Les étoiles de l'orage
Chapitre 8 : On peut décider de sa chance, à défaut de sa naissance
En entendant Mrs Weasley l'appeler pour prendre le petit déjeuner, Harry se rua hors de sa chambre, qu'il devrait plus tard partager avec Ron, mais qu'il était seul à occuper pour l'instant. Il heurta alors quelqu'un violemment. Sous le choc, la personne se pencha légèrement en avant, mais ses pieds restèrent solidement plantés dans le sol, aussi ce fut Harry qui fut rejeté en arrière et expérimenta la douceur du parquet du couloir. Croyant reconnaître la silhouette, il entreprit de s'excuser.
- Je suis désolé, Joachim, mais j'étais pressé et je n'ai pas fait atten…
Il s'interrompit brutalement : l'homme qui se tenait devant lui n'était pas Joachim Szpilmann. Tous deux avaient la même taille, la même carrure, le même maintien, le même mode vestimentaire et Harry s'aperçut que même l'expression chaleureuse de leur sourire se ressemblait, mais la ressemblance s'arrêtait là. L'inconnu avait les cheveux noirs au lieu d'un brun très sombre et plus longs. En fait, sa coupe aurait pu être celle d'Harry s'il avait réussi à discipliner ses cheveux, à se débarrasser de ses épis et à les empêcher de former des ondulations légères. Les yeux étaient quasiment noirs, et la peau était légèrement plus bronzée que celle de Joachim.
Lorsque l'inconnu lui tendit une main secourable pour l'aider à se relever, Harry remarqua que comme celles de Joachim, ses mains étaient longues, légèrement nerveuses, aux doigts souples et agiles. Se rappelant soudain les règles élémentaires de politesse, il songea que c'était à lui de se présenter en premier.
-Harry Potter.
-Wladyslaw Szpilmann.
Harry se rappela vaguement une phrase prononcée par Georges Weasley lorsqu'il l'avait croisé dans le couloir. En fait, il s'en souvenait même clairement. « Joachim et Wladyslaw Szpilmann. Deux chics types, intelligents, un peu du style de Lupin. Deux sorciers puissants, il vaudrait mieux ne pas avoir à se frotter à eux. Ils sont pianistes, Joachim professeur, Wladyslaw a acquis une certaine notoriété en tant qu'interprète. » avait dit Georges.
- Vous êtes le cousin de Joachim, Joachim Szpilmann ?
Wladyslaw acquiesça. Il parlait un anglais correct, mais avec un accent assez prononcé, et il devait parfois chercher ses mots. Il descendit à la cuisine en compagnie de Harry. En chemin, Tonks et Elane se joignirent à eux. Harry se rendit compte que ce ne devait pas être la première fois que Wladyslaw se rendait au Square Grimmaurd, car Elane et Tonks l'embrassèrent toutes les deux.
Arrivés dans la pièce qui représentait le carrefour de l'activité du Square Grimmaurd, ils furent accueillis par Mrs Weasley, dont le visage comportait quelques cernes et Joachim, qui salua son cousin d'un signe chaleureux sans interrompre pour autant sa conversation avec Maugrey. Au moment où Harry ouvrit la bouche pour demander s'ils seraient seuls à table, Fred et George apparurent.
- Nous avons été quelque peu retardés, dit Fred, car nous ne trouvions plus de chaussettes.
- Comment ça, plus de chaussettes, s'indigna leur mère. J'ai en lavé un sac plein, hier !
- Oui, mais pas des nôtres, soupira Georges.
- Etant donnée que nous avons maintenant un petit appartement au-dessus de notre boutique…
- Nous sommes contraints de nous préoccuper de notre linge…
- Et faire la lessive est une corvée pénible…, marmonna Fred
- Aussi nous débrouillons-nous pour le ramener à Maman lorsque nous passons la voir, ajouta Georges en vérifiant que la personne concernée ne se trouvait pas à portée d'oreille.
- Malheureusement nous l'oublions souvent…
- Aussi sommes nous réduits à de tristes extrémités pour nous habiller, conclut Georges.
Et les deux frères retroussèrent le bas de leurs pantalons afin de montrer leurs mollets recouverts de chaussettes colorées, mais différentes.
- Nous avons constaté que la mode inauguré par Dobby avait pour avantage de nous épargner la peine d'assortir nos chaussettes, expliqua Fred, en ramenant son pantalon sur sa chaussette jaune, avant de camoufler la violette.
Lupin apparut alors, l'air plus fatigué que jamais, à tel point qu'il négocia mal son Transplanage et tomba sur Elane, qu'il entraîna dans sa chute. Elane se redressa sur ses coudes et regarda Lupin.
- Où as-tu passé ton permis ?
Sa boutade fit rire tout le monde, alors que Joachim lui tendait sa main pour l'aider à se relever, et que Maugrey en faisait autant avec Lupin. Lupin demanda à Maugrey pourquoi il était venu prendre son petit-déjeuner au Square Grimmaurd.
- Mon cher Remus, nous sommes dimanche, et comme tous les dimanches matins je viens ici me sustenter car vous levez plus tard et j'ai le temps de me joindre à vous.
- Déjà dimanche, s'étonna Lupin en prenant une chaise.
Fred lui tendit une tasse de thé remplie de sollicitude.
Pour la première fois, Harry se sentait détendu au Square Grimmaurd. Il refusa l'offre de Mrs Weasley qui tentait de lui faire boire un troisième bol de café et promena son regard autour de la table. Lupin interrogeait Fred et George sur le fonctionnement de leur boutique et Tonks écoutait. Elane parlait avec les deux cousins Szpilmann. Harry vit que Joachim avait posé les pieds sur les barres qui reliaient les pieds de la chaise d'Elane. Maugrey écoutait toutes les conversations et plaçait un mot quand bon lui semblait.
Harry aida Lupin à rassembler bols et tasses alors que Maugrey guidait à l'aide de sa baguette l'éponge servant à ramasser les miettes. Puis les uns et les autres se dispersèrent. Fred et Georges annoncèrent leur intention d'examiner les comptes de leur boutique, Maugrey marmonna quelque chose à propos d'un ouvrage de référence à consulter, Tonks le suivit et Mrs Weasley s'éclipsa avant qu'Harry n'ait eu le temps de comprendre ce qu'elle avait l'intention de faire. En voyant ceux qui restèrent, Harry sentit sa gorge se serrer. Il devinait de quoi ils avaient l'intention de parler.
Lupin jeta un regard presque suppliant à Elane. Il ne se sentait pas le courage de commencer. Elane serra les dents. Pour elle non plus, ce n'était pas facile, mais elle avait l'habitude de monter en première ligne.
- Harry, Sirius avait laissé un testament….
Un peu brutal, mais elle sentait qu'Harry aurait méprisé toute tentative de dissimuler les faits derrière des mots.
- Il te lègue pratiquement toutes ses possessions, à l'exception de quelques ouvrages, qui iront à Lupin ainsi qu'une certaine somme d'argent. Mais ce sera toi qui hériteras de cette maison. Tonks n'a pas été oubliée, bien sûr. Elle aura droit à quelques uns des bijoux familiaux, et elle et sa mère auront également droit à de l'argent. Tu hériteras aussi de la maison que Sirius avait acheté une fois majeur, avec l'argent que lui avait légué son oncle Alphard. Maintenant la question qui se pose avec la maison où nous nous trouvons en ce moment même…
Elane lui jeta un regard interrogateur.
- Vous pouvez continuer à l'utiliser en temps que quartier général, dit aussitôt Harry. Je veux que cette maison horrible ait au moins une quelconque utilité.
- C'est très gentil de ta part. Le problème, c'est qu'il y a deux volontés qui entre ici en contradiction. Celle de Sirius, qui tenait à ce que tu ais la maison, et celle de la famille Black, qui voulait que la maison passe entre les main du membre de la famille le plus proche –par les liens du sang- du défunt. L'aînée des trois cousines de Sirius était Bellatrix Lestrange, or je suppose que tu comprends pourquoi je ne serais pas ravie de la voir débarquer ici avec armes et bagages…Et nous ignorons laquelle de ces deux règles s'applique ici, ou si les sortilèges que nous avons apposés sur la maison suffiraient à contrer la deuxième règle…
- Mais si …Elle…
Harry n'eut pas le courage de prononcer le nom de la cousine de Sirius.
- Mais si elle peut venir à tout moment, pourquoi n'avez-vous pas déménagés pendant un certain temps avant de voir à qui appartient maintenant la maison ? demanda-t-il.
Joachim fut impressionné par la capacité de réflexion d'Harry.
-Car d'après les règles sorcières, la maison appartient encore au défunt durant un mois après sa mort. Pour l'instant, nous n'avons donc rien eu à craindre. Seulement, il y a un moyen simple de vérifier à qui appartient réellement cet endroit. Car si tu as hérité de la maison, tu as également hérité de…
Elane se tut. Harry sentit soudain qu'il ne voudrait pour rien au monde connaître l'autre chose dont il avait hérité. Son estomac se noua d'appréhension. Joachim se leva et alla ouvrir la porte du réduit où se trouvait la chaudière. Il en extirpa un ballot de torchons pourvu de bras qui gigotaient et d'une voix aigue et criarde. Harry le reconnut immédiatement. Kreattur. Kreattur qui criait de toute la force de ses poumons :
- Non, non, non, non !Je ne veux pas, je ne veux pas ! Je n'ai rien à voir avec…avec lui ! Je ne veux pas, je ne lui obéirai pas ! Je n'appartiens pas à Harry Potter ! Non, non, non…
Elane éleva légèrement la voix pour se faire entendre par-dessus les cris de l'elfe et la voix de Joachim qui tentait de le faire se tenir tranquille.
- Depuis qu'il a pris connaissance des… dispositions de Sirius à son égard, il n'arrête pas de crier ainsi. Mais si la maison t'appartient, lui aussi, et il sera donc contraint de t'obéir. Donne-lui donc un ordre. Et s'il ne t'obéit pas…
- Ce sera tant mieux, dit Harry d'un air sombre. Je n'en veux pas.
Il croisa alors le regard bleu d'Elane.
- Crois-tu vraiment que nous puissions nous permettre de le laisser retourner chez Bellatrix Lestrange? En sachant qu'il a vécu au contact de l'Ordre durant plus d'un an ?
Il savait qu'elle avait raison.
- Non, nous ne pouvons pas, admit-il.
- D'ailleurs, pour son propre bien, il vaut mieux qu'il reste ici. Une fois qu'elle aura épuisé la mine d'information qu'il représente, elle le fera trimer comme il ne l'a plus fait depuis longtemps, et il s'épuisera à la tâche.
- Et elle n'écoutera pas ses considérations sur la maison des Blacks, qui vaut mieux que toutes les autres, ajouta Waldeck.
Harry acquiesça.
- Et maintenant, donne-lui un ordre, s'il te plaît, pria Elane.
Au même moment, Kreattur se mit à crier plus fort que jamais.
- Je ne le ferai pas, non, non, non, je ne le ferai pas !
Aussi Harry ne put penser à autre chose qu'à :
- Kreattur, tais-toi !
Le silence revint brutalement. Joachim relâcha sa prise et exhala un soupir de soulagement. Elane posa alors un regard plus insondable que jamais sur Kreattur, qui s'était traîné jusqu'au recoin le plus éloigné de la cuisine et qui y sanglotait silencieusement, prostré. Personne ne saurait jamais ce qu'elle avait pu pensé à cet instant. Au-delà de la colère et du dégoût, elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver pour lui de la pitié. L'elfe était ce que les hommes en avaient fait. Elle comprenait parfaitement la conduite de Sirius à son égard, mais en même temps elle songea que si elle-même lui avait parfois accordé davantage qu'un salut poli et un regard, peut-être que les choses n'auraient pas fini ainsi. Peut-être que si elle avait pris le temps de l'écouter, un soir… Mais elle chassa ses pensées. Ce qui est fait est fait, les événements font partis d'un passé immuable. Seules nos réactions peuvent être changées.
Lupin observa le visage d'Elane. Elle avait mieux exposé les faits qu'il n'aurait su le faire. Et pourtant, elle avait peut-être été l'une des personnes les plus proches de Sirius. Elle avait de la peine, mais la surmontait. « Je pense ce que je dis mais je ne dis pas ce que je pense », cette phrase aurait pu résumer les réactions d'Elane. Incapable de mentir mais aussi douée que Rogue pour cacher ses sentiments, songea Lupin.
Il se redressa soudain sur son siège. Il n'avait jamais eu cette idée auparavant. Et pourtant…Elane n'arborait pas de masque d'impassibilité, elle laissait transparaître sa joie, plus rarement ses peines. Mais elle ne se laissait pas déstabiliser et ne laissait pas voir à quel point certaines choses l'atteignaient. Elle gardait la tête haute, quoi qu'il arrive. Et pourtant, elle restait toujours aussi gentille, serviable. Au fond, elle ressemblait à Dumbledore.
- Bon, la preuve est maintenant faite que d'un bout à l'autre, Sirius avait su ce qu'il faisait, reprit Elane.
Elle hésita, puis poursuivit.
- Si tu veux… découvrir un peu ce qu'avait été la vie de Sirius et de tes parents…
Elle fit signe à Lupin de poursuivre.
- Dans la chambre de Sirius, tu trouveras son bureau. Il est rempli de lettres, de photographies et d'effets personnels. Personne n'a voulu y toucher. Tout ça t'appartient. Tu peux le consulter quand tu veux.
Harry sentit ses yeux se brouiller. Il inspira profondément puis dit « Merci » d'une voix étranglé. Après, il monta se réfugier au salon. Il était désert, ce qui lui convenait tout à fait. Il ne se sentait pas le courage d'aller dans la chambre de Sirius, pour voir ses effets personnels. Il s'abîma dans ses réflexions.
Le retour s'était bien déroulé, mais voir Kreattur avait ranimé sa douleur. Mais il ne se sentait plus coupable. C'était trop facile, de s'accuser. C'était refuser de prendre conscience que la mort de Sirius n'avait été qu'une injustice.
Il entendit un bruit de pas. Se retournant, il vit le cousin de Joachim s'approcher. Il vint s'accouder à la fenêtre à côté de Harry.
- J'étais certain que tu serais ici, tout en espérant que non.
Harry ne trouva rien à redire. Il posa alors une question qu'il trouva stupide dès qu'elle eut franchi ses lèvres.
- Comment saviez-vous que je serais ici ?
Mais Wladeck, lui, n'eut pas le moins du monde l'air de trouver sa question stupide.
- C'est la pièce la plus neutre de la maison. Si l'on fait abstraction de ceci.
Il pointa délicatement son index vers l'arbre généalogique des Blacks.
- Elane m'a un jour dit que cette pièce aux murs maintenant blancs était celle où l'on pouvait tout reconstruire, redécorer plutôt. Or pour tout recommencer, on a besoin de quelque chose de neutre, non ?
Harry ne savait que répondre, aussi resta-t-il silencieux. Waldeck se retourna et s'accouda au rebord en tournant le dos à la fenêtre. Les manches blanches de sa chemise allaient être grise de poussière, mais il ne paraissait pas s'en soucier. Son pantalon noir portait déjà une trace grisâtre.
- Elle a aussi dit quelque chose d'autre à mon cousin.
- Ils ont l'air très amis.
Wladeck le regarda, puis éclata de rire.
- Ils ne sont pas amis ; ils s'aiment.
Harry fut un instant surpris, puis se souvint des pieds sur les barreaux de la chaise, et d'autres gestes, à première vue anonymes, mais qui prenait à la lueur de cette nouvelle information une autre signification.
- Et que lui a dit Elane ? demanda-t-il pour changer de sujet.
- Qu'on peut décider de sa chance, à défaut de sa naissance.
Harry lui jeta un regard interrogateur.
- Comment ça ?
- On ne peut pas choisir les événements, mais notre façon d'y réagir. Et choisir ses réactions revient à choisir ses chances.
Harry avait l'air légèrement perturbé. Wladeck décida de lui donner un exemple. Et tant pis s'il était peut-être un peu trop personnel.
- Regarde-toi. Plus que jamais, tu as une position difficile.
Il ne servait à rien de nier l'évidence. Harry le savait, aussi ne répondit-il pas.
- Mais tu peux agir de manières différentes : en te coupant de tes amis ( ce que je te déconseille fortement, soit dit en passant), au contraire en comptant sur eux, en restant le même ou en devenant distant. C'est à toi de voir.
Wladeck le regarda droit dans les yeux.
- Bien sûr accepter cette vérité est difficile, car après on ne s'en prendre qu'à soi-même. Mais il ne faut pas oublier que comme tous les proverbes, il y des situations où il s'applique, et des situations où il ne s'applique pas.
Il esquissa un sourire.
- En fait, c'est à nous de différencier ces situations. Ce qui est une des choses les plus difficiles à faire dans la vie.
Harry ignorait toujours que répondre. Mais au-delà de l'étonnement et de l'émotion, il sentait confusément que Wladeck avait raison. Celui-ci quitta la pièce, en administrant au passage une tape amicale sur l'épaule d'Harry. Soudain, il prit une décision. Quoi qu'il arrive, il parlerait de la prophétie à Ron, Hermione et Ginny. Et …pourquoi pas ? Il en parlerait également à Elane, Joachim et Wladeck.
Il ignorait pourquoi, mais il sentait qu'il pouvait leur faire confiance, une confiance absolue. Et qui n'était pas basée uniquement sur l'impression de puissance que tous les trois dégageaient. Ils avaient également de grandes qualités humaines, et surtout… c'était les trois seules personnes qui avaient compris et fait quelque chose pour le sortir de l'univers de doute où il nageait depuis la mort de Sirius.
Quelques étages plus haut, Elane contemplait une vitre parsemée de gouttes de pluie semblable à celle que voyait Harry. Maugrey était assis dans un fauteuil et l'observait. Elle venait de lui relater tout ce qu'elle avait appris.
- Tu dis que le cousin de Joachim a quelque chose d'important à lui dire concernant John Bennett, sa fille et le mari de celle-ci ? demanda-t-il, en détournant les yeux de la cheminée vide.
Elane hocha la tête. Maugrey ne voulait pas vraiment une confirmation, c'était juste un moyen pour lui d'ordonner ses idées.
- Je crois que l'on ne peut rien faire de plus, tant que Roberto ne sera pas venu me parler, dit-elle.
- Tout à fait juste. Mais j'aimerais quand même savoir…
Il laissa sa phrase en suspens. Elane n'ignorait pas que même Maugrey n'était pas infaillible. Elle lui demanda son avis.
- Soi-disant, Bennett n'était celui qu'il semblait être, et il faisait partie de la Guilde. Le premier fait peut être interprété de différentes manières, mais j'ai eu une idée…
Il lui fit signe de poursuivre.
- Peut-être n'avait-il pas voulu passer de pacte avec Voldemort, mais avait tenté d'empêcher quelqu'un de le faire. Ou alors quelqu'un avait tenté de le faire accuser.
- Pour vouloir faire accuser quelqu'un, il faut un mobile, raisonna Maugrey. Or qui aurait eu un mobile ?
- Peut-être que Roberto Szpilmann pourra m'éclairer sur ce point.
Elle vit dans le regard de Maugrey qu'il n'y croyait qu'à moitié. Elle tenta désespérément de le convaincre.
- Mrs Bennett ne mentait pas lorsqu'elle a dit que sa famille avait été l'une des premières à croire Dumbledore, j'en suis sûre. Son mari, sa fille et son gendre ont été tués. On peut donc penser qu'ils luttaient contre Voldemort, non ?
- Je te crois, je te crois, murmura Maugrey. J'ai confiance en ton jugement. Et si tu dis qu'elle ne mentait pas, c'est qu'elle ne mentait pas. Mais tout le monde ne te croira pas. Il va te falloir trouver des preuves. Et être prudente. Roberto Szpilmann pourra peut-être t'aider et Mrs Bennett sûrement.
- Et si ça ne suffit pas ?
Maugrey la regarda droit dans les yeux.
- Et si ça ne suffit pas, alors j'ai confiance en toi.
Elane sentit sa gorge se nouer. Cette phrase, à l'image de Maugrey, était simple, mais émouvante dans sa façon même d'être. Elle se demanda soudain si Maugrey ne lui cachait pas quelque chose, s'il ne savait pas quelque chose qu'elle ignorait. Généralement, il cachait ses sentiments sous des dehors bourrus. Mais Maugrey dissipa rapidement ses interrogations.
Se levant, il croisa les mains dans son dos et s'approcha également de la fenêtre. Regardant la pluie tomber, il dit :
- Normalement, dans toute la paperasse du ministère, il devrait y avoir une trace de la personne qui a sollicité un entretien avec l'émissaire allemand… Quoique …Le ministère a des formulaires pour absolument tout, mais pour quelque'un connaissant les rouages de l'administration, il devrait être possible de modifier un nom, ou de provoquer la perte de papiers… Mais il y a tant de paperasses que cela devrait laisser une trace quelque part, le tout est de la trouver…
Suivit une des habituelles remarques caustiques sur l'organisation du ministère :
- Bien des employés ont failli se retrouver noyés sous des piles de dossiers, alors autant que leurs épreuves n'aient pas été vaines !
Se détournant, il ajouta :
- J'ai toujours mes grandes entrées au ministère, et -plus important- mes petites entrées. Je devrais donc être en mesure de retrouver l'identité de cette personne.
Il sortit de la pièce. Elane, restée seule, retourna s'accouder à la petite fenêtre. Elle se trouvait au dernier étage de la grande maison, juste sous le grenier. La fenêtre était haute, et elle pouvait voir les toits des maisons environnantes, rendus luisants par la pluie. Elle avait toujours aimé cette vue. Elle aurait aimé en faire une aquarelle… C'aurait été agréable de venir s'installé là un soir, et peindre… Elle chassa cette idée. Elle n'avait pas le temps. Ça faisait un certain temps qu'elle n'avait plus le temps, songea-t-elle. Son jeu de mots l'amusa.
Harry, lui, longeait le couloir. Il croisa à nouveau Wladeck. Poussé par une impulsion irrépressible, il s'approcha de lui et lui demanda :
- Au sujet de ce que vous m'avez dit avant…
- Au sujet de ce que tu m'as dit avant…, corrigea Wladek.
- Très bien, au sujet de ce que tu m'as dit avant… A quelle occasion Elane a-t-elle dit ça à Joachim ?
Wladeck l'observa, puis poussa un soupir :
- Tu devras le lui demander toi-même, je n'en sais pas plus que toi.
- Dans ce cas, à quelle occasion t'a-t-il raconté ça ?
-Oh, un jour où j'avais deux propositions de concerts et j'ignorais laquelle choisir, dit-il d'un ton léger.
Harry eut le sentiment de s'être fait avoir, mais peut-être était-ce une question trop personnelle.
- Merci pour ces…
Il hésita sur le mot à employer.
- Pour ces éclaircissements.
- De rien.
Harry reprit son chemin dans le couloir.
- Au fait, Harry…
Il se retourna.
- Je crois savoir qu'Elane tenait ce proverbe de Maugrey Fol Œil.
Harry ne sut que répondre et reprit sa marche. Il eut soudain un léger vertige, mais continua sa marche. Il cligna des yeux à plusieurs reprises. Il venait d'avoir des flashs, comme si Colin Crivey s'était amusé à prendre en photo le bout de son nez. Il s'arrêta et se frotta les yeux.
Soudain, il prit conscience d'un changement de bruit. Le silence et le bruit des pas de Wladeck venait d'être remplacé par la joyeuse rumeur d'une assemblée. Et il faisait plus chaud que dans le couloir, une brise légère caressait agréablement son visage. Il ouvrit les yeux et fut si surpris de découvrir un ciel radieux qu'il recula et marcha sur les pieds de celui qui se trouvait derrière lui.
- Excusez-moi, bredouilla-t-il.
L'homme continua à regarder droit devant lui. En fait, c'était un jeune homme. Saisi d'un pressentiment, Harry tenta d'attirer l'attention de quelqu'un d'autre.
- Pardon, demanda-t-il à une jeune femme, j'aimerais savoir si…
Elle ne lui accorda pas la moindre attention. Harry s'était déjà à plusieurs reprises retrouvé dans des situations similaires, mais ce qu'il ne parvenait pas à comprendre, c'était la manière dont il était tombé dans ce souvenir. A qui appartenait ce souvenir, d'abord ?
Tournant la tête autour de lui, Harry aperçut soudain Wladeck et Joachim. Le souvenir était probablement celui de Wladeck. Harry s'approcha d'eux. Ils parlaient en une langue qu'Harry identifia comme de l'italien. En écoutant l'homme qui parlait sur l'estrade, Harry s'aperçut que tout le monde parlait italien.
Il régnait une ambiance festive. Les femmes portaient de belles robes, les hommes également avaient l'air de s'être habillés avec plus de soin qu'à l'ordinaire. Les discours prirent fin, et l'assemblée se dispersa. Harry suivit les deux cousins. Ils l'entraînèrent jusqu'à un escalier donnant apparemment accès aux appartements. Ils entrèrent dans une des chambres et se munirent chacun d'un sac de voyage et d'un sac de cours en bandoulière contenant probablement des partitions, Harry en était sûr.
Il était également sûr de se trouver dans une école de musique. Mais les élèves semblaient plus âgés que ceux de Poudlard, aussi Harry conclut qu'il se trouvait dans l'équivalent d'une université. Il suivit Joachim et Wladeck jusqu'à une gare, qui semblait autrement importante que celle de Pré-au-Lard. Ils se dirigèrent vers un quai où une pancarte indiquait Napoli.
Harry comprit que ce n'était pas un train scolaire, mais public. Joachim et Wladeck retirèrent leurs cravates et leurs vestes puis s'installèrent. Wladeck sortit un livre, Joachim un journal qu'il entreprit de lire, les manches de sa chemise crème retroussées. Harry jeta un coup d'œil à sa montre. Elle s'était arrêtée et ne put donc dire le nombre d'heures que dura le voyage. Lorsque le train entra en gare, Les deux cousins se munirent de leurs sacs. Ils retirèrent également leurs malles à un comptoir et firent signe à un sorcier. Apparemment, celui-ci était l'équivalent d'un porteur et avait pour charge de faire apparaître les malles au domicile des voyageurs moyennant un certain nombre de pièces.
Wladeck et Joachim se mirent à marcher, leurs vestes nonchalamment jetées sur un bras. Le soleil éclaircissait le bleu de la chemise de Wladeck.
Quant au vrai Wladeck, en entendant le bruit de la chute du corps d'Harry, il avait immédiatement alerté Joachim. Ensemble, ils le transportèrent sur le sofa du salon. Wladeck expliqua en peu de mots ce qui venait de se produire. Il croisa le regard de son cousin.
- Je crois qu'il est tombé dans un souvenir, dit Joachim.
- Tu en es sûr ? demanda Maugrey en entrant précipitamment dans la pièce.
- Il en présente tous les symptômes. Elane devrait pouvoir le ramener. Où est-elle ?
- Peut-être est-elle encore à l'étage. Je vais la chercher, dit le vieil aurore en se ruant hors de la pièce.
Les minutes s'écoulèrent tels des siècles avant que le bruit de sa jambe de bois ne précède l'arrivée de Maugrey. Essoufflé, il lâcha :
- Elle n'y est plus, et j'ignore où elle se trouve. Il va falloir que quelqu'un d'autre s'en charge.
Joachim prit une profonde inspiration. Wladeck sut ce qu'il allait faire.
- Tu es sûr de vouloir le faire ?
- Je n'ai pas le choix ! A le voir, j'ai l'impression que c'est la première fois qu'il pratique ce genre de transe, il ne pourra donc pas revenir seul.
Wladeck s'écarta pour lui laisser de la place. Joachim prit la main de Harry dans la sienne et se concentra. Il ne l'avait plus pratiqué depuis longtemps… Il vit toute une foule d'image traverser ses yeux –les souvenirs de Harry, très certainement- avant d'apparaître sûr la promenade ensoleillée que son ego plus jeune d'environ cinq ans suivait. Il tapa sur l'épaule de Harry.
- Il est grand temps de rentrer, tu ne crois pas, demanda-t-il doucement.
Il tendit sa main à Harry. Celui-ci la prit. Joachim ferma une nouvelle fois les yeux. Il parvint à éviter les souvenirs de Harry et se retrouva à nouveau au Square Grimmaurd. A côté de lui, Harry se redressait sur le sofa. Joachim se sentait épuisé. Sa transe n'avait duré que quelques instants, mais il était à bout de souffle et se sentait vidé émotionnellement. Il se laissa tomber dans un fauteuil juste après s'être assuré qu'Harry se portait bien.
Ce dernier se redressa lentement. Un mal de crâne lancinant s'étendait inexorablement, et il lui semblait que plus jamais il ne pourrait fixer un objet. Il avait l'impression que son estomac était occupé par une bande de sauterelles en train de danser sur les plus entraînants succès des Bizzar'sisters. Il tenta de rassembler ses idées, puis abandonna et se laissa retomber, exténué, sur le sofa.
- Que s'est-il passé ? J'étais dans le jardin…
Personne n'avait vu ou entendu Elane entrer dans la pièce. Elle se tenait derrière le fauteuil de Joachim, une expression inquiète sur son visage. Maugrey ouvrit la bouche pour lui répondre, mais ne sut par où commencer, aussi s'empressa-t-il de la refermer. Elane répéta sa question. Harry tenta de lui répondre, mais lorsqu'il ouvrit la bouche il put seulement se pencher sur le côté. Heureusement, Elane avait d'excellents réflexes et fit apparaître une bassine juste à temps pour protéger le tapis. Lorsque Harry se redressa, elle lui demanda simplement :
- C'est fini ?
Harry se contenta d'hocher la tête, il ne voulait prendre le risque d'ouvrir la bouche une seconde fois. Elane murmura « Evanesco » et le contenu de la bassine se volatilisa. S'asseyant près de Harry, elle dit d'une voix douce :
- Tu as fait une transe, n'est-ce pas ?
Harry lui jeta un regard interrogateur.
- Je veux dire, tu es tombé dans un souvenir, non ? C'est une forme de transe. Et apparemment, c'est ce qui vient d'arriver.
Harry n'osait toujours pas ouvrir la bouche. Ce fut Wladeck qui expliqua à Elane ce qui venait de se passer, tandis qu'elle se débarrassait de son long manteau noir mouillé par la pluie.
Bon, alors si je n'ai pas au moins cinq reviews la prochaine fois, je ne poste pas le prochain chapitre... Mais tel que je me connais je le ferai quand même... Et puis zut...
Mais sérieusement, c'est bon pour votre santé: en cliquant sur le petit bouton violet, vous musclez vos doigts, et dès la rentrée vous serez près à prendre des notes avec autant d'efficacité qu'Hermionne Granger... Vous ne me croyez pas ? Tant pis!
Snapye :J'ai aussi lu le HP 6 et j'espère que tu feras pas de mon chouchou (Séverus Snape) le malade (tueur sans foi ni loi) décrit dans la plupart des forums…pour moi il y a une raison à son comportement qu'on apprendra dans le HP 7… Rogue est un personnage tout en nuances et en contrastes, qui n'est pas forcément ce que les autres croient. En partant de cette idée, je vais en faire quelqu'un de sombre, mais « gentil ». Même si les apparences seront parfois contre lui…Une question cependant… C'est Potter (c'est le syndrome Snape, là !) qui écrit le livre si j'ai tout suivi jusqu'ici tu as suivi, mais comment est-ce qu'il peut connaître tous ces détails ? On lui a dit ou … je sais pas, une Pensine ? Je l'ai un peu expliqué dans le prologue, appelé « Pourquoi ». Il est allé repêcher des souvenirs dans les Pensines, il a fouillé dans des journaux intimes de l'époque, il a lu des lettres et des membres de l'Ordre du Phénix sont encore vivants lorsqu'il écrit, donc effectivement, ils lui ont raconté certains de leurs souvenirs.
Thealie : Pas de reviewspas de chapitre ! Mais tu veux me tuer ! Heu, non, ce n'était pas dans mes intentions…Harry va bientôt intervenir, non ? Tu l'avais senti venir ? Je suis donc si prévisible ! J'espère que ce chapitre te satisfait. Les Mintons travaillaient sur une piste pour les Londubats ? Plus ou moins…Tu auras ta réponse dans deux chapitres, je ne peux pas te répondre clairement tout de suite, mais tu es sur la bonne piste. Comme à chaque fois, d'ailleurs !
