Titre : 13B Allée des Embrumes - Chapitre 4
Auteur : Lametoile anciennement Julia E. Harrington
Bêta-reader : Hayden35 sur hpfanfiction
Genre : Biographie
Public : Tous public (pas de violence, ni autre scène choquante)
Univers : Harry Potter
Disclaimer : La marque Harry Potter ne m'appartient pas.
Résumé : Le magasin de Caractacus Beurk porte maintenant le nom très connu "Chez Barjow et Beurk".
Bonne lecture !
Chapitre 4
Une visite
Un ciel gris et lourd recouvrait la ville de Londres, le vent du nord s'engouffrait dans les rues aux pavés défoncés par les obus. Les londoniens cheminaient, frileusement serrés dans leurs manteaux. Les derniers événements de la guerre étaient à la une des journaux, et la Gazette des Sorciers n'était pas en reste. L'opposition entre Albus Dumbledore et Grindelwald était son titre principal. On en était pour l'instant qu'à une opposition toute idéologique, mais cela n'allait pas tarder à dégénérer. Beurk lisait l'article à ce sujet tout en sirotant une tasse de thé. Il avait décidé de faire une petite pause à l'arrière-boutique, tandis que Bedivere faisait un brin de rangement dans les vitrines. La journée semblait plutôt calme, les deux hommes vaquaient donc tranquillement à leurs occupations.
Peu après, Bedivere entra et se servit du thé à son tour. Ils discutèrent quelques instants de Grindelwald, puis Caractacus décida de monter à son bureau pour s'occuper des papiers administratifs. Bedivere, ou plutôt Monsieur Barjow comme on l'appelait depuis quatre ans, lut aussi le journal, tout en profitant de son thé. Caractacus se reposait, de plus en plus, sur son associé pour le travail à la boutique. Barjow ne s'en plaignait guère. Il préférait travailler seul qu'avec cet homme qui s'aigrissait de jour en jour. Dès qu'il eut fini sa lecture, il retourna en boutique.
Un tremblement secoua soudainement tout le Chemin de Traverse, ainsi que l'Allée des Embrumes. Il y eut quelques bris de verre et des bousculades, mais rien de bien grave. Caractacus s'était levé et avait regardé à l'extérieur pour voir les dégâts. Il entendait Bedivere lancer quelques Reparo, mais cela provenait de l'arrière-boutique. Ce n'était donc que de la vaisselle qui avait été brisée, rien d'important. Tout à coup, il se détourna bien vite de la fenêtre. Il venait de voir une silhouette qui lui déplaisait de rencontrer.
Au rez-de-chaussé, une femme de forte corpulence poussa la porte de Chez Barjow et Beurk. Elle secoua sa cape bordée de fourrure de vison, puis chassa la poussière de ses cheveux roux.
« Oh, la, la ! Quelle secousse ! Il semblerait que les moldus aient repris leur bombardement. Guère dangereux pour nous, mais fâcheux, » disait-elle pour elle-même. Du moins, Barjow le prit ainsi.
Sans rien ajouter de plus, elle se dirigea directement vers le comptoir, tout en retirant les gants de ses doigts boudinés. Elle avançait en minaudant, puis arrivée devant l'associé de Beurk, lui demanda en arrondissant sa bouche trop peinte :
« Avez-vous des nouveautés depuis ma dernière visite, mon cher ?
- Non, Madame Smith, répondit-il, un rien guindé.
- Oh ! Quel dommage ! »
Elle fit le tour de la boutique, d'un air ennuyé. Puis elle revint vers le comptoir et asséna d'une voix qui ne tolérait aucune rebuffade :
« Je monte rendre visite à Caractacus. Faites nous apporter du thé et des gâteaux ! »
Beurk, depuis son bureau, avait entendu la dernière phrase. Il soupira en se disant qu'il ne pourrait pas y échapper. Même s'il transplanait, elle serait capable de l'attendre ici, indéfiniment. Il se leva donc et se prépara à l'accueillir. Elle entra aussitôt après avoir frappé. À nouveau, elle minauda en s'approchant du fondateur de la boutique, tout en tendant les deux mains.
« Mon cher, très cher ami, il y a bien longtemps qu'on ne s'est pas vu ! Dit-elle en un sourire.
- Il y a une semaine, à peine, rétorqua-t-il avec une note d'impatience. Dis-moi Hepzibah, quand cesseras-tu de te conduire avec frivolité ? Tu as dépassé l'âge ! »
La vieille femme eut une moue boudeuse, qui souligna ses rides. Tout à coup, elle ouvrit des yeux horrifiés et chercha fiévreusement son petit miroir de poche, glissé dans son sac .
« Regarde donc, ce que tes paroles me font faire, fit-elle en vérifiant son maquillage et sa coiffure. Une grimace ! Sais-tu que cela peut me donner de nouvelles rides ! »
Caractacus poussa un soupir imperceptible, tout en priant le ciel pour que cette visite s'achève au plus vite. En ouvrant la porte à Bedivere qui apportait un plateau avec le thé et les gâteaux, les deux hommes échangèrent des sourires mi-figue, mi-raisin. Hepzibah était l'une de leurs meilleures clientes, ils ne pouvaient se permettre de se montrer impolis. Mais parfois, Caractacus avait du mal à la supporter, même au nom de leur vieille amitié. Il fit le service, puis se réinstalla derrière son bureau. Il observa sa cliente appliquer du fard sur ses joues rondes.
« Je crois que tu en as mis assez. Si tu continues comme ça, tu vas ressembler à une femme de petite vertu. - elle lui lança un regard offusqué avant de ranger son maquillage — Alors que puis-je pour toi ? »
Elle plissa les yeux, puis lissa les dentelles de sa jupe, tout en adoptant un ton traînant lui dit :
« Ne pourrais-tu pas sacrifier un peu à la politesse avec moi ? Il fut un temps, où tu n'hésitais pas à me faire quelques galanteries.
- Ce temps est révolu, envolé avec ta grâce de l'époque. Mais rassure-moi, tu n'es pas venue parler du passé. Que veux-tu ? »
Elle préféra ne pas relever la pique de Caractacus, même si l'étincelle dans son regard montrait qu'elle avait été vexée.
« Je voulais savoir si tu ne souhaitais pas revoir ta position sur tes trésors égyptiens. Sais-tu que j'ai, chez moi, une place de choix pour tes vases canopes ? — elle le dévisagea — Je vois que tu n'es toujours pas intéressé. »
Elle but une gorgée du thé, tout en promenant son regard moqueur sur la pièce, rendue minuscule par l'entassement d'objets et meubles lourds.
« Franchement, Caractacus, comment as-tu pu finir ainsi ? Après l'affaire de Toutânkhamon, l'avenir s'annonçait plus que brillant pour le petit-fils de Phineas Black. Tu avais la fortune, je me souviens de ta villa en bord de mer, dans la région d'Alexandrie, la reconnaissance et tout le reste. Tu n'avais qu'un mot à dire pour que ma famille... »
Caractacus reposa sa tasse d'un geste brusque, faisant sursauter son interlocutrice.
« Cette discussion ne mènera nulle part, Hepzibah. Si tu n'as plus rien à me dire, tu peux partir. J'ai du travail. »
Hepzibah eut un mouvement de mécontentement, mais ne fit pas mine de sortir. Elle continuait d'observer la pièce. Une tablette en bois retint alors son attention, posée sur un guéridon, près du fauteuil à oreillettes devant la cheminée. Elle se leva et prit ladite tablette en main. Elle promena son index sur les hiéroglyphes gravés, tentant se souvenir de ses leçons avec le professeur de Runes. Elle parvint à lire difficilement :
« Une fois, tes pas te mèneront sur les terres de la Dame sanglante.
Ainsi, là-bas, Ambition t'aveuglera.
Curiosité, sur la Prudence, l'emportera.
Le coeur dévoré par des fièvres malignes,
Cette vie, tu perdras, sans honneur et indigne.
Une fois, tes pas t'auront mené sur les terres de la Dame sanglante.
Deux fois, tes pas mèneront sur les terres de la Dame sanglante... »
Caractacus arracha la tablette des mains d'Hepzibah et la jeta au feu. La vieille femme ne pouvait voir les yeux du sorcier, cachés par sa longue frange. Mais le pli mauvais de sa bouche n'augurait rien de bon. Elle préféra s'écarter, le coeur battant, et reprit sa visite de la pièce. Elle tenta de retrouver son calme, tandis que Caractacus se tenait droit devant la cheminée, les mains crispés dans son dos, et le regard fixé sur les flammes. Il regardait le feu avaler l'oracle qui lui avait été fait à l'oasis de Siwa(1), en Egypte, avant son départ pour la Hongrie.
À l'époque, il n'avait pas prêté aux élucubrations du vieux prophète. Il l'avait rencontré par hasard, alors qu'il faisait, avec des amis, un voyage d'agrément dans la région. Mais, quelques mois plus tard, il quittait la Hongrie sous l'opprobre. Sa mission pour Gringotts avait été un échec, aussi retentissant que sa réussite dans la Vallée des Rois. Après tout, Erzsi(2) Radosky, la fille du ministre hongrois de la Magie avait été impliquée et...
« Oh ! Par Merlin ! Est-ce possible ? » s'écria Hepzibah, brisant les réflexions de Caractacus.
Celui-ci se retourna, surpris et curieux de savoir quelle était la cause de cette agitation. Ce qu'il vit alors lui retourna le coeur. Entre les mains replètes d'Hepzibah, il y avait un écrin, de velours vert sombre à fermoir d'argent, ouvert. Les yeux de la femme s'illuminèrent d'envie. Caractacus comprit, avec crainte, qu'Hepzibah avait décidé d'acquérir le médaillon de Serpentard.
« Combien de temps comptais-tu me cacher ce trésor ? » Demanda-t-elle, avide.
Il ne répondit pas tout de suite, essayant de trouver les mots adéquats tout en se raclant la gorge.
« Ce n'est pas à vendre, Hepzibah.
- Ne me fais pas rire, Caractacus, j'ai les moyens de l'acheter !
- Ce n'est pas la peine d'insister. Je ne le céderai pas.
- C'est ce que tu crois ! Combien en veux-tu ? »
Cela chagrinait Beurk de se séparer de sa plus belle pièce. Depuis presque quinze ans qu'elle se trouvait dans son bureau, il s'était habitué à l'admirer dans son écrin. Mais il connaissait Hepzibah, elle ne lâcherait pas l'affaire, et lui non plus. Il ne laisserait pas partir ce médaillon sans en tirer une coquette somme. Pour un investissement d'une dizaine de Gallions, il savait qu'il ferait un substantiel bénéfice. Il allait marchander serré, puis il surveillerait la vieille femme, attendant son heure pour récupérer le médaillon.
Les négociations débutèrent rapidement, mais il fallut plusieurs heures avant qu'ils ne trouvent un accord satisfaisant.
(1)L'oasis de Siwa, à l'ouest de l'Egypte, près de la Libye, avait autrefois un temple dédié au dieu Amon. Un temple et un oracle qu'aurait consulté Alexandre le Grand pour des raisons politiques. :)
(2)Diminutif du prénom Erszébeth, forme hongroise d'Elizabeth.
