper de la bouche du Japonais.
- A tout ce qui c'est passé dernièrement. A Réléna. A ce qu'elle à fait. A notre relation. A sa mort. Et à tout ce qui c'est passé après.
Son regard accrocha celui du natté et ils se fixèrent pendant un long moment.
- Tu pars longtemps ?
- Non. Je ne sais pas. Peut-être quelques jours. Peut-être une semaine. Peut-être plus.
L'Américain hocha la tête. Heero l'observa un moment avant de fermer les yeux.
- J'ai besoin de temps pour tout poser à plat. Pour tout analyser. Tout comprendre. Après seulement je pourrais enfin avancer, enfin me remettre à bouger. Après seulement je pourrais te donner une réponse qui me conviendra.
Quand il rouvrit les yeux il soutint pendant de longues secondes le regard brûlant de Duo posé sur lui.
- D'accord.
- Je dois y aller maintenant Duo.
- Hm…
Le châtain semblait pensif. Il baissa la tête et peu à peu ses sourcils se froncèrent.
- Mais tu sais Heero…
Il releva la tête et le fixa d'un air déterminé.
- Je t'aime et je pense que je t'aimerais toujours.
Il se rapprocha un pas plus de lui.
- Ca ne veut pas dire que je t'attendrais éternellement.
La phrase du natté resta un long moment à flotter dans les airs avant de retomber. Pour toute réponse, Heero se contenta de fermer les yeux pendant de longues secondes, avant de les rouvrir pour le fixer profondément. Duo se détacha lentement de lui et recula pour lui permettre de fermer la portière. Le brun continua de le fixer pendant quelques instants, puis il se retourna et se réinstalla dans la voiture. Une fois que la portière fut fermée, Duo se rapprocha pour s'accouder à la fenêtre à nouveau. Il observa Heero s'attacher et remettre le contact. Après quoi le brun se tourna vers lui et l'observa pendant un long moment. Le natté sourit et s'approcha lentement pour poser ses lèvres sur les siennes. Heero ne bougea pas, il se contenta de hausser un sourcil quand Duo s'éloigna.
- Je pense que « contradictoire » n'est même plus assez fort.
Duo laissa échapper un éclat de rire.
- Ce n'est pas de la « contradiction », c'est de la « frustration ».
Son sourire s'agrandit.
- Merde Heero, pourquoi est-ce que ça serait toujours à toi d'initier le baiser. Si je dois vivre avec des frustrations, je veux pas de celle d'avoir été passif. Ca serait vraiment trop… Frustrant.
Un léger sourire se dessina sur les lèvres du brun et Duo se redressa.
- Allez… Bon voyage, et… Surtout, bon courage.
- Merci.
Le natté lui fit un signe de la main avant de passer devant la voiture et de se diriger vers la maison les mains dans les poches. Quand il arriva dans le hall d'entrée, les cinq autres s'y trouvaient, semblant en pleine discussion. Ils se turent en apercevant le châtain et chaque visage se peignit de différentes teintes de tristesse, de compassion et d'angoisse à la vue de sa mine. Pourtant quand celui-ci releva la tête il ne vit que des visages souriants et confiants, alors que Hilde et Quatre l'entraînaient déjà vers diverses activités de leur choix.
To be continued…
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Mais non vous n'avez pas envie de me
lapider, vous êtes habitués à mes fins sadiques
maintenant n'est-ce pas ? Non ? On ne s'y habitue pas ? Oh ?
En tout cas j'espère que ça
vous aura plu :)
On s'approche de la fin là : un chapitre et l'épilogue ;)
See u
Brisby
