Croatoan

8


Dean sursauta, où était-il ? Il n'en savait rien. Il avait juste mal à la tête, il n'arrivait pas à se souvenir de ce qui s'était passé. Une douleur… une simple douleur lancinante à la base du cou. Sa tête fit un arc de cercle, cherchant du regard la personne qui était censée se trouver auprès de lui. Mais il ne vit rien, rien du tout. Juste un vide et un silence pesant. Sam et Djin étaient partis, seuls, sans lui, et cette fois-ci, il savait qu'ils n'allaient pas réapparaître par enchantement, comme la dernière fois. Cette fois-ci, c'était fini… L'aîné se leva, regardant les pneus de sa voiture. Lui faire ça pendant qu'il conduisait ! Si jamais l'Impala avait une quelconque trace de cet incident, il les poursuivrait jusqu'à la mort ! Non, mais ! On ne touchait pas sa voiture de la sorte, sans en payer le prix ! Et le prix fort s'il vous plait ! Heureusement pour eux, et pour lui, sa chérie se portait bien, à part que le moteur s'était noyé et qu'il lui était dans l'incapacité de la redémarrer… ça c'était sa veine, franchement ! Qu'allait-il faire ? Où était Sam ? Il ignorait tout ce qui concernait le rêve du cadet et l'emplacement exact du rendez-vous. Il regrettait presque de pas s'être fait un trip Grand Esprit, il aurait peut-être vu quelques chose. Il scruta l'horizon, essayant de trouver une idée, mais bien vite, il oublia, car il ne connaissait pas le coin. Sa main se saisit de la carte sur la banquette arrière et il la détailla, il devait bien y avoir quelque chose, une ville ou quelque chose du genre, un endroit qui lui évoquerait quelque chose. Mais rien… Dean retomba mollement sur le siège conducteur, au fond, il bouillait, de colère et d'incapacité. Si jamais il arrivait quelque chose à Sam, jamais il ne pourrait se le pardonner ! Sa main ouvrit la boite à gants, cherchant les quelques notes que son père leur avait laissé avant de mourir…

-FlashBack-

Dean était assis sur un banc, les joues commençant à être cachée par un épais tapis de barbe. Il avait attendu, comme son frère pendant quatre jours. Quatre longs jours, assis dans un couloir, dans une salle d'attente, entre deux cafés noirs, deux courtes siestes. Un roulement s'était établi, mais plus ça allait, plus les phases de sommeil s'étaient faites courtes. Il n'arrivait plus à dormir et Sam dormait plus, depuis longtemps. Dean restait à fixer un point invisible sur le mur, en face de lui. Ça faisait un jour que les deux frères n'échangeaient plus aucun mot. A cause d'une vision que Sam avait eue. Il n'avait pas eu besoin d'en expliquer son contenu, Dean avait compris et l'infirmière qui s'avançait vers eux, allait leur dire quelque chose de pénible, quelque chose d'angoissant qu'il n'était pas prêt à entendre. Tout ça pour en arriver là ! Tout ce chemin parcouru pour terminer comme ça ! Ça ne pouvait pas se terminer comme ça ! John devait, lui aussi, participer au combat final ! Comment Dieu pouvait leur prendre leur père ? La seule personne qui leur restait dans ce monde bien trop sombre, à leur goût ! Et quand tout serait fini, Dean se voyait là, seul, comme leur père, séparé de son petit frère qui ne pouvait vivre sa vie sans sa fichue fac ! Si tout c'était bien passé pour lors, c'est parce que John avait été là. Dean serra son poing de rage. Lorsque leur père avait disparu, seul, il n'aurait jamais pu en faire autant. Dean avait été brisé, certes, sans le montrer, mais il avait eu mal ! Mal à en hurler ! Il n'était solitaire que par comparaison avec Sam. Malgré tout, tout au fond de lui, il avait besoin de sentir sa famille, pas si loin que ça. Il se rappelait s'être souvent arrêté près de chez Sam, l'observant par une de ses fenêtres, ou dans sa fac. Un jour… il s'était assis à trois bancs de lui, à le regarder sourire et roucouler avec Jess. Quand Dean avait vu ça, il s'était sentit fier de son petit frère. Très fier ! Mais un jour, après avoir fait un détour, après une mission pour acheter le dernier best of de Metallica, il n'avait trouvé qu'un vide géant. Son père avait disparu. Et seul, il avait été pris de panique, la première chose sur laquelle il avait dû se rabattre, c'était sur Sam ! Et comme il lui avait dit, jamais il ne l'avait embêté dans sa nouvelle vie, jamais il ne s'était permis de briser son bien-être, mais là, il avait besoin de Sam, de sentir son soutient, comme il allait en avoir besoin maintenant. La jeune femme s'arrêta vers les deux frères et essaya de faire un sourire, qui se brisa en une moue triste.

-Il demande à vous voir… »

Elle s'était retournée, sans rien dire de plus, de toute façon, Dean et Sam le savaient. Ils étaient entrés, Sam s'était glissé vers leur père, assis sur son lit d'hôpital, quant à lui, il était resté au loin, incapable de regarder John dans les yeux. Il ne voulait rien y lire. Oui, il promettait de prendre soin de Sam, et oui, il essayerait de ne pas s'écrouler pour encore protéger son cadet et ce, jusqu'à son dernier souffle. Les adieux, ou si l'on pouvait les appeler comme ça, furent brefs, une caresse dans la chevelure de son cadet, un baiser au creux de son cou et une accolade sans quasiment aucun échange vocal. Et John avait regardé son fils dans les yeux, lui envoyant un sourire rassurant. Robuste jusqu'à la fin. Si Sam n'avait pas eu cette vision, jamais ils n'auraient su que John vivait là ces quelques dernières minutes. Lorsqu'il congédia Sam, John se tourna vers Dean.

-Protège-le… »
-Je sais… »
-Tu ne sais pas tout, Dean… »
-Hum ? »
-Sam… est un enfant spécial, il le sait et nous aussi, nous le savons, même si nous ne voulons pas y croire. Tu dois le protéger du mal, mais aussi de son propre pouvoir. Protège Sam de lui-même… et si tu échoues... Dean, ce que je vais te dire va être dur, mais si tu échoues, tu devras le tuer. »
-QUOI ? »
-Promet-le ! »
-Je ne peux pas ! »
-Tu devras le faire, car je ne le pourrais pas, c'est pour le bien de Sam… je t'en conjure… »

Dean s'était détourné de son père. Jurer de tuer son petit frère, c'était peut-être trop pour lui. Il se retrouverait seul ! N'était-ce pas mieux, de le garder en vie, même s'il devenait comme… Max. Il ferait en sorte de l'aider, de ne jamais l'abandonner. Pourtant, pour laisser partir leur père en paix, il jurerait, il jurerait même si au fond, il ne tiendrait jamais cette promesse.

-Je te le jure… »

John avait fait un court sourire, au fond, il savait que cette promesse n'en était pas une, il savait que son fils tenterait tout, mais tout, avant de remédier au problème de cette façon, c'est pour ça qu'il en avait souri.

-J'aurais aimé le voir diplômé, le voir se marier et toi aussi… serrer mes petits-enfants, comme dans une famille normale… »
-Nous ne sommes pas une famille normale. Nous protégeons justement ces familles pour ne pas qu'elles vivent ce que nous avons vécu… »
-Tu as raison. Mais j'aurais aimé vous savoir heureux. »
-Nous le sommes. Il y a toujours des regrets, mais la vie n'a pas de sens si on ne regrette rien. Mais finalement, je ne tire que du bon de tout ça. J'aime ma vie, même si je dois me mettre en tête que je serais un vieux célibataire plus tard. Mais… ça a ses bons points. Je suis plutôt pas mal, où que j'aille je fais tomber les filles, Sam aussi et qui sait, on tombera peut-être sur deux chasseuses un jour où l'autre et on fera pleins de petits chasseurs ! Enfin Sam le fera, par ce que moi, les gosses… J'en ai élevé un, ça me suffit ! »
-Pardon, Dean… »
-Pas besoin, des fois il me tapait sur les nerfs, peut-être, mais en fait, j'ai aimé prendre soin de lui comme un père, ou même comme une mère. Sam est plus que mon petit frère… Ne regrette rien de tout ce que tu as fait, des choix que tu as dû faire… »

John soupira, fermant les yeux, ses fils iraient bien, il le savait. Dean sortit de la pièce, alors qu'un bip accablant lui arriva aux oreilles, le cœur de John venait de lâcher… Le bip retentit dans le couloir lorsqu'il ouvrit la porte, laissant place aux infirmières qui s'occuperaient de faire les papiers pour son enterrement. Sam ferma les yeux, deux larmes s'écrasèrent sur ses joues, Dean lui passa une main réconfortante dans le dos et ce soir-là, ils s'étaient endormis dans les bras l'un de l'autre, se remémorant ou essayant, les bons moments qu'ils avaient vécu avec leur paternel. Ce fut après cet incident que Sam s'était sans s'en rendre compte rapproché de son frère, au point qu'en lui quelque chose s'était brisé, transformé sans que le cadet n'arrive vraiment à se l'avouer.

-FlashBack-

Et maintenant, il était aussi seul qu'au départ. Son père était mort et son frère disparu. Une larme s'évada, coulant le long de sa joue, il détestait montrer ses sentiments, il pensait ne pas en avoir le droit. Il devait être fort, pour Sammy ! Mais maintenant… il devait l'être pour qui ? Dans quel but ? Dean venait de perdre la dernière raison de vivre qu'il avait. En bon petit soldat, il n'avait appris que trois choses. Se défendre et défendre Sam, élever Sam, aimer Sam plus que sa vie. Et maintenant ? Et maintenant… sa main se ferma sur une enveloppe rosée, il se demandait bien ce que ça pouvait être. Il la passa sous son nez, respirant un parfum à la rose. Une lettre d'amour ? Adressée à qui ? Il n'y avait aucun nom sur l'enveloppe, Dean l'observa longuement, le papier était épais, gaufré sous ses doigts. Il osa à peine l'ouvrir, tombant sur une feuille irrégulière et de la même couleur que l'enveloppe. Elle lui rappelait la couleur de cet hôtel qu'ils avaient fréquenté la veille. Il ouvrit la feuille pliée à la vite et il vit une écriture penchée qui ressemblait à s'y méprendre à celle de Sam, mais…

Dean,

Normalement quand tu liras cette missive, nous serons déjà loin. Je te prie de ne pas nous quérir, je fais le serment de mettre en œuvre, tout ce que je puisse réaliser afin de restituer Sam, sain et sauf, à tes côtés.
Je suis ardemment navré de la façon avec laquelle j'ai dû t'immobiliser. J'improviserais les modalités de cette paralysie, les circonstances venues. Nonobstant la vilénie de ma manœuvre, j'escompte que ce ne sera point douloureux -ou si peu- et que tu ne m'en garderas rigueur. Ce n'était en aucune façon, en mes desseins, que tout ceci. Je rends grâce à la destinée, de m'avoir permis, pour une nuit, d'éprouver ce corps ardemment convoité.
Au faite, je t'ai abusé, je ne me sustente pas de ça. Pour être franc… tu me donnais envie, soyons réaliste ! Je n'allais pas médire d'une telle occasion ! J'escompte toute fois que cette nuit, tu l'as prisée également à moi ; car si je reviens indemne, j'affectionnerais à ré-expérimenter ce contentement, maintes et maintes fois, jusqu'à ce que tu saisisses qu'une paire de seins n'équivaut en rien à ma personne…
Malgré cela, je me dois de t'aviser d'une chose. J'ai été aveugle, je n'ai su comprendre lorsque j'en avais l'opportunité. Sam… ses regards, ses émotions, j'ai joué avec lui, sans m'en rendre compte. C'est pour cette raison que j'accomplirais tout ce qui est en mon pouvoir, pour qu'il te revienne et qu'il te dise de vive voix, ce que je lui ai empêché d'extérioriser.
En effet, comment aurait-il pu te révéler ses sentiments, après s'être rendu compte que toi et moi, nous avions fait d'indéniables actes, pendant qu'il avait le dos tourné. Je ne sais ce que tu ressens pour lui, mais réfléchis-y bien, car l'amour qu'il te porte est si majestueux qu'il m'est chimérique d'en fixer une limite. Tu me diras, l'amour, je n'y connais que bagatelles -pour ainsi dire- tout ce que j'ai découvert de cet émoi réside en ce lien qui vous uni. Tout ce que Sam a fait pour te sauvegarder de la mort et tout ce que tu as réalisé pour lui. Vous seriez benêts de ne laisser cet amour devenir passion, après tout, qu'est-ce que ça peut faire ? Hein ?
Qui pourra dire, en vous regardant dans les yeux, que ce lien qui vous lie est désavouable ? Auront-ils vécu ce que vous avez éprouvé ?
Et puis… on les emmerde, non ?
Je ne suis vraisemblablement qu'un démon à tes yeux, un simple être qui s'attache aux côtés instinctifs de toutes choses, mais au moins je ne regrette jamais rien. Fait comme moi, libère-toi de ces chaînes qui font des humains, de satisfaisantes créatures, cautionnant les paroles d'un éclopé de Dieu !
Morale ou pas, si Sam regagne ses études, devient un illustre avocat, il ne sera jamais heureux… C'est la vie avec toi qui rythme sa destinée, c'est sa vie avec toi qui le berce de béatitude. Vraisemblablement, tu me croiras, si je te révèle que jamais il n'aimera quelqu'un aussi excessivement que toi ou Jess. On lui a ravi Jess, c'est pour cela que je vais faire en sorte, que toi, tu vives, que tu survives à tout ceci et lui également, dussè-je y laisser ma vie.
Djin… merci pour ce nom. Si tu savais à quel point il me sied à merveille…

Dean referma la feuille respirant à pleins poumons le parfum de rose qui s'échappait du morceau de papier. Il venait de lire de telles choses… il dût la relire pour réellement comprendre tout, tout ce que son cœur avait déjà compris en la lisant une première fois malgré le vocabulaire étranger du démon. Ces sentiments, aussi bien ceux de Djin que ceux de Sam. Non, c'était décidé, jamais il ne les laisserait, seuls comme ça, sans que lui aussi, il dise ce qu'il avait à dire. Il inspira fortement, se sentant le pouvoir d'un dieu et il sortit de la voiture, attrapant la poupée Kachinas que l'enfant lui avait offerte. Ça serait sa seule protection, avec le fusil à sel, la bouteille d'eau bénite et les quelques artefacts saints que le Pasteur Jim et Caleb lui avaient donnés.
Dean marcha droit devant lui, de toute façon, ils ne devaient pas être loin…

-Sammy, Djin, vous allez regretter d'être partis sans moi ! »

L'arme sur l'épaule, le regard de l'aîné des Winchester faucha l'horizon en une étincelle de bravoure et de détermination, ses yeux s'arrêtèrent sur une forme étrange à sa droite. … Que faisait un bison là, paumé au milieu de nul part ? Et ce en plein désert ! Après une courte interrogation, sa main gauche serra le Kachinas bison qu'on lui avait légué et il suivit la bête, bien décidé à prouver à Djin et à Sam qu'ils auraient besoin de lui !


Merci aux personnes me déposant des reviews ça motive ! Normalement je devrais finir Croatoan dans 2 chap, mais je ne promets rien, car déjà j'ai allongé ce chapitre ça sera peut-être encore en 3 ou 4 chapitres qui peut savoir! Merci!