Rhalala, ça fait deux jours que j'étais censée le poster celui-là. Mille excuses... Bref, merci pour vos nombreuses réactions et merci de m'avoir laissé en vie. 'Fin peut-être pas pour longtemps en fait. Bonne lecture!
Chapitre 32 : L'excuse irréelle
Là où la mémoire embrumée devient un recueil pour des pensées que l'on ne peut authentifier… là où simplement la peur devient telle que la moindre ombre est effrayante. Là où la lumière scintillante d'un réverbère vint frôler le regard larmoyant de Ron. Là où un coup de vent, faisant remuer une branche vint tirer le jeune homme de son cauchemar…
Ron plissa les yeux, comme paralysé dans sa fausse réalité : il ne songea pas une seule fois à bouger l'un de ses membres, voulant être sûr qu'il ne pouvait plus être surpris. Puis, dans un courage gryffondoresque, il tourna la tête le plus lentement possible, fixant avec amertume les branches du peuplier qui venaient se frotter à la fenêtre dans une cacophonie exaspérante.
Le peuplier… des branches qui se plient mais ne se rompent pas. Voilà ce qu'il voudrait être… Voilà pourquoi il avait eu l'idée de faire magiquement pousser cet arbre gigantesque dans leur petit jardin. Voilà pourquoi il se retrouvait là, fiévreux, tremblant de peur, subissant ce bruit qui l'avait tiré de son sommeil. Tiré de son sommeil…
Cette phrase se répandit en écho dans son esprit et il se surprit à se lever dans un bond, tapotant puis frappant chaque parcelle de son corps pour se dire que oui, il avait dormi, se dire que oui, il y avait une possibilité pour que ceci ne soit qu'un mauvais rêve, une possibilité pour qu'elle…
Cette fois, ses pieds nus retrouvèrent le sol carrelé de son salon, et sans prendre le temps ni même d'enfiler ses chaussons, ni même de revêtir un t-shirt, il prit la direction de l'escalier. Pas à pas, il se retrouva à l'étage, s'arrêtant un instant comme pour se demander s'il voulait réellement avoir la certitude qu'elle allait bien ou qu'elle… ça ne pouvait être ça après tout, mais à bien y réfléchir… le doute était-il plus nocif que la certitude qu'elle l'avait quitté ? L'un était irrémédiable, pas l'autre…
Oui mais voilà, s'il devait être le responsable de sa mort, il devait en prendre toutes les responsabilités.
Cette fois, il se mit à marcher plus lentement, prenant garde à ne pas faire grincer le plancher, comme s'il ne voulait pas qu'elle l'entende arriver ; comme s'il ne voulait pas lui donner une raison de fuir avant qu'il ne l'ait vue.
Puis, s'attardant un instant devant la porte, il crut sentir son cœur sortir de son corps lorsqu'il vit son lit vide. Elle n'était pas là, irrémédiablement, elle n'était pas là.
Il s'avança sans même sentir les larmes rouler dans sa gorge. Il ne pouvait pas pleurer, ça aurait été hypocrite. Après tout, c'était bien lui qui n'avait rien fait pour la sortir de cette panade, lui qui l'avait laissée mourir…
Il passa sa main sur les draps froissés, s'installant peu à peu dans les couvertures que la tristesse lui faisait sentir tièdes. Il aurait pu rester là des années entières, persuadé de porter sur lui son odeur, persuadé de faire vivre sa chaleur, de la faire vivre.
Mais un bruit sourd se fit entendre de l'autre côté du mur. Ils étaient venus le chercher… sans doute, ils étaient venus finir leur besogne. Mais lui, qu'allait-il faire ? Venger la mort de 'Mione en leur ôtant la vie ? Ou les laisser gagner et rejoindre peut-être celle qu'il aimait dans un autre monde ?
Mais un gazouillis de bébé lui fit prendre sa décision. Il y en avait une qui était encore là, et elle ne méritait sans doute pas ça. En un instant, il se retrouva devant la porte de l'autre chambre, ne fixant plus son regard que sur la silhouette du bébé, soudainement assise, pleurant, effrayée comme tout le monde dans cette maison.
Il la souleva et dans un réflexe, il nicha la tête de Maya au creux de son cou. Merlin qu'il était bon de sentir une chaleur humaine l'envahir ainsi. En quelques caresses, il se félicita de l'avoir calmée et dut lutter intérieurement pour se persuader qu'il n'était pas bon pour un bébé de rester toute la nuit debout, même si l'homme qui la gardait, avait ce besoin de sentir la vie près de lui.
Alors il la posa sur son lit de bois, et se contentant de la regarder dormir avant que la fatigue ne s'empare de son corps.
Boitillant, et soudainement pris d'une envie de pleurer, il retint pour la énième fois ses larmes au fond de sa gorge et se laissa emporter vers ce qui aurait dû être sa chambre, s'il n'avait pas été aussi bête.
Oui mais voilà, alors qu'il pensait retrouver un grand lit froid, il vit une forme se dessiner à l'intérieur. Avançant sans réellement pouvoir y croire, il s'installa à son tour dans les couvertures chaudes, se laissant subjuguer par cette odeur caramélisée qu'il pouvait désormais définir.
Même s'il rêvait, même si la fatigue lui jouait encore un mauvais tour, même si la tristesse lui faisait perdre la tête, il n'en avait que faire. Son esprit lui offrait de pouvoir la toucher encore une fois, alors il n'allait pas perdre ça.
Il avança sa main jusqu'à étreindre celle de la jeune fille, nichant comme Maya l'avait quelques minutes avant avec lui, sa tête dans les cheveux de sa femme. Il la sentit frémir et se délecta de cet instant.
Puis elle se retourna, machinalement, les yeux mi-clos… elle chuchota son prénom. Tout aussi machinalement, il se retrouva à coller son front contre le sien, l'entendant lui faire remarquer :
- Tu es brûlant de fièvre… ça ne va pas ?
Il ne prit pas la peine de lui répondre. A quoi bon si elle ne devait rester avec lui que quelques minutes à peine ? Il n'avait jamais été du genre à se répandre en de grands dialogues…
- Ron ? Tu veux qu'on appelle un médicomage ?
- …
- Par Merlin, réponds-moi ! Ron ?
Lui répondre quoi ? Qu'il ne voulait pas qu'elle parte ? Qu'il avait peur de se voir finir sa vie sans elle ? Peur de se retrouver veuf d'un mariage qu'il n'avait pas eu le temps de goûter réellement ? Il était déjà trop tard….
Déjà trop tard, car lorsqu'il tendit la main pour saisir celle de sa femme, il ne trouva qu'un emplacement vide de toute vie.
