Le vent soufflait, et Line se dit qu'elle aurait vraiment dû prendre son parapluie. La pluie lui dévalait le visage, creusant des vallonnements sur ses joues glacées. Amusée, elle regardait les feuilles d'automne valser autour d'elle, il ne manquait qu'un cavalier pour compléter le tableau d'une soirée de danse.
Mais Ian n'était pas là. Line ne savait même pas pourquoi elle l'attendait encore. Depuis le jour où Tokagé l'avait enlevé, elle avait cessé de s'attacher au temps qui passait pour se concentrer sur des choses moindres, moins effrayantes que la clépsydre qui coulait dans sa tête.
Il y avait eu des nuits terribles, où tout se brisait, où la couche entre ses illusions et la vérité s'amincissait de plus en plus, jusqu'à un fil que ses mains agrippaient. Mais elle avait toujours été extrêmement têtue et volontaire, alors cet petit espoir, elle le gardait comme une pierre dans le creux de sa main.
Mais le vent continuait à hurler, et la pierre s'usait.
Line commença à tourner sur elle-même, de plus en plus vite. Un vertige la prenait au corps, elle se vit pousser des ailes. Elle pouvait rejoindre Ian, enfin. Tâtant l'air autour d'elle, elle crut attraper quelque chose de doux et de chaud qui lui remua bizarrement le cœur.
C'était la main de Ian, elle en était sûre. Elle n'osa pas ouvrir les yeux, de peur qu'il ne s'évanouisse soudain. S'accrochant au vent, elle virevolta, se sentit tomber dans les feuilles mortes, un poids rassurant auprès d'elle. La caresse des feuilles sur sa tête se transforma en un Ian fragile, prêt à être emporté par la tempête. Elle serra contre elle cette ombre d'arbre et de mousse, jusqu'à ce que tout éclate et qu'elle se retrouve seule, des branches éparpillées autour d'elle, de la terre sur le visage et les mains, et seulement ses larmes lui faisaient comprendre qu'elle était humaine, et qu'aucun procédé d'imagination ne ferait revenir celui sans qui elle ne pouvait voler.
Il était temps de jeter cette pierre d'espoir. Elle la croyait pourtant indispensable, mais ce composé d'abandon et de rancune lui faisait mal aux doigts. Ce qu'il fallait faire… ce qu'elle aurait dû faire… ce qu'elle ressentait… cet amour… tant pis, la tempête prendrait tout et ne lui rendrait rien. Qu'elle la laisse vivre comme une statue, qui, à moins d'un miracle, ne remuerait plus.
