Les étoiles de l'orage
Chapitre 12 : Sur les hauteurs
Disclaimer : Tous les personnages, animaux, créatures, objets, lieux etc… appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autres que j'ai crée. Je ne gagne rien à écrire cette fic, mis à part le plaisir que j'ai à écrire et à faire partager ce que j'écris.
Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.
J'ai augmenté le rating, car après réflexion celui-ci ne convenait peut-être pas aux blessures dont souffrira un personnage à la fin de ce chapitre… Mais je vous rassure, ça ne risque pas de choquer les âmes sensibles. Car je ne fais pas une fic pour rassasier les vampires…
J'espère que ce chapitre plaira à Snapye, qui regrettait l'absence de Rogue. Il n'est pas présent tout au long du chapitre, mais c'est mieux que rien. Dis-moi si ça te plait !
Il était tard et l'horizon rougeoyait déjà lorsque Elane transplana à Pré-au-Lard. Elle arriva non loin du salon de thé de Mme Pieddodu, qui avait laissé un souvenir tellement marquant dans l'esprit de Harry. Mais cela, elle l'ignorait. Elle se mit à marcher d'un bon pas, indifférente aux regards appuyés que lui lançaient un groupe de jeunes sorciers. Ils la suivirent du regard jusqu'à ce que sa démarche gracieuse et élégante l'emporte au coin de la rue, qui la dissimula à leurs yeux. Un léger souffle de regret parcourut la petite bande, mais Elane passait déjà devant Les Trois Balais, pleins à cette heure-ci d'un mélange de vieux habitués à qui Mme Rosemerta n'avait même plus besoin de demander leur commande et d'étrangers de passage.
Elle atteignit bientôt la sortie du village et prit la direction de Poudlard. En s'en approchant, elle releva la tête. Le majestueux château se dressait au sommet de l'allée. Le soleil couchant créait des reflets dorés à la surface du lac et sur les collines environnantes. Elane s'arrêta devant les grilles et attendit que le heurtoir apparaisse. Elle frappa un grand coup et attendit qu'Hagrid vienne lui ouvrir. Ils échangèrent les mots de passe (deux extraits de poèmes que Dumbledore avait lui-même composé) et Hagrid appuya son énorme main à un endroit bien précis du motif en fer ouvragé. Un léger courant d'étincelles violettes parcourut le métal jusqu'à la poignée et la porte s'ouvrit. Hagrid salua chaleureusement Elane et la gratifia d'une tape sur l'épaule qui lui aurait fait fléchir les genoux si elle n'y avait pas été préparée. Il l'accompagna jusqu'aux portes du château puis disparut du côté des serres.
Elle poussa la porte et pénétra dans le hall. Elle jeta un coup d'œil par les portes ouvertes de la grande salle, qui paraissait encore plus grande vidée de ses élèves. Elane ne s'attarda pas dans le hall et grimpa vers les étages en utilisant l'escalier de marbre. Les couloirs étaient déserts et étrangement silencieux. A l'exception du léger bruissement de sa robe, elle ne faisait aucun bruit en marchant. En arrivant devant la gargouille, elle prononça le mot de passe, mais la gargouille dit d'une voix suave :
- Le professeur Dumbledore n'est pas dans son bureau. Vous devez le chercher ailleurs.
Elane soupira et fit demi-tour. En arrivant au bout du couloir, elle se retourna en entendant un trottinement derrière elle. Le minuscule professeur Flitwick courait derrière elle.
- Vous cherchez le professeur Dumbledore ? demanda-t-il, à bout de souffle.
Elane lui sourit et acquiesça.
- Il n'est pas à Poudlard ?
- Si, enfin, non, en fait, il y est … mais, heu, techniquement parlant il n'y est pas… Ou peut-être qu'il y est quand même…
- Vous voulez dire qu'il est à Poudlard, mais pas au château, c'est cela ? dit-elle d'une voix douce.
Elle avait énormément de respect et d'affection pour le petit professeur de sortilège, qui le lui rendait bien. Il reprit son souffle.
- C'est tout à fait ça. Il a passé la journée à mettre à jour les listes d'élèves et à vérifier quelle liste de fourniture devrait être envoyée à qui, et après le repas il a annoncé son intention d'aller faire un tour dehors.
- Il est dans le parc ?
-Non, il est sur les hauteurs qui entourent Poudlard. Mr Maugrey l'avait averti de votre visite, et il m'a donc dit de vous dire où il serait.
Le professeur Flitwick lui indiqua ensuite le chemin à prendre et l'accompagna jusqu'au hall. Selon ses indications, elle passa derrière les serres et se retrouva sur la lande derrière Poudlard. Une légère brise soufflait et Elane aspira avec délices l'odeur de l'herbe. Pour un peu, elle se serait crue chez elle. Mais les taches de couleur laissées par la bruyère lui rappelaient qu'elle se trouvait bien loin de l'Alsace. Peu importait : elle aimait le Royaume-Uni, même si certains prétendaient qu'il y pleuvait à longueur de journée.
Elane traversa la lande pour arriver au pied des montagnes et prit le sentier qui montait. Elle traversa quelques espaces boisés, mais en montant les herbes battues par les vents prédominaient à nouveau. La pente était assez raide, mais Elane avait vécu au cœur des vignobles et avait donc acquis une certaine endurance. Les couleurs du soleil couchaient avaient augmenté d'intensité et c'est donc environnée d'une lumière dorée que Dumbledore l'aperçut en baissant les yeux. Il l'appela et elle leva les yeux vers lui.
Le sentier aboutissait sur le côté de la butte, mais Elane choisit de le négliger et de monter tout droit à travers les herbes, bien que ce soit plus raide. De toute façon, elle n'avait plus une grande distance à parcourir. Dumbledore lui sourit et lui tendit la main pour l'aider dans les derniers mètres. Quand elle fut à côté de lui, il s'inclina légèrement sur sa main et la porta à ses lèvres, tout comme l'avait fait Roberto Szpilmann dans la matinée.
- Je suis content que vous m'ayiez trouvé, déclara-t-il.
Derrière ses lunettes en demi-lune, ses yeux bleus pétillaient. Elane lui sourit également.
- C'est moi qui suis contente de vous avoir trouvé, car la vue est magnifique.
Et effectivement, elle l'était. De là où ils se trouvaient, ils avaient une vue imprenable sur Poudlard et son lac agité de vaguelettes dorées. On voyait également Pré-au-Lard, qui semblait se serrer contre la forêt comme un enfant contre sa couverture.
- Je suppose que vous n'êtes pas venue uniquement pour la vue ?
Elane se tourna vers lui.
- Effectivement, non.
Elle lui raconta tout ce qu'elle avait appris dans la matinée, les conclusions qu'elle et Maugrey avaient tirées. Elle lui rapporta également l'offre de Roberto, et lui annonça le calme plat sur l'océan noir des troupes de Voldemort.
- Qu'est-ce que ça signifie ? lui demanda-t-elle en conclusion.
Ce qui avait été pris comme une bonne nouvelle au cours du début de la soirée l'inquiétait maintenant. Elle commençait à voir les choses sous un autre angle, et cet angle ne lui plaisait pas du tout.
- Si seulement je le savais, soupira Dumbledore. Le problème est qu'il est impossible de savoir ce qui se produit dans l'esprit de Tom Jedusor, qui est fait de tours et de détours, de coins et de recoins.
- Croyez-vous qu'il se peut qu'il rassemble ses forces pour un coup d'éclat ? Pendant l'année scolaire précédente, il s'était appliqué à se faire discret pour mieux préparer son attaque au ministère. Serait-il possible qu'il ait un autre plan de cette envergure ?
- Il a beaucoup de projets, parmi lesquels me tuer et faire évader les mangemorts prisonniers à Azkaban figurent sans doute en bonne place. Mais il se peut qu'il essaye tout simplement de rallier les géants à sa cause. Personne n'est en place de dire ce que Voldemort fera, ou ne fera pas. Aucune des règles communes ne s'appliquent à lui, mais…
- Mais cela peut également se retourner contre lui, compléta Elane. Quand on combat quelque chose d'imprévisible, on sait que rien n'est impossible, ni à l'un ni à l'autre.
Dumbledore hocha la tête. Elane l'observa. La plupart des gens ne voyaient sur son visage que les rides du rire, mais elle voyait également les plis de tension aux coins de sa bouche, les marques qui indiquaient qu'il devait souvent froncer les sourcils et celles qui prouvaient qu'il était toujours tendu, sur le qui-vive. Personne n'est tout-puissant. Lui pas plus que les autres, songea-t-elle.
- Vous êtes très occupée ces derniers temps.
Dumbledore recommença à parler, mais en changeant de sujet.
- Vous allez apprendre à Harry à pratiquer les transes. Comment s'est passée sa première ?
Elle lui fit le récit de la journée de dimanche, depuis le moment où elle avait mis Harry au courant des dernières volontés de Sirius jusqu'à ses dernières paroles concernant les transes.
- Et une fois de plus, vous allez devoir vous débrouiller seule, murmura-t-il.
Il sembla à Elane qu'il avait parlé davantage pour elle que pour lui. Il reprit.
- Vous êtes partout, à tout faire. Tout le monde compte sur vous, tout le monde se repose sur vous. Mais vous, Elane, sur qui pouvez-vous vous reposez ?
Il la regarda droit dans les yeux, et elle soutint son regard sans ciller. Il continua à parler.
-Comme en ce moment, vous regardez les choses, en face, la tête haute. Je sais que vous avez travaillé tard samedi soir pour aider Mrs Weasley, et pourtant vous n'aviez qu'une envie, aller vous coucher. Pourrez-vous encore longtemps faire ainsi abstraction de vos envies ?
Elle soupira.
- Il faut bien que quelqu'un le fasse. Et puis, je sais sur qui je peux compter.
Dumbledore esquissa un sourire.
- Sur Joachim Szpilmann, notamment.
Elane rougit. Elle ne put s'en empêcher. Elle répondit quand même à Dumbledore.
- Notamment.
Dumbledore lui sourit franchement.
- N'hésitez pas à demander de l'aide aux autres, ils en seront ravis, et vous ne serez pas obligée de montrer toujours une image forte, mais distante, et pourrez rester vous-même. Je ne parle pas de contrôler vos sentiments, car ceci fait partie de vous et vous avez vous-même très bien compris quand y avoir recours. Ne vous sentez pas toujours obligée d'être forte, sous peine de voir une distance vous séparer des autres.
Elane comprit qu'il avait raison. Elle pouvait aussi se reposer davantage sur les autres.
- Merci, professeur, murmura-t-elle.
Elle lui sourit, et des larmes lui montèrent aux yeux, sans qu'elle cherche à les réprimer. Seules quelques-unes coulèrent. Dumbledore chercha un mouchoir au fond de sa poche et les essuya délicatement. Elane lui fut reconnaissante de ne pas parler. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi elle pleurait. Peut-être à cause des tensions accumulées ces derniers jours. Peut-être à cause de la petite Harriett. Peut-être à cause des paroles de Dumbledore. Peut-être à cause de tout ça à la fois.
Elle prit le mouchoir que Dumbledore lui avait laissé dans la main et s'essuya les yeux. Elle renifla, se moucha et lui adressa un pauvre sourire à travers ses larmes, sourire qui s'améliora rapidement, au fur et à mesure qu'elle se sentait plus soulagée.
- Puisque vous allez mieux, murmura Dumbledore, asseyons-nous et profitons…du spectacle que la nature nous offre. Un peu de beauté… fait toujours … le plus grand bien. Un peu de douceur… dans ce monde d'indifférence.
Si quelqu'un avait regardé vers la butte, il aurait vu un vieil homme et une jeune femme assis sur deux rochers, le visage tourné vers le soleil couchant.
Lorsque le soleil eut disparut derrière le lac et que seule sa lumière restait, Elane se leva, épousseta rapidement ses robes et dit qu'il était temps pour elle de repartir. Elle marcha avec Dumbledore jusqu'au château, lui y pénétra et elle redescendit jusqu'aux grilles.
Dumbledore resta un moment debout sur les marches à la regarder s'éloigner, puis se détourna et pénétra dans le hall lorsqu'elle eut franchi les grilles. Il s'adossa un instant aux lourdes portes de bois. Au moins avait-il agi au mieux… Il se redressa en entendant un léger bruit de tissu, qui précéda de peu l'arrivée de Rogue. Il tenait à la main des fioles vides et revenait de l'infirmerie, probablement Mrs Pomfresh lui avait demandé de lui fabriquer une quelconque potion de soin.
Il regarda la silhouette vêtue de noir, comme à l'accoutumée, de son professeur de potion s'avancer vers lui. Quand il fut devant lui, celui-ci lui demanda de sa voix légèrement narquoise :
- Qu'ai-je donc fait pour mériter une telle attention ? Serai-je devenu encore plus repoussant que d'ordinaire ?
Dumbledore lui sourit tranquillement et lui répondit :
- Je me demandais simplement quand je vous avais vu faire un vrai sourire de bonheur pour la dernière fois.
- Je vous souhaite de trouver rapidement la réponse à votre question.
Rogue avait déjà tourné les talons lorsque Dumbledore le rappela :
- Ce n'est pas parce que nous traversons des temps sombres que vous n'avez pas le droit de rire lorsque l'occasion s'en présente, Séverus.
- Mais probablement les occasions ne se présentent pas à moi, répliqua-t-il d'un ton froid.
- Etes-vous sûr que ce n'est pas vous qui les repoussez ? interrogea alors Dumbledore.
Rogue leva ses yeux sombres vers lui et le regarda fixement. Pour la première fois depuis longtemps, il eut envie de ciller sous le regard de quelqu'un. Il finit par répondre :
- En ces temps sombres et troublés, je ne suis plus sûr de grand-chose, Dumbledore. Des milliers de chemins se croisent et se recroisent, et nous ne faisons que tourner en rond. Mais le peu de choses dont je suis sûr, je les tiens pour inaltérables.
- Si vos convictions sont inaltérables, Séverus, votre volonté l'est probablement aussi, murmura Dumbledore. Et notre volonté pourrait très bien devenir la seule lumière dans ces ténèbres, aussi je pense que vous vous en sortirez.
- Je le souhaite à nous tous, Professeur.
Rogue tourna les talons pour de bon et disparut vers les cachots. « Je me demandais simplement quand je vous ai vu faire un vrai sourire de bonheur pour la dernière fois »… Lui, il savait quand cela s'était produit pour la dernière fois… et Dumbledore aussi devait s'en souvenir.
Il eut soudain envie d'éclater de rire. Sa situation était si absurde … Il se ressaisit rapidement. Remets-toi, Rogue, c'est Voldemort que tu vas voir, ce soir…songea-t-il.
Il avait averti Dumbledore au courant de l'après-midi, dès qu'il avait senti la marque le brûler. Il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire. Il posa en évidence sur son bureau l'enveloppe indiquant où trouver ses dernières volontés, au cas où….
Après le départ d'Elane, Tonks était montée étudier au calme la traduction du journal de Wilhelm. Mais elle ne parvenait pas à se concentrer, l'écriture de son amie dansait devant ses yeux. De guerre lasse, elle repoussa le dossier et prit son agenda. Elle feuilleta rapidement la semaine à venir. Vendredi, elle irait manger chez ses parents. Songeuse, elle laissa ses pensées glisser vers eux. Elle n'avait vraiment réalisé à quel point ils comptaient pour elle qu'après la mort de Sirius. Elle les avait toujours aimé, mais les considérait comme une habitude, elle se contentait de savoir qu'ils étaient toujours là, prêts à la soutenir, et cette pensée lui suffisait. Mais au cours de ces derniers mois, elle avait pris conscience que rien n'était vraiment acquis. Elle avait connu Sirius un peu plus d'un an, mais elle avait eu le temps de comprendre d'où elle tenait son naturel enjoué, et son habitude de rire dans les moments graves. Il lui avait raconté quelques anecdotes de l'époque où lui et sa mère étaient à Poudlard.
Andromeda ne se laissait pas souvent entraîner dans les blagues des Maraudeurs, mais était toujours prête à faire la fête avec eux. De tant en temps, elle avait même réussi à convaincre Sirius de réviser un peu pour ses examens. Etant plus âgée, elle avait été pour lui un peu la sœur qu'il n'avait pu avoir.
Tonks sourit en se rappelant de tout ce que Sirius lui avait appris sur sa mère. Elle-même aurait aimé avoir une grande famille, où il y avait toujours de l'animation. Elle se serait très bien imaginée vivre dans une grande fratrie comme celle des Weasley. Bien sûr, elle avait la famille de son père, mais elle aurait aimé avoir également des cousins sorciers, avec qui elle aurait pu parler de ses études et commenter les résultats des derniers matchs de Quidditch. Avec Sirius, ce rêve s'était réalisé, mais trop peu de temps, malheureusement.
Soupirant, Tonks mit toutes ses affaires dans son sac pour débarrasser la petite table où elle s'était installée. Elle se souvint que Molly s'était sentie fatiguée et lui avait demandé de s'occuper du feu de la cuisine avant d'aller se coucher. Elle se leva de sa chaise, sortit de la pièce où elle s'était réfugiée pour être au calme et en passant devant la porte de sa chambre elle l'ouvrit et jeta son sac sur son lit. Elle le rangerait plus tard… Encore une habitude qu'elle et Sirius avaient eue en commun. Ils fonctionnaient tous deux sur le mode «cool », et devoir en revenant à quatre heures du matin chez eux, après avoir fait la fête, ranger leurs affaires parce qu'ils ne l'avaient pas fait avant de partir ne les avait jamais dérangés.
Elle descendit l'escalier, parvint à éviter le porte-parapluie en forme de jambe de troll et se rendit dans la cuisine. Elle y trouva Lupin, assis seul à la table en train de lire la Gazette du sorcier. Il releva la tête en l'entendant arriver.
- Tu es revenue parce que tu avais oublié ton foulard ? demanda-t-il en lui tendant le morceau de tissu en question.
- Ah, je n'y pensais même plus…
Ce qui était parfaitement vrai.
- En fait, je suis revenue parce que Molly était fatiguée, et ne pouvait donc plus s'occuper du feu, alors je le fais à sa place.
- C'est très gentil de ta part, murmura Lupin.
Tonks savait qu'il pensait que c'était elle qui avait proposé à Molly de s'occuper de cette corvée à sa place, alors qu'en réalité c'était Molly qui le lui avait demandé. Mais elle ignorait comment le détromper sans paraître idiote, aussi ne dit-elle rien. Ne sachant que faire, elle prit le foulard des mains de Lupin, le plia bien qu'il n'en avait pas besoin, Lupin était d'une nature soigneuse, et le reposa sur la table.
- Bon, je crois que je vais m'occuper de la cheminée, finit-elle par dire.
Il s'écarta pour la laisser passer. En s'agenouillant devant l'âtre, elle étouffa une imprécation. La cheminée était sale et elle allait non seulement devoir éteindre le feu et retirer le plus gros des matériaux calcinés à l'aide de pincette, mais elle allait devoir attendre que les bûches refroidissent, jeter de l'eau par mesure de sécurité, puis retirer toutes les bûches, ôter les cendres et les déchets puis balayer l'âtre. Elle en avait au moins pour une heure de travail vu la taille de la cheminée, probablement plus.
Soupirant, Tonks dirigea sa baguette vers le feu. Les flammes se mirent à rougeoyer et redescendirent peu à peu.
- Apparemment, tu vas avoir pas mal de travail, fit Lupin par-dessus son épaule.
Elle sursauta car elle ne l'avait pas entendu s'approcher.
- Je vais t'aider, continua-t-il.
Tonks bafouilla qu'elle ne voulait pas le déranger et qu'il avait probablement d'autres choses à faire, mais il balaya ses objections d'un geste de la main.
- Quand on voit quelqu'un se porter volontaire pour une tâche ingrate, il faut l'aider. Et puis, ce sera ma bonne action de la journée.
Il prit la bouilloire et leur versa deux tasses de thé, qu'ils burent en attendant que l'âtre refroidisse, puis Tonks étala un vieux drap usé, sur lequel ils posèrent les bûches. Ils sortirent tous les matériaux calcinés en les jetant dans deux seaux, un pour les charbons réutilisables, et un pour les cendres à jeter. Puis elle balaya tandis qu'il allait vider le second seau. Une fois la cheminée propre, ils remirent les bûches réutilisables et disposèrent les cendres. Le lendemain, le premier dans la cuisine n'aurait plus qu'à faire un geste de la baguette pour que le feu s'allume. Tonks se tourna vers Lupin :
- Merci pour tout.
Un sourire éclaira ses traits las.
- De rien.
Tonks lui sourit à son tour et se dirigea vers la porte.
- Au fait, Tonks, l'interpella-t-il.
- Oui ?
Elle se tourna vers lui.
- Tu oublies ton foulard.
Il fit une boule de la mousseline violette et la lui lança. Elle se déploya en plein vol, tel un oiseau et plana gracieusement en ralentissant et se posa sur la main de Tonks. Elle l'agita comme un flambeau.
- Encore merci !
Elle sortit de la cuisine et grimpa les escaliers quatre à quatre. Arrivée à sa chambre, elle se laissa tomber sur son lit. Elle sourit en contemplant le plafond. Elle avait ressenti une connivence extraordinaire avec Lupin, pendant qu'ils avaient tous les deux nettoyé la cheminée. Elle l'avait toujours beaucoup aimé, mais ce soir elle prenait étrangement conscience de son affection pour lui.
Son sourire s'effaça soudain. La personne avec laquelle il s'était si bien entendu, ce n'était pas elle, mais une autre. Une autre elle-même, qu'il trouvait gentille, mais ce n'était pas la vraie Tonks. La vraie Tonks acceptait de rendre service aux autres, mais ils devaient le lui demander.
Elle tenta de se convaincre que de toute façon, depuis le temps qu'ils vivaient tous en communauté au Square Grimmaurd, il avait bien dû voir les autres facettes de sa personnalité. Oui, il avait bien dû voir… Elle soupira.
Hermione et Ginny ouvrirent soudain la porte et se laissèrent tomber sur son lit, à côté d'elle.
- A quoi tu penses ? interrogea Ginny.
-On dit : à quoi penses-tu ? corrigea Tonks.
- C'est la même chose, décréta Hermione. A quoi penses-tu ?
- Aux êtres humains et à la complexité des sentiments qui permet que l'on aime une facette de quelqu'un et qu'on occulte complètement les autres.
Hermione et Ginny échangèrent un regard faussement consterné.
- Je me disais bien que j'avais vu une légère vapeur s'élever de son crâne, fit Ginny en hochant la tête d'un air inquiet.
- Surchauffe mentale, assena Hermione. Son cerveau n'est pas fait pour accueillir de telles réflexions.
- Il faut faire quelque chose, décida Ginny.
- Faire souffler un peu d'air frais là-dedans…
- Ou plutôt une tempête…
- Je dirais même un ouragan…
- Hé, une minute, s'exclama soudain Tonks en se redressant. Qu'avez-vous l'intention de fai….
Deux oreillers qui s'écrasèrent sur elle lui tinrent lieu de réponse. Elle riposta en jetant un coussin sur la plus proche de ses assaillantes. Chose à ne pas faire lorsque l'on est à deux contre une et qu'il reste encore plusieurs coussins dans la pièce…
Bien éloigné de ces rires et de ces cris, aussi bien par la distance que par le temps, Severus Rogue transplana dans la grande rue déserte de Pré-au-Lard, sa main crispée sur son bras gauche. Les rendez-vous avec Voldemort n'avaient rien d'une fête entre amis… Heureusement pour lui, le village était désert, à l'exception d'un chat qui folâtrait entre les maisons. La seule lueur qui éclairait la scène était celle des étoiles et de la lune.
Le professeur remonta lentement le chemin jusqu'à Poudlard, s'arrêtant fréquemment pour s'asseoir ou s'appuyer afin de reprendre son souffle. Il appuya sa main contre la grille. L'habituel courant d'étincelles circula et le portail s'ouvrit. Il le franchit, attendit qu'il se referme derrière lui et remonta l'allée, lentement bien qu'il tentait d'allonger le pas pour échapper à la morsure du vent. Une fois dans le hall, il vérifia que personne ne l'attendait et soupira d'aise. Il se dirigea vers l'escalier menant aux cachots, qu'il descendit à pas lents à cause de ses blessures. Les torches s'allumaient sur son passage et s'éteignaient dès qu'il était passé devant elles et que la suivante l'éclairait.
Une fois dans son bureau, il laissa tomber sa lourde cape au sol et son premier soin fut de ranger la lettre qu'il avait laissée sur sa table dans sa cachette, protégée par un sort. Il attrapa une boîte de fioles dans une autre de ses cachettes et acheva de déchirer sa manche, déjà dans un piteux état. La marque sur son avant-bras était sanglante, et autour d'elle de petites égratignures saignaient. Il les passa sous l'eau froide. Cela le démangea, mais au moins le sang était parti et il pouvait à présent évaluer les dégâts. De sa main valide, il étala une compresse sur le plan de travail et l'imbiba d'une potion de désinfection. Puis il la passa sur ses blessures, retirant ainsi le sang qui revenait déjà. Il changea de compresse et c'est cette fois-ci un philtre destiné à réduire le saignement qu'il passa sur son bras.
Il usa de plusieurs potions, pour amenuiser la douleur et accélérer la cicatrisation. Quand il eut fini, il s'occupa de ses autres blessures, minimes. Elles se trouvaient pour la plupart sur son ventre. Puis il passa dans sa chambre, se changea rapidement et revint dans son bureau. D'un coup de baguette, il referma la boîte de fioles et la fit léviter jusqu'à sa cachette. Un autre geste et la manche déchirée rejoignit le tas de vêtements dans sa chambre. Il n'aurait qu'à demander à un des elfes de s'en occuper le lendemain, en lui précisant de ne pas en parler à Mrs Pomfresh, qui s'occupait de l'intendance durant les vacances. En quelques coups de baguette, le plan de travail fut nettoyé et les compresses disparurent dans la poubelle, il faudrait aussi qu'il demande à l'elfe de la vider. Et de ne rien en dire à Mrs Pomfresh. Ni à Rusard, d'ailleurs.
Il se félicita d'avoir sa propre réserve de médicaments, indépendante de celle de l'infirmerie. Quoique la sienne se soit depuis quelques temps trouvée encore plus fournie en antidotes et remèdes en tous genres aux sortilèges et potions interdits…Car seuls Dumbledore, Minerva Mcgonagall et Filius Flitwick connaissaient l'étendue exacte des risques qu'il prenait. Et il veillerait à ce qu'ils restent les seuls à le savoir…
Il alluma le feu d'un mouvement de la main et poussa d'un geste de baguette son fauteuil plus près de l'âtre. Il prit son roman Le jour des hippogriffes, de la célèbre auteur sorcière Agrippine Teylleron, un grand classique de la littérature du monde occulte et s'installa confortablement pour lire, malgré l'heure tardive. De toutes façons, les douleurs lancinantes qu'il ressentait l'auraient empêché de dormir. Il conjura un verre de whisky, non qu'il apprécie particulièrement cette boisson mais pour une obscure raison, c'était tout ce qu'il était possible de se procurer durant les vacances dans les caves de Poudlard.
Il attira également la petite table de salon près de lui et rapprocha encore son fauteuil du feu. Car malgré tout ce que l'on disait, il n'aimait pas le froid et l'humidité des cachots...
Dites-moi si ce chapitre vous plaît. J'accepte toutes les remarques qui m'aident à m'améliorer, ainsi que les encouragements, du moins s'il y en a… Et je réponds aux questions que vous pouvez avoir envie de me poser sur ma fic.
