Les étoiles de l'orage
Chapitre 4 :Bienvenue au Square Grimmaurd
Le lendemain matin, Joachim se réveilla en frissonnant. Machinalement, il chercha à rabattre sa couverture sur lui, mais s'aperçut qu'il en était déjà recouvert. Qu'est-ce qu'il fait froid, songea-t-il.
On était en Angleterre, mais quand même au début du mois de juillet. Et il n'avait pas fait si froid, hier…
Renonçant à se réchauffer, il se mit debout et tenta de se remémorer le programme de la journée. Aller chercher Harry, mais c'était seulement à quinze heures…Ce soir, répétition à….il ne savait plus ni où ni quand, ni en prévision de quel concert. Il allait encore devoir travailler sur le vieux piano du salon.
Ça avait un rapport avec Bill Weasley…. La mémoire lui revint d'un coup. Il devait accompagner Bill Weasley à Poudlard ce latin pour aller parler avec le professeur Dumbledore !
Pendant un moment, la concentration lui avait fait oublier le froid, qui se rappela soudain à son bon souvenir. Il récupéra ses vêtements posés sur une chaise. Pantalon noir, chemise gris clair, veston noir, la cravate il la mettrait plus tard.
En tentant de ne pas réveiller Fred et Georges Weasley avec qui il partageait sa chambre, il sortit dans le couloir et se rendit à la salle de bains pour se raser. Même l'eau était glaciale, et pas moyen d'obtenir de l'eau chaude ! Il mit ses lunettes. Il voyait aussi bien de jour que de nuit, mais en avait besoin pour préciser les contours flous des objets.
Joachim s'aspergea une dernière fois le visage d'eau froide et se rendit à la cuisine en espérant ne pas croiser Kreattur occupé à fouiner à droite et à gauche. Un étage, deux étages…trop tard. L'elfe sortait du salon.
-Bonjour Kreattur, dit-il d'une voix douce et amicale. Tu vas bien ?
Il crut un instant que l'elfe allait tout bonnement l'ignorer, mais celui-ci était mal réveillé et ses réflexes de serviteur obéissant prirent le dessus.
- Bonne journée, monsieur. Kreattur espère que M. Szpilmann n'a pas eu trop froid en se réveillant. Il y a des braises prêtes à être rallumées dans la cheminée de la cuisine, Monsieur pourra se réchauffer.
Puis comme s'il se rendait compte de ce qu'il venait de faire, l'elfe disparut en trottinant dans les ténèbres du couloir, marmonnant des propos indistincts.
Elane aussi s'était réveillée en frissonnant et s'était empressée de passer une longue jupe sorcière et remit le pull crème de la veille. Même s'il avait été acheté dans une boutique moldue, il faisait l'affaire. Elle serra les bras autour d'elle et tenta de récupérer la longue veste en laine noire, si confortable et chaude. Elle se trouvait sur le bord du lit de Tonks.
Elane l'enfila et dirigea à son tour vers la cuisine, où elle arriva quelques instants avant Joachim. Il s'avança derrière elle et passa les bras autour sa taille. Elle s'appuya contre lui puis se retourna dans l'espace de ses bras pour l'enlacer. Elle leva le menton pour poser la tête sur son épaule.
- Froid ? demanda-t-il en la serrant plus fort.
- Un peu moins maintenant, répondit-elle levant son visage vers lui.
Elle lui sourit. Un sourire doux et fatigué. Il sut à quoi elle pensait.
- Tu t'inquiètes pour Harry, murmura-t-il doucement.
- Surtout à cause de Kreattur. J'ignore comment il va réagir en se retrouvant face à lui.
L'ouie exercée de musicien de Joachim capta un bruit de pas. Une, non, deux personnes approchaient. Il relâcha lentement Elane et s'écarta d'elle.
- En parlant de Kreattur, je l'ai croisé. Il sortait du salon. Il m'a salué poliment puis a détalé comme s'il le regrettait.
Tonks et Mondingus entrèrent dans la cuisine.
- Avec moi aussi, il s'est conduit ainsi. Peut-être veut-il adopter un profil bas.
- Vous parlez de Kreattur ? Une chose est sûre, s'il y a deux personnes à qui il doit du respect, c'est bien vous deux. Vous êtes les seuls à lui parler poliment, soupira Tonks. Venant de toi, Elane, ça ne m'étonne pas. Tu donnes une seconde chance à tout le monde. Sur ce point, tu ressembles à Dumbledore. Comme l'a dit Maugrey, tu es « incurablement gentille. »
A ces mots, Elane éclata de rire. « Incurablement gentille »…. Maugrey avait un sens de la repartie inégalable… Selon sa légende, un jour Dumbledore lui-même serait resté coi. Aucun des deux intéressés n'avaient jamais pris la peine de démentir.
Soudain une explosion retentit dans la cheminée et Mondingus se redressa en poussant des jurons. Elane en dénombra plusieurs qu'elle n'avait jamais entendu employer. Elle se promit d'en demander la traduction à Maugrey, un jour où il paraîtrait soucieux. Ça le dériderait…
Il se peut que j'aie à avoir recours à ce stratagème plutôt que je ne le pense, songea-t-elle en aidant Mondingus à se relever. D'après ses explications indignées données dans un anglais des plus « populaires », ainsi que le qualifiait Molly, il avait ajouté quelques bûches et s'apprêtait à ranimer le feu d'un coup de baguette, mais avant qu'il n'ait eu le temps de finir l'incantation, l'une des bûches avait explosé, le projetant en arrière.
Il vaudrait mieux faire attention, c'est peut-être un coup de cet elfe, ajouta-t-il en voyant Joachim les cendres à l'aide de pincettes. Il en retira quelques restes de cartons vert et rouge.
- Pétards mouillés du Docteur Flibuste, fit-il avec une grimace, sa longue silhouette agenouillée devant la cheminée.
- D…dans ce c…cas, on p…peut être sûrs que ce n'est pas un coup de Kreattur, bâilla Tonks. Il n'aurait jamais pu s'en procurer.
Soudain Joachim laissa échapper une exclamation italienne. Tous les regards convergèrent vers lui. Il se leva et se précipita vers les bûches empilées à côté de la cheminée. Il passa la main à l'arrière de la pile et ses longs doigts ramenèrent d'autres pétards.
Tous remarquèrent que le carton contenant la poudre avait été modifié. Joachim expliqua :
- Fred et Georges avaient tenté de les modifier afin qu'ils fassent davantage de lumière durant plus longtemps. Ils avaient eut l'idée d'y ajouter de la cendre, mais cela les faisait juste exploser. Ils les avaient laissés là en repartant pour leur boutique.
Cette explication n'améliora pas l'humeur de Mondingus qui continua à se plaindre, debout près du feu allumé sans incidents supplémentaires par Joachim, tandis que les trois autres préparaient, thé, café et surveillaient les toasts.
Tandis qu'il remplissait son bol et celui d'Elane, Joachim décida qu'il accorderait encore trois minutes de récriminations à Mondingus, puis ferait dévier la conversation sur un autre sujet.
Mais Elane adopta une autre stratégie. Quand tout fut prêt, elle glissa son bras sous celui de Mondingus pour qu'il la conduise jusqu'à la table. Elle attendit qu'il lui recule sa chaise pour s'asseoir et lui fit signe de se placer à côté d'elle. Joachim et Tonks prirent place en face. Pendant tout le petit déjeuner, Elane écouta les plaintes de Mondingus. Elle ne montra aucun signe d'ennui, elle manifesta un intérêt qu'on lui accordait rarement. Lorsque Mondingus marqua une pause, elle se mit à lui parler de son utilité au sein de l'Ordre du Phénix, puis du sang-froid dont il venait de faire preuve. Elle détourna légèrement la vérité :
- Vous savez Mondingus, je suis contente que vous ayez découvert ces pétards. Imaginez que Harry soit tombé dessus par inadvertance !
Elle savait qu'elle avait touché une corde sensible. Mondingus s'en voulait de son abandon de poste l'été précédent. Elle but une gorgée de café et reprit :
- S'il le savait, il vous en serait très reconnaissant. Après la mort de son parrain, il est suffisamment bouleversé, autant lui éviter de nouvelles angoisses. D'ailleurs, nous vous en sommes tous très reconnaissants.
Elane éprouvait d'ordinaire de grosses difficultés à mentir, mais à cet instant elle n'éprouvait aucun scrupule à rasséréner Mondingus, et d'ailleurs ce n'était pas vraiment un mensonge.
- Sans vous, nous aurions de grosses difficultés à trouver les fournitures qui nous sont nécessaires et à les transporter ici sans attirer l'attention. Et vous êtes également une mine d'information inépuisable.
Quand Tonks alla chercher sa cape ainsi que celle d'Elane, celle-ci hésita, puis étreignit Mondingus et l'embrassa sur la joue. Et tant pis si le pied de la chaise appuyait douloureusement sur son genou.
- Je dirai à Fred et Georges de ne plus laisse traîner leurs inventions, promit-elle.
Mondingus était peu habitué à de telles marques d'affection. Il leva la main et tapota maladroitement les longs cheveux bruns d'Elane.
- Laissez, laissez, grommela-t-il. Après tout, ils doivent bien faire fonctionner leur commerce.
Quand les deux amies eurent transplané, Mondingus se tourna vers Joachim.
- Vous avez de la chance, fit-il.
Joachim fit celui qui ne comprenait pas.
- Comment ?
- Ne faites pas semblant de ne pas comprendre, soupira Mondingus en l'aidant à rassembler les bols vides. Vous l'aimez et elle aussi, elle vous aime. Et elle a bien plus qu'une grande taille et un beau visage à offrir. Elle est intelligente, gentille et a bien d'autres qualités que je ne prendrai pas la peine de citer.
Joachim était abasourdi. Il ne savait que Mondingus était au courant. L'arrivé de Bill Weasley lui évita d'être encore plus gêné. Il noua rapidement sa cravate et en passant près de Mondingus, lui souffla « Merci ».
- De quoi étiez-vous en train de parler quand je suis arrivé ? lui demanda Bill Weasley, alors que tous deux marchaient dans la rue principale de Pré-au-Lard
-Oh ! Ça…. .éluda Joachim en faisant un léger geste d'une de ses longues mains de pianiste.
Quand Harry arrivera, nous pourrons lui dire « Bienvenue au Square Grimmaurd, où les émotions se libèrent au coin du feu ».
Bill n'insista pas.
- J'ai un problème, à la banque. J'ai un couple qui veut divorcer…
Joachim hocha la tête. Les divorces étaient extrêmement rares chez les sorciers. Quand deux sorciers se disaient oui, c'était pour la vie.
- Et ils ne sont pas d'accord sur l'état de leurs finances ?
- Je n'en sais rien ! Dès qu'ils arrivent dans mon bureau, ils commencent à se disputer sitôt qu'ils ont enlevé leur veste ! Cet après-midi, je vais les rencontrer pour la douzième fois, et j'ignore si j'aurai plus de chance que les onze précédentes !
- Et stupéfixer l'un pour poser des questions à l'autre, tu y as pensé ?
Ils discutèrent des avantages et des inconvénients de cette solution tout en marchant.
Allez, une petite review pour que je sache si vous avez aimé ! Je sais que ce chapitre est un peu court, mais je vais essayer de me rattraper la prochaine fois !
Thealie : Le nom semble d'origine allemande ou germanique et l'Alsace est française. D'une certaine manière, tu as mis le doigt dessus : il y a beaucoup de noms tels que « Rosle » en Alsace car l'Alsace a longtemps été allemande. Tu étais proche de la vérité, car c'est à la fois le nom de l'instructrice de Sirius et James et celui d'Elane. On découvrira pourquoi dans quelques chapitres. Tu vois Maugrey très différemment et j'aime beaucoup l'idée que tu fais passer de lui. Je suis ravie que ça te plaise ! Bizarrement, c'était l'idée que je l'étais faite de lui à la première lecture du tome 5, et qui ne m'a plus quittée depuis.
