Les étoiles de l'orage

Chapitre 23 : « J'ai passé une excellente soirée… mais pas aujourd'hui (première partie) »

Disclaimer : Tous les personnages, animaux, objets, lieux, créatures etc… appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autre que j'ai inventés. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire, et à faire partager ce que j'écris.

Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.

Wladeck jetait de fréquents coups d'œil à l'horloge de la cuisine, puis tentait de fixer à nouveau son attention sur autre chose. Mais comme attiré par un aimant, son regard revenait sans cesse se poser sur le cadran.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? finit par demander Joachim. A moins que … ah oui …

Wladeck hocha la tête d'un air résigné. Charlie leur jeta un regard interrogateur, et Joachim lui éclaira la situation en mimant sur le rebord de la table le geste de doigts bougeant sur un clavier. Bientôt, Wladeck allait devoir partir travailler, en d'autres termes jouer du piano pour un public de convives qui se désintéresseraient totalement de lui. Joyeuse soirée en perspective !

Tonks passa la tête par la porte.

- Vous avez vu Fred et George ?

Tous les trois hochèrent négativement la tête et la jeune femme soupira.

- Ils devraient pourtant être de retour, non ?

- Oui, dit Charlie en fronçant les sourcils. Mais ils ne sont pas là ?

Tonks le foudroya du regard.

- A ton avis ? Si je les cherche sans les trouver, c'est peut-être qu'ils ne sont pas là ! lança-t-elle d'un ton exaspéré.

- Doucement… fit Joachim de sa voix grave et légèrement rauque. Pourquoi les cherches-tu, pour commencer ?

- Parce que Maugrey veut les voir.

- Pourquoi voudrait-il les voir ? s'interrogea Charlie à haute voix.

Tonks haussa les épaules, signe qu'elle n'en savait rien. Joachim se leva, avec l'intention de contacter leur boutique, mais au moment où il tendait la main vers la poignée, la porte s'ouvrit et il ce fut tout juste s'il eut le temps de reculer pour ne pas être heurté. Il entendit une exclamation d'excuse et Lupin passa la tête de l'autre côté du battant, l'air légèrement anxieux et fatigué.

- Tout va bien ? Je suis désolé, j'étais distrait…

Joachim fit signe que ce n'était rien mais vérifia soigneusement que personne ne se trouvait derrière la prochaine porte qu'il eut à ouvrir.

Resté avec les trois autres, Remus exhala un soupir fatigué.

- A quelle heure est la réunion ?demanda-t-il.

- Dans trois quarts d'heure, répondit Charlie. Pourquoi ?

- J'avais deux ou trois choses à faire à l'extérieur… j'irai plus tard.

Wladek se mit debout à son tour.

- Je dois aller me préparer… je travaille ce soir, et manque donc exceptionnellement la réunion.

- Et moi, je dois encore trouver Fred et George, annonça Tonks.

Une explosion retentit soudain dans la cave. Tout le monde sursauta et tourna le regard dans cette direction.

Térésa se redressa sur son siège lorsqu'on frappa à la porte et dit « Entrez ! » d'une voix claire. Elle repoussa ses épais cheveux bruns sombres sur ses épaules juste avant que la porte ne s'ouvre, cédant le passage à un homme d'une trentaine d'années.

- On m'a dit que vous vouliez me parler, dit-il en retirant son chapeau.

- Oui. Asseyez-vous.

Elle lui indiqua la chaise qui lui faisait face, de l'autre côté de son bureau. Elle lui laissa le temps de s'asseoir à son aise, de poser son chapeau sur ses genoux mais ne le quitta pas du regard. Quand il fut installé, elle prit calmement son agenda et l'ouvrit à une date précise, puis le lui tendit.

Elle attendit qu'il l'ait reposé sur son bureau avant de reprendre la parole.

- Vous avez sûrement remarqué que j'avais un rendez-vous au milieu de l'après-midi.

Ses yeux exercés captèrent la contraction quasi imperceptible des mains de son interlocuteur. Il commençait à voir où elle voulait en venir.

- Or, pour une raison inexplicable… je n'aime guère ce mot… disons plutôt pour une raison inexpliquée, la personne ne s'est pas présentée à mon bureau.

Elle lui laissa le temps de s'interroger un peu sur la suite de ses paroles avant de poursuivre.

- Si je reprends les faits qui ont précédés la prise de ce rendez-vous, la personne a contacté le secrétariat, a dit qu'elle désirait un entretien avec moi, on m'a demandé si j'acceptais de lui consacrer du temps, puis on a pris le rendez-vous.

Elle le fixa droit dans les yeux, et il cilla.

- Pourquoi la personne n'est-elle pas venue, sans que je n'en sois avertie ?

Le silence s'installa, sans qu'elle ne fasse rien pour le rompre. La situation de son interlocuteur était très inconfortable, mais qu'il ne compte pas sur elle pour l'améliorer. Elle continua à l'observer, tout en s'appuyant nonchalamment au dossier de son fauteuil. Elle remarqua qu'il avalait sa salive en espérant qu'elle ne voie pas ce signe d'angoisse. Peine perdue, songea-t-elle.

Finalement, il parut décider que la franchise était préférable.

- C'est moi...qui l'ait annulé.

- Pourquoi ? demanda-t-elle simplement.

- Parce que… je connaissais un peu la réputation de cette femme et je craignais qu'elle ne vous fasse perdre votre temps.

- Qu'elle ne me fasse perdre mon temps ? répéta Térésa d'un ton neutre, tout en continuant à le fixer.

Puis soudain, elle eut un rire. Ce n'était pas le rire spontané que certaines personnes connaissaient, c'était un rire parfaitement contrôlé. L'homme commença à penser qu'il était tiré d'affaire, et s'autorisa à sourire avec elle.

Immédiatement, elle cessa de rire et darda sur lui un regard intimidant, perçant et froid comme de la glace. L'autre ne put s'empêcher de déglutir à nouveau.

- Ne vous est-il pas venu à l'esprit que je souhaitais réellement voir cette femme ?

- Et bien… heu... non. Mais je croyais…

- Dans ce cas, vous n'auriez jamais dû annuler ce rendez-vous sans me demander mon avis auparavant. Vous ne devriez prendre aucune décision me concernant sans me consulter au préalable. Et pendant que nous en sommes là…

Elle le fixa une nouvelle fois droit dans les yeux.

- Vous aviez dit… il me semble que « je connaissais un peu la réputation de cette femme » étaient vos mots exacts, c'est bien cela ?

C'était une question qui n'avait nul besoin de réponse, et l'homme en face d'elle l'avait bien compris.

- La réputation… une réputation est quelque chose de pratique pour évaluer une personne, mais il est très important de savoir regarder au-delà de l'image. Et les on-dit ne sont pas des choses auxquelles l'on puisse se fier.

Un silence plana.

- Je saurais m'en souvenir… dit-il. Et je vous prie de m'excuser…

Elle lui adressa un sourire.

- Je vais reprendre un rendez-vous avec cette femme, et ce sera à moi de juger si c'était une perte de temps. Et si c'est le cas… je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même ! dit-elle sur un ton légèrement ironique.

Une arme dangereuse est encore plus efficace lorsqu'elle est utilisée par quelqu'un possédant une certaine expérience. L'ironie était une arme redoutable dans la bouche de Térésa, car elle ne s'en servait pas pour attaquer les autres directement, mais pour les viser à travers elle-même. Tout comme elle venait de le faire dans cette dernière phrase.

- Passez une bonne journée, ajouta-t-elle.

L'autre comprit immédiatement le message et ramassant son chapeau, il quitta la pièce en tentant de combiner célérité et dignité.

Wladeck revint immédiatement sur ses pas après avoir entendu le son assourdi de l'explosion. Dans un réflexe, il sortit sa baguette et constatant en pénétrant dans la cuisine que Tonks, Charlie, Lupin et Joachim avaient eu le même geste. La porte menant à la cave s'ouvrit alors.

- Qu'est-ce qui vous est arrivé ? s'exclama Tonks.

C'était la première question qui venait à l'esprit quand on voyait Fred et George. Leurs cheveux étaient dressés sur leur tête, à l'avant du moins et noircis, mais la couleur de suie s'estompait vers les pointes. Leurs visages semblaient également avoir été barbouillés de charbon, et formaient un contraste étrange avec leurs yeux qui clignaient. Leurs chemises étaient également noircies.

- Vous êtes blessés ?

Ils remuèrent la tête de droite à gauche.

- Vous pouvez encore parler ?

- Heu…oui.

- Dommage, marmonna Charlie.

Il eut droit à un coup de coude dans les côtes, il ne sut jamais de qui.

- Vous cassez tout ?

- Ce n'est pas l'impression que nous avons eue…

- Qu'avez-vous fait à vos cheveux ?

- Nos cheveux ? Qu'est-ce qu'ils ont, nos cheveux ?

Fred passa cinq doigts dans sa chevelure charbonneuse. Les cinq doigts se colorèrent immédiatement.

- Je propose, dit Tonks d'un ton qu'elle espérait assuré, que vous alliez vous laver, vous changer, puis que vous reveniez ici rapidement nous expliquer ce que vous fabriquiez dans la cave. Et par le terme "rapidement", j'entends avant la réunion de l'Ordre, non pas après, quand cela nous sera sorti de l'esprit.

Les jumeaux passèrent un bon quart d'heure à restituer leur couleur d'origine à leurs cheveux, temps durant lequel Joachim expliqua à Harry, Ron, Hermione et Ginny l'origine du bruit, tout en exhortant Wladeck à se dépêcher, car plus tôt il partirait, moins lui – Joachim- l'entendrait grogner.

- Alors nous avons vu Fred et George réapparaître, noirs comme des Crabes de Feu adolescents…

Ron pouffa de rire.

- … et complètement silencieux – Wladeck, ta cravate est sur la chaise, derrière toi- et Tonks a commencé à leur faire subir un interrogatoire. Je dois dire qu'ils étaient encore capables de faire de l'humour…

Debout derrière eux, face au miroir, Wladeck fit passer sa cravate sous son col de chemise tout en faisant remarquer :

- Décidément, nous sommes servis en événements étranges ces derniers temps… A propos…

Il prit le temps de faire un nœud avant de continuer.

- Quelqu'un a vu Kreattur ? Personnellement, cela fait un certain temps que je ne l'ai plus croisé. Non pas qu'il me manque, mais enfin…

- Il ne se serait tout de même pas enfoui à nouveau ? s'effraya Ginny.

- Il n'aurait pas pu, dit Joachim en fronçant les sourcils. A moins que quelqu'un ne lui donne un ordre d'une certaine façon, mais les personnes à qui il est forcé d'obéir sont en nombre limité… et d'ailleurs, je crois bien que même Tonks n'y compte pas.

- Je ne lui ai plus rien dit depuis que je lui ai enjoint de se taire, réfléchit Harry.

Tout en parlant, il faisait fébrilement travailler ses méninges pour tenter de se souvenir de la dernière fois qu'il l'avait croisé. En y réfléchissant, il l'avait vu pour la dernière fois le jour de son arrivée.

- Peut-être est-il allé se réfugier au grenier, histoire d'y pleurer en paix sur les vieilles affaires de la famille Black ? suggéra Wladeck. Ou alors dans le séchoir… d'après Sirius, c'était également un de ses lieux de prédilection.

Il enfila son veston et prit une grande inspiration.

- Bon, au revoir. Amis, je repars au combat !

Il quitta la pièce en les saluant théâtralement.

Plus tard, les membres de l'ordre se serraient autour de la table de la cuisine. Comme à l'ordinaire, Joachim s'était installé sur les marches, en compagnie de Bill et Charlie. Fred et George les avaient rejoints pour échapper aux regards inquisiteurs de leur mère. Tonks et Fleur étaient assises de part et d'autre de Kingsley. Harry, Ron, Hermione et Ginny étaient assis derrière eux. Elane était encadrée par Remus et Molly. Au fond de la salle, Mondingus dodelinait de la tête, entouré par quelques membres peu connus de Harry, comme Emeline Vance, et Hestia Jones. Puis venait Rogue. Autour de lui, il n'y avait … personne dans un rayon d'un mètre. Arthur Weasley était assis à une des extrémités du banc, un parchemin et une bouteille d'encre en équilibre précaire sur ses genoux.

Le bruit des conversations s'apaisa et Elane commença à parler. Elle narra l'arrivée de Fleur au milieu de la nuit dernière, puis demanda à Fleur de répéter le récit qu'Harry connaissait déjà. Il fut plus calme que la version qu'il avait entendue.

Quand elle eut finit, on commença à commenter son récit. La nouvelle que des Détraqueurs s'étaient promenés librement dans un parc français échauffait les esprits et amenait les gens à parler, comme pour se défaire de l'emprise que le mot « Détraqueurs » avait sur eux.

- Du calme, dit Elane.

Elle promena son regard bleu sur les visages autour de la salle, et le silence revint.

- Apparemment, des Détraqueurs en nombre assez important se sont trouvés dans un même endroit, et un endroit public.

- A-t-on une idée du nombre ? demanda Arthur Weasley.

Elane regarda Fleur.

- Entre une douzaine et huit, je dirais, répondit celle-ci, mais d'une voix assez hésitante. Je n'en suis pas sûre.

- Ce n'est pas très conséquent, marmonna une voix du fond de la pièce.

- Mais suffisant, quand on connaît les dégâts qu'un seul peut faire, rétorqua Tonks.

Elane continua avant que quelqu'un d'autre ne fasse une remarque du même type :

- Et ce qui est également étrange, c'est la façon dont les allées se sont progressivement vidées. Je pense que l'on peut utiliser ce terme, d'après le récit de Fleur.

- Oui, d'après son récit, fit Emeline Vance.

- C'est la seule source dont nous disposons, fit remarquer Elane d'un ton égal.

- Justement, c'est la seule. Et il n'y avait personne d'autre avec elle.

De sa place, Harry vit Fleur se raidir et Tonks se redresser légèrement sur sa chaise. Elane, elle, regarda Emeline Vance droit dans les yeux.

- Et alors ?

Celle-ci ne répondit rien.

- Exprimez votre pensée, insista Elane.

- Qui peut nous dire que ses impressions ne n'ont pas …été faussées par l'angoisse et la crainte ? Il se peut que, par peur, son imagination ait prêté aux Détraqueurs un nombre plus grand que celui auquel ils étaient réellement ?

Elane était parfaitement calme, mais le ton de sa voix était ferme et déterminé, et quelque chose faisait ressentir qu'elle avait compris le sous-entendu des paroles de l'autre sorcière, et qu'elle ne l'acceptait pas.

- Je ne pense pas, dit-elle.

Quelqu'un d'autre dit alors, d'une voix basse mais clairement intelligible pour tous :

- Mais de toute façon, on ne peut pas se fier tout à fait à la parole d'une Vélane…

La réaction de Fleur fut très vive. Elle bondit sur ses pieds et s'écria :

- C'est ce que vous pensez ? Que je ne sais pas me défendre ? Que je panique pour un rien, que je ne suis pas fiable ? Qu'on ne peut pas avoir confiance en mon jugement ?

Sa voix se brisa et ses yeux se remplirent de larmes alors qu'elle ajoutait :

- C'est ce que vous pensez tous, hein ? Qu'on ne peut pas me faire confiance ?

Elle repoussa sa chaise et quitta la cuisine en courant presque. Bill se leva à demi pour tenter de l'arrêter, mais elle le repoussa tout en essuyant d'une main ses yeux pleins de larmes. Quand Harry croisa le regard d'Elane, celui-ci évoquait des nuages s'amoncelant dans un ciel d'orage.

Térésa leva les yeux vers celui qui était entré dans son bureau. Il lui tendait plusieurs enveloppes.

- Merci, dit-elle d'un ton fatigué en les prenant.

- Dure journée ? demanda-t-il.

Lui aussi semblait las. Quelques cernes ombraient ses yeux. Térésa acquiesça et poussa un léger soupir.

- J'ai vu le journal, dit-il. Intéressant, l'actualité politique ces derniers temps. Je vous l'ai amené, j'ai pensé qu'il pourrait peut-être vous intéresser.

Dimitri Mason était un jeune homme timide et discret, mais efficace et intelligent. Il avait environ deux ou trois ans de moins que Térésa, et elle l'avait en quelque sorte pris sous son aile. Devant elle, il osait exposer ses idées et ses opinions, et elle avait l'intuition qu'il ferait son chemin. Il faisait partie de ceux qui tentaient d'enrayer les actions de Voldemort à leur niveau, et rien que pour cela il avait son estime.

Une des enveloppes tomba de son bureau. Elle laissa échapper malgré elle un sifflement d'entre ses lèvres. Elle se redressa en hâte pour vérifier que Dimitri n'avait rien entendu d'anormal. Fort heureusement, il ne semblait n'avoir rien remarqué. Probablement l'avait-il pris pour un sifflement d'agacement normal.

Serrant les dents, elle se promit de faire bien plus attention à l'avenir. Elle devait à tout prix se contrôler, encore plus qu'à l'ordinaire. En ces temps-ci, parler le Fourchelang pouvait attirer bien des ennuis…

- J'espère que celui qui a dit cette phrase stupide s'amuse bien, dit Tonks d'une voix dure qui ne lui ressemblait pas, parce que personnellement, je ne trouve pas ça drôle du tout.

Dans le silence de mort qui régnait à présent dans la pièce, on entendit distinctement glisser à terre un parchemin poussé par un courant d'air. Elane se baissa d'un mouvement rapide pour le ramasser, et sans se rasseoir, elle le reposa d'un geste brusque qui le fit claquer sur la table en bois.

Debout, elle promena son regard sombre sur les visages autour de la pièce. Elle ne disait rien, mais ce silence était une accusation à lui seul. Les yeux de Tonks lançaient des éclairs et sa mâchoire était crispée, signe qu'elle se retenait à grande peine de dire tout ce qu'elle avait sur le cœur.

Elane commença à faire lentement le tour de la cuisine, contournant les personnes assises sans donner l'impression de les éviter. Elle plongeait son regard bleu dans les yeux des autres au fur et à mesure qu'elle avançait, et tous baissèrent le regard au moins une fraction de seconde.

- Est-ce que celui ou celle qui a dit cette phrase se rend au moins compte de ce que signifie ses paroles ?

Elle laissa planer un silence, comme si elle attendait une réponse de quelqu'un, mais rien ne vint. Elle reprit alors :

- Cela signifie que certaines personnes autour de cette table valent mieux que d'autres, simplement grâce à leur naissance. Et vous connaissez tous quelqu'un d'autre qui prône ce genre d'idée.

Elle donna à nouveau l'impression d'attendre une réponse. Tonks se pencha alors, et foudroyant toute la tablée du regard, lança d'un ton vibrant de colère et de … tristesse :

- Vous avez pourtant tous entendu parler d'un psychopathe sanguinaire nommé Voldemort…

Il y eu un sursaut de peur collectif autour de la pièce, mais elle ne parut pas s'en rendre compte et continua sur sa lancée :

- … qui pense que les sorciers au sang soi-disant « pur » ont tous les droits ?

Dans sa bouche, le mot « pur » résonna comme si elle l'avait craché. Lorsqu'elle se tut, elle avait la respiration haletante comme si elle venait de courir sur une longue distance. Il y eut un moment de silence, que Joachim brisa en disant d'une voix pas plus haute qu'un murmure, mais que tous entendirent nettement :

- Diviser pour mieux conquérir… c'est vieux comme le monde…

- Et c'est ce que Voldemort est en train de faire, dit Elane de cette voix à la fois douce et grave, qu'Harry avait déjà entendue.

Elle promena son regard sur chacune des personnes présentes dans la pièce.

- Et ce soir, il vient de remporter une victoire. Nous tous, dans cette pièce, nous nous y trouvons parce que nous rejetons ses idées, mais nous ne voyions même pas que comme une odeur infime, elles se distillent dans notre propre camp. Que celui qui a dit cette phrase soit au moins conscient que ses paroles reviennent à prêter foi aux idées de Voldemort. Que vous vous rendiez tous compte de ce que cette petite phrase impliquait.

Elle regarda encore une fois chacun dans les yeux. Elle semblait fatiguée et ses yeux n'avaient plus l'allure d'un ciel d'orage. Elle dit soudain d'une voix lente, lasse, comme si elle se retirait d'un combat :

- La réunion est terminée. Je vous remercie.

Dans le silence régnant, elle rangea les divers parchemins étalés devant elle. Dans un mouvement brusque, Tonks jeta ses propres affaires dans son sac et la rejoignit à grandes enjambées. Joachim, Bill, Charlie, Fred et George se levèrent pour les laisser passer et les suivirent dans l'escalier.

Pour la première fois depuis… trois semaines ? un mois ? ou un an ? Harry vit le regard de Rogue. Leurs yeux ne se croisèrent pas, mais il aperçut une lueur fragile qui se trouvait au fond des yeux du maître des potions. Et cette lueur tremblotante comme la flamme d'une bougie ressemblait bien à de la sympathie, alors qu'installé dans son coin sombre, Rogue fixait la porte par laquelle les sept jeunes gens venait de sortir.

Puis cette lueur disparut et les yeux de Rogue redevinrent aussi sombres et froids que l'entrée d'un tunnel. Harry détourna bien vite le regard, avant de croiser celui du maître des potions. Mais il doutait fortement avoir imaginé cette étincelle de sympathie…

Le silence régna dans le groupe qui montait rapidement jusqu'à ce qu'ils aient atteint le palier du second étage. Là, comme d'un commun accord, ils s'arrêtèrent et se firent face. Fred bougea encore un peu pour franchir la dernière marche, histoire de ne pas rester inconfortablement planté au sommet de l'escalier.

Tonks laissa échapper un profond soupir. Ce fut comme un signal pour les six autres, qui se détendirent. Elane posa son sac à terre, Charlie décroisa les bras qu'il avait croisé sans s'en rendre compte, Joachim s'appuya à la rambarde, Bill se laissa aller contre un mur, les yeux fixant le plafond. Ce fut Fred qui parla le premier :

- Et maintenant, que fait-on ?

Ils étaient bien en peine de répondre à cette question ! Bill murmura comme pour lui-même :

- Je n'en reviens pas…que quelqu'un puisse…

Il n'eut pas besoin d'achever sa phrase. Elane posa sa main sur son bras, sans rien dire. Il n'y avait de mots qui puissent le réconforter, en tous cas pas de mots qu'elle sût trouver. Tonks, de l'autre côté, posa également sa main sur son bras.

Ce ne fut qu'après quelques minutes qu'il parut s'en rendre compte, et il fit alors glisser les mains de ses deux amies jusqu'aux siennes et les serra sans mot dire. Ramenant le regard devant lui, il croisa celui de Joachim qui lui sourit. Il le lui rendit et regardant autour de lui, il vit les visages de Fred et George se détendre également en un sourire familier. Il sentit Charlie lui administrer une tape affectueuse sur l'épaule.

La voix de Maugrey leur parvint de sa chambre dont la porte était ouverte.

- Je dérange sûrement, mais est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce que diable il se passe ? J'ai vu Fleur passer en courant dans le couloir, je crois qu'elle pleurait…

Par égard envers Fleur au cas où elle se serait trouvée à proximité, il n'avait pas parlé trop fort.

- Attends…

Doucement, Bill laissa la main d'Elane quitter la sienne et elle alla sur le seuil de la chambre de Maugrey.

- Tu dis qu'elle est passée dans le couloir ? Est-ce qu'elle est allée dans notre chambre ?

- Oui.

Elane se tourna vers les autres.

- Tonks, on va la voir ?

- Je peux vous accompagner ? demanda Bill.

- Peut-être pas dans l'immédiat… hésita Tonks.

Elane expliqua :

-Elle voudra te voir, mais pour l'instant, mieux vaut peut-être que l'on reste entre filles…

Il acquiesça et Joachim posa une main sur son épaule, pour l'attirer doucement vers la chambre de Maugrey, dont l'occupant attendait patiemment ses explications. Il traversa la pièce pour refermer la porte derrière Fred et George et croisa le regard d'Elane. Il lui adressa un sourire et un signe de tête rassurant, qui parut la rasséréner.

Tonks frappa un coup léger à la porte. Aucun bruit ne vint. Elle regarda Elane d'un air interrogateur. Appuyée d'une main au mur, celle-ci appuya son oreille au battant.

- Elle est là, j'ai entendu bouger, murmura-t-elle.

Tonks frappa un double coup, plus fort que le précédent.

- Laissez-moi, fit une voix tremblante.

- Fleur… c'est Tonks et Elane, dit Tonks.

- Ouvre-nous, s'il te plaît, ajouta Elane.

Il y eut un moment de silence, puis un cliquetis de serrure se fit entendre et la porte s'ouvrit sur les yeux rougis et le visage couvert de larmes de Fleur. Elle s'écarta silencieusement pour les laisser passer.

Elle s'assit sur le lit de Ginny, Tonks et Elane sur celui d'Hermione.

Bon, il faut que je donne une explication au sujet de ce chapitre : ceci n'en est que la première partie. J'aurais voulu le publier d'un bout, mais je me suis rendue compte que ç'aurait été trop long. Après réflexion, je me suis rendue compte que j'avais un endroit idéal pour le couper et j'en ai profité.

Dans la seconde partie de ce chapitre, on va parler un peu de Remus… et puis j'ai envie d'insérer un bout de souvenir de Sirius, Lily ou James, voire même Remus, dans un des chapitres suivants… ça me plairait assez de les « ressusciter » pour un chapitre… Fera, ne fera pas ? Donnez-moi votre avis !

Thealie : La quarantième review ! Ça se fête ! Elane ressemble vraiment à Dumbledore. Sur bien des points… Et en même temps pas tellement… Mais les liens entre Elane et Dumbledore ne sont encore qu'en partie tissés, alors qui lira verra… La façon dont tu écris sur elle, on dirait que c'est la fille parfaite. Quand même pas, on l'a vu dans les chapitres «Le Fol Œil, l'Irlandais et un carnet (chapi15) » et « Tensions (chapi16) ». Et puis, j'essaie de me placer du point de vue de Harry, qui idéalise assez les personnes qu'il a côtoyées durant ces années et qui aime beaucoup Elane. J'aime bien ce qu'elle dit à Harry à propos des membres de l'Ordre. Ça fait plaisir d'avoir des nouvelles d'un peu tout le monde. Moi aussi, j'aime beaucoup ce passage. J'ai adoré l'écrire.

Sun : Je me demandais si Harry allait devenir un Animagus ?Je ne peux pas te répondre pour l'instant ( sinon il n'y aurait plus de suspense), mais disons qu'il y a trois grands schémas possibles : Harry voudra ressembler à son père et ses amis et deviendra Animagus, il en aura assez d'être assimilé à son père et se refusera à devenir Animagus à cause de cette raison, ou encore il prendra sa décision indépendamment de ce que les Maraudeurs ont pu faire. A voir… Est-ce que Harry en veut toujours à Rogue pour la mort de Sirius ? C'est une des questions que je vais aborder dans les prochains chapitres… Mais si on regarde de près ce chapitre-ci, on peut voir que Harry est au moins capable d'avoir des réactions objectives à son sujet, bien plus objectives que durant toute sa scolarité à Poudlard… Mais il faut aussi dire qu'il était très étonné par cette réunion… Tes deux questions sont très intéressantes.