Un pas de plus…

Un pas dans le vide…

Autour, le néant, le courant d'air de mes émotions frôlant ce néant sans jamais s'y engouffrer. Le néant de ma personne.

Le personnage vide que je suis, que je suis devenu.

Tellement beau et noble vu de l'extérieur, et tellement pourri, immonde, et tellement vide à l'intérieur que la seule comparaison que je puisse faire est celle d'une magnifique vase, sans eau, contenant des fleurs flétries, fanées depuis longtemps.

Je m'appelle Drago Malfoy, ancien mangemort à mes heures, se cachant comme la terrible loque qu'il est devenu, des yeux de tous.

Ne cessant de migrer, comme ces oiseaux qui vont toujours là où le temps s'annonce plus clément.

Cela va faire maintenant deux ans que Potter a terrassé le mage noir le plus fou de notre siècle, et qui a été mon maître longtemps.

Ca fait deux ans que mon père et ma mère sont morts, terrassés tous les deux dans la bataille qui fût à la fois la plus sanglante et la dernière de la carrière de Voldemort.

Enfin, ce fût la bataille qui emporta le membre de l'ordre à qui je livrais mes informations en tant qu'espion, la seule à connaître mon identité, gardant jalousement le secret que je lui avais fait promettre de tenir. La bataille qui emporta tous mes espoirs de liberté.

Mais tout avait commencé bêtement. Une histoire de cœur, qui m'a poussé à changer de camps, dans le deux sens du terme, excusez-moi l'expression…

J'étais amoureux, moi l'assassin, moi le mangemort en devenir, j'étais amoureux de la personne la plus innocente que cette terre aie dû porter…

Amoureux du héros, défenseur de la justice que je n'avais jamais été et ne serais probablement jamais. Lui qui avait toutes cette fraîcheur, cette innocence et cette joie de vivre que je n'avais plus depuis si longtemps.

Lui qui était mon parfait opposé.

Harry Potter, le grand « sauveur » de la société et des opprimés quels qu'ils soient…

Bien entendu, ça ne s'était pas fait en un battement de cil.

Au fond, je ne sais pas quand exactement ça a commencé.

Quand je me suis aperçu que derrière cette armure de Mr parfait se cachait un être humain, peut-être quand je l'ai vu pleurer la première fois à la mort de son parrain, peut-être à chaque fois que je le voyais rire et que j'en étais inexplicablement plus heureux…

Peut-être quand je l'ai vu la première fois…

Et, entre nous, notre relation a toujours été passionnelle, de haine, de mépris, et, de mon côté, d'amour, à la fin…

Des émotions fortes nous ont toujours étreint, et sans lui, sans ses émotions qu'il me faisait ressentir, je me sens comme vide, mort à l'intérieur…

C'est ainsi que j'ai pris la décision de le protéger à son insu, par le biais de Granger.

En continuant à le provoquer et à nous faire sombrer tous les deux dans ce tourbillon d'émotion, car entre nous deux, jamais d'indifférence, que de la passion…

Et granger a fini par devenir Hermione, la fille intelligente et fidèle qui était devenue ma confidente, sans que personne d'autre que nous deux ne soit au courant.

Et maintenant, je suis là, j'en suis là, seul, sans travail stable, le « grand » Drago Malfoy réduit à une vie de vagabondage et de jobs misérables…

Hôtesse dans un bar gay miteux, c'est tout ce que j'ai pu trouver où je me trouver quand je suis arrivé dans la ville de Saulen.

Le seul patron qui accepte de recruter son personnel sans rien savoir de lui. Je crois bien d'ailleurs que la plupart de ses employés sont des criminels recherchés et, qui sont pour la plupart, passablement dangereux.

Le bar « le chat noir » recelait aussi son lot d'innocents, comme moi, et peut-être des personnes ne sachant tout simplement pas quoi faire d'autre de leur vie.

Pour un bar aussi sombre, je ne m'attendais pas au nombre considérable de clients que nous dûmes accueillir dès le premier soir…

Ce n'était pas excessivement payé, mais ça l'était assez pour payer son loyer, se nourrir et pouvoir garder un peu d'argent, alors je suis resté.

Les mieux payés étaient les employés qui recevaient des pourboires pour certains « services », mais je n'étais pas descendu assez bas pour en arriver là…

Depuis exactement un mois, deux jours et huit heures, je suis arrivé à Saulen.

Ici, je me maquille pour aller au travail et je doute qu'on puisse me reconnaître, et je ne sors pas plus que de raison, c'est à dire presque jamais…

Nous sommes donc jeudi, le quatre du mois de décembre, et l'air frais me glace le sang tandis que je sort pour me rendre au travail, habillé d'un pantalon de cuir noir, d'une chemise d'un gris bleuté rappelant un ciel orageux, et une ceinture de cuir noire, elle aussi.

Je met les mains dans mes poches et presse le pas, en arrivant ainsi 5 minutes en avances. Quand j'arrive, j'aperçois Vlad. Il est sorti pour fumer une cigarette à l'insu du patron.

Quel fou, celui-là ! Je le salut « Salut Vlad » Il sourit et me lance « Salut Chris ! La forme ?»

Ah ! J'oubliais, ici, je m'appelle Christiant, Chris…

Je n'allais tout de même pas me présenter comme Drago Malfoy, deuxième du nom, de la lignée des Malfoys…

Alors je me suis présenté en tant que Chris Valmont…

Un étranger qui veut gagner assez d'argent pour pouvoir retourner dans son pays natal, sur la terre de ses ancêtres…

C'est étrange n'est ce pas, avoir le culot de parler de ses ancêtres lorsqu'on provient d'une famille comme la mienne (même si ils ne peuvent pas le savoir) alors que le ministère arrête tout le monde et n'importe qui sans procès ou presque…

Heureusement que le gentil Potter lutte encore et toujours contre l'injustice…

Je le vois parfois, dans le journal, j'en profite pour caresser doucement les courbes gracieuses de son visage sur le papier et ferme les yeux en imaginant le contact de sa peau dorée frôler le bout de mes doigts.

Il est devenu si beau… il est devenu un homme, et moi, je suis devenue une loque, vide de toute émotion en son absence…

Comme j'aimerais le voir, le toucher, me disputer à nouveau avec lui, entendre sa voix chaude prononcer des paroles blessantes, qui feront malgré tout battre mon cœur… qui me donnera le sentiment de vivre…

Sans qu'il sache qui je suis… le voir à nouveau, le prendre dans mes bras, le toucher, m'assurer qu'il est là, qu'il est bien vivant, et qu'il va bien.

Vérifier qu'il est vivant et qu'il va bien…

Quelle ironie, vraiment….

Moi qui suis plus mort que vif, dans mes parures de scène et mon maquillage trop présent. Moi qui danse cette danse macabre toute la journée, au service de mes clients, tantôt aguicheur, tantôt rêveur, mais toujours si vide, si triste.

Toutes les émotions semblants avoir déserter mon âme…

Parfois je me demande pourquoi je vis, pourquoi je lutte. On ne peut pas vraiment dire que je souffre…non… je ne ressent rien, c'est un vide effroyable dans mon cœur, et dans ma tête. Mais quand je le vois, LUI, si beau sur les couvertures des magazines…mon cœur rate un battement.

Toujours.

Un battement.

Et puis, rien, je reste à contempler ce regard si vert, si intense qui semble me prouver l'inutilité de l'existence que je mène.

Harry Potter, tu m'as sûrement oublié, n'est ce pas ?

Moi, je ne t'ai jamais oublié, et je ne t'oublierais probablement jamais…