Titre : 13B Allée des Embrumes - Chapitre 2
Auteur : Lametoile anciennement Julia E. Harrington
Bêta-reader : Hayden35 sur hpfanfiction
Genre : Biographie
Public : Tous public (pas de violence, ni autre scène choquante)
Univers : Harry Potter
Disclaimer : La marque Harry Potter ne m'appartient toujours pas.
Résumé du chapitre précédent : Un nouveau magasin a ouvert ses portes dans l'Allée des Embrumes. Son patron, Caractacus Beurk, un ancien briseur de sorts, a choisi de se reconvertir en ces lieux. Quelle rencontre lui réserve l'avenir ?
Bonne lecture !
Chapitre 2
Pour dix Gallions
Elle avait passé l'une des plus longues et des plus malheureuses journées de sa vie ; Le froid mordant à travers les déchirures de ses vêtements, la faim lui retournant les entrailles et les regards méprisants des passants. Même son état n'attirait plus assez de compassion pour qu'ils lui laissent quelques piécettes.
Pourtant, il lui fallait de l'argent, sans quoi, elle mourrait de faim avant même d'avoir accouché. Elle se réfugia sous une porte cochère resserrant son châle effrangé et troué sur ses maigres épaules. La neige se mit à tomber en petits flocons, elle resta quelques instants à regarder le spectacle, ses doigts jouant avec la chaîne dorée à son cou. Tout à coup, elle détacha le bijou et contempla le médaillon qui se balançait. Devait-elle le vendre ? Se demandait-elle. C'était le seul objet de valeur qu'elle possédât. Il avait une longue histoire comme le lui répétait sans cesse son père. Un héritage dont il tirait une fierté incommensurable. À ces souvenirs, elle grimaça. À quoi cela servait-il de garder un tel bijou quand on portait haillons et qu'on crevait de faim ?
Finalement, après plusieurs minutes de réflexion, la pauvre femme quitta son refuge et remonta la rue. Elle arriva près du Chaudron Baveur et en poussa la porte. Elle avait pris une décision. Si elle voulait survivre au moins jusqu'à l'accouchement, il ne lui fallait mettre son médaillon en gage. Elle pourrait toujours le reprendre quand elle aurait de l'argent… peut-être. Elle traversa la salle jusqu'à l'arrière-cour et accéda au Chemin de Traverse. C'était le seul endroit de Londres où son bijou serait reconnu à sa juste valeur. Le médaillon de Serpentard ne pouvait être vendu au premier mont-de-piété venu ! « Enfin, si le médaillon a bien appartenu à Serpentard… » pensa-t-elle.
Elle s'arrêta devant un magasin de pierre blanche, et dont le nom était en lettres d'or sur le fronton. Elle voulut regarder à l'intérieur mais son reflet détourna son attention. Ses longs cheveux sales pendaient autour de son visage émacié, aux yeux tristes. Elle ressemblait à un monstre avec ses membres grêles et son ventre lourd. Elle ne pouvait entrer dans cette boutique, elle en serait chassée bien vite. Ou peut-être, même pire, on l'accuserait d'être une voleuse, et on la chasserait en s'emparant du médaillon ! Elle se détourna donc de Talbot Antiquities et marcha en direction de l'Allée des Embrumes. Là, elle remonta la rue sinistre en fuyant les regards inquisiteurs, tout en cherchant une boutique où vendre son seul héritage. Soudainement, elle s'arrêta, saisie, devant le panneau du 13B.
BEURK
Achat — Vente d'Objets Magiques
Ainsi c'était ici qu'il avait choisi de finir sa carrière. Elle plissa les yeux et tenta de voir l'intérieur de la boutique. Comme tous, elle avait suivi avec intérêt l'histoire de la tombe de Toutânkhamon. C'était il y a quatre ans, mais elle se souvenait avec précision des différents articles sur ce sorcier. Leur lecture avait été l'un des seuls bonheurs de sa jeunesse.
Si c'était bien Caractacus Beurk, elle n'avait aucun souci à se faire. Il saurait authentifier le médaillon sans erreurs possibles. Elle pourrait en tirer un bon prix, de quoi tenir plusieurs jours. Elle hésita quelques instants puis finalement décida de pousser la porte. Elle s'avança jusqu'à un comptoir, entouré de vitrines exposant entre autres des têtes réduites, et des vases surmontés de têtes d'animaux et couverts de hiéroglyphes. Derrière, il y avait un homme plutôt petit mais aux épaules larges. Il était habillé dans une robe de sorcier sobre et élégante. La jeune femme tarda à faire les derniers pas vers le propriétaire. Elle était mal à l'aise, certainement parce qu'il dissimulait son regard derrière sa frange grise. Le reniflement méprisant dont il la gratifia ne l'encouragea guère plus, la clouant sur place, silencieuse et indécise.
Caractacus l'observait avec attention. Depuis qu'elle s'était plantée devant sa vitrine, il la surveillait. Il se méfiait et n'avait pas vraiment envie de jouer les bons samaritains. Ce n'était strictement pas son credo. Quand elle avait poussé la porte, il avait saisi sa baguette. Il était prêt à lui jeter un sort pour l'effrayer et la faire déguerpir. Mais il n'avait pas accompli son geste. Si on l'avait vu chassant une femme enceinte de chez lui, sa réputation en aurait été ternie ! Par contre, qu'elle continue à se balancer d'un pied sur l'autre, sans dire un mot, cela l'énervait au plus haut point. Il finit par lâcher de sa voix râpeuse :
« Si vous êtes ici pour mendier, dehors ! Si vous avez quelque chose à me vendre, parlez et vite ! »
Il la vit cligner des yeux, surprise. Mais finalement, elle s'avança et posa un bijou sur le comptoir. C'était un lourd médaillon ovale en or frappé d'un S ouvragé de pierres précieuses. Caractacus ouvrit de grands yeux et retint son souffle. Toutes les idées les plus folles tournoyaient dans sa tête, et par-dessus tout, des chiffres dansaient en une longue ronde de zéros. C'est une voix basse et heurtée qui le fit sortir de ses pensées :
« C'est… Ceci est le médaillon de Salazar Serpentard, tel que nous le transmettons dans ma famille. J'ai besoin d'or. Combien… combien m'en donneriez-vous ? »
Elle ne semblait pas très confiante, et prête à tout pour un peu d'or. Timide, désemparée, épuisée, un mélange très intéressant pour Caractacus. Il se retint de sourire, une idée venant de germer en lui. Il se redressa et adopta aussitôt un ton et une attitude professionnels.
« Eh, bien ! C'est pour une vente. Excellent ! Puis-je examiner ce que vous m'amenez ? Vous comprenez que je doive vérifier vos propos. - il leva une main qui se voulait apaisante - Je ne doute pas un instant de votre bonne foi. Mais on est, si souvent, venu me voir en assurant que j'avais affaire à une pièce de collection, pour m'apercevoir qu'il n'en était rien. Depuis, je me montre prudent, ma réputation est en jeu. Alors voyons voir. »
Il sortit sa baguette et lança quelques sortilèges pour confirmer ce que ses yeux avaient déjà reconnu. Oui, c'était bien un bijou qui avait appartenu à l'un des fondateurs de Poudlard. Une pièce unique. Là, aujourd'hui, il avait en main un artefact d'une valeur inestimable. Caractacus ne croyait pas à ce que certains nommaient l'esprit de Noël. Mais là, esprit ou pas, il avait une chance inespérée ! Il lança un dernier sort. Un simple sort qui se jouait de la lumière, obtenant ainsi quelques étincelles rouges. Il toussota quelques instants puis prit un air à la fois pensif et gêné. Il remarqua l'inquiétude sur le visage de la jeune femme. En une demande muette, elle attendait les résultats de son expertise. Il prit enfin la parole, mais il adopta un ton peiné et compatissant :
« Je… Je ne sais comment vous l'annoncer. - il fit le tour du comptoir, et d'un geste de sa baguette fit apparaître un siège pour la jeune femme - Je vois bien que vous êtes une honnête sorcière que la Fortune malmène. Et je ne doute pas un instant qu'on vous a transmis ce médaillon en toute bonne foi. Seulement, les tests me le confirment, c'est…ceci n'a jamais appartenu à Serpentard. »
Il laissa la jeune femme accuser le coup. Elle tourna vers lui un regard éperdu, désespéré.
« Mon père était pourtant persuadé que… » murmura-t-elle avant d'essuyer furtivement une larme.
Elle se leva et s'apprêta à reprendre son bijou. Caractacus l'en empêcha d'un geste vif.
« Ah ! Mon enfant, vous me brisez le cœur, s'écria-t-il avec un rien de grandiloquence. J'aurais aimé vous dire que votre père ne s'était pas trompé, mais… voilà. - il revint derrière son comptoir - Ecoutez, vous me faites vraiment de la peine, je ne peux vous laisser ainsi. »
Il fit mine de réfléchir à une solution, tandis que la femme le regardait d'un air où se disputait l'espoir et le fatalisme. Il prit le médaillon entre ses doigts, le regardant sous toutes les coutures.
« Bien qu'il n'ait pas appartenu au célèbre fondateur, cela reste un beau bijou, commenta-t-il. Il n'est pas d'une grande qualité, certainement le travail d'un apprenti. Je peux monter jusqu'à… hum… dix Gallions. C'est un petit peu plus qu'on vous en donnerai autre part, mais je vois bien que vous en avez besoin. »
Après avoir découvert que, pendant toutes ses années, elle avait porté un bijou de pacotille, elle avait senti le désespoir l'envahir. Si elle ne pouvait même pas compter sur sa famille ! Elle qui pensait transmettre le médaillon à son enfant pour qu'il soit fier de ses origines. Heureusement, le Destin lui avait révélé la vérité ! Son bébé ne commencerait pas la vie par la fable d'un vieil homme. On ne lui serinerait pas une noble ascendance chimérique qui cachait la misère la plus noire ! Elle releva la tête et eut un sourire triste pour Caractacus Beurk. Ce dernier acceptait de lui acheter le médaillon à un prix qu'elle n'osait même espérer, surtout après son annonce. Elle répondit, la gorge serrée :
« Merci, Monsieur Beurk. Vous êtes un honnête homme. Je le savais déjà, j'ai lu les journaux quand vous étiez en Egypte. Si vous pensez que cela vaut dix Gallions, je vous fais entièrement confiance. »
La transaction ne se fit pas attendre, le médaillon et la bourse changeant de main très rapidement. La sorcière ne recompta même pas, au grand désarroi de Beurk qui aurait pu économiser encore un peu. Elle caressa le bijou, comme pour un dernier adieu, puis s'en alla aussi subrepticement qu'elle était venue. Caractacus, quant à lui, jubilait. Depuis combien de temps n'avait-il pas ressenti cette poussée d'adrénaline ? Il passa dans l'arrière-boutique et rangea le médaillon dans un écrin de velours noir. Brillant sous la lumière et mis en valeur, le médaillon emplissait son acheteur de fierté. Demain, il l'exposerait, mais ce soir il l'observerait à loisir dans son bureau.
La journée s'acheva, et Caractacus exécuta ces gestes devenus quotidiens : fermer et ranger la boutique, compter sa caisse et aller déposer son argent à Gringotts. Quand il revint dans son appartement au-dessus de la boutique, il faisait nuit noire. Il engloutit son repas sans y prêter attention. Sur son bureau l'attendait sa meilleure affaire. L'excitation qui courait dans ses veines était presque comparable à ce jour lointain...
Il avait travaillé des jours durant sur le cas Toutânkhamon. Avant même de briser les sorts, il avait dû, avec son équipe, réunir toutes les archives connues sur la magie ancienne. Il leur avait fallu étudier des kilomètres de papyrus, compulser tous les dossiers des briseurs de sorts précédents, tout cela pour comprendre l'agencement des sorts du tombeau. Pendant ce temps, Carter avançait doucement mais sûrement. Même les actions de sabotage plus ou moins discrètes ne l'avaient pas détourné, et si peu ralenti !
Puis un matin, Mahfouz lui apporta un document de première importance. L'Egyptien était arrivé l'air épuisé, les vêtements déchirés et une profonde blessure lui barrant le torse. Il lui remit un ensemble de papyrus avant de s'évanouir. On avait évacué le blessé, tandis que, sans plus d'égards, Caractacus faisait une lecture rapide des documents. Il s'était avéré qu'on lui avait apporté les notes d'un des prêtres chargés de l'ensorcellement du tombeau. Ses travaux connurent alors une avancée prodigieuse, et plus encore, les notes, qu'on lui avait remises, démontraient une maîtrise de la magie qu'il n'imaginait même pas. C'était fascinant ! Ils avaient donc un point de départ pour briser les sorts, ils pouvaient enfin commencer leur travail…
Les yeux de Caractacus se posèrent sur l'écrin et le médaillon. Il sourit en se disant que, depuis, il n'avait jamais plus éprouvé cette excitation. Mais aujourd'hui, il était vraiment chanceux et, pour la première fois depuis la Hongrie, il se sentait vivre à nouveau.
