La table avait été dressée comme un jour de fête. Mrs Weasley avait cette faculté-là, de faire de chaque repas un repas spécial. Pour elle, toute visite méritait sa touche d'originalité, même lorsqu'il s'agissait de celle de la meilleure amie de son fils… et qu'il n'y avait pas plus de quelques jours qui la séparaient de sa dernière visite.
Ron vint s'asseoir à sa place habituelle, regardant morose les autres chaises vides que laissait l'absence de ses frères. Décidemment, que le temps passait vite. Dans quelques jours, il allait lui aussi quitter cette demeure… heureux de trouver son indépendance, oui mais… Comment peut-on voir son enfance filer entre ses doigts de cette manière ? Plus que quelques jours et Ginny serait la seule enfant de la maison. En parlant de Ginny…
- M'man ?
Comme après chaque dispute, l'un et l'autre mettaient un point d'honneur à faire comme si rien ne s'était passé, mais cette attitude ne dupait personne. Molly leva la tête du gigot qu'elle était en train de découper à coups de baguette et daigna jeter un coup d'œil à son fils qui poursuivit :
- Où est Ginny ?
- Ta sœur ne se joindra pas à nous pour le dîner… Je suppose qu'elle doit être en compagnie de Harry et si tu veux mon avis, c'est beaucoup mieux comme ça… Harry travaille de trop.
Ron se laissa tomber sur le dossier de sa chaise et soupira plus que bruyamment. Mrs Weasley pourtant, ne releva qu'à peine son regard pour interpréter ce geste :
- Je lui ai dit que tu avais quelque chose à nous dire… mais apparemment, ça l'a dissuadée de se présenter…
- … va savoir pourquoi…
Ron n'avait pas pu s'empêcher de prononcer cette phrase à voix haute, arrachant ainsi à une Hermione jusqu'alors silencieuse, un toussotement qui n'eut pas l'effet de l'apaiser.
Pour sûr que Mr Weasley aurait sans doute préféré retrouver sa maison dans un état plus euphorique que celui-ci mais, il tenta de sourire et embrassa Hermione, feignant d'être très heureux de la voir parmi eux.
Le repas commença dans un calme presque paralysant. Le moindre bruit de fourchette touchant l'assiette se répercutait en écho dans la cuisine qu'occupaient les deux couples. Personne ne semblait réellement prêt à affronter le sujet qui allait fâcher… préférant presque voir un troupeau de Hippogriffes débarquer dans leur maison.
Puis, le dessert vint, considéré normalement comme le moment propice pour ce genre de confidences, sauf que… la tension n'était toujours pas redescendue et Mr Weasley d'habitude si pacifiste ne put retenir la question qui brûlait ses lèvres. Se retournant vers son fils, il lui demanda entre deux cuillères de compote faite maison :
- Dois-je déduire de la tension qui règne ici que vous avez déjà parlé de cette chose que tu avais à nous annoncer ?
- Non…
- Bien…
Ce mot avait une intonation précise… celle que l'on donne à sa voix pour faire comprendre à son interlocuteur qu'il a laissé passer la perche que l'on vient de lui tendre. Puis, reprenant une cuillère de compote, il se tourna cette fois vers sa femme et tenta dans un sourire :
- Elle est très bonne ta compote, Molly chérie.
- Merci Arthur…
Un sourire faussement dessiné sur son visage : c'en était trop pour le patriarche. A quoi bon faire celui qui passe un fabuleux moment en famille ? Personne n'était apte à le croire, à l'aider même.
Il regarda Hermione à travers ses lunettes baissées et la vit picoter doucement dans son assiette, sans jamais rien mener à sa bouche. Cette dernière sourit en voyant le regard d'Arthur peser sur elle et continua à jouer dans son assiette. Soupirant, Mr Weasley tenta l'ultime approche :
- Ca fait plaisir de t'avoir avec nous Hermione… dois-je en supposer que cette « nouvelle » a un rapport avec toi ?
On entendit le bruit caractéristique d'une cuillère rencontrant avec force le bois de la table. Tous les regards se tournèrent vers Ron et d'un coup de baguette, le père de ce dernier fit disparaître toutes les assiettes et le toisa sans sourciller.
- Bien, je pense qu'il est temps d'aller droit au but, non ?
- Eh j'avais pas fini !
- Qui va me dire ce qu'il se passe dans cette maison ? Molly ?
La concernée leva son regard et sembla prendre la question comme une aubaine de déverser ce qu'elle avait sur le cœur :
- Il semblerait que ton fils fasse sa crise d'adolescence un peu en retard…
- Je ne l'aurais pas fait en retard si tu avais arrêté de me prendre pour un bébé, alors que j'ai passé la majorité depuis un petit moment.
- La majorité ne fait pas tout !
- Ca je m'en suis rendu compte 'Man ! Tu es de celles qui pensent qu'elle ne devrait pas être attribuée sans le consentement des parents !
- Je n'ai jamais dit ça ! Simplement, il est clair que certaines personnes ici, sont plus matures que d'autres !
- Tu sais quoi ! Demande à Percy de t'inventer une potion pour empêcher les enfants de grandir ! Tu veux tellement nous régir que ça serait une aubaine pour toi de pouvoir décider chaque année de quand sera notre anniversaire !
- Ne parle pas comme ça à ta mère Ronald…
Mr Weasley n'avait en rien perdu du calme apparemment dont il faisait preuve. Une main sur celle de sa femme, il retenait comme il le pouvait sa colère. Il ne s'attendait visiblement pas à une telle crise.
Hermione quant à elle, semblait totalement paralysée par le spectacle qui s'offrait à elle. Rares étaient les fois où elle avait vu Ron rentrer dans une telle colère, inexistantes étaient celles où elle l'avait vu parler ainsi à sa mère.
- 'scuse 'Man…
- Bien, souffla Mr Weasley. Maintenant que vous avez un tant soit peu repris vos esprits. Est-ce que l'un d'entre vous peut aller droit au souaffle cette fois ?
Le « l'un d'entre vous » sembla viser Hermione, au vu du regard que lui posait Arthur. De toute manière, son fils ne semblait pas en état de s'exprimer.
- L'arrêté numéro dix-sept…
Cette simple phrase eut le même effet que le débarquement de détraqueur dans la cuisine : tous arrêtèrent de respirer, sachant pertinemment le fond de l'histoire. Pourtant, Hermione reprit en cherchant de sa main celle de Ron :
- Nous allons nous marier.
