Les étoiles de l'orage

Chapitre 17 : Une belle soirée d'été

Disclaimer : Tous les personnages, animaux, créatures, objets, lieux etc…appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autres que j'ai crée. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire et à faire partager ce que j'écris.

Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre et des personnes existant, ou ayant existé, est le fruit du hasard.

Harry repoussa les deux battants de la fenêtre pour aérer un peu la chambre, puis s'accouda au rebord. Un peu amusé, il songea qu'il passait beaucoup de temps accoudé à quelque chose, ces temps-ci. Il aspira de grandes goulées de l'air frais du soir. En observant les toits, il se rendit compte qu'au dehors, une ville immense, composée de milliers d'âmes, s'étendait. Il éprouva soudain une sensation grisante de liberté. Entre ces maisons, ces bâtiments, parmi cette foule, il était possible de se perdre, de passer inaperçu.

Il se demanda soudain si Sirius aussi s'était parfois tenu ainsi à la fenêtre, lorsque les lueurs du soleil déclinant illuminaient Londres, si lui aussi avait éprouvé cette sensation de liberté. Il réalisa que probablement personne ne pourrait lui répondre. Et c'était mieux ainsi, songea-t-il. Vivre pour essayer de retrouver la moindre trace de vie d'un autre… c'était vivre hors de sa propre vie.

Surpris, il s'étonna de cette sage réflexion, qui lui ressemblait si peu. Peut-être avait-il mûri. On frappa soudain à la porte.

- Entrez ! claironna-t-il.

- Le prince me fait l'honneur de me laisser pénétrer dans sa tour d'ivoire ? plaisanta Ginny.

Il sourit tandis qu'elle s'approchait et s'accoudait à ses côtés.

- Ron et Hermione sont au salon, elle est toujours en train d'essayer de le convaincre de demander à Fred et George d'accélérer la fabrication de l'antidote. Et… tu sais ce que lui en pense.

- La discussion en est donc au même point que lorsque je suis parti ?

- Hélas.

Elle reporta son attention vers la fenêtre.

- C'est beau, dit-elle.

Harry regarda dans la même direction qu'elle. Le soleil était encore descendu davantage, et le ciel était rose et or.

- Oui, c'est vraiment très beau, souffla-t-il.

Il le pensait vraiment. Il n'avait pas souvent l'occasion de voir de si beaux couchers de soleil. Il ressentit soudain la même sensation de bien-être que ce matin, lorsqu'il avait ri avec Ginny. Il s'appuya plus confortablement au rebord de la fenêtre.

Un bruit de voix leur parvint soudain de la porte entrouverte. Apparemment, Hermione et Ron s'apprêtaient à les rejoindre. Hermione disait :

- Ron, Fred a dit qu'il s'était promené durant huit jours avec cette… décoration. Et ils n'arrivent pas bien à réguler la durée des effets. Alors imagine le temps qui peut passer jusqu'à ce qu'ils s'estompent !

La voix agacée de Ron lui répondit :

- Non, je ne vais pas aller les prier d'accélérer la fabrication de ce fichu antidote ! Tout d'abord, ils se moqueraient peut-être de moi, et ensuite, ils sont probablement bien assez occupés comme ça.

Ils entrèrent dans la pièce. Hermione poursuivit sa plaidoirie :

- Mais, ce sont tes frères ! Ils peuvent se moquer de toi, mais ne seront pas très méchants. D'accord, ils sont farceurs, moqueurs, un peu ironiques, mais je ne les ai jamais vu dire quoi que ce soit de vraiment méchant à quelqu'un, ou de quelqu'un. A part éventuellement de Malfoy…Et toi, tu es leur frère !

- Percy aussi était mon frère, répliqua Ron d'un air sombre, et on a bien vu ce qu'il a fait.

Un froid retomba soudain entre les quatre amis. Ron se balançait d'un pied sur l'autre, horriblement gêné par ce qu'il venait de dire. Les yeux verts de Ginny s'étaient brutalement assombris, Hermione fixait le sol, et Harry cherchait désespérément quelque chose à dire. Ce fut Charlie qui les tira d'affaire.

- Je viens de récupérer les photos que j'ai prises pendant que j'étais en Roumanie. Il y en a beaucoup. Vous voulez venir les voir ?

Ils acceptèrent, heureux de cette diversion. Charlie tira un gros paquet de sa poche et commença à faire tourner les épreuves en les commentant. Les images étaient assez impressionnantes.

- Voila, ça c'est le Flammarais adolescent que j'ai trouvé blessé et que j'ai soigné…

Un dragon couleur vert amande les regardait en soufflant des volutes de fumée par les narines. Harry, qui depuis la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers éprouvait un certain attrait pour ces grosses bestioles, le trouva plutôt sympathique.

- Là, c'est toujours le Flammarais, mais en train d'apprendre à cracher du feu…il a eu du mal, mais il était tenace…

- Ils ne savent pas le faire dès la naissance ? s'étonna Ron.

Charlie leur expliqua :

- Dès la naissance, ils produisent de la fumée et de temps à autre quelques flammèches, rien de très conséquent, et ils ne le contrôlent pas vraiment. En grandissant, leur puissance de feu s'accroît, et avec l'aide d'un parent ou d'un dragon plus âgé ils apprennent à maîtriser leur feu. Ils s'entraînent sur les arbres morts des forêts, qu'ils débarrassent ainsi de leur surplus de bois mort. Mais l'apprentissage est difficile, et il est fortement déconseillé de rester à côté d'un novice lorsqu'il s'entraîne…

- Mais tu l'as fait, toi, fit remarquer Ginny en observant les photographies.

Charlie eut un petit sourire.

- Mais j'ai pris toutes les précautions nécessaires. Je ne me suis pas trop approché, et ais pris soin de rester dans une zone dégagée, d'où je pourrais fuir facilement.

- C'est aussi une affaire de réflexes, et il faut connaître les dragons, non? demanda Hermione. Je veux dire, il faut observer le dragon et prévoir ses réactions, mais en plus il faut savoir réagir vite et bien.

Charlie parut impressionné.

- C'est ça. Au fond, les dragons sont des animaux comme…

- Les chats ? suggéra Hermione.

- Voila, les chats, il faut savoir les observer et les comprendre.

Pour une raison inconnue de Harry, le visage de Ron s'assombrit tandis qu'Hermione parlait avec Charlie.

Même lorsque Charlie recommença à commenter les images, Ron ne reprit pas tout à fait son expression enjouée. Son frère leur montra une photographie de lui-même en compagnie d'un de ses amis.

- Voila, Ferdinand Carol. Un type très sympa. Il a vécu quasiment toute sa vie en compagnie des dragons, son père est le régisseur de la réserve de dragons, dans le Hohenzollern. Je l'ai recruté pour l'Ordre.

Après quoi il annonça qu'il commençait à se faire tard et décida d'aller se coucher. Un concert de protestations mit ses oreilles à mal.

- Et doucement, s'écria-t-il en mettant ses mains devant lui comme pour se protéger. J'ai dit que moi, j'allais me coucher. Libre à vous de rester encore un peu. Mais gare à vos oreilles si demain matin on vous retrouve endormis sur vos sièges !

Il se leva et s'apprêta à sortir.

- Pas si vite, s'interposa Ron. Parle-nous d'abord un peu de ce type que tu as recruté pour l'Ordre.

Charlie soupira et se rassit. Il dit d'un ton dramatique :

- Alors, on veut leur faire plaisir en leur montrant des photographies, on les renseigne sur les dragons, on pousse la gentillesse jusqu'à leur révéler l'identité d'un des types que l'on a recruté pour l'Ordre, et voilà qu'ils en réclament encore plus !

Ginny se leva et prit son bras. Levant ses grands yeux verts vers son frère, elle demanda :

- Dis-nous au moins ce qu'il fait, s'il te plaît…

Charlie était quelqu'un de généreux et sensible, qui éprouvait une immense affection pour sa petite sœur.

- D'accord, soupira-t-il. Mais juste ce qu'il fait.

Il se rassit.

- Bon, alors comme vous le savez sûrement, les Ministères des différents pays sont divisés quant à la politique à adopter face au retour de Voldemort. Mais des détails infimes peuvent nous en apprendre beaucoup sur la position qu'ils ont l'intention de choisir. Et d'infimes détails pourraient également nous permettre de changer cette position si nécessaire. Le régisseur de la réserve de dragon a toujours occupé un poste important dans la vie politique de la Roumanie, c'est une tradition qui perdure depuis des siècles.

Il s'arrêta un instant pour reprendre son souffle.

-Je vous ai déjà dit que le père de mon ami se trouve à ce poste-clé. De plus, Mr Carol père a été membre du Parlement roumain, en a démissionné avec éclat lorsque la loi visant à garantir une plus grande protection aux elfes de maison a été refusée…

Harry vit une lueur s'allumer dans les yeux d'Hermione à ces mots.

- … et il a à son actif pas mal d'autres actions du même type, tout ça pour dire que c'est vraiment un homme important sur le plan politique, qui soutient le combat anti-Voldemort. Son fils est donc dans une position de choix pour glaner des renseignements sur les tendances politiques des pays slaves – et éventuellement pour agir sur elles.

Quand Charlie se tut, tous demeurèrent un moment silencieux, assimilant et triant ces informations. Finalement Ron dit d'un ton déçu :

- C'est tout ? Je veux dire, il ne fait rien de plus… comme par exemple essayer de créer une unité de défense, je sais pas moi…

- C'est justement ça le problème, Ron, tu ne sais pas. Alors je me contenterais de te faire remarquer que l'on dit souvent que c'est le renseignement qui gagne les guerres. Demande donc à Maugrey.

Il bâilla et s'étira, signifiant par là que la discussion était close. Il se leva, leur souhaita une bonne nuit avant de disparaître dans le couloir. Le silence resta après son départ. Ils entendaient le son assourdi d'un air joué au piano. Harry se demanda lequel des deux cousins jouait. En tous cas, il savait que tous les deux étaient doués.

Il se renversa en arrière dans son fauteuil pour mieux écouter. Il se sentait détendu. Il avait ses meilleurs amis auprès de lui, il était en sécurité…tout allait bien. Une douce torpeur l'envahit et il croisa ses bras derrière sa tête. Il entendit un bruit de pas derrière la porte. Probablement quelqu'un qui retournait à sa chambre. Il perdit rapidement la notion du temps.

Finalement Ginny bâilla et se leva à son tour.

- Je suis fatiguée, je vais au lit. Bonne nuit.

- Attends-moi, fit Hermione.

Elle s'extirpa de son fauteuil et toutes les deux sortirent de la pièce. Harry et Ron les suivirent. En entrant dans leur chambre, ils découvrirent que ni Wladeck ni Joachim n'étaient couchés. Harry alla le premier à la salle de bain, pendant que Ron remettait ses draps et couverture en place, ce qu'il avait négligé de faire le matin même.

Lorsque Ron sortit de la salle d'eau, Harry était assis sur son lit, confortablement adossé à l'oreiller, en train d'essuyer ses lunettes. Ron s'assit sur son propre lit.

- Assez intéressant, je trouve, ce que Charlie nous a dit, fit-il.

Harry hocha la tête. Ron s'étendit sur le dos et croisa les bras sous sa nuque, fixant le plafond.

- Maintenant qu'il a dit ça, la guerre prend une autre proportion. On se rend vraiment compte qu'il s'agit d'un phénomène international, que ce n'est pas limité à nos propres vies.

Harry le regarda, surpris. Sans ses lunettes la silhouette de son ami était floue, mais il devinait néanmoins son visage. Il était étonné, ce n'était pas dans les habitudes de Ron de se montrer aussi philosophe. Ron se hissa soudain sur un coude et changea de sujet.

- Dis-moi, tu parles beaucoup avec Ginny, ces temps-ci.

- Ah bon, fit distraitement Harry.

- Oui, ça fait deux fois aujourd'hui que je vous ai trouvé seuls dans une pièce.

L'attention de Harry était de nouveau complète. Il n'aimait pas du tout le tour que prenait la conversation.

- Ron...commença-t-il.

- C'est vrai, insista Ron. Une fois, vous aviez la tête penchée l'un vers l'autre, et vous étiez en train de rire, et l'autre…

Harry l'interrompit.

- Ecoute, il n'y a rien entre Ginny et moi. Je l'aime beaucoup, c'est une amie qui m'est très chère, mais je ne suis pas amoureux d'elle. Et elle n'est pas amoureuse de moi.

- Elle l'était, fit remarquer Ron.

- Elle ne l'est plus, dit Harry d'un ton définitif.

Il se redressa et glissa sous les couvertures, faisant comprendre à Ron qu'il n'avait pas envie de débattre des sentiments qu'il éprouvait, ou n'éprouvait pas. Ron se glissa également dans ses draps, puis il se pencha et éteignit la lampe.

Harry ferma les yeux. Les mots « Elle ne l'est plus » s'inscrivirent en lettres de feu devant ses yeux. Elle l'était, avait dit Ron. Une amie très chère… pas amoureux d'elle… je l'aime beaucoup… Il sombra dans le sommeil.

Une silhouette vêtue de noir marche dans les couloirs de Poudlard. L'ourlet de son pantalon est recouvert de boue et de poussière, mais il vient de changer de chemise. Une autre trempe dans son lavabo, la manche rougit l'eau peu à peu. Sa cape tourbillonne derrière lui. Il prononce le mot de passe et la gargouille s'écarte, lui ouvrant le passage menant à l'escalier en colimaçon, qui le hisse paresseusement jusqu'à la porte du bureau. Il frappe deux coups au panneau de bois.

- Entrez, Severus, dit Dumbledore.

Sa barbe d'un blanc neigeux semblait mélangée de fils d'argent à la lueur des lampes. Au-dehors, les étoiles brillaient dans la nuit sans lune. Severus prit une chaise en face de Dumbledore.

- Chocolats ? lui proposa celui-ci. Bonbons au citron ? Peut-être ai-je encore une ou deux glaces, si vous en désirez une…

- Chocolats, répondit Severus.

Il en piocha un dans la boîte de bois verni, ornée d'étoiles, que Dumbledore lui tendit.

- Comment s'est passé votre…rencontre ? lui demanda le directeur de Poudlard, après avoir avalé un bonbon.

- Plutôt bien, comparée à certaines, répondit-il. Rien à signaler. Le Seigneur des ténèbres nous passé en revue, a lancé quelques remarques acerbes et quelques insinuations, puis nous avons dû nous entraîner à combattre, en faisant des duels. Un contre un.

Dumbledore lui lança un regard perçant.

- Avez-vous été blessé ?

Il ne cilla pas sous le regard bleu.

- Un peu, comme chacun d'entre nous. Mais je vais bien.

Il soutint les yeux inquisiteurs du directeur, mais commença à se sentir un peu mal à l'aise. Mais son visage resta de marbre.

- Avez-vous une idée des raisons pour lesquelles il vous a fait subir cet… entraînement ?

- Pas vraiment. Mais je crois qu'il veut obtenir quelque chose, un renseignement. Et peut-être… une assurance.

- Une assurance ? releva Dumbledore.

- Je crois qu'il y a un fait qu'il cherche à vérifier. J'ignore lequel.

Comme d'habitude, le directeur ne lui demanda pas comment il avait découvert cela. Il l'avait découvert, et cela lui suffisait. Il me fait confiance, songea Severus. Cette pensée lui mit un peu de baume au cœur.

- Et le renseignement qu'il veut obtenir ? poursuivit Dumbledore.

- Cela devrait concerner la mort de quelqu'un.

- Une mort passée…ou à venir ?

- Passée. Quelque chose semble flou dans cette mort, quelque chose ne s'est pas passé comme il l'entendait.

Severus marqua une pause.

- Je crois que quelque chose lui a échappé.

Dumbledore joignit le bout de ses doigts et leva les yeux au ciel, réfléchissant.

- La chose qui lui a échappé, demanda-t-il finalement, est-ce nous qui l'avons ? Ou quelqu'un d'autre ? Ou bien a-t-elle été perdue pour tout le monde ?

- Je l'ignore. Mais je ne crois pas qu'il pense que c'est nous qui l'avons. Il serait plus furieux. Mais il y a des choses qu'il ignore et c'est heureux pour nous.

- Vous êtes plein de sagesse, Severus, sourit Dumbledore. Mais il est tard, et vous avez eu une rude soirée. Bonne nuit.

Severus se leva.

- Bonne nuit.

Il s'apprêtait à faire demi-tour quand Dumbledore dit :

- Vous êtes plein de sagesse, mais vous n'en faites part qu'à certaines personnes. Pourtant, d'autres le mériteraient également. Mais je ne vous retiens pas plus longtemps.

Severus sortit du bureau. Dans les couloirs, il entendit au loin le caquètement de Peeves. Il pressa le pas. Un affrontement avec l'esprit frappeur était bien la dernière chose qu'il souhaitait. Une fois dans ses appartements, il jeta sa cape sur une chaise et prit une potion dans l'une de ses cachettes. Un sérum contre la douleur. Très efficace. Après avoir rangé la petite bouteille de verre, il jeta un nouveau coup d'œil à son bras gauche. Aucune trace de sang n'avait traversé le pansement, ce qui était plutôt bon signe.

Il se demanda soudain ce que Dumbledore avait bien pu vouloir dire, à propos de sa sagesse, que d'autres mériteraient également de connaître.

Elane pénétra au Square Grimmaurd alors que l'horizon rougeoyait déjà. La cuisine était déserte. Elle posa ses deux sacs et mit sa cape sur une chaise. Elle s'assit, le menton dans ses mains. Le temps avait passé deux fois plus lentement, peut-être parce qu'elle n'avait eu qu'un souhait : voir cette journée horrible se terminer enfin. Elle regarda dans le vague. Son regard tomba soudain sur l'escalier menant à la porte-fenêtre. Assise là où elle se trouvait, elle voyait une partie du jardin. Elle sursauta soudain. Il lui avait semblé voir une silhouette… une silhouette qu'elle connaissait très bien. Son cœur cogna très fort dans sa poitrine, ses mains devinrent moites. Elle prit de profondes inspirations pour se calmer, puis elle se leva. Elle voulait lui parler.

Elle grimpa rapidement les quelques marches de l'escalier et ouvrit la porte fenêtre. En la refermant derrière elle, elle sécha rapidement ses mains sur sa robe. Elle s'approcha de lui, avalant sa salive. Il avait l'ouïe extraordinairement fine, il était impossible qu'il ne l'ait pas entendue s'approcher. Pourtant il ne se retourna pas. Mais quand elle ne fut qu'à deux pas, il dit de sa voix grave :

- Bonsoir.

- Bonsoir.

Puis le silence retomba entre les hauts murs du jardin. Elle resta debout à côté de lui. Elle voulait lui parler, mais elle ne savait par où commencer.

Joachim était exactement dans la même situation. Mais Elane avait au moins fait le premier pas, en venant le voir. Qu'elle ait décidé de venir le rejoindre l'avait profondément touché. Il la regarda à la dérobée. Elle paraissait plus pâle qu'à l'accoutumée, les commissures de ses lèvres étaient tendues. Et elle paraissait triste. Probablement l'avait-elle dissimulé toute la journée, et elle ne se sentait plus la force de continuer. Ou peut-être ne voulait-elle pas lui dissimuler combien leur dispute l'avait atteinte.

Elane décida de se lancer. Elle lui devait des excuses.

- Excuse-moi…

- Je suis désolé, dit-il au même moment.

Ils se regardèrent un moment, puis un sourire détendit leurs lèvres. Joachim voulut parler :

- Je voulais te dire que je suis désolé…, commença-t-il.

- Je voulais te présenter mes excuses…

Une fois de plus, ils avaient parlé en même temps. Il voulut continuer, mais elle l'en empêcha en posant ses doigts longs et fins sur sa bouche.

- C'est à moi de commencer, chuchota-t-elle.

Elle chercha ses mots.

- Hier, tu as eu raison de me dire… tout ce que tu m'as dit. C'est vrai que j'ai négligé la réunion de l'Ordre, j'aurais pu attendre avant d'aller voir Dumbledore. Ma seule défense c'est… que j'avais besoin de clarifier un peu les choses, de faire le point. J'espérais qu'il pourrait m'y aider. Lorsque j'ai esquivé ta question, quand tu m'as demandé si ça n'allait pas… la vérité était que j'ignorais moi-même ce qui n'allait pas.

L'émotion la prit soudain à la gorge, et elle poursuivit la voix nouée.

- Je veux également m'excuser de…

Il tenta de l'interrompre, mais elle refusa d'un signe de tête. Elle sentait qu'aller au bout lui ferait du bien.

- Je veux également te présenter mes excuses, pour t'avoir dit que tu devais m'accorder un peu d'attention lorsque je voulais te parler. Je ne le pensais pas, pas du tout. Et…

Sa voix se brisa et elle se détourna. Les larmes commencèrent à rouler sur ses joues. Elle fit quelques pas, tout en continuant à parler.

- Lorsque tu m'as dit que je t'évitais depuis quelques temps…C'est que…

Elle ne parvit pas à continuer. Elle sentit soudain sa présence à ses côtés. Il l'avait rejointe et la serra contre lui.

- Arrête, murmura-t-il contre ses cheveux. Je ne te reproche plus rien. Tu ne m'évitais pas, tu étais occupée… et moi aussi d'ailleurs. Nous étions tous les deux en colère, et aussi en colère contre les autres…

Elle fit non de la tête.

- Tu avais raison de dire que je t'évitais. Enfin… je ne t'évitais pas vraiment. J'ai évité à peu près tout le monde, plus ou moins consciemment.

Les larmes redoublèrent, mais elle fit un effort pour parler.

- C'est parce que… Harry m'avait montré des lettres. Ecrites par ma grand-mère à Sirius Black.

Il tressaillit et s'écartant de sa tête, posa son regard brun sur elle. Avec son regard sur elle, elle se sentit mieux.

- Le plus étrange, c'est… qu'il y avait également des lettres écrites par Sirius à ma grand-mère. Et un gros paquet, pas simplement une lettre qui n'avait pu être envoyée.

- Comment se sont-elles retrouvées là ?murmura-t-il.

- C'est ça que je ne m'explique pas. Et aussi…Personne ne m'a jamais dit qu'ils s'étaient connus. Sirius ne m'en a jamais parlé, ni Maugrey, ni … personne. Et pourtant, il avait été son élève, en même temps que James Potter et… Alain Armadale.

- Comment le sais-tu ?

- Harry m'a montré une photo, que Sirius avait glissée dans la dernière lettre qu'il lui avait écrite.

Ils demeurèrent silencieux, avant que Joachim ne reprenne.

- Tu m'as dit que la dernière fois que tu avais montré des lettres de ta grand-mère, ça s'est terminé par…

Il hésita, mais elle termina sa phrase à sa place, d'un ton ferme :

- Par mon départ de la maison de mes parents, oui. Bien sûr, ces lettres n'étaient pas la seule chose en cause. Et la dernière fois que j'ai vu Alain Armadale…

- Tu as découvert qu'il y avait un nombre considérable de secrets qui gravitaient autour de ta grand-mère.

Il s'en voulut aussitôt d'avoir dit ça, mais elle se contenta de soupirer.

- Tu sais, une fois, tu m'avais dit toi-même, que ces secrets ne m'avaient pas manqué pendant de longues années, alors ils ne me manqueraient pas à l'avenir. J'avais surtout peur qu'un jour quelqu'un d'autre ne revienne m'en parler, mais rien ne s'est produit et je me suis dit que je pouvais enterrer tout ça sans aucun risque. Et maintenant...maintenant, je ne voudrais à aucun prix remuer à nouveau le passé. Mais le problème, c'est que…

- Harry va vouloir découvrir ce qui s'est passé, compléta-t-il en resserrant son étreinte.

- C'est ça. Je lui ai déjà dit qu'Armadale était mort, et je lui ai raconté mon histoire dans les grandes lignes. Je me suis dit qu'il y avait suffisamment de choses qu'il ignorait comme ça, sans que je ne lui en cache encore d'autres.

Elle se tut. Joachim comprenait son dilemme. Elle n'avait aucune envie de tenter à nouveau de plonger dans les secrets de sa grand-mère, mais Harry voudrait savoir… Et elle allait sûrement l'aider.

Finalement il rompit le silence.

-Tu sais, je te dois également des excuses. Je n'aurais pas dû dire toutes ces choses… à propos de la tasse de café et tout ça…

A sa vive surprise, elle sourit.

- Au contraire, tu as bien fait. Je crois que j'avais besoin de m'entendre rappeler… certaines choses.

Il la serra sans rien dire. Il prit son mouchoir dans sa poche et essuya délicatement les yeux d'Elane, puis les traces de larmes sur ses joues. Elle releva la tête vers lui et lui sourit. Il rangea son mouchoir. Il réalisa soudain que son visage était tout près du sien. Il baissa la tête et l'embrassa.

Quand il redressa sa tête, elle s'appuya contre son épaule et frissonna.

- On rentre ? proposa-t-il.

Elle acquiesça. Elle n'était plus tendue, inquiète, mais une lueur soucieuse dansait toujours au fond de ses yeux. Il savait qu'elle s'inquiétait de ce qu'elle risquait de découvrir. Il voulait la faire rire.

- Après vous, mademoiselle, dit-il.

Il la laissa passer devant lui et fit une demie révérence. Elle éclata de rire. Dans la cuisine, il prit ses deux sacs et les porta au salon. Elle s'arrêta soudain et se retourna :

- J'ai besoin d'aide pour les fragments que m'a donné Tonks. Tu veux bien m'aider ?

- Bien sûr.

Elle alla chercher la boîte. Quand elle fut de retour, ils s'installèrent sur l'épais tapis blanc qui se trouvait devant la cheminée et étalèrent les fragments entre eux. Pendant près de deux heures, ils les trièrent et tentèrent de recomposer textes et schémas.

Joachim dit soudain :

- Je crois que je tiens un début de texte cohérent.

Il le tourna de façon à ce qu'ils puissent tous les deux le lire.

- J'ai peut-être que j'ai quelque chose qui pourrait aller avec, s'écria Elane.

Elle ajouta un morceau de parchemin en forme de triangle aux trois autres. Ensembles, ils parvinrent à reconstituer un paragraphe.

Le confident auquel je dis tout, qui comprend tout, et répète tout. Mais personne n'y prête attention, il peut parler autant qu'il le désire et crier mes secrets à tous les vents, tout le monde l'entend mais personne ne l'écoute. Il les amuse un temps avec ses insanités, puis ils se lassent. Pas un ne se rend compte de l'importance de ses propos… l'homme est doué pour ne pas voir ce qui…

- L'homme est doué pour ne pas voir ce qui… relut pensivement Joachim. Pour ne pas voir quoi ?

- Si ce texte fait référence à la politique, ça pourrait être « L'homme est doué pour ne pas voir ce qui blesse »…Il aurait pu faire référence à la politique de l'autruche qu'avait mené Fudge ces derniers mois. Mais pourquoi aurait-il fallu brûler ceci, alors ?

- Aucune idée.

Il retourna quelques fragments.

- Tiens, il y quelque chose qui pourrait convenir, du moins grammaticalement. Si je n'ai pas oublié le peu de grammaire anglaise que j'ai jamais sue...

Il lui tendit le morceau de parchemin en question. Il portait les mots « se trouve sous son nez ». Elane l'ajouta à l'ensemble déjà formé. Il s'emboîta parfaitement aux autres.

Ils essayèrent encore de trouver une suite, mais leurs efforts furent vains. Finalement, ils abandonnèrent. Elane recopia le texte déjà recomposé, et enferma les fragments qui le composaient dans une boîte séparée. Lorsqu'elle se releva Joachim se tenait devant elle. Poussée par un geste instinctif, elle jeta les bras autour de son cou. Il rit et l'enlaça. Elle se mit sur la pointe des pieds et appuya sa joue à la sienne. Elle rit à son tour.

- Qu'est-ce qu'il y a ? sourit-il.

- Ça fait combien de temps que tu ne t'es pas rasé ?

- Perdu le compte.

Elle éclata de rire et il la souleva un instant de terre, serrée contre lui. Lorsqu'il la reposa en douceur, elle l'embrassa sur la joue.

- Bonne nuit, murmura-t-elle.

Il l'accompagna jusqu'à la porte de sa chambre, lui portant ses deux sacs. Il garda un instant ses doigts entre les siens, avant de porter sa main à ses lèvres.

- A demain, souffla-t-il.

Puis il s'éloigna dans l'escalier. Elle le regarda, et il dut le sentir car il se retourna un instant pour lui sourire avant d'achever sa descente. Elane passa dans la salle de bain, prit une douche rapide en ne faisant quasiment aucun bruit par crainte de réveiller les trois autres puis se coucha.

- Où étais-tu ? demanda la voix ensommeillée de Tonks.

Elane sourit dans le noir.

- Avec Joachim.

- T-tant m-mieeeuuux, bâilla son amie avant de se rendormir.

Snapye :Je suis un peu déçue que l'on entende à nouveau plus parler de Severus… même si tu dis que ça allait arriver, je suis un peu frustrée…Toutes mes excuses ! En fait, j'aurais voulu caser le chapitre dont je t'avais déjà parlé, celui qui sera presque entièrement basé sur lui, un peu avant, mais je me suis rendus compte qu'il y avait d'autres choses que je devais mentionner d'abord. Mais sinon… il était présent, dans ce chapitre. Si ça peut t'occuper en attendant, sache que Severus ne parle pas beaucoup, c'est pourquoi ses paroles sont doublement importantes. Avec ça, tu peux faire de nombreuses suppositions... Sinon, je voulais aussi te dire que par moment, l'histoire stagne un peu. Bien sûr les éléments s'enchaînent, et de plus en plus d'indices interviennent, mais d'un autre côté, j'ai l'impression que la relation entre Elane et Joachim prend plus de place dans l'histoire que la guerre elle-même. Si leur relation était très présente ces derniers chapitres, c'est car leur dispute a marqué Harry. On découvrira plus tard qu'il leur est très attaché. Je pense que ça fait partie de tes intentions, pour nous détourner des faits de la guerre, ou pour nous montrer qu'elle touche plus les gens que le ferait justement une guerre en créant quelques conflits « internes »… ou pour nous dissimuler tes indices par un moyen détourné (comme le fait remarquer Wladeck). Zut, je suis donc si prévisible ! Effectivement, je me sers de ce procédé pour donner des petits indices, à vous de découvrir lesquels… Et faire apparaître des personnages qui auront leur rôle à jouer plus tard. Mais je viens de relire les trois derniers chapitres que j'ai postés, et je me rends compte qu'effectivement, la situation est pour le moment assez statique. Merci de me l'avoir fait remarqué. Mais tout va bientôt s'accélérer… Merci pour ta longue review, elle m'a fait plaisir. Et tes remarques sont toujours très pertinentes. Je vais essayer de me débrouiller pour faire à nouveau bouger les choses dans les prochains chapitres.

Thealie : Harry est vraiment un peu simplet dans ce chapitre. Quand il parle avec Ginny, on dirait un petit garçon. Il faut le comprendre, il est gêné d'avoir cette conversation à propos de la dispute, surtout qu'elle concerne Elane et Joachim. Niveau personnage, ce chapitre était super. Tu as fait quatre points de vue différents. Ça permet de se faire une idée plus précise de chaque situation et de confronter les opinions, observations de chaque perso. C'est fait pour ça ! Et pour moi, c'est aussi une manière d'augmenter le suspense : le lecteur sait qui souffre, qui cache des choses avant les autres personnages, et se demande quand est-ce qu'ils vont découvrir la vérité ! Ce serait génial si tu continuais comme ça dans tous tes prochains chapitres (je sais je demande beaucoup de choses). Je vais essayer…Moi aussi, je m'amuse énormément en écrivant de cette manière, alors cette façon de faire risque de revenir souvent.

Taliesyn : Allez j'attends la suite pour comment (et non pas si ou quand) Elane et Joachim vont se pardonner l'un l'autre et plus si affinités. Dis donc, tu ne serais pas un peu accroc à ce couple ! J'espère que ce chapitre a comblé tes attentes ! Dis moi, j'aurais pas vu comme un rapprochement Harry/Ginny ? (Oui oui oui moi j'suis pour !) Un rapprochement, c'est sûr ! Il s'entend de mieux en mieux avec elle (même si tu sembles être le seul à l'avoir remarqué). Vont-ils tomber amoureux ? L'avenir nous le dira…