Les étoiles de l'orage
Chapitre 3 : Elèves et professeurs
Les mains d'Harry tremblaient tant qu'il fut contraint de s'arrêter un instant de déplier sa lettre afin de reprendre son calme. Après quelques instants, il défit le dernier pli puis lissa le parchemin. Il ne pouvait plus reculer maintenant.
Harry,
Je sais de source sûre (pour autant que l'on puisse qualifier ainsi les jumeaux Weasley) que tu viens de passer ta dernière épreuve de BUSES, celle d'histoire de la magie. Ne t'inquiète pas trop si tu échoues à celle-ci, tu auras tout le temps de redécouvrir l'histoire quand le besoin s'en fera sentir. (D'ailleurs, même Remus a échoué à cette épreuve, il n'a eu qu'une note oscillant entre Acceptable et Effort exceptionnel, c'est dire !)
Pour te détendre un peu après tout ce stress, je t'envoie une photo qui devrait t'amuser. Tu l'as trouvée ? C'est biiiieeeen, Mr Potter, je vois que vous n'êtes pas qu'un abruti sans cervelle, vous savez fouiller dans une enveloppe.
Plus sérieusement, Harry, prends cette photo et regarde-la. Il s'agit de moi, ton père et Remus. Elle a été prise alors que tous les élèves de cinquième année étaient dans le parc de l'école à fêter la fin des épreuves.
Harry secoua l'enveloppe. Deux photographies en tombèrent. Sur l'une d'elles, James Potter, Sirius Black et Remus Lupin, jeunes hommes en cinquième année au collège Poudlard, lui souriaient d'un air radieux. Son père avait les cheveux décoiffés, Sirius avait quelques mèches qui lui retombaient sur son visage et luttant contre la brise pour les maintenir en arrière, le jeune Remus ne paraissait pas aussi fatigué que lorsqu'il l'avait vu dans la Pensine de Rogue. A sa vue, le cœur d'Harry se serra. Se doutait-il à l'époque que James épouserait Lily, que tous deux mouraient par une sombre nuit d'Halloween, que son autre meilleur ami passerait douze ans en prison pour une faute qu'il n'avait pas commise et que lui-même passerait de longues années à être rongé par le remord et regardé de travers partout où il irait ? Pauvre Remus, professeur adulé par les élèves qui ne se souciaient pas de sa condition, méprisé par beaucoup de parents. Harry se souvint de Seamus, l'an passé, faisant courageusement face à Dolorès Ombrage et lui clamant que Remus Lupin était le meilleur professeur qu'ils n'aient jamais eu. Au moins, il y avait eu quelqu'un pour prendre sa défense…
Harry chassa ces sombres pensées. Pour une obscure raison, Peter Pettigrow ne se trouvait pas sur la photographie. Et c'était mieux ainsi. Avec un sourire, Harry sortit l'album que Hagrid lui avait offert cinq ans auparavant et y rangea soigneusement le cliché. Un jour il le montrerai à Remus, se promit-il.
Il reprit la lettre. Sirius avait laissé un espace important entre les derniers mots et les suivants. Ceux-ci avaient l'air d'avoir été écrits plus rapidement, comme si leur auteur craignait d'être interrompu.
Harry, voici une seconde photo. Elle a été prise quelques années plus tard, en France, plus précisément en Alsace. Ton père et moi avions été là-bas pour parachever nos études. Lily nous avait rejoint le temps d'un week-end avec Remus. La photo a été prise dans le parc du Château, tu reconnaîtras moi, James et Lily, Remus et Alain Armadale, tu ne connais pas ce dernier, il est français et nous étions devenus amis, nous avions le même instructeur. Il s'agit de la femme qui se trouve à côté de moi et qui a environ l'âge actuel de Maugrey. Elle s'appelait Mariette Rösle.
Sirius n'avait rien ajouté, hormis sa signature. Perplexe, Harry reposa sa lettre. Pourquoi son parrain avait-il perdu du temps à ajouter ceci ? Pour lui révéler une partie de l'histoire de ses parents ? Légèrement déçu, Harry relu rapidement ce passage. Il avait pris la peine d'écrire « plus précisément en Alsace », mais pas celle d'indiquer quelles études lui et James avaient faites. Et pourquoi avait-il écrit « le Château » avec une majuscule ? L'Alsace, Rösle… ces deux noms lui tournaient dans la tête. Il tenta d'établir une relation entre les deux, mais n'y parvint pas. Pourtant ces deux éléments lui paraissaient associés.
Il relut une nouvelle fois la dernière partie de la lettre. Il fronça les sourcils en arrivant à l'avant-dernière phrase. Préciser que leur instructeur était la personne qui se trouvait à côté de lui pouvait se révéler utile, mais en sachant que le jeune homme inconnu était un élève, et par ailleurs trop jeune pour être professeur, Harry aurait aisément pu deviner l'identité de la femme à côté de Sirius. Et pourquoi Sirius s'était-il donné la peine de préciser son âge ?
Harry observa le visage de la femme. Une femme d'âge mûr aux cheveux grisonnants mais qui avaient dû être bruns. L'expression de son visage lui rappelait vaguement quelque chose. Il reposa le parchemin et la photographie pour se masser l'arrière de la tête. Une douleur sourde l'envahissait lentement. Un début de migraine, probablement. Il soupira puis rangea également cette photographie dans l'album, hésita, puis y glissa la lettre.
Il pensa à aller demander un comprimé d'aspirine à sa tante, mais l'absurdité de cette idée le fit sourire. Peut-être lui restait-il un peu de ce flacon de sirop contre la migraine que lui avait donné Mme Pomfresh. Il repoussa le livre d'Eskivdur, résista à la tentation de le jeter par la fenêtre, souleva quelques vêtements trop petits puis finit par retrouver le flacon portant l'étiquette aux armoiries de Poudlard indiquant « Contre la migraine- Prendre une cuillérée, attendre trois heures avant la suivante. Si la douleur persiste, retourner à l'infirmerie. ». Il suivit les indications et se sentit immédiatement soulagé.
Quelques rues plus loin, Elane pénétrait à nouveau dans la cuisine désertée de Mrs Figg. Seul Joachim était resté. Elle lui sourit puis retira sa veste.
-Tu veux du café ? proposa-t-il.
- Si ce n'est pas un anglais qui l'a préparé, avec plaisir, plaisanta-t-elle.
- Normalement, il devrait être buvable. Ils sont peut-être imbattables en ce qui concerne le thé, mais ne connaissent pas grand-chose à la caféine.
Elane prit la tasse qu'il lui tendait et s'assit alors qu'il se servait lui-même.
-Tu as des nouvelles de France ? demanda-t-elle.
- Tout va bien, pas d'agitation suspecte, tu peux rester là-bas autant que tu le veux (ça c'est mon cher frère Enrique qui l'a ajouté en post-scriptum) et tes amies n'ont pas eu de problèmes « sortant de l'ordinaire » avec qui que ce soit, énonça-t-il.
Il vit qu'elle se crispait légèrement à ces mots. Il lui prit doucement la main.
-Excuse-moi d'avoir dit ça sur le ton de la plaisanterie, mais tu sais que je m'inquiète pour toi (et pour elles). En temps normal, vous avez déjà des problèmes, mais en plus en ce moment…
- Je sais.
Elle poursuivit en relevant la tête.
-C'est vrai que nous devons nous défendre –et défendre les autres- contre toutes sortes de forces du mal, mais nous avons les pouvoirs pour cela. Et nous n'avons pas été choisies par une quelconque administration, mais des générations avant nous le savaient. Et puis… nous sommes ensembles.
Il sourit.
-C'est vrai que vous êtes plus proches que des sœurs.
-Et nous sommes très bien entourées, murmura-t-elle en s'appuyant contre son bras. Même lorsqu'ils étaient tout deux assis, il était plus grand qu'elle, or elle-même avait déjà une taille supérieure à la moyenne !
- Nous avons notre chère mais irascible Edwina, notre maître, protectrice, mère adoptive et j'en passe, j'ai nommé Anne, les membres de notre famille que nous avons mis au courant, moi j'ai Maugrey, j'ai Tonks, mes cousines et mon cousin. Et puis je t'ai, toi.
- Ravi de constater que tu me comptes parmi tes proches, ironisa-t-il.
- Oh, arrête.
Par jeu, elle lui donna un coup de poing dans le bras.
- Tu sais très bien à quel point tu comptes pour moi, souffla-t-elle.
Il resserra son étreinte. Ils demeurèrent un long moment silencieux. Puis Joachim reprit la parole :
- Tu veux encore aller chez Maugrey ce soir, je suppose.
- Il voudra savoir comment s'est passé la rencontre avec Harry, et comment il a réagi à la lettre. Il l'aime bien. Sous ses dehors bourrus, il cache un cœur d'or. Je crois que si Harry veut devenir Aurore, il le prendra avec plaisir en apprentissage.
- Il t'a déjà formé toi, bien que ce n'était pas un apprentissage au sens strict du terme. Il a également formé Tonks et Kingsley. Il pourrait ouvrir une école d'élite !
Elle rit.
- Ce qui fait la force de l'enseignement de Maugrey, c'est qu'il ne forme pas des automates, mais avant tout des êtres humains, capables de penser par eux-mêmes, capables de pitié comme d'intransigeance. Et surtout, il montre que le monde n'est pas uniquement fait de concurrence et de méchanceté, car quand il prend un apprenti sous son aile, il l'encourage, l'écoute et des années après encore on peut venir lui réclamer de l'aide.
- En somme, il est le professeur que j'essaie d'être. J'essaie de ne pas enseigner « que » le piano.
- Tu sais, il n'y a pas beaucoup de professeurs capables d'accueillir un élève dans son bureau pour l'entendre parler de leurs problèmes personnels. Ou qui sont prêts à leur donner autant de cours particuliers qu'ils le voudront pour les rassurer avant un examen !
Il y eut un nouveau moment de silence plein de complicité et de tendresse. Puis Elane murmura :
- Je vais devoir y aller. Tu as l'intention d'écrire à Wladek ? Quand viendra-t-il ?
Wladek, diminutif de Wladyslaw, était le cousin italien de Joachim. Leurs deux pères étaient frères, nés à Napoli. Le père de Joachim, ayant appris le français durant toutes ses études, était parti s'enterrer dans l'Alsace pluvieuse et y tomba amoureux d'une belle française blonde, parlant italien bien que professeur d'allemand. Mais il revint souvent avec sa famille autour de la baie napolitaine, et ses enfants firent tous une partie de leur scolarité en Italie. Joachim avait les cheveux brun sombre, les yeux bruns et la peau aussi hâlée que celle de Wladek. De surcroît, il parlait l'italien comme une langue maternelle avec l'accent napolitain, aussi lorsque durant ses séjours il déambulait avec son cousin autour de la baie de Napoli, personne ne supposait que l'un des deux était étranger.
Wladek tout comme Joachim était pianiste, se produisait souvent en concert. Ils avaient le même âge, étaient plus proches que des frères et avaient tout deux parachevé leur formation pianistique dans une école sorcière de musique du nord de l'Italie, à Trento.
- Je crois qu'il doit jouer avec un orchestre samedi soir, aussi devrait-il arriver en Angleterre dans la journée de dimanche.
Il tint la veste d'Elane pour l'aider à l'enfiler.
-Mais je dois encore lui écrire. A ….demain matin, si j'ai déjà fini ma lettre quand tu rentres.
Il la serra contre lui. Elle posa les mains sur ses épaules, se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa. Puis il la relâcha doucement, frôlant les longs cheveux bruns de son menton. Il s'écarta et elle transplana.
Elane réapparut quelques instants plus tard dans une rue déserte de l'un des quartiers résidentiels de la banlieue de Londres. « The suburbs », comme disaient les Anglais. Ici, la banlieue n'avait la même allure qu'en France, et n'avait d'ailleurs pas la même connotation négative. Les maisons de brique s'alignaient sagement le long des rues. Certains touristes prétendaient qu'elles se ressemblaient toutes, mais Elane les trouvait charmantes. Cela partait d'un souci d'égalité et d'ailleurs les formes des maisons variaient : certaines avaient un angle arrondi où se logeait fréquemment le salon, les jardins étaient très différents….
Elle se mit à marcher. Elle connaissait le chemin par cœur, elle n'avait pas besoin de lire le nom des rues. Elle tourna dans Mada Road et accéléra le pas. Elle se retrouva devant la maison de Maugrey avant que la pluie ne commence vraiment à tomber. Elle prononça tous les mots de passe qui empêchaient les alarmes de se mettre en route puis ouvrit la porte. Elane huma l'air avec plaisir. Elle y venait depuis presque huit ans et cette maison avait toujours cette odeur particulière, faite de pipe, d'herbes à potions, de thés et d'une foule d'autres choses.
Elane passa au salon. Maugrey s'y trouvait, penché au-dessus d'un chaudron. Il ne redressa pas la tête mais dit simplement « Installe-toi et fais chauffer du thé ». Elle retira sa veste puis partit dans une expédition visant à retrouver la bouilloire, qui se trouvait là où elle était censé être, du moins d'après la conception assez spéciale du rangement de Maugrey. (C'est-à-dire derrière la boîte qui
servait de réserve de poudre de Cheminette, toujours achetée en grande quantité car « C'est le genre de chose que l'on oublie facilement mais dont on a toujours besoin »).
Elle la remplit d'eau au robinet que Maugrey avait fait installer pour ne pas avoir à courir à la cuisine dès qu'il avait besoin d'eau pour faire des potions ou du thé lorsque il travaillait. (Car dans la partie arrondie du salon qui de l'extérieur passait pour une tour se trouvait son bureau.) Une fois la bouilloire fixée au crochet prévu à cet effet dans la cheminée, elle tisonna le feu afin de faire grimper les flammes de manière à faire bouillir l'eau plus rapidement.
Elane s'approcha de la paillasse où le célèbre aurore continuait à surveiller son chaudron et annonça :
-J'ai vu Harry Potter aujourd'hui.
- Qu'est-ce que tu en as pensé ?
- Il…. Je ne sais pas comment l'exprimer, ni dans quel ordre.
-Peu importe, nous avons tous deux un mode de raisonnement assez complexe pour nous comprendre.
Elane jeta tout en vrac.
- Il semble perdu, il a l'air de souffrir, il serait tant que l'on reconnaisse qu'il n'est plus en enfant et qu'il a d'énormes responsabilités dans cette guerre. Et ce n'est pas en lui dissimulant la situation qu'on va l'aider, bien au contraire. Et il est bouleversé par la mort de son parrain, il s'en croit responsable. J'espère que nous avons réussi à lui sortir cette idée de la tête.
Maugrey éteignit le feu sous le chaudron et s'essuya les mains sur un torchon.
-Qui ça « nous » ?
Il était passé à l'allemand, aussi c'est en cette langue qu'Elane lui répondit.
-Joachim et moi. Et Kingsley lui a exposé les grandes lignes de la situation. Joachim a enfin réussi à convaincre Molly Weasley qu'Harry n'était plus un enfant.
- Comment s'y est-il pris ? Il a dû user d'arguments percutants pour y parvenir entre le moment où je suis parti du Square et celui où vous êtes arrivés chez Arabella.
- Il l'a fait là-bas, devant Harry.
Maugrey émit un sifflement.
- Il savait ce qu'il faisait ! En fait, peut-être était-ce la meilleure manière de procéder.
Il décrocha la bouilloire et entreprit de verser le thé dans deux tasses récupérées sur le manteau de la cheminée.
Elane alla s'appuyer à la fenêtre. Le soir pluvieux n'était pas très différent de celui où elle avait été parachutée à Londres par une personne désireuse de l'aider et où Maugrey l'avait reconnue et définitivement prise sous son aile. De simple maître d'armes, il était alors passé à protecteur, confident et maître d'apprentissage, un lien très spécial entre élève et professeur, encore plus qu'un simple contrat magique. Elane reprit, toujours en allemand.
-Tu sais, j'aimerais l'aider. Pas seulement l'entraîner à combattre, mais également être là s'il a besoin de moi, lui redonner confiance en lui. Un peu comme…, Comme…
Elle se jeta à l'eau
- Un peu comme tu l'avais fait pour moi.
Maugrey lui adressa un sourire en même temps que sa tasse.
- Avec ton mélange de gentillesse et d'assurance, je suis persuadé que tu pourrais y arriver. Et d'ailleurs, je crois que même Dumbledore serait soulagé en sachant qu'Harry a des gens comme toi et Joachim pour veiller sur lui et être à son écoute.
Puis il demanda :
-Tu peux m'aider à verser cette potion dans des fioles.
Ils ne parlèrent plus d'Harry. Elle tenait les fioles, il versait la potion puis elle les rebouchait et collait une étiquette. Ils parlèrent de leurs vies, elle de ses élèves (elle lui décrivit notamment certains énergumènes), Maugrey lui raconta quelques anecdotes cocasses des couloirs du ministère.
Ils redevinrent graves lorsqu'elle partit. Elle mit sa veste puis se tourna vers lui.
- Vigilance constante ? demanda-t-elle avec un sourire.
-Vigilance constante, répondit-il. Surtout en ce moment. Et…
Il voulut ajouter quelque chose, mais ne sut que dire. Et « au cas où » était une expression que tous les deux avait appris à redouter. Il se borna à repousser du visage de la jeune femme une longue mèche soyeuse. Elle savait que ce petit geste affectueux représentait chez Maugrey une grande démonstration d'affection. Il n'était guère démonstratif, il ne lui faisait pas la bise quand elle venait, pas plus quand elle partait. Parfois, quand il savait qu'elle courait un danger il retenait quelques instants ses mains entre les siennes. Et c'était tout. Une fois, il l'avait prise dans ses bras alors qu'elle pleurait. L'affection, la complicité, la tendresse et l'amitié qui les liaient se passaient de gestes.
Elle lui sourit puis transplana au Square Grimmaurd, où le premier être vivant qu'elle vit fut Errol, qui lui signifiait par ses hululements qu'il avait faim.
Une petite review, s'il vous plaît ! Ça ne prend pas beaucoup de temps et aide l'auteur à s'améliorer. Et une petite énigme : quel est le rapport qu'Harry n'arrive pas (encore) à trouver entre les mots « Alsace » et « Rösle » ?
Par ailleurs, je tiens à préciser que « Mada Road » est une rue du quartier résidentiel de Londres qui existe réellement. Mais je ne crois pas que Maugrey Fol Œil habite bel et bien dans ces parages !
