Les étoiles de l'orage
Chapitre 22 : Jeux de lumière
Disclaimer : Tous les personnages, animaux, objets, lieux, créatures etc…appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autres que j'ai inventés. Je ne gagne rien écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire, et à faire partager ce que j'écris.
Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.
Elane se heurta soudain à une silhouette sombre qui se tenait au sommet de l'escalier. Celle-ci laissa échapper une exclamation tout en soulevant son bras, comme si elle souffrait. Surprise, Elane recula et faillit trébucher.
- Vous allez bien ? s'inquiéta-t-elle.
- Cela irait encore mieux si vous reculiez, que je puisse enfin dépasser la dernière marche de l'escalier.
Elane reconnut immédiatement la voix froide, aux intonations narquoises. Une voix qui la faisait penser à du satin rouge glissant sur de l'acier. C'était Severus Rogue. Elle se recula donc. Il gardait les yeux fixés sur elle, mais elle ne détourna pas le regard.
Ce face à face dura un certain temps. Elane ne fit rien pour rompre le silence, elle ne voulait pas qu'il pense qu'il la mettait mal à l'aise. D'ailleurs, elle ne l'était pas. L'horloge sonna. Elane jeta un coup d'œil au cadran.
- Vous avez quelque chose à me dire ? Car si ce n'est pas le cas, je dois m'en aller.
Severus fut un instant troublé. Elle ne lui avait pas parlé comme quelqu'un étant sur la défensive, ce qui était une des réactions qu'il suscitait le plus souvent chez les gens. Rien n'indiquait que sa présence la gênait. Au contraire, elle avait l'air de trouver la situation…normale. Il aurait pu être n'importe quel autre membre de l'Ordre du Phénix.
Il avait une expérience suffisante de la dissimulation pour savoir la déceler chez les autres, et il était certain qu'elle ne feignait pas cette assurance tranquille, cette douceur calme.
- Je dois vous transmettre un message de la part de Dumbledore.
Il marqua une pause. Elane changea le sac où elle transportait ses grimoires d'épaule.
- Et quel est ce message ?
- Il souhaite vous voir au courant de la journée, dès que vous pourrez vous libérez. Ce n'est pas spécialement urgent, mais il faut que ce soit aujourd'hui..
-Très bien. Autre chose ?
Il fit un simple signe de tête pour lui signifier que non, puis se retourna et recommença à descendre les marches. Elane le rappela.
- Attendez !
Il se tourna lentement, d'une part car il avait mal et d'autre part car il ne pouvait se permettre de montrer autre chose qu'une assurance froide.
- Oui ? dit-il en prenant le ton de celui qui se prépare à perdre son temps.
- N'avez-vous pas encore autre chose à faire ?
Il haussa les sourcils.
-Non.
Elle insista.
- Vous êtes venus uniquement pour me dire cela ?
- Il semblerait.
Même si elle n'en laissa rien paraître à son interlocuteur, elle était légèrement étonnée. Il n'était pas dans les habitudes de Dumbledore de faire perdre leur temps – et leurs forces- à ses collaborateurs.
- Très bien. A ce soir dans ce cas. Passez une bonne journée, dit-elle en le dépassant dans l'escalier.
Tonks avait déjà passé une très mauvaise matinée. Un Aurore s'était énervé contre l'un des tiroirs de son bureau, avait fini par sortir sa baguette pour le déverrouiller magiquement. Malheureusement, il avait été interrompu et le sort avait dévié sur une pile de classeur qui se trouvait sur l'étagère derrière la chaise de Tonks.
Outre le fait que personne n'aime entendre une pile d'objets d'un poids conséquent s'effondrer juste derrière soi, les classeurs s'étaient ouverts dans leur chute et elle avait passé deux heures à tout ranger.
Puis Fudge était venu pousser quelques hurlements. Non pas qu'elle y attachât une quelconque importance, mais cela avait représenté une perte de temps supplémentaire.
Et pour couronner le tout, un nombre inhabituel d'incidents étranges avaient été signalés. Quelqu'un avait été désigné pour faire le tri entre complaintes dérisoires et faits significatifs, et naturellement elle s'était trouvé être cette personne.
Soupirant, elle s'aperçut soudain que quelqu'un se tenait devant son bureau.
- Tonks, dit Kingsley de sa voix grave et profonde, quelqu'un veut te voir. Dans la salle d'entretiens privés numéro cinq.
Elle accueillit avec joie cette occasion de se changer les idées, et elle préféra l'escalier à l'ascenseur afin se dégourdir les jambes. Elle poussa la porte de bois verni et vit Mrs Bennett et Harriet assises côte à côte. Elle eut un bref instant d'hésitation avant de s'approcher.
Harriet lui adressa ce grand sourire triste qu'ont parfois les enfants qui réalisent la chose grave qui leur est arrivée. Tonks sentit son cœur se serrer tout en s'asseyant, mais parvient à faire bonne figure.
- Bonjour, tu vas bien ? lui sourit-elle.
La petite fille acquiesça, le visage illuminé.
- Bonjour, dit-elle également à Mrs Bennett.
Lui demander comment elle se portait aurait été superflu. Il était évident qu'elle souffrait, mais elle se forçait à faire face aux événements. Tonks elle-même se surprit à redresser les épaules, devant cette femme si droite dans son chagrin.
- J'avais… des papiers à vous faire signer… dit-elle d'une voix hésitante. Comme c'est vous qui devez faire l'inventaire du contenu de son bureau…
Tonks hoca la tête et se pencha sur les parchemins pour ne pas avoir à croiser son regard. Elle pressentait d'instinct qu'elle risquait de fondre en larmes si elle venait à le faire.
Severus se laissa tomber sur une chaise de son bureau, une main plaquée sur son côté. Il n'avait toujours pas retrouvé sa respiration depuis qu'il avait transplané à Pré-au-Lard. Il ne s'était octroyé aucun arrêt, pas même à l'extérieur du village de crainte d'attirer l'attention des curieux.
Il parvint finalement à se relever et à retirer sa cape. Si Dumbledore continuait ainsi dans le but de lui faire avouer que tout n'allait pas aussi bien qu'il le prétendait, il allait atteindre un des plus grands sommets de raffinement de la torture.
Severus sourit amèrement à cette idée. Bien des Mangemorts n'avaient probablement jamais fait preuve d'autant d'inventivité que le directeur de Poudlard.
Fleur s'assit sur une des chaises du salon, un parchemin dans une main, une plume dans l'autre. Elle se mordilla la lèvre inférieure à la recherche de l'inspiration.
-Qu'est-ce que tu fais ? voulut savoir Bill.
Harry redressa la tête, imité par Ginny et Hermione. Fleur soupira.
- Tu le sais bien… Il faut que je trouve une explication plausible à fournir à quelques employés de mon père, pour que personne de s'étonne de voir que mon départ pour l'Angleterre a été avancé, et pareillement pour les gobelins de Gringotts.
Elle s'interrompit un instant, comme si une idée lui était venue.
- A moins… poursuivit-elle, songeuse. A moins que je ne recommence à travailler à Gringotts qu'à la date prévue, et si quelqu'un me demande pour quelle raison je suis partie de France avant de recommencer à travailler là-bas, je n'aurais qu'à dire que j'avais envie de vacances… Mais on risque alors de me demander où je réside…
- Ce serait se montrer indiscret, fit remarquer Wladeck.
- Je crois que vous avez raison, Wladyslaw, acquiesça Fleur. Mais tout est si compliqué… même des vacances peuvent paraître suspectes…
Harry n'avait pas besoin de le lui demander pour comprendre à quoi faisait allusion le mot « tout ». Il se sentit mal en pensant aux membres de l'Ordre. Ils devaient surveiller leurs paroles, leurs faits et gestes… Il sentit ses entrailles remuer désagréablement à cette pensée. Et Elane qui lui demandait encore quand est-ce que cela l'arrangeait, lui, de recevoir une leçon de Seelemancie…
Il ne s'aperçut même pas qu'il était parvenu à prononcer en pensée le mot « Seelemancie » sans problèmes.
Elane regarda au dehors avant de refermer la fenêtre.
- Il se passe quelque chose ? s'enquit Maugrey.
- Rien. A moins que les zigzags d'un moineau qui recherche des miettes ne t'intéressent….
- En y réfléchissant, ce pourrait être une observation pleine d'enseignements… de philosophie… fit Maugrey comme s'il réfléchissait à haute voix.
Elle leva les yeux au ciel pour le taquiner. Il lui adressa un sourire ironique et elle s'approcha du lit.
- Et toi, comment vas-tu ?
Il grimaça.
- ça pourrait être mieux… Mais au fait, est-ce que ce que l'on raconte est vrai ?
Elane s'assit au bord du lit.
- Tout dépend de ce que l'on raconte.
- Que Rogue est venu te parler.
Elle l'observa un instant.
- Ce qui est parfaitement exact.
Maugrey laissa échapper un sifflement.
- Et qu'est-ce qu'il te voulait, le vieux Rogue ?
Elle décida de la taquiner un peu.
- Le vieux Rogue… Et toi, tu es quoi alors ?
Il ne se laissa pas démonter et dit sur le ton de la conversation :
- Je suis un fossile humain. Mais qu'est-ce qu'il te voulait ?
- Simplement me dire que Dumbledore voulait me parler dans la journée.
Maugrey ressentit soudain une brusque envie de déglutir.
- Te parler ? A propos de … quoi ?
- Je l'ignore, dit-elle pensivement en jouant avec un pli de la couverture.
Elle redressa la tête.
- Tu es sûr que ça va ? s'inquiéta-t-elle.
Maugrey se recomposa rapidement une expression habituelle.
- Oui, oui… bien sûr.
Elane se remit debout.
- Je vais sur le Chemin de Traverse. Il te faut quelque chose ?
Harry, Hermione, Ron et Ginny avaient été chargés de faire le tour de la maison et de diriger tous ceux qui s'y trouvaient vers la cuisine pour y prendre le déjeuner.
- Excepté Maugrey, avait précisé Molly. Et si quelqu'un veut rester avec lui… enfin vous verrez bien.
- Et si certains ne veulent pas descendre, on fait quoi ? demanda Ginny.
- Que fait-on, souffla Hermione.
Mrs Weasley ne releva pas la remarque.
Ils s'étaient divisé la maison en deux. Deux d'entre eux avaient à charge la droite du couloir principal de l'étage, l'autre groupe était responsable de la gauche. Ils étaient partis de l'étage se situant juste au-dessous du grenier et étaient descendus, récupérant au passage un Remus à l'air affairé, un Charlie passablement exténué, quelques moutons de poussières, Bill, un fil de laine jaune, Fleur, Joachim et Tonks.
Harry poussa la porte du salon qu'arpentait Wladeck, des partitions qu'il tentait d'apprendre par cœur à la main. Il hésita un instant à briser sa concentration, mais Wladeck s'arrêta de marcher de long en large.
- Tu cherches quelque chose ? demanda-t-il.
- Oui, toi.
- Moi ? releva le pianiste d'un ton étonné.
Harry expliqua :
- Ordre de Molly Weasley. Tout le monde doit descendre à la cuisine pour goûter son gratin de carottes.
Wladeck fit mine de se mettre au garde-à-vous.
- Si c'est Molly qui le dit… je crois bien que j'ai intérêt à obéir. Dis-leur que j'arrive.
Il alla poser ses partitions sur le piano, tout en déroulant d'une main ses manches qu'il avait relevées pour être plus à l'aise.
Harry, lui, alla trouver Maugrey. Celui-ci était assis sur son lit, confortablement adossé à ses coussins. Il tenait à la main une photographie dans un cadre, et semblait à Harry si absorbé dans sa contemplation qu'il se demanda s'il allait l'entendre. C'était compter sans les réflexes du vieil Aurore.
- Qui est-ce ? demanda-t-il sans relever la tête.
- Harry.
Il s'approcha du lit, hésitant. L'homme l'avait toujours impressionné, et le vrai Maugrey l'impressionnait encore davantage que le Mangemort qui avait pris sa place. Il n'eut pas le temps de se demander ce qu'il pourrait bien dire.
- Tu veux voir ?demanda Maugrey. Assieds-toi.
Harry obtempéra, intrigué. L'été dernier, Maugrey lui avait montré l'Ordre du Phénix de l'époque. Il avait voulu lui faire plaisir ainsi, mais Harry avait surtout été bouleversé. L'Aurore n'en avait jamais rien su, ou du moins Harry l'espérait.
Une fois qu'il fut installé au bord du lit, Maugrey dit :
- Cette photographie a été prise il y a quelques années...regarde.
C'était une photo d'Elane. Et quelle photo ! Elane était magnifique. Elle se trouvait visiblement dans un château en hauteur, près du rebord en pierre d'une rambarde couverte de lierre. Tournée de trois quatre, elle laissait son regard errer vers l'horizon et la ville en contrebas, tous les deux recouverts de brume. Ses cheveux noués en une tresse lâche flottaient légèrement dans la brise et quelques mèches ondulées venaient souplement encadrer son visage. Elle portait une robe rouge agitée par le vent sous une cape noire.
Harry observa longuement la photographie. Finalement, il la rendit à Maugrey, qui la prit en souriant.
- Elle est…
Il ne parvint pas à trouver un terme capable d'expliquer ce qu'il ressentait. Ce n'était pas seulement la beauté de la photographie, mais également l'expression du visage d'Elane. Il n'avait encore jamais vu de reproduction aussi fidèle. La douceur, l'intelligence, l'assurance, et cette aura mystérieuse et apaisante qu'Elane laissait dans son sillage… le photographe était parvenu à rendre tout cela et plus encore.
Ce fut Maugrey qui exprima ce qu'il aurait aimé dire.
- Très fidèle, hein ? C'est sa cousine qui avait prise cette photo, alors qu'elles étaient toutes les deux en Allemagne. C'était… en mars, non février. Il y a deux ans, je crois.
Donc peu de temps avant le retour de Voldemort. Harry se sentit soudain mal à l'aise face à cette pensée. Il regarda à nouveau la photographie, où Elane était toujours accoudée au muret, le menton à présent appuyé sur sa main, absorbée dans sa contemplation du paysage. Les deux jeunes femmes se doutaient-elle à l'époque que dans quelques mois, la situation du monde sorcier allait à nouveau basculer, sans personne pour l'en empêcher ? Et la situation du monde moldu avec…
Il songea soudain que Maugrey attendait peut-être une réponse.
- Heu…oui, très, professeur.
Ce mot lui avait échappé par habitude. Le vieil Aurore soupira.
- Professeur, professeur… qu'est-ce que vous avez tous avec ça ? Même Fred et George… deux jeunes hommes extrêmement brillants, soit dit en passant, si tu veux mon avis.
C'était également l'opinion d'Harry, et il put faire dévier la conversation sur ce sujet. De toute évidence, Maugrey les tenait en haute estime. Maugrey voulut soudain se redresser, mais grimaça de douleur, ce qui rendit son visage encore plus asymétrique.
- ça va ? interrogea Harry, légèrement inquiet.
- Je survivrais une fois de plus… ne serait-ce que pour exaspérer les Mangemorts…
Harry se força à rire, puisque c'était de toute évidence ce que l'Aurore voulait qu'il fît, mais il avait la gorge nouée. Depuis le matin, cette sensation qui lui faisait mal au cœur de façon presque physique avait été présente, et s'était intensifiée avec les heures qui avaient filées sans qu'il ne les compte.
Il prétexta un ordre de Molly pour pouvoir quitter la pièce et prit tout son temps pour descendre l'escalier, s'arrêtant à trois reprises pour resserrer un lacet qui n'en avait nul besoin et le lui fit clairement comprendre en craquant tout net. Charlie qui passait par là lui redonna rapidement son état d'origine et Harry ne put trouver d'autres raisons de ralentir sa descente.
Il passa une bonne partie de son après-midi à tailler des crayons en prenant un air très occupé, et à faire semblant de rechercher les moutons de poussières sous les meubles du salon, aidé dans cette tâche par les victimes désignées Ron et Hermione.
Il se redressa soudain en toussant. A l'autre bout de la pièce, Ron marmonnait des jurons tout en se massant le crâne. Hermione était descendue vider le seau qui leur servait de poubelle.
- Harry….
Il tourna la tête et vit Ginny qui l'observait. Il se sentit soudain stupide et ridicule, à genoux sur le plancher gris, de la poussière sur les vêtements, les cheveux et jusque dans la bouche.
- Oh… qu'est-ce que tu fais là ?
Il se cogna à l'armoire en se redressant et retomba à terre. Pour accentuer encore sa gêne- bien qu'elle n'en eut probablement pas conscience- Ginny lui tendit la main pour l'aider à se remettre debout. Il tenta maladroitement de brosser la poussière de ses vêtements, mais fut bientôt contraint d'y renoncer devant l'inanité de ses efforts. Ginny l'observait toujours.
- Harry…Elane vient d'arriver. Elle voudrait que tu viennes la rejoindre, dans la même pièce que la dernière fois, pour … tes exercices.
- Heu, merci… à tout à l'heure.
Il se précipita à l'extérieur de la pièce, pensant que sa gêne diminuerait dans le couloir. Quelques secondes plus tard, il trouvait déjà sa décision stupide.
- Bonjour, Harry, le héla Elane.
Elle montait les escaliers, un étage en dessous. Harry la trouva plus belle que jamais. L'effort dû au transplanage avait légèrement rosi ses joues, ses yeux brillaient dans la semi obscurité du couloir qui créait des ombres sur ses traits fins. Sa robe claire voletait légèrement au rythme de ses pas, alors qu'elle franchissait en courant presque les dernières marches qui les séparaient.
- Tu vas bien ? demanda-t-elle tout en poussant d'une main la porte de l'ancien boudoir, l'autre tenant son sac.
Il fit signe que oui, et sut presque aussitôt qu'elle ne le croyait pas, bien qu'elle ne dît rien. Elle s'approcha du même guéridon que la dernière fois et y disposa les mêmes fioles. Elle ajouta une tasse et un verre, tout en faisant un geste de la main en direction des volets qui s'ouvrirent instantanément.
Elle revint s'asseoir à ses côtés.
- Comme je te l'ai dit la dernière fois, nous allons poursuivre l'occlumencie aujourd'hui, et peut-être que la prochaine fois, nous allons commencer la mentancie. Je tiens à te préciser que commencer la mentancie ne signifie pas être débarrassé de l'occlumencie, au contraire, plus tu progresseras plus tu en auras besoin, il faudra donc continuer à la pratiquer.
- Avec toi ? demanda Harry, légèrement anxieux à l'idée de devoir poursuivre seul son étude de l'occlumencie.
- Bien sûr.
Elle le regarda en souriant.
- Je n'ai pas l'intention de te laisser cheminer seul sur ces voies obscures, tu sais !
Harry se sentit rasséréné. Elane reprit :
- Comme la dernière fois, je vais entrer dans ton esprit, et tu vas tenter, comme la dernière fois, de m'empêcher de visualiser tes souvenirs, et éventuellement de les découvrir lorsqu'ils sont gênants.
Ils se placèrent au centre de la pièce. Harry ferma les yeux et sentit aussitôt Elane se glisser dans son esprit. Elle remonta aux premiers jours de l'été, lorsqu'il était resté prostré sur son lit, ne se levant que pour aller à la salle de bain, écrire à l'Ordre du Phénix, manger lorsque son estomac protestait trop et nourrir Hedwige.
Ces moments ne lui ayant laissé qu'un sentiment diffus, il parvint facilement à empêcher Elane d'y pénétrer. Puis elle vint à la matinée, lorsque Fleur avait tenté de rédiger ses lettres. Il se sentit à nouveau mal à l'aise et eut le plus grand mal à ériger une barrière mentale vacillante. Elane passa néanmoins à un autre souvenir.
Ce fut celui de sa conversation avec Maugrey. Là, il fut pratiquement incapable d'opposer la plus faible résistance. Il sentit qu'Elane se retirait de son esprit et se retrouva soudain au centre de la pièce, titubant légèrement. Elane le guida jusqu'au sofa, où il se laissa tomber et elle remplit la tasse de la boisson fumante qu'elle lui avait déjà donnée la dernière fois.
Il la vida quasiment d'un trait, les mains tremblantes. Elane le resservit et s'assit à côté de lui tandis qu'il buvait, beaucoup plus lentement cette fois-ci. Lorsqu'il posa la tasse sur le sol, Elane dit qu'une voix douce mais grave :
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
« Rien » voulut répondre Harry, mais il se tut. Il était inutile de mentir à Elane. Elle insista.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Il hésita puis se mit d'un seul coup à parler avec volubilité. Il raconta les problèmes de Fleur, la simple phrase de Maugrey « Je survivrai une fois de plus…ne serait-ce que pour exaspérer les Mangemorts. », la façon dont il se sentait confusément responsable d'avoir entraîné ces gens malgré eux dans cette guerre…
Ce fut là qu'Elane l'interrompit.
- Malgré nous ? Non, Harry.
Il la regarda droit dans les yeux.
- Nous avons pu déterminer notre route…et nous avons choisi. Crois-tu que nous ayions été forcés par qui que ce soit ? Non. Nous avons tous pesé notre décision avant de choisir notre lumière…
Harry l'interrompit à son tour.
- Mais ne me dis pas que vous aviez choisi d'être obligés de surveiller vos propos, les heures auxquelles vous sortez…
- Nous savions tous exactement à quoi nous attendre…et nous avons choisi notre lumière en connaissance de cause. Et je crois que c'est celle des étoiles qui me convient le mieux…
Harry avait la gorge nouée.
- Mais… tu ne regrettes pas de temps à autre ?
- De temps à autre ? Oh si, cela m'arrive. Mais en choisissant librement, nous pouvons aussi nous permettre de nous plaindre… Tu sais, si je n'avais pas pris cette décision, je ne t'aurais pas rencontré, je n'aurais pas vécu un tas de choses… La vie est ce qu'elle est, Harry. Une action se produit, des faits en découlent. Et ces faits sont un mélange de bien et de mal. Les choses sont parfois magnifiques, parfois horribles. Le plus souvent, c'est un mélange des deux. On peut parfois s'imaginer la vie autrement, mais à chaque fois que je l'ai fait je me suis rendue compte que les choses étaient mieux en l'état. Alors d'une façon générale, je ne regrette rien.
Harry se rendit soudain compte qu'elle avait glissé ses doigts entre les siens, et il serra sa main sans mot dire. Il entendit un bruit de porte, et sentit un peu de confiance lui revenir. La personne qui avait claqué cette porte s'était trouvée là parce qu'elle l'avait choisi, non pas parce qu'elle y avait été forcée. Et peut-être que c'était cela, la force de l'Ordre du Phénix.
D'un commun accord, il se remirent debout et se placèrent à nouveau au centre de la pièce. Harry était plus déterminé qu'il ne l'avait jamais été à parvenir à maîtriser l'occlumencie. Elane se glissa à nouveau dans son esprit et vola de souvenir en souvenir. Harry n'éprouvait plus cette répulsion pour l'occlumencie qu'il avait eue à ses débuts, et ressentit même de la fierté lorsqu'il parvint à ériger une barrière mentale plus puissante que les précédentes.
Elane continua encore longtemps à fouiller son esprit, et de temps à autre il revoyait des flashs de choses qu'il croyait oubliées, mais jamais de souvenirs entiers. Finalement Elane se retira de son esprit et il lui adressa un grand sourire. Il était épuisé, mais heureux.
Ils s'assirent tous les deux à nouveau sur le sofa, et tandis qu'il buvait à nouveau la boisson fumante, elle laissa aller sa tête en arrière en soupirant.
- Fatiguée ? demanda-t-il.
Elle fit signe que oui.
- Après, il y a encore la réunion de l'Ordre… ensuite je vais encore aller voir Dumbledore. J'ai eu l'idée d'organiser une sorte de cours de défenses contre les forces du mal pour les membres de l'Ordre, il faut que je voie ça avec lui et…
Elle se redressa.
- La prochaine fois, nous allons attaquer avec la mentancie.
Elle prit sa tasse et commença à ranger, tout en continuant à lui parler.
- Dans trois jours, je pense. Je devrais avoir le temps, je pense.
Harry ne put s'empêcher de poser la question.
- Et si tu ne l'as pas ?
- Si je ne l'ai pas ?
Elle le regarda par-dessus la fiole qu'elle tenait à la main.
- Tu peux toujours emprunter ce que tu n'as pas. Si je n'ai plus de temps, je l'emprunte.
Harry la regarda droit dans les yeux.
- Et quand il n'y aura plus de temps même à emprunter ?
- Et quand il n'y aura plus de temps même à emprunter…
Elle revint lentement près de lui.
- Et quand il n'y aura plus de temps même à emprunter, Harry, cela signifiera que nous vivrons les heures les plus sombres et les plus difficiles de cette guerre...
Pour ceux qui s'interrogent à propos des spoilers dans ma fic, allez lire ma bio, j'y ai mis un mot à ce sujet.
Thealie : Pauvre Fleur, ça doit être dur pour elle. C'est la guerre... Et puis, elle est bien entourée…je me demande toujours ce que tu vas nous trouver pour les prochains chapitres. Depuis le temps que je voulais écrire cette fic, j'ai eu l'occasion d'y réfléchir…Mais je suis contente de te surprendre. As-tu lu le sixième tome ? Je l'avais lu en anglais, et je l'ai presque fini en français.
Merci à Bartimeus d'avoir laissé un mot !
