Les étoiles de l'orage
Chapitre 5 :La honte exprimée en langue de Goethe
Elane et Tonks se laissèrent porter par la marée humaine qui les entraînait vers les ascenseurs. L'affluence était inhabituelle dans les couloirs du ministère pour l'heure.
Le sorcier chargé de contrôler les entées les suivit du regard depuis sa guérite. Ni l'une ni l'autre n'avait eu besoin de se déclarer : Tonks était aurore, Elane du fait de ses diplômes était considérée comme « Expert en sortilège et en littérature venue de l'étranger », même si personne ne savait exactement ce que cela signifiait. A plusieurs reprises dans l'année, elle était venue au ministère lorsque ses fonctions de professeurs le lui permettaient. Elle faisait des recherches, travaillait parfois avec des Aurores sur de nouveaux sortilèges et le flou de sa mission lui convenait tout à fait, lui permettant de travailler pour l'Ordre du Phénix.
Un Aurore de l'âge de Maugrey les salua paternellement. Toutes deux avaient vingt-quatre ans, et au ministère les plus anciens veillaient sur les plus jeunes.
Les deux jeunes femmes bifurquèrent dans un couloir moins bondé qui consistait en un raccourci vers le bureau des Aurores, quand soudain elles entendirent la voix de l'interprète de Fudge. Tonks tendit l'oreille pour reconnaître la langue et parvint à la conclusion que c'était de l'allemand lorsque Elane la tira en arrière.
Elle vit que la Française écoutait attentivement. Elle savait qu'elle parlait l'anglais comme l'allemand, c'est-à-dire avec une facilité déconcertante. A son expression, elle comprit que quelque chose n'allait pas. L'autre voix semblait tour à tour inquiète puis agacée. Lorsque les voix s'éloignèrent Elane tira le bras de Tonks.
- Viens !
-Qu'est ce qui se passe ?
- ça a un rapport avec Voldemort (Tonks tressaillit) et c'est…c'est grave.
Elles se mirent à courir.
- Au fait, demanda Tonks, où est-ce que tu as appris à parler allemand ?
- J'étais dans un lycée moldu tout en suivant des cours dans une institution sorcière. Chez les moldus, j'étais dans ce qu'ils appellent la section Abibac, c'est-à-dire que je préparais le bac (mon diplôme français) et en même temps son équivalent allemand.
Elles ralentirent en pénétrant dans le bureau des aurores. L'effervescence habituelle y régnait.
- Va à ton bureau et travaille normalement, mais rentre à midi. Je dois parler à Kingsley, lui souffla Elane.
Elle passa devant le bureau d'un Aurore aux longs cheveux coiffés en catogan qui lui adressa un sourire séducteur mais elle l'ignora. Elle rassemblait ses forces pour croiser le regard de Sirius, qui lui sourirait encore sur les photos du panneau de Kingsley. Il lui sourit en la voyant.
- Bonjour, Miss Rösle.
-Mr. Shackelbot…
Elle se pencha vers lui sous le prétexte de lire le titre d'un dossier.
-Il faut que je te parle, c'est urgent, murmura-t-elle puis se redressa.
Kingsley croisa le regard envieux de son collègue au catogan et dit d'une voix forte :
- J'aimerais vous parler de certains points d'une étude que je n'ai pas compris. Peut-être pourrez-vous m'éclairer ? Il se munit d'un dossier. Discutons-en autour d'un café.
Il lui offrit son bras pour la conduire jusqu'à une pièce déserte où les employés se réunissaient parfois pour se détendre autour d'une tasse de thé et de quelques Fondants du Chaudron.
- Que se passe-t-il ? interrogea-t-il en refermant soigneusement la porte.
-Tu sais qu'un envoyé du ministre allemand se trouve ici ?
Kingsley acquiesça.
- Fudge et lui ont l'intention de mener une action contre Voldemort.
Il tressaillit à la mention du nom.
- Quel est le problème ?
- Le problème, c'est que …ce n'est pas vraiment une action contre Vol… contre lui, mais avec lui.
De surprise, il en lâcha le dossier. Elane continua :
- Ce serait …une sorte de marché, de pacte de non-agression. Ils ont l'intention d'envoyer quelqu'un lui parler. Cette personne lui proposerait de ne pas se mêler de ses affaires, en échange de quoi il ne s'attaquerait pas au ministère.
- Mais c'est de la folie ! L'émissaire n'a quasiment aucune chance de parvenir jusqu'à lui !
Kingsley était hors de lui. Elane également, mais elle avait un contrôle totale d'elle-même.
- Le pire, c'est qu'il pourrait y arriver. Si Voldemort sait ce qu'il veut lui proposer, il le recevra. Et s'il accepte…
Elle se tut. Tous deux pouvaient imaginer les conséquences. Kingsley ramassa le dossier.
- Qui as-tu déjà mis au courant ?
- Juste toi. Je n'avais pas le temps ni la possibilité d'en parler à Tonks.
-Qu'est-ce que je dois faire ?
- Qu'est-ce que tu peux faire ? répliqua-t-elle.
Un bref instant, il se détendit. C'était une question que Maugrey posait souvent à ses apprentis dans leurs moments difficiles, et elle l'avait utilisée pour se rapprocher un peu du vieil aurore. Pour redonner un peu de sérénité à Kingsley. Il se rapprocha de la porte.
- Il faut que tu préviennes Arthur, dit-il.
Il s'effaça pour la laisser passer.
- Ainsi que Dumbledore, ajouta-t-il.
Elane reprit le couloir d'un pas rapide. Elle retira sa cape. Son manteau de laine lui tenait bien assez chaud. Elle descendit l'escalier, qui l'amena juste à côté du Service des détournements de l'artisanat moldu. Elle croisa Perkins, le collègue d'Arthur qui en sortait et qui lui tint la porte. Dès qu'elle se fut refermée derrière elle et qu'elle eut entendu les pas de Perkins décroître dans le couloir, Elane relata à nouveau ce qu'elle avait entendu.
Quand elle eut fini, Arthur était blême. D'une voix hachée par la colère et la honte causée par les agissements du ministre, il lui demanda ce qu'il devait faire. Cette question la dérouta un instant, mais elle n'en laissa rien paraître, elle ne pouvait se permettre de déstabiliser davantage Arthur.
- Réunir l'Ordre pour midi. Moi je vais passer prévenir vos jumeaux pour voir Dumbledore. Je préviendrai également Minerva Mcgonagall, Filius Flitwick, Severus Rogue –tous les professeurs de Poudlard. Vous n'avez pas besoin de vous en inquiéter.
Bien qu'il fût bouleversé, Arthur tenta une pointe d'humour.
- Plutôt vous que moi ! Je ne voudrais pas être obligé d'arracher Severus Rogue à ses cachots !
Elane lui sourit puis regagna le hall. Elle s'approcha d'une des cheminées réservées aux départ et deux minutes plus tard lançait une poignée de poudre de Cheminette dans le feu en disant « Chemin de Traverse !»
Elle réapparut dans une des cheminées publiques de la célèbre artère. Lorsqu'elle poussa la porte de « Weasleys- Farces pour sorciers facétieux », la première chose qu'elle vit fut un chapeau surmonté d'une plume rose. Un chapeau qui n'était posé sur aucune tête. Mais il en fallait davantage pour déstabiliser Elane. D'un geste vif, elle le souleva, et la tête de … Fred (elle dut vérifier sur le badge) apparut avec un large sourire aux lèvres. Lequel s'effaça rapidement quand elle lui fit part des derniers événements.
Une demi-heure plus tard, Elane était assise dans le bureau de Dumbledore et achevait son récit pour la quatrième fois. Le célèbre sorcier était assis, les mains jointes et avait l'air sombre. Quand elle eut fini, il garda le silence puis lui demanda :
- A votre avis, que dois-je faire ?
Maugrey qui s'était également trouvé à Poudlard et avait suivit Elane quand elle avait pris d'un pas vif la direction du bureau directorial faillit intervenir mais se tut. Il sentait qu'Elane savait quoi répondre. Elle dit sans hésiter :
- Convoquer Fudge et lui demander ce que cela signifie. Il n'a pas besoin de savoir comment cela est parvenu à vos oreilles. Essayer de le raisonner et …
Elle marqua une pose. Maugrey serra sa main noueuse sur son épaule et l'encouragea à poursuivre.
- Je me demande si l'idée venait vraiment de Fudge, dit-elle lentement. Peut-être que les deux personnes que j'ai vues agissaient de leur propre chef. Ou peut-être que quelqu'un d'autre le leur avait ordonné. Car le ministre allemand avait été très actif dans la précédente lutte contre Voldemort. Et je ne crois pas qu'un homme puisse changer à ce point.
Elle leva ses yeux bleus vers Dumbledore. L'espace d'un instant, celui-ci eut le sentiment qu'elle était son égale –au moins. Il savait qu'elle avait raison et se rangea à son avis. S'emparant d'une pincée de poudre de Cheminette, il annonça « ministère de la Magie ».
Une demi-heure plus tard il était de retour, accompagné d'un ministre de la magie à l'air excédé. Mr Fudge ne cessait de protester « Mais c'est absurde, voyons ! ». Deux représentations de l'indignation personnifiée en une matinée, songea Joachim, se rappelant la scène du petit déjeuner.
- Ecoutez, Dumbledore, je sais encore ce que j'ai fait ! Et je n'ai jamais eu l'intention de passer un accord avec… avec ce monstre ! L'émissaire venu d'Allemagne ne m'a jamais parlé d'une chose pareille !
Maugrey intervint avec brusquerie.
- Si ce n'est pas vous, c'est quelqu'un d'autre. Quelqu'un a l'intention de passer un accord avec Voldemort et la seule chose que nous en savons, c'est que cette personne a des contacts avec le ministère allemand et se trouve en haut lieu.
Elane sentit que Fudge avait dit la vérité. Il n'était de toute évidence pas sous Impérium, et ignorait tout de la conversation surprise ce matin. Elle tenta de calmer le ministre.
- Vous comprenez, c'était votre interprète, et vous seriez la personne indiquée pour prendre ce type de décisions.
Le courroux de Fudge se retourna contre elle.
- De quoi vous mêlez-vous, d'abord, l'apostropha-t-il.
Elane n'en parut pas le moins du monde affectée et s'apprêtait à répondre avec le sourire aux lèvres mais Maugrey la prit de vitesse.
- Miss Rösle a été mon apprentie et est aujourd'hui professeur dans une célèbre école française. Elle fait actuellement des recherches chez nous et apporte son concours à notre ministère, plus particulièrement aux Aurores et aux Services d'expérimentation des nouveaux sortilèges. Son aide nous est précieuse et je vous conseillerais de lui parler avec le respect qui lui est dû !
Il se réjouit intérieurement de cette petite revanche sur le ministre, qu'il n'aimait guère. Ça t'apprendra à t'en prendre à la protégée de Fol Œil, songea-t-il. Dumbledore reprit la parole.
-Maintenant qu'il a été établi que ce n'est pas vous qui avez pris cette décision, m'autoriserez-vous à éclaircir cette situation par mes propres moyens ?
La permission lui fut accordée et Fudge repartit en jurant en ses dents vers son Ministère. Dumbledore avait réussi un coup de maître : en demandant à s'occuper lui-même de la situation, il empêchait Fudge de s'étonner de voir certaines personnes se mêler de ce qui a priori ne les regardait pas. Les membres de l'Ordre n'auraient qu'à prétendre travailler pour Dumbledore.
Pour information, je précise que la section Abibac existe réellement. Elle permet de préparer un bac L, S, Es etc.… tout en préparant l'Abitur (l'équivalent allemand du bac).
Thealie : Elane serait la fille de l'instructrice de James et Sirius ? La petite-fille, plus exactement. Et pourquoi avaient-ils besoin d'aller en France pour finir leurs études ? Pour deux raisons : améliorer leur français et apprendre à travailler avec des réseaux d'Aurores du monde entier. James et Sirius étaient Aurores, non? Effectivement, ils étaient Aurores. J'ai trop hâte de lire la suite. Continue. Je fais de mon mieux ! J'essaie d'ajouter un chapitre tous les trois jours, parfois plus tôt. Sinon j'essaie de ne pas mettre plus de quatre jours entre deux chapitres. Jusqu'ici ça va, car je tape les chapitres à l'avance. Et merci beaucoup pour tes encouragements !
