Les étoiles de l'orage

Chapitre 16 :Tensions

Disclaimer : Tous les personnages, animaux, créatures etc...appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autres que j'ai crée. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire et à faire partager ce que j'écris.

Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.

Quand Elane se réveilla, les événements de la veille lui revinrent immédiatement en mémoire. Elle éprouva un moment la tentation de se glisser à nouveau sous les draps et y rester durant toute la journée, mais cela ne ferait que repousser les problèmes. Elle se leva. Les seuls bruits que l'on entendait dans la chambre étaient ceux des respirations régulières de Ginny, Tonks et Hermione. Elle s'empara de ses vêtements et alla s'habiller dans la salle de bain attenante en prenant garde à ne pas les réveiller.

Une fois prête, elle s'assit sur le rebord de la baignoire. Elle n'avait pas envie de descendre et risquer de se trouver seule à la table du petit déjeuner avec Joachim. Et si un imprudent se trouvait malheureusement dans la cuisine, il se retrouverait coincé entre elle et Joachim. Joyeux début de matinée en perspective ! Elane soupira et finit par prendre ses deux sacs à ses pieds et se relever.

En s'approchant de l'escalier menant à la cuisine, elle regarda sous la porte. Aucun rai de lumière ne filtrait. Vérifiant que personne ne descendait dans le hall derrière elle, elle s'approcha de la porte et écouta. Aucun bruit ne provenait de la cuisine. Puisque apparemment personne ne s'y trouvait, elle poussa le battant de bois. Elle ne prit pas le temps d'allumer le feu, se contentant de se faire une tasse de café et d'avaler quelques toasts.

Elle ne s'attarda pas dans la cuisine, transplanant immédiatement au Chaudron Baveur. Quelques clients matinaux étaient déjà attablés devant une tasse de thé. Derrière son comptoir, Tom semblait prêt à se rendormir sur le tiroir-caisse. En la voyant, il se redressa et lui proposa de boire quelque chose, mais elle refusa d'un signe de tête et se dirigea vers l'arrière-cour. Le Chemin de Traverse était lui aussi quasiment désert.

Des lambeaux de brumes flottaient à hauteur d'homme, survolés par des hiboux apportant le courrier qui avait voyagé durant la nuit à leur destinataire. Un elfe de maison drapé dans une taie d'oreiller immaculée se hâtait déjà, panier au bras, en répétant une litanie de mots, probablement la liste de courses. De temps à autre, il réajustait la serviette-éponge qui lui servait de cape, fixée autour de son cou par une épingle. A l'inverse de la plupart de ses semblables, il semblait plutôt bien traité.

Un gobelin à l'air maussade balayait devant Gringotts, son expression laissant suggérer que cette tâche était bien au-dessous de sa dignité, mais puisqu'il fallait le faire…

Elane le salua en passant devant le perron blanc, et eut droit à un grognement et un signe de la main en guise de réponse. Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Elle avait encore le temps de flâner un peu, même si le cœur n'y était pas. Elle prit la direction des quais sorciers. De petites vaguelettes agitaient la surface du fleuve, et les bateaux se balançaient un peu. Davantage de monde se trouvait ici. Une sorcière ouvrait en bâillant les volets de sa boutique d'ingrédients magiques. Quelques étudiants faisaient les cent pas, un croissant à la main, en discutant de leur dernier devoir.

Elane prit la passerelle pour passer de l'autre côté du fleuve. Elle allait marcher autant que possible vers le Ministère, puis elle transplanerait. Autour des quais, les maisons étaient serrées les unes contre les autres dans les rues étroites. De temps en temps, une petite place intercalait son herbe et ses bancs entre deux habitations.

Au bout d'un moment, elle jeta un coup d'œil à sa montre et décida qu'il était temps de transplaner. Une fois les contrôles de la salle de Transplanage passés, elle se retrouva dans le hall, dont les portes déversaient leur lot habituel de sorciers matinaux et affairés. Elle passa la matinée à essayer de s'occuper en s'intéressant à son travail pour oublier le reste. Ne parvenant pas à se concentrer sur ses traductions, elle fit du rangement, classa des feuilles, jeta des brouillons, toutes les choses qui n'exigeaient pas une trop grande attention tout en l'occupant suffisamment pour qu'elle n'ait pas l'occasion de s'appesantir sur son sort.

Au Square Grimmaurd, Joachim lui aussi s'était réveillé et avait été immédiatement assailli par les souvenirs de la veille. Il s'habilla dans le noir puis chercha ses lunettes. En refermant doucement la porte de la chambre pour ne pas réveiller les trois autres, il songea qu'il ne servait à rien de voir presque aussi bien la nuit que le jour si c'était pour avoir besoin de lunettes dans les deux cas.

Dans la cuisine, il trouva Arthur et Bill Weasley, qui lisaient chacun une page de la Gazette du Sorcier. Le reste du journal était posé sur un coin de la table. Tous les deux le saluèrent d'un vague bonjour tout en continuant à tourner leur cuillère dans leur thé. Lui-même se servit en café et en pain puis prit une des pages de la Gazette.

Quand Bill se leva en annonçant qu'il se rendait à Gringotts, sa place fut immédiatement reprise par Wladeck, suivi par Fred et George. Contrairement à leur habitude, ces derniers s'installèrent en bout de table. Leur père les observa d'un air soupçonneux, puis se détendit. Les jumeaux étaient des adultes maintenant (mais pas aux yeux de leur mère), des personnes responsables (d'après Bill et Charlie), des gens intelligents (mais qui gaspillaient inutilement leurs talents dans le commerce des farces et attrapes, dixit Molly).

Leurs deux têtes rousses rapprochées, Fred et George tenaient un conciliabule à voix basse. Arthur se dit qu'ils étaient probablement en train de commenter les effets de leur dernière invention et se désintéressa d'eux. Au moment où il transplanait, il entendit Joachim annoncer son intention d'aller travailler un peu sur le piano du salon.

Un peu plus tard, Harry descendait à la cuisine. Ron s'étant réveillé au moment où lui-même achevait de s'habiller, il lui avait dit de descendre seul, il le rejoindrait à la cuisine. En passant devant le salon, il entendit quelqu'un jouer sur le piano. Il s'approcha de la porte entrouverte pour écouter. Joachim était seul, assis sur le tabouret. Lorsqu'il s'arrêta de jouer pour tourner la page, Harry craignit un instant qu'il ne remarque sa présence, mais le pianiste n'en fit rien.

Harry observa son expression. Il paraissait d'humeur sombre. Il se souvint de la conversation plutôt animée que lui, Hermione, Ron, Ginny et Tonks avaient surprise la veille entre Elane et Joachim. S'étaient-ils réellement disputés ? Peut-être. Harry recula en prenant garde à ne faire aucun bruit qui puisse trahir sa présence et alla s'asseoir dans l'escalier, un étage plus bas, pour réfléchir.

Si on additionnait la conversation surprise et l'humeur de Joachim, on pouvait en déduire que oui. Mais à quel sujet ? Un brin mal à l'aise, Harry songea que ce n'était pas ses affaires. Mais il remémora le dîner de la veille. Elane s'était assise à un bout de la table, Joachim à l'autre, avec suffisamment de personnes entre eux pour qu'ils n'aient à aucun moment besoin de s'adresser la parole. Aucun des deux n'avait montré un quelconque signe de colère, ou d'abattement, mais tous les deux maîtrisaient suffisamment leurs expressions pour donner le change.

Harry avait été assis à côté de Joachim, et il se souvint que les jumeaux avaient décrit avec forces détails comiques certains clients qu'ils voyaient passer dans leur boutique. Mais Joachim n'avait pas beaucoup ri, à l'inverse de quelques personnes qui avaient eu du mal à s'arrêter.

Ce n'est pas tes affaires, répéta la petite voix dans sa tête. Mais si ses suppositions étaient exactes, il était réellement désolé pour eux, et peiné. Il pouvait parler de ses doutes à Hermione, mais soit elle lui dirait de ne pas s'en mêler et refuserait de lui expliquer la situation, arguant qu'il n'avait pas à s'occuper de la vie privée des autres, soit elle lèverait les yeux au ciel – et aurait probablement raison de le faire- et lui expliquerait tout, mais lui n'y comprendrait rien.

Il songea qu'il 'avait plus qu'à demander à Ginny. Elle s'y entendait aussi bien qu'Hermione pour s'y reconnaître dans les méandres des sentiments, mais elle lui fournirait une explication digeste. Entendant des pas dans l'escalier, il se releva et acheva son trajet jusqu'à la cuisine.

Ron, Hermione et Ginny entrèrent en même temps. Tous les quatre avalèrent rapidement leur petit déjeuner en discutant du programme de la journée. A côté d'eux, Mrs Weasley tentait de faire dire aux jumeaux quel était le sujet de conversation qui les avait si profondément absorbé qu'ils n'avaient même pas entendu qu'elle leur parlait.

- Est-ce que ça concerne votre boutique ? demanda-t-elle soudain.

Une flamme commença à briller dangereusement dans ses yeux. Fred et George se concertèrent du regard, et George finit par répondre :

- Plus ou moins, M'man.

Comme on jette une friandise à un hippogriffe pour qu'il se tienne tranquille, cette réponse était destinée à calmer leur mère, mais sans en dire trop. Malheureusement, une seule friandise ne semblait pas lui suffire.

- C'est à propos de vos inventions ?

Fred réessaya la tactique précédemment utilisée.

- A peu près.

- Des emballages ?

Il décida qu'à cette question, il pouvait répondre franchement sans prendre de risques.

- Non, ça ne concerne pas les emballages.

- La commercialisation alors ?

- Non plus.

Les deux frères commençaient à trouver leur situation franchement inconfortable.

- L'approvisionnement en ingrédients ? La décoration de la boutique ? Les tests ? Les noms à donner à vos produits ? Les…

- Maman, laisse-les donc, intervint Charlie. Ils savent ce qu'ils font, et ils nous en parleront quand et si ils l'estiment nécessaire. De toute façon, le commerce des farces et attrapes est régulé, ils ne peuvent pas faire n'importe quoi.

Mrs Weasley abdiqua, mais avec parcimonie.

- C'est bon, je ne m'en mêle pas. Mais allez donc me descendre les poubelles !

Marmonnant dans leur barbe, les jumeaux obtempérèrent. Harry, Ron, Hermione et Ginny estimèrent préférable de quitter la pièce à leur suite, au cas où Mrs Weasley aurait l'envie subite de leur demander où en étaient leurs devoirs. Charlie leur emboîta le pas. Une fois hors de portée des oreilles maternelles, Ron proposa à Harry de faire une partie d'échecs. Hermione décida de redescendre à la cuisine, car elle avait oublié de prendre la Gazette du Sorcier.

- Tu crois que Maman te laissera la lire ? demanda Ron d'un ton dubitatif.

Hermione haussa les épaules.

- Wladeck et Tonks sont présents, ils pourront peut-être plaider en ma faveur. De toute façon, j'ai mon abonnement, donc au moins un des exemplaires qui circulent dans cette maison m'appartient. Alors…

Quand tous les deux furent partis, Harry songea qu'il n'aurait pas de sitôt une autre occasion de parler d'Elane et Joachim à Ginny.

- J'aimerais te parler de quelque chose.

- De quoi ? demanda-t-elle, un peu surprise par son ton sérieux.

- Attends.

Il poussa la porte de la pièce la plus proche, qui était celle où ils avaient fait leurs devoirs il y avait deux jours. Elle était vide. Il s'effaça pour laisser passer Ginny et s'assit sur une chaise, en face de la sienne.

- Tu sais, commença-t-il maladroitement. A propos de la conversation plutôt… animée que nous avons surprise entre Elane et Joachim.

- Tu veux dire la dispute ?

Il hocha la tête, soulagé qu'elle le comprenne aussi vite, et aussi bien.

- C'est ça. Ils se sont vraiment… disputés, non ? Enfin, je veux dire…ils étaient vraiment en colère l'un contre l'autre…

Il commençait à se sentir vraiment stupide, mais Ginny hocha la tête.

- Ils étaient en colère. En fait, c'est une accumulation de petits détails, et comme tout le monde est tendu en ce moment, il a suffi d'une contrariété supplémentaire pour que le vase déborde.

-Donc, ils s'en veuillent l'un à l'autre, mais c'est aussi un peu la faute de tout le monde… je veux dire, ils sont également un peu irrités contre les autres.

La tête pensivement inclinée sur le côté, Ginny le regarda.

- Tu t'inquiètes pour eux ? demanda-t-elle soudain.

- Un peu, répondit-il franchement.

Elle soupira et s'adossa au dossier de sa chaise, laissant son regard errer par la fenêtre.

- Ils sont en colère, mais se réconcilieront.

- Tu es sûre ? laissa échapper Harry, soulagé.

Elle le regarda de nouveau en face.

- S'ils ne le font pas, c'est qu'ils sont bien moins intelligents que je ne le crois !

Ils rirent ensemble. Ginny rapprocha sa tête de celle d'Harry, et lui murmura sur le ton de la confidence :

- Mais n'en parle pas à mon frère, il serait capable de trouver une idée complètement abracadabrantesque pour les pousser à se réconcilier. Enfin, remarque, s'ils en veulent à Ron, ils devraient se réconcilier plus vite, afin de pouvoir lui crier dessus de concert. Car il faut être au moins deux pour atteindre la puissance vocale de ma mère…

Ils rirent de nouveau. Harry se sentait étrangement bien, détendu, plus heureux qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Il ignorait pourquoi, et d'ailleurs c'était la dernière de ses préoccupations. Tout ce qui lui importait, c'était que cela dure le plus longtemps possible.

La porte s'ouvrit soudain, laissant apparaître la tête rousse et stupéfaite de Ron. Harry et Ginny cessèrent immédiatement de rire. Ils restèrent quelques instants à se regarder fixement. Ginny fut la première à se ressaisir et elle apostropha son frère :

-On dirait que tu as vu un fantôme !

Ron ouvrit la bouche mais ne dit rien. On aurait dit que quelqu'un lui avait lancé un sortilège de Mutisme. Devant son silence, Ginny tenta une autre approche :

- Tu en as mis un temps à chercher ton échiquier ! J'ose espérer que tu n'as pas fait de mauvaises rencontres dans l'escalier…

Ron ne trouva toujours rien à dire mais eut la brillante idée de fermer sa bouche. Harry éclata soudain de rire, il ne comprit jamais pourquoi. Ginny ajouta son rire cristallin au sien, et bientôt Ron les rejoignit dans leur fou rire. Finalement, ils parvinrent à reprendre contenance, mais Ron se mit à arborer une expression entendue et un brin satisfaite qui ne disait rien qui vaille à Harry.

Hermione apparut alors derrière Ron, qui bloquait l'entrée de la pièce.

- Qu'est-ce qui se passe ? fit-elle.

- Rien, répondit Ginny. C'est juste Ron qui avait momentanément perdu l'usage de la parole. Tu le connais…

Les fleurs mauves sur le visage de Ron prirent une teinte encore plus éclatante alors qu'il jetait un regard noir à sa sœur. Hermione se contenta de lui donner un petit coup dans l'épaule pour le faire avancer dans la pièce.

- J'ai pu avoir la Gazette, annonça-t-elle, une fois installée dans un fauteuil.

Elle leur en lut les articles, en alternance avec Ginny, tandis qu'Harry jouait aux échecs avec Ron.

Joachim était assis au salon en compagnie de Wladeck. Ce dernier était plongé dans le deuxième exemplaire de la Gazette du sorcier disponible au Square Grimmaurd, tandis que Joachim rédigeait, ou du moins tentait de rédiger, une lettre. Il était manifeste que l'inspiration lui manquait cruellement. Au bout d'un moment, il rejeta sa plume d'un geste rageur et passa sa main sur son visage, profondément agacé.

Wladeck l'observa. Durant toute la matinée, son cousin avait eu un comportement étrange. Il était comme ailleurs, et lui d'ordinaire si calme était devenu ombrageux. Au repas, il avait vidé son assiette rapidement et était ressorti de la cuisine sans s'attarder à table, cédant sa place à Lupin, qui lui avait proposé de rester car la place ne manquait pas, pour une fois. D'un regard, Wladeck lui avait fait comprendre qu'il valait mieux ne pas insister.

Wladeck hésita. Le sujet était sans doute sensible, mais il finit par adresser la parole à Joachim :

- Tu t'es disputé avec Elane ?

Joachim le regarda, et il réitéra sa question :

- Tu t'es disputé avec Elane ?

Joachim était franchement agacé.

- En quoi cela te regarde-t-il ? répliqua-t-il d'un ton brusque.

Wladeck n'eut même pas besoin d'ouvrir la bouche, son regard lui suffit. Joachim soupira alors.

- Excuse-moi. Je…je ne sais pas ce qui m'a pris.

Il retira ses lunettes et passa la paume de sa main sur ses yeux, d'un geste dénué de tout signe d'énervement, cette fois-ci. Il était simplement las.

- Enfin, si je crois que je sais ce qui m'a amené à me conduire comme ça.

Il marqua une pause. Wladeck ne dit rien, sachant que les confidences suivraient. Joachim reprit :

- Tu m'as demandé si je m'étais disputé avec Elane. Et malheureusement, la réponse est oui.

Il soupira à nouveau et dit, d'une voix qui n'était quasiment qu'un souffle :

- Les choses n'auraient pas dû se passer comme ça… J'étais énervé parce que… à cause de tout et n'importe quoi, en fait. Et puis… elle est venue me rejoindre dans le jardin. Quand elle m'a demandé ce qui n'allait pas, je lui ai rétorqué que c'était à elle de me le dire. Elle m'a dit qu'elle ne voyait pas de quoi je voulais parler. Alors je…je lui ai reproché de ne pas m'avoir parlé des fragments retrouvés par Tonks. Et sur ma lancée, j'ai poursuivi en lui faisant remarquer qu'elle n'était pas venue à la réunion de l'Ordre et… et un tas d'autres choses.

Il se tut et, mettant sa tête sur ses mains, il fixa la table. Il s'en voulait, il n'aurait pas dû lui parler ainsi…Quand il recommença à parler sa voix était comme éteinte, sans vie.

Je lui ai reproché en vrac un tas de choses… certaines n'avaient vraiment aucune importance et d'autres, si. Tu sais, je suis inquiet pour elle… Elle en fait beaucoup, elle sort et quasiment personne ne sait où elle va….elle décide brutalement d'aller voir Dumbledore… Et ce n'est pas seulement ça …

D'un geste instinctif, Wladeck posa une main sur son épaule. Après un moment de silence, Joachim se redressa sur sa chaise et cessa d'appuyer son visage entre ses mains. Il finit par dire :

- Tu sais, il y a quelque chose qui la met très mal à l'aise… et elle ne m'en parle pas. Elle n'en parle à personne, d'ailleurs. Pas même à Maugrey.

Il ajouta :

- J'ai l'impression qu'elle ne me fait pas confiance.

Wladeck fit un mouvement brusque.

- Ce n'est pas vrai. Tu le sais bien, que ce n'est pas vrai. Regarde-moi.

Joachim obéit.

- Il y a juste quelque chose dont elle ne veut pas, ou ne peut pas, te parler. En f…

Joachim l'interrompit :

- Justement !

- Non, Joachim, dit Wladeck doucement. Elle ne t'en parle, mais elle n'en parle à personne. Il doit y avoir quelque chose qui la ronge… Ce n'est pas un manque de confiance…

Ils se turent un instant. Wladeck sentit que la partie était gagnée.

- Merci, Wladeck, dit simplement Joachim.

Puis il reprit sa lettre, Wladeck son journal. Au bout d'un moment, Joachim sentit que Wladeck l'observait. Sans lever les yeux de son parchemin, il demanda :

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Rien, c'est juste que… tu écris sans encre.

- Hein ?

- Tu écris sans encre, répéta Wladeck.

- Comment ç…

- Cela fait bien dix minutes que tu n'as pas replongé ta plume dans l'encrier.

C'était vrai. Toute une partie de la feuille censée être noircie par son écriture était blanche. Joachim étouffa un juron, replongea sa plume dans l'encrier et se remit à écrire, marmonnant entre ses dents des imprécations à propos du commerce magique, capable d'offrir n'importe quoi, hormis des plumes n'ayant pas besoin d'être fréquemment plongées dans un encrier.

Wladeck posa son journal en riant sous cape et prétexta un séjour aux toilettes. Dans le couloir, il croisa Tonks, qui lui demanda si Joachim était toujours dans le salon. Il répondit par l'affirmative.

- Et….il est toujours d'humeur aussi sombre ?

- Disons que ça s'est amélioré.

Elle émit un petit bruit du coin de ses lèvres.

- Tu crois qu'ils vont bientôt se réconcilier ? demanda-t-elle en prenant soin de baisser la voix.

- Je l'espère, car je crains que cela n'exerce un effet délétère sur les capacités de Joachim à se rappeler certaines des choses les plus élémentaires…

- Comme quoi ?

- Comme le fait qu'il soit indubitablement nécessaire de plonger sa plume dans un encrier pour pouvoir écrire…

Ils échangèrent un sourire.

Elane n'avait pas encore compris comment elle avait réussi à tenir jusqu'au milieu de l'après-midi sans fondre en larmes ou aller se confier à Tonks. Elle éprouvait une douleur presque palpable. Alors qu'elle ramassait pour la énième fois un morceau de parchemin qui ne cessait de tomber, elle parcourut sa table de travail des yeux. Le matériel de traduction habituel y trônait, mais c'était davantage pour faire croire aux éventuels visiteurs qu'elle travaillait que par intérêt pour le journal de Wilhelm.

Ne faisant plus rien, ou plutôt ne faisant rien d'intéressant ou productif, elle aurait dû rentrer au Square Grimmaurd, mais elle ne pouvait s'y résoudre. Elle aurait également pu aller ailleurs, à Poudlard ou chez Maugrey, pour tenter de déchiffrer les fragments remis par Tonks, mais ils étaient trop liés à sa dispute avec Joachim pour qu'elle s'y décide. Et d'ailleurs, elle les avait laissés dans son tiroir de la coiffeuse, au Square, alors…

Elle posa les coudes sur la table. Joachim avait eu raison de lui reprocher un certain nombre de choses parmi celles qu'il lui avait dites, mais elle sentait que certaines étaient l'expression d'un malaise plus profond… Elle soupira et se força à se redresser, à ramasser le parchemin qui était de nouveau tombé entre-temps…

- Du calme, brailla le concierge. On ne court pas dans les couloirs !

Peine perdue. Un peu plus loin, un professeur réitéra cet appel, avec un tout petit peu plus de succès. Roberto, accoudé à la rambarde en pierre, observait la scène de l'étage supérieur.

Une quarantaine d'élèves de cinquième année dégringolait les escaliers menant aux dortoirs tandis qu'une quinzaine de leurs aînés de septième année tentait de se frayer un passage à contresens. L'un d'eux faillit tomber à la renverse et se rattrapa in extremis à la rampe.

- Du calme, messieurs ! crièrent simultanément Roberto, le concierge et l'autre professeur.

En passant devant le concierge, les élèves s'excusèrent :

- Oui, monsieur Nolan. Pardon monsieur.

Monsieur Nolan secoua la tête en voyant toute cette meute franchir les portes au pas de charge et s'engouffrer à l'extérieur. Roberto retint un soupir. Comme les autres années, les élèves de cinquième et septième année étaient restés afin de passer leurs examens. En contrepartie, ils reprendraient leurs cours un peu plus tard que les autres niveaux. Système qui convenait à tous, car il signifiait moins de dérangements durant les examens, et à la rentrée suivante la frénésie des premiers jours serait passée, les professeurs seraient donc plus calmes pour aborder avec les élèves le tournant de la vie scolaire qu'était la sixième année.

Les examens étaient à présents passés, et le château s'apprêtait à être totalement vidé. A l'excitation habituelle de fin d'année s'ajoutait le fait que le ministère avait enfin reconnu le retour de Voldemort, et les élèves cachaient leur anxiété d'être hors des murs protecteurs de l'école sous un débordement d'allégresse.

Les dernières épreuves avaient eu lieu hier, et la journée avait été consacrée à faire sacs et valises. Les professeurs et le concierge avaient eu fort à faire pour superviser le chahut général.

Roberto descendit dans le hall et fut happé par un tohu-bohu d'élèves qui couraient en tous sens, les bras chargés de livres et de sacs, de traversins et de couvertures, de livres et de disques, parfois poussant dans les airs une malle à l'aide de leur baguette magique. Le sac de cours d'une fille s'ouvrit, et deux de ses amies l'aidèrent à ramasser ses affaires éparpillées sur le sol.

A gauche de l'entrée, un professeur surveillait d'un air fatigué une pile de bagages qui n'avaient pas encore été réclamés par leurs propriétaires. Roberto s'approcha de lui :

- Y a-t-il un endroit ou une tâche qui nécessite la présence d'un professeur encore en possession de la majeur partie de sa puissance vocale ? s'enquit-il.

L'autre réfléchit.

- Dans les dortoirs des garçons. Ils n'arrêtent pas de courir dans les escaliers, et j'en ai déjà vu passer au moins deux qui se rendaient à l'infirmerie en tenant un mouchoir imbibé de sang devant leur nez.

Roberto acquiesça d'un signe de tête et repartit dans les étages. Arrivé dans l'une des salles communes, il entendit des cris s'élever du dortoir des garçons de cinquième année. Il s'approcha du petit escalier y menant et entonna :

- Si jamais je dois monter voir ce qui se passe…

Les cris diminuèrent un peu en vitalité mais pas en intensité. Exédé, Roberto s'apprêta à mettre sa menace à exécution mais eut soudain une meilleure idée, qui en tous cas lui épargnerait la montée de l'escalier. Il attrapa un préfet de cinquième année qui passait à portée de sa main et l'envoya dire à ses camarades qu'ils avaient intérêt à régler leurs différents dans le calme, sinon…

- Et s'ils ne m'écoutent pas, professeur ? demanda l'élève.

- Dans ce cas, tu reviens me voir.

L'élève se sentit rassuré et partit vers sa mission. Le professeur Szpilmann était l'un des plus jeunes du corps enseignant, et il avait la réputation d'être compréhensif mais pas naïf.

Roberto sentit soudain qu'on le tirait par la manche. Il se retourna et vit l'un de ses élèves de septième année.

- Vous vouliez me dire quelque chose ?

- Oui, professeur. Mr MacAllister voudrait vous parler, il m'a chargé de vous dire qu'il vous attendait dans son bureau.

- Merci.

Roberto ressortit du dortoir en compagnie de son élève.

- Vos examens se sont bien passés ? lui demanda-t-il.

- Je crois. Je pense en tous cas avoir une bonne note en potions et en botanique.

- Et en italien ? s'amusa Roberto.

- Et en italien, sourit son élève. Du moins je l'espère.

Ils firent quelques pas sans se parler, puis Roberto reprit :

- Vous m'aviez dit que vous vouliez devenir Médicomage. C'est toujours votre ambition ?

- Toujours, monsieur. Si j'ai réussi mon examen, une place m'attend déjà dans une université. Je leur avais envoyé mon dossier au premier trimestre, et à Noël j'ai profité des vacances pour passer l'entretien.

- Et quel est le nom de l'université qui vous a reçu ?

- La Welsley University de Londres.

- Une grande école, commenta Roberto.

- Je vais également continuer l'italien, et d'ici deux ans j'espère pouvoir aller poursuivre ma formation en Italie.

- Ecrivez-moi de temps à autre, j'aimerais savoir ce que vous devenez.

L'élève sourit, touché par cette marque d'intérêt et d'affection.

- Ici ou en Italie ?

- Ici durant l'année scolaire, en Italie durant les vacances. De toute façon, mon courrier me parvient toujours, ma famille me l'envoie lorsque je suis à l'école et vice versa.

Roberto inscrivit rapidement son adresse de Naples sur un morceau de papier qu'il tendit à son élève.

- Bonne chance pour la suite de vos études.

- Merci professeur.

- Au revoir.

Il serra la main à son élève puis tourna dans le couloir où se trouvait le bureau du directeur. Le mot de passe prononcé, le tableau glissa sur le côté.

- Bonjour, Mrs Szpilmann. Prenez donc une chaise.

Roberto s'assit en face du directeur et haut responsable de la Guilde.

- Vous m'avez fait appelé.

- En effet.

Ils demeurèrent un instant silencieux, à s'observer mutuellement. Finalement Mr MacAllister reprit :

- Je voulais vous parler des…événements liés aux morts de John Bennett et Jane et Francis Minton.

Roberto sentit son pouls s'accélérer, mais un muscle de son visage ne tressaillit. Il se contenta de répondre :

- Et que vouliez-vous me dire à propos d'eux ?

- Vous étiez assez proches des époux Mintons, je crois.

Roberto choisit une réponse neutre :

- Je les appréciais, c'était des gens agréables.

- Vous connaissiez leur…mission. Je sais que suite au décès de John Bennett, une enquête a été ouverte.

- C'était à prévoir.

- Oui, mais cela ne nous arrange guère. Nous n'avons pas vraiment intérêt à ce que la raison de la présence de John Bennett en Cornouailles soit connue.

Il se tut. Roberto songea qu'il attendait probablement de lui qu'il prenne la parole, mais il n'en ferait rien. Pas tant qu'il ne verrait pas où Mr MacAllister voulait en venir. Le directeur dut parvenir à la même conclusion. Il se leva et se détourna pour regarder par la fenêtre. Après un moment il reprit d'une voix un peu plus basse, presque lasse :

- Je vais jouer franc jeu avec vous, Roberto. Nous voulons empêcher que le ministère découvre les liens de John Bennett avec la Guilde, et par ailleurs nous voulons, nous, savoir ce qu'il a découvert en Cornouailles.

Roberto décida de poser une question, mais sans trop dévoiler son jeu. Il choisit soigneusement ses mots :

- Est-ce que la Guilde veut également dissiper les doutes qui pèsent son intégrité ?

L'autre le regarda en face. Roberto décida de continuer dans cette voie.

- Certaines personnes… pensent qu'il aurait eu des liens avec les mangemorts.

Mr MacAllister se rassit et soupira.

- J'ai dit tout à l'heure que j'allais jouer franc jeu. Si cela ne tenait qu'à moi, prouver son innocence serait l'une des choses les plus importantes à faire. Mais certaines…personnes ont tout d'abord à cœur de découvrir ce qu'il savait. Et naturellement empêcher que des gens…animés de mauvaises intentions…

- Vous voulez dire des Mangemorts.

- Oui, des Mangemorts, certains veulent éviter que les Mangemorts ne découvrent ce qu'il savait. Sur ce point, ils ont raison.

- Vous voulez donc dire qu'ils ont tort sur d'autres points.

Le directeur se pencha vers lui et le regardant droit dans les yeux comme s'il voulait lui faire passer un message, articula soigneusement :

- Moi, je ne peux pas dire tout ce que je voudrais. Je suis tenu sous le sceau du secret. Je doute que vous puissiez savoir ce que je ne dis pas, mais en revanche vous devriez vous concentrer sur ce que je dis. Vous en savez déjà beaucoup, plus que vous ne le croyiez. Et vous avez en main, ou pourriez avoir en main, d'autres éléments importants.

Il se redressa à nouveau.

- Je ne peux vous dire ce que vous devez faire. Une lourde charge…implique non seulement de lourdes responsabilités, mais aussi quelques restrictions. Mais en revanche, il m'est possible d'accorder ma confiance à qui je veux. Et vous, vous pouvez parler. Alors faites-le. Mais choisissez bien votre interlocuteur…

Ils se regardèrent à nouveau en silence. Finalement Roberto se leva.

- Si notre entretien est terminé, puis-je m'en aller ?

- Bien sûr. Et bonnes vacances. Faites…un bon usage de votre temps à présent libre.

Roberto sortit du bureau en réfléchissant. MacAllister avait voulu lui faire passer plusieurs messages, et il était sûr d'en avoir compris au moins un. Restait à décrypter les autres. Et à savoir ce qu'ils signifiaient.

Merci à Taliesyn d'avoir pris la peine de laisser une review, même très courte.

Petite Ourse :Je pense que ça va te mener à faire écrivain ou sinon prof de français. Tiens, c'est une bonne idée, ça ! Parle de la peinture des murs. Il ne faut pas oublier que ce sont des souvenirs, et la décoration du Square Grimmaurd n'était pas toujours au centre des préoccupations des personnages. Alors, je n'en parlerais pas beaucoup. Et comme ils sont tous très occupés, ça risque de se faire par petits bouts.

Thealie : Contente d'apprendre que tes vacances se sont bien passées. Je trouve qu'il y a beaucoup de passages Dumbledore-Elane. Et que tu te concentres beaucoup sur elle. Pourquoi ? Ça, c'est précisément la question que je craignais qu'on me pose, parce que je ne sais pas comment y répondre sans trop en dévoiler ! Je me lance… C'est vrai qu'il y a beaucoup de passages Dumbledore-Elane, mais ils auront leur importance plus tard. Et de plus, on apprendra des choses intéressantes sur Dumbledore de cette manière (et sur les autres membres de l'Ordre). Mais tu peux essayer de deviner pourquoi ces passages sont si importants, j'y ai glissé des indices, comme dans toute l'histoire, d'ailleurs. Je sais que ma fic est assez concentrée sur Elane, mais si tu y regarde de plus près, tu t'apercevras que beaucoup de ces passages sont en fait les événements au sein de l'Ordre, mais vus de son point de vue. Car elle fournira beaucoup de souvenirs à Harry, là aussi, on découvrira pourquoi plus tard. Et zut, j'en ai peut-être déjà trop dit… Elane a eu tort dans ce chapitre, elle le sait mais va-t-elle tenter de changer ce qui ne va pas ? Dans ce chapitre se trouve la majeure partie des réponses à ta question… Et elle va essayer de changer ce qui ne va pas… J'ai bien aimé ce chapitre mais si je trouve dommage que tu ne parles pas plus que ça des jeunes. Le problèmes des jeunes en question, c'est que pour l'instant ils sont enfermés au Square Grimmaurd, avec Molly sur leur dos pour les empêcher d'avoir trop de nouvelles de l'extérieur ! Alors ils s'ennuient et essayent de tuer le temps ! Mais ils vont bientôt intervenir à nouveau.