Chapitre 15 : l'excuse d'une compréhension.

- Alors, tu me dis !

- Bon d'accord… tu as gagné…

Hermione leva son regard vers le jeune homme qui ne semblait pas disposé à baisser le sien. A son grand désarroi, elle devait rapidement trouver une solution à son dilemme intérieur. Mais quel dilemme ? Il n'y en avait pas ! Elle ne lui dirait en aucun cas cette impression d'être un bouche trou à ses yeux… d'être celle qui est là, juste quand monsieur en avait besoin !

- Je… je ne crois pas qu'on y arrivera Ron…

- Arriver à quoi ?

Elle soupira et leva les yeux au ciel. Par Merlin, quand se déciderait-il enfin à ne plus poser ce genre de questions ?

- A… être un vrai couple. Enfin ! On ne peut pas passer une heure dans la même pièce sans que l'un de nous ne hausse la voix ! On ne se supporte pas…

- Bien sûr qu'on se supporte…

La voix de Ron au contraire de celle de Hermione, se faisait plus que posée. Comme si ces mots ne le touchaient qu'à peine… Comme s'il avait en face de lui une Ginny qui faisait sa crise d'adolescente. En d'autres termes, Hermione avait l'impression d'être en face d'un mur qui ne faisait que lui renvoyer ses craintes au lieu de les apaiser. Et pourtant, lorsque Ron reprit, elle sut que ce n'était pas le cas.

- Ca fait même sept ans que ça dure… Je crois que si ce n'était pas le cas, l'un de nous serait mort de l'Avada Kedavra plus d'une fois, non ?

- Justement Ron ! On se supporte ! Et on ne devrait pas avoir à le faire…

- Hermione, tu recommences…

- Recommences à quoi ?

La jeune fille venait de grogner ces mots en se levant vivement, faisant tomber devant elle le livre, qui quelques secondes auparavant était encore paisiblement ouvert sur ses genoux. Ron la regarda en soupirant et tenta de la raisonner :

-Tu recommences à te contredire ! Comment tu veux que je te comprenne là ? Tu dis qu'on ne se supporte pas… puis que le problème c'est que justement on se supporte.

- Le terme de notion, ça te dit quelque chose ? On se supporte ! Oui, on se supporte ! Mais est-ce que tu crois que… que Harry et Ginny se supportent eux ?

- Bah la preuve que oui…

- Tu ne comprends pas Ron… Un autre exemple… est-ce que tes parents se supportent ?

- Hermione, t'es sûre que ça va ?

- Réponds à ma question, Ronald !

- Je… bah oui…

- Non Ron… Ils ne se supportent pas…

- Hein ? Ils vont se séparer ? Qui te l'a dit ? C'est papa ?

Pour la énième fois de la journée, Hermione soupira devant le manque de compréhension du jeune homme. Elle lui tourna le dos et porta ses mains de chaque côté de sa tête, massant ses tempes du bout des doigts.

- Non Ron… ils ne vont pas se séparer ! Simplement… supporter… c'est… gênant… ça demande un effort… Tu vois ce que je veux dire ?

- Oui… tu parles d'une relation sans affrontements…

- Non… je… attends, qu'est-ce que tu viens de dire ?

- Une relation sans affrontements…

- C'est… exactement ça…

Hermione observa Ron comme s'il venait d'être touché par un sort de métamorphose. Le fait était que rares étaient les instants où il se montrait aussi attentif et compréhensif.

- Tu sais 'Mione, prends pas ça contre toi, mais ça serait bien triste si on était tous les deux pareils. A dire vrai, je ne pense pas que je me serais supporté alors… de là à te…

- C'est bon Ron… tu étais bien parti, arrête-toi là tu veux… Laisse moi savourer ce moment…

- Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas deux personnes qui se ressemblent… enfin… sauf peut-être Crabbe et Goyle…

- Qu'est-ce que tu as avec Crabbe et Goyle en ce moment ?

- Rien… Sérieusement… ça change quoi ? On a toujours été comme ça et ça fait sept ans que ça dure, non ?

- Ce que ça change ? Ce que ça change Ronald, c'est que cette fois on va devoir former un foyer… ce qui va impliquer d'autres personnes. Ce qui change Ronald, c'est que cette fois, nous ne sommes plus des adolescents et on ne pourra plus se faire la tête pendant des mois si quelque chose ne va pas… Ce qui change Ronald c'est qu'on va être liés l'un à l'autre pour le restant de notre vie.

La tension semblait avoir atteint son paroxysme, et pourtant, ni l'un ni l'autre ne bougeait de peur peut-être d'aggraver ce qui semblait ne plus pouvoir l'être. Cette sensation d'impuissance mêler à l'envie tenace de mener à bien ses propres désirs devenait insupportable. Jusqu'à ce que :

- T'as raison Hermione… je ne sais pas plus que toi où ça va nous mener… comment est-ce que je pourrais le savoir ? Je suis incapable de dire ce que tu es pour moi… C'est con, hein ? Mais les images qui j'aime garder de toi, c'est ces instants de tous les jours que l'on a partagés… Sauf qu'on avait onze ans… tu étais… tu étais chiante. Oh oui, que tu étais chiante ! J'ai jamais eu envie de pétrifier une personne autant que toi… Mais je revenais toujours. Comme je revenais vers Ginny après nos disputes. Tu vois… c'était tout simple en fait… Tu étais Ginny… sauf que tu étais mon amie alors… alors finalement tu étais plus Harry… Harry avec des…

- … Ron, je t'interdis de prononcer la fin de ta phrase…

- … avec des prédispositions pour m'en faire voir de toutes les couleurs.

Ron n'eut que le temps de mettre son bras devant son visage avant de sentir le contact d'un journal le frappant de plein fouet. Le sourire aux lèvres, il découvrit qu'il en était de même pour Hermione et c'est apaisé qu'il reprit :

- Non, mais tu pensais à quoi là ?

- A ce que tu n'as pas vu avant que Krum m'invite pour les bals des trois sorciers…

- Ah oui… Vicky… mais lui, il ne voyait que ça chez toi… Alors que moi…

- Quoi toi ? Continue voyons…

- Je… enfin ce que je veux dire c'est que…T'es pas Harry… t'es pas Ginny… je ne sais toujours pas qui tu es. Mais je sais que je tuerais le premier qui ose te faire du mal. Ca j'ai mis du temps à le comprendre… enfin, le temps de recracher les limaces qui auraient dû appartenir à Malefoy… Encore, ça c'est Ginny qui m'en a fait la remarque. Tu vois… ça remonte… Et j'ai mis du temps à accepter le fait que je pouvais moi aussi te défendre sans que ça me donne mauvaise conscience.

- C'est contradictoire ce que tu dis…

- Oui je sais mais en même temps, ça fait quand même dix bonnes minutes que j'essaye de dire des trucs sensés. Tout ça pour te dire que quoi qu'il arrive, je ferais tout ce que je peux pour que tu sois la plus heureuse.

- Tu… écoutes… je… suis touchée parce que tu viens de dire mais… soyons honnêtes, l'un comme l'autre, nous n'avons aucune idée de comment doit se comporter un couple…

Elle vit Ron se lever, la tête baissée et les mains dans les poches. Visiblement, elle avait touché le point sensible. Visiblement…

Car plus il se rapprochait, plus elle en doutait…

- Si 'Mione… je sais ça…

Sans qu'elle n'ait pu s'y attendre, elle sentit les lèvres du jeune homme frôler les siennes et ainsi faire battre le sang dans ses tempes.

Mais déjà, il s'était éloigné et elle entendait désormais, crépiter l'eau de la douche.