Les étoiles de l'orage

Chapitre 14 : Mentancie

Disclaimer : Tous les personnages, animaux, créatures, lieux etc… appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autres que j'ai crée. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire et à faire partager ce que j'écris.

Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.

Ginny tenta à nouveau de fixer son attention sur son devoir d'histoire de la magie. Le sujet était : « Lois discriminatoires envers les loups-garous. Au fil des siècles, bien des textes ont été adoptés en ce qui concerne les lycanthropes. Certains étaient visaient à les protéger, d'autres à en protéger les populations, certains étaient purement discriminatoires et d'autres avaient la prétention de protéger les loups-garous… d'eux-mêmes ! Quelle a été l'utilité de ces lois ? Lesquelles sont encore en application aujourd'hui ? Selon vous, y a-t-il un texte qui avait été adopté, puis abandonné et qu'il faudrait remettre au goût du jour ? Et pourquoi ? »

Elle soupira. Le devoir était fastidieux et impliquait de nombreuses recherches. Malheureusement, elle n'avait pas la bibliothèque de Poudlard à sa disposition… Elle feuilleta son livre. Un texte qu'il fallait remettre au goût de jour… Cette question-là l'intéressait énormément, et d'ailleurs le sujet était bien plus intéressant que ceux donnés d'ordinaire par le professeur Binns, mais elle aurait tant aimé avoir d'autres ouvrages de référence sous la main.

A sa droite, Ron lisait et relisait un sujet de divination en marmonnant qu'il ne voyait pas pourquoi il devrait se donner du mal étant donné qu'il avait l'intention d'abandonner cette matière stupide. Harry rédigeait un devoir de sortilèges en prenant le temps de lire attentivement tout ce que son livre pouvait lui apprendre sur les sorts de transformation. Quant à la plume d'Hermione, elle glissait allégrement sur son devoir de métamorphose, volant de temps à autre jusqu'à l'encrier avant de se remettre à couvrir le parchemin d'une écriture nette et régulière.

Ginny rebaissa le nez sur son parchemin et décida qu'il serait bon de commencer à chercher tous les textes visant à protéger les loups-garous. Plus tard, elle était en train de commenter les bienfaits de la potion Tue-loup lorsque Ron rejeta sa plume en poussant un cri de triomphe. Tous le regardèrent.

- J'ai enfin fini le dernier devoir de divination de toute mon existence ! Bon débarras !

- Et qu'as-tu mis dedans ? demanda Ginny.

- Oh, bâilla Ron en s'étirant, j'ai simplement eu recours à la bonne vieille méthode de divination sans peine.

- Divination sans peine, releva Ginny.

Elle se demandait si elle n'était pas passée à côté d'un moyen de rédiger un devoir pour le professeur Trelawney en un temps record. Harry l'éclaira :

- Il suffit d'inventer le plus de catastrophes possibles et de les attribuer à la conjonction défavorable de Saturne et Jupiter, ou à un symbole étrange dans ta tasse de thé, et elle te félicitera pour accepter aussi bien la longue suite de malheurs qu'est ta vie.

- Bon à savoir, fit Ginny pensivement.

Des pas retentirent dans le couloir et deux voix s'approchèrent en débattant de la couleur à adopter pour la boîte de poudre de Vocalises. Ron plongea sous la table alors que Fred et George entraient.

- Bonjour tout le monde ! dirent-ils en cœur. Beaucoup de travail ?

Fred s'assit et se mit à se balancer sur sa chaise.

- Où est Ron ?

George s'empara du devoir de divination de son frère cadet et prit une mine compatissante.

- Le pauvre, fit-il en secouant la tête. Il a dû boire trop de thé pour tenter de discerner quelque chose au fond de sa tasse. A mon avis, il doit être en train de vomir dans les toilettes.

Harry sentit un brusque mouvement sous la table. Il expédia un léger coup de pied pour enjoindre à Ron de se tenir tranquille. En réponse, quelque chose lui serra la cheville. Il tenta de s'en dépêtrer sans attirer l'attention des jumeaux à qui Hermione demandait ce qu'était la poudre de Vocalises.

- Une poudre destinée à faire chanter les gens, lui expliqua Fred. Tu en jettes une pincée au nez de quelqu'un, il éternue un peu et se sent soudain l'âme d'un grand ténor italien. Il y a plusieurs sortes de chansons : amour, humour, opéras…

- Mais les effets sont limités dans le temps, ajouta George. Le problème, c'est que nous n'avons pas encore réussi à trouver un ingrédient qui nous permette de mettre la même durée partout. Pour l'instant, ça va de dix minutes à un après-midi.

- Mais nous sommes confiants, dit Fred. Nous pressentons que la poudre sera prête à la commercialisation environ une semaine ou deux semaines avant la rentrée, c'est-à-dire à la période où tous les élèves se précipitent sur le chemin de Traverse pour faire leurs achats avant la reprise des cours.

Harry sentit que le moment était venu de parler des bonbons « Décoration florale ». Il prit un air détaché :

- Au fait, j'aimerais acheter un de vos produits…

- Acheter ? fit George d'un air scandalisé. Acheter ? Tu entends ça, Fred ?

- Oui, j'entends, répondit-il, l'air aussi choqué que son frère. Il n'est en pas question !

- Comment ça, pas question ? fit Harry, éberlué.

George se leva et passa derrière sa chaise. Il appuya les deux mains sur ses épaules.

- Mon cher Harry, déclara-t-il avec emphase, pour toi, tout est gratuit !

- Parfaitement, approuva Fred. Nous n'allons quand même pas faire payer notre premier investisseur !

Harry n'en revenait pas.

- Mais, pour vous… Vous n'y gagnez rien…

- Ne t'inquiète pas de ça, répliqua George. Nous fabriquons nos produits en quantité suffisante pour qu'une boîte par-ci, un sachet par-là, passent quasiment inaperçus.

- Mais bien sûr, nous surveillons notre stock de près, et nous en apercevrions très vite si quelqu'un se mettait à nous voler. De plus, nous avons des sortilèges d'alarme très perfectionnés.

- Quant à dire que nos n'y gagnons rien….sourit George.

- En fait, c'est de la publicité gratuite : le grand Harry Potter achète ses farces et attrapes chez les frères Weasley ! Nos ventes vont encore grimper !

- Alors, quel est le produit qui t'intéresse ?

- Les bonbons « Décoration florale ».

- Excellent choix, approuva George.

Harry chercha ses mots.

- Mais, d'abord, je voudrais vous poser quelques questions.

- Vas-y, on t'écoute !

- Les effets sont-ils limités dans le temps, ou faut-il un antidote ?

- Les effets sont limités, exposa Fred. Mais ils durent néanmoins assez longtemps. Aussi sommes-nous en train de rechercher un antidote, que nous commencerons à commercialiser à la rentrée.

La voix de Ron s'éleva de sous la table.

- Seulement à la rentrée ?

Fred se baissa et écarta la nappe. Un sourire apparut sur son visage.

- Ah, salut, petit frère. Je me disais bien que tu devais traîner dans le coin…. Mais tu devrais sortir de sous la table, ce serait plus commode pour parler… C'est après que tu ais vu l'effet sur Ron que tu t'es intéressé aux bonbons « Décoration florale », Harry ?

- Heu, oui… Donc, l'antidote n'est que pour la rentrée ? Et combien de temps durent les effets sans antidote ?

- Tout dépend de la personne, et du type du bonbon…Le plus longtemps que nous ayons eu, c'était huit jours, et c'est moi qui avais des lilas. Publicité ambulante dans le magasin, très efficace, il faut le reconnaître… Mais Maman n'a pas trop apprécié…

- Et Bill a eu du succès à la banque, se souvint Harry.

Le même sourire malicieux apparut sur les visages de Fred et George.

- Oui, il était content… Il a été le deuxième membre de la famille à faire l'expérience de ce produit… Bien sûr, si on compte Fred et moi cela fait quatre.

La voix de Mrs Weasley appela alors les jumeaux pour leur dire de « ranger leur satané matériel ». Ils se levèrent d'un bond et se précipitèrent dans l'escalier. Ron se tourna alors vers les trois autres :

- Le deuxième membre de la famille, si on fait abstraction de Fred et George eux-mêmes ? mais qui était le premier alors ?

Il regarda sa sœur.

- Non, Ron, ce n'était pas moi, dit-elle ironiquement.

- Mais c'était qui, alors ?

Hermione entreprit de faire la liste des membres de la famille Weasley.

- Voyons voir, on peut éliminer d'office Fred et George, Ginny, toi, Bill….

- Comment ça, Bill ? Après tout, en partant du point de vue que c'est moi le deuxième, il peut très bien avoir été le premier.

Hermione et Ginny regardèrent Ron avec la même expression de commisération. Ginny lui expliqua :

- George a dit en parlant de Bill « il a été le deuxième à faire l'expérience », alors il ne pouvait logiquement pas être le premier…

- ça va, j'ai compris, grogna Ron.

- Très bien, alors je continue, dit Hermione. Je pense que l'on peut également éliminer Charlie… reste ton père, ta mère et Percy.

- Percy ? manqua s'étouffer Ron. Pourquoi lui ?

- Il fait bien partie de ta famille…

- On peut dire ça comme ça…

- Fred et George ont quelques comptes à régler avec lui…

- Quel euphémisme…

- Et il aurait été une victime toute désignée…

- C'est bien le cas de le dire…

Ginny intervint.

- On l'aurait remarqué s'ils avaient tenté de faire ça à Papa et Maman, et de toutes façons ils n'auraient pas osé.

L'après-midi était déjà bien avancé. Harry se leva et fit quelques pas devant la fenêtre pour se dégourdir les jambes. Il voyait le Square Grimmaurd depuis son poste d'observation, et les maisons des quartiers aux alentours. Le baromètre remontait lentement, et les effets s'en ressentaient à l'intérieur de la maison, car il n'y avait plus besoin d'allumer systématiquement la cheminée lorsque l'on rentrait dans une pièce durant la journée. On frappa alors à la porte et Tonks demanda si elle pouvait entrer.

- Bien sûr ! s'exclama Ginny. Qu'est-ce que tu veux ?

- Je… Harry, tu dois aller voir Elane. Elle t'attend à l'étage en dessous du grenier, comme ça vous serez moins dérangés.

Harry avala sa salive. Après sa mauvaise expérience avec Rogue, il éprouvait de l'appréhension. Mais Elane était très différente de Rogue. Hermione lui jeta un regard inquiet et lui souhaita bonne chance.

- Tu es sûr que ça ira ? demanda Ron.

- De façon, il est un peu tard pour reculer, non ? fit Harry d'un ton qui se voulait léger.

Ginny ne lui dit rien, mais lorsqu'il remit ses affaires dans son sac pour ne pas laisser aux autres le soin de ranger son désordre, elle lui adressa un sourire rassurant. Harry sentit alors un peu de confiance lui revenir et il quitta la pièce. Une fois dans ce qui avait dû être un boudoir, le nœud qui lui tenait l'estomac se détendit un peu.

- Bonjour, Harry.

Elane s'était retournée à son entrée. Il répondit à son salut et s'approcha du guéridon sur lequel elle disposait quelques fioles.

- Qu'est-ce que c'est ?

Rien qu'en voyant les étiquettes, il devina de quoi il s'agissait.

- Une potion destinée à calmer l'anxiété- on ne sait jamais, mais j'aimerais bien ne pas avoir à y recourir -, celle que je t'avais déjà donnée la dernière fois contre le mal de tête et …

Elle agita légèrement une petite bouteille remplie d'un liquide jaune soleil.

- …Contre les nausées, ajouta-t-elle avec un demi-sourire, qu'Harry s'efforça de lui rendre.

Elle fit un geste de la main vers les fenêtres et les volets s'ouvrirent.

- Au moins, on y verra quelque chose. Assieds-toi.

Harry obéit. Elane prit place à côté de lui.

- Bon. La mentancie. Allons-y. Comme tu l'as sans doute compris, quoi que l'on fasse lorsque l'on se trouve en transe, il faut garder un semblant de cohérence dans ses pensées. Lorsque tu te trouves dans l'esprit d'un autre, tu dois même être capable de lui interdire tout passage, même involontaire vers tes pensées, car non seulement il pourrait s'apercevoir de ta présence, mais si une personne plonge dans tes souvenirs à toi alors que tu te trouves dans ses pensées à elle… cela présente un danger pour les deux parties en présence. Est-ce que tu as une question ?

- Heu…oui. Mentancie, c'est….

- …le nom qui désigne le fait de pratiquer la transe, oui. Autre chose ?

- Quand tu parles d'interdire tout passage vers ses pensées, c'est à l'occlumencie que tu fais référence ?

-Une fois encore, la réponse est oui. Ce qui nous amène directement à ce que je voulais aborder avec toi. Il faut d'abord que je connaisse ton niveau en occlumencie, avant d'aller plus loin.

- Mon niveau d'occlumencie ? Pas très loin au-dessus de zéro, marmonna Harry.

- C'est ce que tu crois. Mais je crains que nous n'ayons une légère divergence d'opinion à ce sujet.

Elle balaya ses objections d'un geste de la main.

- Nous allons commencer par quelque chose de facile. Je vais me promener un peu dans ton esprit, et à chaque fois que je suis sur le point de visualiser un souvenir, tu vas m'opposer une barrière. Pour cette fois, je ne tenterais pas de l'enfoncer. Je veux juste voir si tu es capable d'en ériger une.

Elle se leva et l'invita à se mettre debout face à lui. Harry songea qu'il allait au moins être capable de réussir la première étape. Il s'efforça de réfréner les battements de son cœur. Tout irait bien, se répétait-il.

- Prêt ? Il hocha la tête. On y va ?

Il sentit qu'elle était dans son esprit. Le premier souvenir dont elle s'approcha fut le moment où Fred et George avaient expliqué à Hermione en quoi consistait la poudre de Vocalises. A sa vive surprise, il parvint facilement à l'empêcher d'y accéder. Elle passa ensuite à sa lecture de la lettre de Tonks qui lui demandait de se rendre chez Mrs Figg. Là aussi, il la contra. Elle s'approcha ainsi de plusieurs souvenirs, mais à chaque fois il lui opposait une barrière mentale. Puis elle arriva sur le dernier match de Quidditch qu'il avait joué avant qu'Ombrage ne le lui interdise.

La colère associée à cet instant refit surface. Il sentit une bouffée de rage contre la grande Inquisitrice lui monter à la tête. Il s'aperçut bien vite de son erreur. Reste calme, se répéta-t-il. C'est du passé… Il prit une profonde inspiration. Il voulait vraiment apprendre la mentancie, mais pour cela il devait d'abord apprendre à défendre ses souvenirs. Dans un sursaut de volonté, il érigea une barrière mentale bien plus puissante que les précédentes.

Elane songea qu'il avait fait ses preuves et se retira de son esprit. Dès qu'il la sentit partie, ses jambes se mirent à trembler et il dut se retenir au dossier du sofa. Elane le prit par le bras pour le faire asseoir et s'approcha du guéridon. Elle versa un liquide fumant dans une tasse qu'elle lui tendit.

- Bois, ça te fera du bien.

Harry ne se demanda pas ce qui se trouvait dans la tasse et la vida rapidement. Il se sentit apaisé et inspira à fond. Il vit une goutte tomber sur le sol. Machinalement, il leva les yeux vers le plafond, croyant à une fuite mais s'aperçut qu'il s'agissait de sa propre transpiration. Il essuya son front d'un revers de manche.

- Tu vas mieux ? demanda Elane en lui tendant une deuxième tasse.

Elle revint s'asseoir à côté de lui comme il buvait.

- Tu sais, j'ai été impressionnée lorsque tu as réussi à m'empêcher d'entrer dans ton souvenir… celui avec Dolorès Ombrage.

Par-dessus le rebord de sa tasse, Harry lui jeta un regard stupéfait. Elle poursuivit avec un léger sourire aux lèvres.

- J'ai vu ta colère contre elle, et crois-moi c'était impressionnant. Pourtant tu as réussi à passer par-dessus pour m'empêcher d'entrer dans ton souvenir.

Harry se sentait mieux, il ignorait si c'était dû aux paroles d'Elane ou au contenu de la tasse. Peut-être aux deux. Il tendit sa tasse vide à Elane, qui alla la reposer. Lorsqu'elle s'assit à nouveau à côté de lui elle semblait gênée, légèrement mal à l'aise.

- Je sais que c'est éprouvant, mais je crois que tu arriverais à de plus grands résultats si on reprenait maintenant. Tes barrières mentales sont déjà puissantes, mais il faudrait maintenant que tu apprennes à dissimuler qu'il ait même un souvenir dont tu ne veux pas que l'on s'approche. C'est très important, car si quelqu'un tente d'entrer dans ton esprit d'une quelconque manière, il n'est pas obligé de voir ton souvenir, il suffit qu'il sache qu'il a quelque chose qui ne doit pas être vu. Après, il a plusieurs solutions pour te forcer à en parler.

Il hocha la tête. Il commençait à voir où elle voulait en venir.

- J'aimerais que tu parviennes à me dissimuler le souvenir avec Dolorès Ombrage. Je pense que tu as de meilleures chances d'y arriver si on continue sur cette voie immédiatement, au lieu d'attendre un autre jour.

Il fut sur ses pieds avant elle. Il l'attendit au centre de la pièce. Elle comprit sa détermination et ne lui demanda pas s'il était prêt. Elle entra directement dans son esprit. Il en fut un peu surpris mais se ressaisit rapidement. Elle chercha longuement le souvenir qu'elle voulait, mais à chaque fois elle trouvait d'autres matches de Quidditch, ou bien des souvenirs de cours avec Ombrage. A la fin, Harry était mentalement épuisé par l'effort qu'il faisait et commençait à se demander quand est-ce qu'elle se retirerait à nouveau de son esprit.

Il se rendit compte qu'il avait des ressources dont il ne soupçonnait même pas l'existence, et espéra qu'il pourrait tenir jusqu'à ce qu'Elane décide d'arrêter. A sa manière, elle était aussi coriace que Rogue. Lorsqu'elle se retira enfin, il se laissa tomber sur le sofa, exténué.

- Ce n'est pas facile, n'est-ce pas ? dit-elle doucement en lui tendant à nouveau une tasse remplie de la boisson fumante.

Il commençait à trouver au liquide un arrière-goût de thé, ou plutôt de tisane. L'infirmière de Poudlard ne donnait jamais de remèdes de ce genre. Peut-être parce qu'elle craignait que les élèves n'y prennent goût. Il répondit à Elane.

- Mais tu ne m'as jamais dit que ce serait facile.

Il vit que sa réponse lui plaisait et il lui sourit en reprenant une gorgée. Pas de doute, la boisson avait réellement un goût d'herbes aromatiques. Il tenta de les identifier, sans y parvenir. Quand il eut fini sa tasse Elane ne lui en reversa pas, cette fois-ci.

- Tu as mal à la tête ? demanda-t-elle.

- Un peu.

Il aurait cru que ce serait plus éprouvant.

- Et maintenant, que fait-on ? interrogea-t-il.

Elle sourit devant son impatience. Un sourire doux, amical, qui réchauffa le cœur d'Harry. Mais pour la première fois il remarqua qu'il y avait également quelque chose de las, de triste dans ce sourire. Il se souvint qu'à quatorze ans elle avait découvert qu'elle avait des pouvoirs puissants et étendus. Si elle avait eu Maugrey comme maître et mentor, probablement s'était-elle beaucoup investie dans la défense contre les forces du mal, et comme Maugrey, Lupin ou Dumbledore, elle avait dû voir la magie dans ce qu'elle avait de plus terrible. Mais Elane ne lui laissa pas le temps de s'appesantir sur ses pensées :

- Je crois bien que tu as eu ta dose de Seelemancie pour aujou…

- De quoi ? Répète !

- Seelemancie, redit-elle obligeamment.

- Seelan… Sehan… Seele…

- Seelemancie.

Harry la regarda d'un air désespéré.

- Comment est-ce que je vais bien pouvoir apprendre à faire quelque chose que je n'arrive pas à prononcer ? dit-il d'un ton faussement horrifié.

- En répétant après moi : Sé-é-l-é-m-an-cie.

Au bout de quelques essais, il parvint à prononcer le mot de manière intelligible.

- Tu viens de réaliser un progrès supplémentaire dans la voie vers l'érudition ! se moqua gentiment Elane en lui donnant un coup de coude.

Il lui en donna un autre en guise de représailles.

- Je n'ai jamais trouvé particulièrement glorieux de prendre une revanche sur quelqu'un à l'aide de sa force lorsqu'on est sûr de gagner, observa-t-elle.

Cette phrase le fit irrésistiblement penser à Crabbe et Goyle.

- Mais prendre une revanche en affrontant l'autre verbalement, et en face de son adversaire, pas dans son dos, est beaucoup plus compliqué – et demande autant de courage, ajouta-t-elle.

Une fois de plus, Harry songea à Crabbe et Goyle, dont le seul moyen de défense résidait dans leurs poings. Il se remémora l'épisode à la cabane hurlante, il y a trois ans déjà, lorsque les deux hommes de main de Malfoy avaient pris la fuite dans ce qu'ils prenaient comme une attaque de fantômes. Trois ans déjà ? s'étonna-t-il en son for intérieur. Trois ans seulement…

Elane vit ce panel d'émotions défiler sur son visage, et lorsqu'il prit une expression sombre, elle décida de détourner son attention.

- Pour en revenir à la Seelemancie…

Harry redressa aussitôt la tête et fixa à nouveau son attention sur elle, une expression d'intérêt sur son visage.

- Le mot « Seelemancie » désigne toutes les branches de la magie qui utilisent l'esprit – occlumencie, légilimancie, mentancie… - et j'en passe. Aujourd'hui, nous avons travaillé…

- …l'occlumencie, compléta Harry.

- Car tu en as besoin pour…

- Pour ne pas me faire repérer et pour me diriger sans problèmes lors de mes transes.

Elane parut satisfaite.

- Après-demain, nous allons travailler encore un peu l'occlumencie, puis tu vas commencer avec la mentancie.

Harry hocha la tête, mais…

- Pourquoi pas demain ?

- Car il faut que tu ais un peu le temps de souffler entre deux séances. Quand nous commencerons les transes, les séances seront tous les trois jours, voir même tous les quatre jours pour les premières. Ensuite je réduirais le délai peu à peu. Mais rien ne t'empêche de t'entraîner à fermer ton esprit en mon absence, au contraire, je crois même que cela serait plus prudent – et nous ferait progresser plus rapidement.

Elane se leva et commença à ranger les fioles. Une pensée traversa soudain l'esprit de Harry.

- Quand tu dis qu'il serait prudent que je m'entraîne à pratiquer l'occlumencie…

Il s'interrompit. Sa gorge était soudain devenue sèche. Il avala sa salive.

- Est-ce que ça a un rapport avec Vol…demort ?

Pour la première fois de sa vie, il éprouvait des difficultés à prononcer ce nom.

- L'an dernier, après… après la mort de Sirius, reprit-il, Dumbledore m'a dit qu'il n'était pas très important que je n'aie pas su fermer mon esprit, car c'était mon cœur qui m'avait sauvé. Alors pourquoi est-ce que je dois maintenant à nouveau travailler l'occlumencie?

Elane le regarda droit dans les yeux. Il eut soudain l'impression qu'elle pouvait lire jusqu'au plus profond de son âme. Il ne put soutenir ce regard doux, franc et honnête plus longtemps et détourna les yeux pour fixer le plancher. Elane s'assit lentement à côté de lui, il entendit sa robe bruisser.

- Je crois que je me suis mal exprimée, dit-elle enfin. Tu n'es pas obligé de fermer de nouveau ton esprit, tu pourrais le faire, si tu le voulais. C'est à toi de choisir.

Il la regarda.

- Vous vous étiez très bien exprimée… c'est moi qui n'avais pas compris.

- J'avais dit qu'il serait plus prudent que tu le fasses, ce qui sous-entendait que ne pas le faire était dangereux. Ce n'était pas ce que je voulais dire. C'est toi qui dois vaincre Voldemort, c'est à toi de choisir tes armes. L'occlumencie peut se révéler utile, tout comme tu peux décider de t'en passer.

Elle posa sa main sur son épaule.

- Ce n'est pas facile. Personne ne prendra la décision à ta place, or il est tellement plus simple de laisser les autres dire ce que tu dois faire. Mais d'un autre côté, se laisser guider aveuglément par les autres n'est pas la solution idéale, car il arrive toujours un moment où tu dois prendre tes décisions seul.

Elle laissa glisser sa main de son épaule à son poignet.

- C'est aussi faire preuve de lâcheté, car on ne peut pas laisser les autres prendre tous les risques… y compris celui de se tromper.

Harry prit de son autre main celle qu'Elane avait posé sur son poignet, et mit la deuxième par-dessus. La main d'Elane était chaude. Il la serra entre ses doigts. Ils demeurèrent un long moment silencieux, assis l'un à côté de l'autre.

Une vieille horloge sonna. Il jeta un coup d'œil au cadran.

- Nous devrions redescendre, murmura-t-il.

Il se remit sur ses pieds sans lâcher la main d'Elane, puis l'aida à se lever. Il tint encore sa main dans la sienne et dit :

- Je vais apprendre à fermer mon esprit. Il est possible que cela ne serve pas à grand-chose, mais si je dois combattre contre Voldemort, je préférerais qu'il soit incapable de déchiffrer mes souvenirs, au moins il ne pourra pas s'en servir contre moi. Ça ne peut pas être inutile, non ?

- Ce n'est pas moi qui te dirais le contraire.

-ça t'a déjà aidée ?

Il pensa que ce devait être une question trop personnelle pour qu'elle y réponde, mais elle le fit quand même.

- Oui, ça m'a déjà aidée.

Elle lui sourit et termina de rassembler les fioles. Harry l'aida. Lorsqu'ils quittèrent la pièce, il songea que depuis la mort de Sirius, bien des choses avaient changées. Et le fait que l'on commence à le traiter en adulte n'était pas la moindre.

Il décida de taquiner Elane :

- Et la Seelenancie, elle provient de quelle langue ?

Elle se tourna vers lui avec un regard amusé.

- De l'allemand. Die Seele – l'âme. « Seelemancie » désigne plutôt la magie de l'esprit, mais le mot a été un peu détourné.

Elle sourit.

- Je t'avais dit que tu ferais bien de t'intéresser aux langues étrangères...

Harry promit en riant qu'il y réfléchirait et poussa la porte du salon où il était sûr de trouver Ron, Hermione et Ginny.

Petite note de l'auteur : J'ai donné l'origine du mot « Seelemancie », mais pas celle de « Mentancie », alors la voila : en latin mens, mentis, désigne l'esprit, la pensée. Car une transe, c'est l'esprit qui se promène...

Autre note de l'auteur : j'aimerais bien que davantage de personnes me laissent des reviews, car j'apprécierais de savoir ce que l'on pense de ma fic. Et je réponds aux questions que vous pouvez avoir envie de me poser. Un petit effort, ça ne prend pas beaucoup de temps…

Taliesyn : Si si je suis très alsacien, et j'ai aussi un sacré accent ! Je comprends pas l'alsacien, mais par contre j'ai un sacré répertoire de jurons très pittoresque ! Il paraît que c'est ce que l'on retient le mieux… Et j'ai pas besoin de partir en vacances : je fais mes études à Belfort, et au moins une fois par semaine ya un rigolo pour nous (moi et mes potes) que l'Alsace c'est en Allemagne ! Tiens, ça aussi, je connais… Certaines personnes ont dû apprendre leur géographie sur un livre qui date d'avant la guerre 14-18 ! Jetz' geht's los ! Comme tu dis !

Calypso 63 : Mdr !Très bonne idée le bonbon floral ! J'imagine trop Ron avec des violettes sur le visage. Tu n'es pas la seule ! Je me suis bien amusée en écrivant ce chapitre ! Tu comptes faire combien de chapitres si tu le sais ? J'en ai une très vague idée… J'en suis au quatorzième chapitre, donc il m'en faudrait au moins une soixantaine avant d'arriver là où je désire m'arrêter. Après commencera le second tome de cette fic (j'ai l'intention de faire trois ou quatre tomes, d'environ soixante chapitres chacun, après je verrais si je continue encore.) Normalement le second tome devrait s'intituler « Une maison tout au bout de la brume », mais je peux encore changer d'avis. Dans tous les cas, je ne m'arrêterais pas de sitôt !