Les étoiles de l'orage

Chapitre 25 : Mrs Mutterworth

Disclaimer : Tous les personnages, animaux, objets, lieux, créatures etc…appartiennent à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement et d'autres que j'ai inventés. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire et à faire partager ce que j'écris.

Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.

Assise à la table de la cuisine, Elane tentait une fois de plus de recomposer une des pages du carnet de John Bennett. A côté d'elle, une tasse de thé fumait sans qu'elle ne paraisse s'en rendre compte. Tonks, assise sur une chaise en face d'elle, le menton appuyé sur ses bras croisés, la regardait faire d'un air ensommeillé.

- Dis, ça fait combien de temps que tu es debout ? marmonna Tonks.

- Depuis cinq heures et demi, pourquoi ?

- Cela fait donc deux heures environ que tu retournes ces bouts de papier ?

- Tout dépend de l'heure qu'il est maintenant…

- Sept heures trente-six…

- Dans ce cas, oui, cela fait deux heures.

Tonks marmonna quelque chose du genre « C'était bien ce que je me disais » et ferma les yeux.

- Bonne fin de nuit, lui souhaita Elane.

Le silence retomba dans la cuisine. Elane s'était réveillée très tôt, et n'ayant toujours pas réussi à retrouver le sommeil au bout d'une heure, elle s'était finalement levée et habillée avant de descendre à la cuisine, la boîte contenant les fragments de parchemin ainsi que la copie de la partie déjà reconstituée à la main.

Tonks l'avait rejointe une demi-heure auparavant, tombant de sommeil, et venait de se rendormir, la tête sur la table de la cuisine. Elane posa un regard affectueux sur elle, avant de retourner au déchiffrage d'un fragment particulièrement noirci. Elle entendit la porte se rouvrir à nouveau et quelqu'un se glisser dans la pièce.

- Bonjour, lui souhaita en français une voix grave aux modulations légèrement rauques, tout près de son oreille.

- Bonjour, sourit-elle.

Elle sentit que Joachim appuyait sa joue contre ses cheveux.

- Qu'est-ce que tu as trouvé ? murmura-t-il.

- Pas grand-chose, soupira-t-elle.

- Tu m'as pourtant l'air bien avancée…

Elle considéra la page qu'elle avait réussi à reconstituer dans sa quasi-intégralité.

- Il me manque deux très grands fragments centraux, sans lesquels le texte n'a pas de sens.

Tout en gardant un bras autour de sa taille, il fit glisser de sa main libre plusieurs morceaux sur la table, avant de les rejeter les uns après les autres. Soudain il poussa une légère exclamation italienne. Sans en connaître le sens, Elane comprit qu'il s'agissait d'un cri de victoire.

- Peut-être que… dit-il entre ses dents.

En effet, le fragment cadrait parfaitement avec le reste. Il laissa échapper un rire léger, auquel elle fit écho. Elle tendit soudain la main d'un geste vif vers un morceau légèrement à l'écart des autres et l'ajouta à l'assemblage.

- Tu vois, il suffisait de m'appeler, dit-il d'un ton faussement modeste.

Elle lui envoya un coup de coude.

- Peut-être que c'est Tonks dont la présence a un effet positif…

- Parce que la mienne n'a pas un effet positif ! fit-il en faisant mine de s'indigner.

Elle laissa aller sa tête en arrière sur son épaule.

- Bien sûr que si, sourit-elle.

Il resserra un peu son étreinte.

- Ravi de l'apprendre, souffla-t-il.

Ils baissèrent les yeux sur le texte qu'ils avaient reconstitué. Il était tout aussi sibyllin que l'autre :

On a coutume de dire que les histoires se transmettent soit de main en main, soit de mémoire à mémoire. De main en main par les livres que l'on s'offre, que l'on s'échange, que l'on se transmet, que l'on met à la disposition de tous, mais aussi par les souvenirs, les Pensines, les lettres et les journaux intimes, ainsi que par d'autres moyens, tous plus originaux les uns que les autres. De mémoire à mémoire par les récits que l'on se fait. Des parents qui racontent des histoires à leurs enfants pour qu'ils s'endorment, des confidences entre amis, des ragots entre commères, ou plus noblement, la transmission d'un savoir du professeur à l'élève, ou le récit de souvenirs.

Ils relevèrent la tête et échangèrent un regard. Par mesure de précaution, Elane retraduisit le texte pour Joachim.

- ça n'a aucun sens, ou alors je ne le vois vraiment pas…murmura-t-il.

- Si quelqu'un a tenté de le faire disparaître, c'est forcément que ça en a un, pourtant…

Pensivement, Joachim reconsidéra le texte.

- J'ai une autre idée, dit-il au bout d'un moment. Mais… elle est un peu étrange.

- Dis toujours, soupira Elane. Au point où on en est…

- Supposons un instant que John Bennett ait eu envie d'écrire un livre, de publier une étude, une thèse ou quelque chose de ce genre, sur …mettons sur la mémoire collective. Il doit donc avoir fait beaucoup de brouillons – d'après l'expérience de quelqu'un qui a failli finir noyé sous le parchemin au cours de ses études…

Elane sourit. Joachim faisait référence au désordre légendaire qui encombrait perpétuellement sa table de travail et les surfaces planes aux alentours.

- Il décide un jour de prendre son courage à deux mains et de faire le tri, poursuivit Joachim. Seulement, il se rend compte que sa corbeille à papier ne suffira pas, et peut-être a-t-il également un peur à l'idée que quelqu'un d'indiscret ne lise ces essais peu brillants, ou encore ne s'en inspire pour ses propres travaux. Que faire ? La méthode habituelle : on allume un feu dans la cheminée et on y jette tout ce qui est encombrant. Tu admettras que mon raisonnement se tient, à condition bien sûr qu'il soit certain que le feu n'ait pas été allumé après la mort de John Bennett.

- Je ne sais pas… je ne sais plus…

Elane se mordilla la lèvre inférieure dans un effort pour se souvenir de ce que Tonks lui avait dit exactement.

- Attends, on n'a pas tout lu. Lis d'abord la suite du texte, ça te reviendra peut-être après, proposa Joachim.

Le reste du texte était légèrement plus explicite.

Etonnerai-je qui que ce soit, j'ai trouvé un moyen de concilier les deux modes de transmission : à la fois de main à main et de mémoire à mémoire. Un récit oral qui passe de main en main, encore faut-il savoir le reconnaître, et savoir l'écouter. Bien des choses importantes peuvent être révélées dans les ragots, bien des secrets peuvent être trahis par le babillage, bien des vérités peuvent se dissimuler dans la grossierté. Mais qui irait écouter ? Personne, à moins de savoir, ou de le vouloir. La vérité n'est jamais si bien dissimulée qu'en pleine lumière…Même une lumière bien colorée…

- Je dois reconnaître que cela réfute totalement ma théorie… fit platoniquement observer Joachim, alors qu'Elane achevait de recopier la totalité de la page reconstituée.

- Quelle tt-théoriiiie ? bâilla Tonks.

- J'ai –bêtement- supposé que ces pages pourraient être le brouillon d'un essai ou d'une thèse que John Bennett aurait voulu rédiger, expliqua Joachim.

- Ce n'était pas bête du tout, le rassura Elane.

- Seulement un peu tiré par les cheveux, glissa perfidement Tonks. Mais enfin, si Elane dit que ce n'était pas bête…

Elle prit un air entendu. Avec son air ensommeillé dû à son réveil récent, le résultat était plutôt comique, ce qui n'empêcha pas Joachim de lui lancer un regard noir au passage. La porte s'ouvrit sur un Wladeck mal rasé, qui étouffait un bâillement derrière sa main.

- Tu es rentré après trois heures du matin, non ? demanda Joachim, les sourcils légèrement froncés. Pourquoi es-tu déjà debout ?

- Après trois heures du matin… vers quatre heures plus précisément.

Il s'assit sur la chaise la plus proche avant d'ajouter :

- Mais le réveil a sonné, et je n'ai pas réussi à me rendormir après. Passons aux choses sérieuses : est-ce qu'il y a du café ?

Dix minutes plus tard, il y avait non seulement du café, mais également toutes sortes de choses nécessaires à la constitution d'un petit déjeuner digne de ce nom pour quatre amis membres de l'Ordre du Phénix. Tonks finit par s'étirer au-dessus de son bol.

- Quelle heure est-il maintenant ? demanda-t-elle.

- Huit heures, je suppose, lui répondit Elane.

- Huit heures ? Comment se fait-il que nous soyons les seuls debout ? A moins que... on n'est pas déjà dimanche, rassurez-moi !

Il y eut un instant de flottement autour de la tablée. Le temps ayant passé tellement vite, chacun recomptait rapidement les jours pour tenter de voir où le temps avait bien pu filer.

- En fait... Je crois bien que si… hasarda Wladeck.

- Non !

Tonks se précipita sur le calendrier affiché au mur pour vérifier. Mais elle eut beau compter et recompter, elle dut se rendre à l'évidence : la semaine était bel et bien passée sans que nul ne s'en rende compte. A l'exception de ceux qui dormaient bien tranquillement à l'étage, et qui constituaient la majorité de la maisonnée.

- Ce qui fait de nous une minorité, constata Joachim. Mais le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt…

- Le monde peut-être pas, mais en tous cas cette vieille maison dans laquelle nous ne devons faire aucun bruit, sous la peine de réveiller un portait ou un occupant profondément endormi, plaisanta Tonks.

- A propos d'occupant profondément endormi, je pense que je ferais bien d'aller voir Maugrey, qui doit être réveillé à présent, annonça Elane.

Les autres l'accompagnèrent, et un peu plus tard, ils étaient tous assis sur des chaises (ou dans le cas de Wladeck, sur un mouchoir transformé en chaise) dans la chambre de Maugrey, en train de discuter de la page du carnet dernièrement reconstituée.

- Quoi qu'il en soit, résuma Maugrey, il y a deux grandes possibilités : soit ces textes ne veulent rien dire, et nous devons malheureusement en conclure que Bennett perdait la boule, soit ils veulent dire quelque chose, et il faut découvrir quoi, et également …

- Comment ils ont été brûlés, et quand ? suggéra Tonks.

- Non pas comment, ni même quand, mais pourquoi… et par qui… répliqua Maugrey, les yeux toujours fixés sur le texte recopié par Elane.

Nul n'eut besoin de demander une explication. Wladeck posa soudain une question :

- Est-ce qu'il serait possible que le carnet n'ait pas été brûlé par … un ennemi, mais par… pas forcément par un allié, mais en tous cas par un ennemi des Mangemorts ?

- C'est possible, murmura Maugrey, c'est possible…

Il redressa soudain la tête.

- Au fait, est-ce que je vous ai dit que…

- Dit que quoi ? s'informa Harry en passant la tête par la porte.

Il regarda alternativement les visages silencieux.

- Bon, si je dérange je n'ai qu'à m'en aller…

Il commença à battre en retraite, mais Elane le rappela :

- Non, viens ! Comment se fait-il que tu sois le seul à être debout ?

- Je ne sais pas… et vous ? J'ai l'impression que vous êtes également debouts depuis un bon bout de temps …

- Sept heures, lâcha Tonks.

- Huit heures moins vingt, dit Wladeck. Enfin je crois…

- Sept heures et demie, ajouta Joachim.

En réponse au regard interrogateur d'Harry, Elane annonça :

- Cinq heures et demie.

Harry eut un demi sourire :

- Comment se fait-il que ça ne m'étonne même pas ?

Elle haussa les épaules et le regard d'Harry accrocha la photographie d'elle que Maugrey lui avait montrée. Elle se trouvait toujours sur la table de chevet, bien en vue.

- Il y a pire moyen de passer un dimanche matin que de discuter entre nous, dit Wladeck alors qu'Harry s'emparait d'un tabouret.

- Au fait, qu'est-ce que tu voulais nous dire ? demanda Elane à Maugrey.

- Ah oui… Dumbledore a l'intention de faire un saut jusqu'ici dans l'après-midi.

- Comment !

Tonks avait littéralement bondi de sa chaise. Harry, lui, éprouva tout d'abord de la joie à l'idée de voir le directeur de Poudlard, puis de la gêne au souvenir de leur dernière entrevue. Après tout, n'avait-il pas saccagé à lui tout seul la moitié de son bureau ?

- Pour quelles raisons ? demanda Elane.

Maugrey haussa les épaules :

- Je ne sais pas…

- Vraiment pas ? insista Tonks.

- Peut-être que si, finalement…

Puis il croisa son regard et sembla estimer préférable de cesser la plaisanterie s'il tenait à la vie.

- Il veut prendre la mesure de la situation de façon plus concrète, et profiter d'un entretien individuel et privé de préférence avec beaucoup de membres de l'Ordre… également discuter stratégie et organisation…Je ne fais que répéter ce qu'il m'a dit, s'empressa d'ajouter Maugrey.

Entretiens avec différents membres de l'Ordre…Harry fut soudain certain de l'identité d'une des personnes avec qui Dumbledore désirait parler. Son sentiment de culpabilité refit surface, plus fort que jamais, au souvenir de ce qui était arrivé à Fleur.

Pour se changer les idées, il regarda autour de lui et son regard tomba à nouveau sur la photographie d'Elane et se sentit curieusement mal à l'aise. Peut-être à cause de ce qui signifiait pour Maugrey cette image qu'il tenait à garder près de lui…

Il croisa le regard d'Elane et se força à lui sourire, tout en sachant avec certitude qu'elle ne serait pas dupe.

Le jour de la mort de Maugrey, Elane allait retrouver une reproduction de cette photographie ,écornée comme tous les souvenirs de papier qui sont chargés d'émotion pour nous, dans la poche de sa veste d'intérieur. Mais ceci pourrait être une autre histoire…

Joachim s'approcha de la porte du salon en entendant quelqu'un jouer du piano à l'intérieur. Ce ne pouvait être Wladeck, ni même Elane : la façon de jouer était celle d'un débutant inexpérimenté. Pourtant, à certains moments, on percevait de l'assurance dans le jeu de l'inconnu, comme quelqu'un qui se serait remis à jouer après n'avoir plus approché un clavier durant des années.

Il passa discrètement la tête à l'intérieur et demeura stupéfait. L'imposante barbe et les longs cheveux blancs, la façon de se tenir empreinte de noblesse et de dignité… c'était Dumbledore.

Dumbledore arborant une expression concentrée sur son visage alors qu'il tentait visiblement de déchiffrer la partition d'une ballade sorcière célèbre.

- Entrez, lui dit-il sans se retourner.

Joachim obtempéra, abasourdi. Il prit une chaise et s'installa à côté du directeur de Poudlard qui lui adressa un sourire rayonnant.

- J'ai toujours aimé la musique, lui confia-t-il. Enormément. Quand j'étais petit, ma mère m'avait fait prendre des cours de piano, mais malheureusement je ne les ai pas appréciés… A l'âge de vingt ans, j'ai commencé à apprendre le violon avec l'aide d'un ancien camarade de dortoir. J'ai acquis une certaine maîtrise, mais je regrette toujours de ne pas savoir jouer correctement du piano…

Il soupira.

- Enfin, il paraît qu'on peut apprendre à tout âge… Je pense qu'il est important pour tous de s'en souvenir, et encore plus pour un professeur. Mais qu'avez-vous pensé de ma tentative ?

- Et bien…

Joachim considéra la partition.

- Vous avez oublié le dièse à plusieurs reprises, et certains passages étaient vraiment hésitants… Mais dans d'autres on percevait une réelle assurance, et une bonne maîtrise du refrain.

- Je tâcherai de m'en souvenir. Mais je pense qu'il faut maintenant que je descende. Le devoir avant le plaisir, hélas…

Un peu plus tard, Harry était assis en face de Dumbledore, en train de penser qu'il aurait préféré rédiger un devoir de potion plutôt que de se trouver là. Il s'efforça de se tenir droit.

- Comment vas-tu, Harry ? demanda Dumbledore.

Sa question partait d'un intérêt sincère, mais l'interrogé ne savait que répondre. « Bien » aurait été un mensonge, « mal »…Il avait presque oublié ce que « mal aller » pouvait signifier.

- Je ne sais pas, monsieur, répondit-il en toute sincérité.

- Je vois, je vois...murmura Dumbledore, davantage pour lui-même que pour Harry.

Il redressa la tête.

- De quoi voudrais-tu parler, dans ce cas ?

Harry pensa à ses cours de Seelemancie, puis à ses conversations avec Elane, celle avec Maugrey. « je survivrai une fois de plus… » Ça, il n'en doutait pas... « Nous savions tous à quoi nous attendre…Et nous avons choisi notre lumière ne connaissance de cause. Et je crois que c'est celle des étoiles qui me convient le mieux… » L'étrange lueur de sympathie dans les yeux de Rogue, les lettres de Sirius à Mariette Rösle…

- Je sais que les temps changent, monsieur, mais j'ai l'impression que les gens aussi, d'une certaine façon…

- Ou peut-être est-ce simplement notre regard sur eux qui change, répondit simplement Dumbledore.

Harry ne trouva rien à redire à cela. Mais il avait une autre question, une qui lui tenait beaucoup plus à cœur.

- Pourquoi est-ce que maintenant, nous sommes libres d'assister aux réunions de l'Ordre, alors que l'an dernier, tout était mis en œuvre pour nous maintenir à l'écart ?

- Car ce n'est plus- ce n'était pas- une solution. J'espère pouvoir encore être quelqu'un qui apprend de ses erreurs. Et aussi… tu grandis, Harry. Vous grandissez tous. Et il devient de plus en plus difficile de vous guider de loin, en laissant traîner quelques indices et se dire : « Ils les trouveront ou ne les trouveront pas, ce qui doit arriver arrivera… » C'est le prix à payer pour ton expérience nouvellement acquise, je suppose…

Harry resta silencieux.

- Je crois que je n'ai plus d'autres questions, monsieur, finit-il par dire.

Il se leva. Alors, d'un geste lent, Dumbledore souleva sa main. Harry la prit avec hésitation et la serra.

- Merci, professeur, dit-il simplement.

Il se dirigea vers la porte et au moment de l'atteindre, il se retourna.

- Au fait, professeur…

- Oui ?

- Je voulais savoir…Savez-vous qui était… avez-vous connu…Mariette Rösle ?

Dumbledore demeura un moment silencieux.

- Je sais qui elle était. Je l'ai connue, aussi, répondit-il finalement. La grand-mère d'Elane. Pourquoi cette question ?

- Oh… pour rien. Merci encore, et au revoir.

En sortant dans le couloir, il se dit que c'était la vérité. « Pour rien ».

Accoudée à la fenêtre, Elane regardait les toits londoniens devant elle. Elle se remémorait sa conversation avec Dumbledore…Elle lui avait montré les pages reconstituées du carnet de John Bennett, et pas plus que les autres le sorcier n'avait su l'aider.

- Vous savez…peut-être que nul autre que vous n'est mieux placé pour découvrir ce que cela signifie, avait-il énigmatiquement ajouté. Cela vous prendra peut-être du temps… Mais le temps peut se révéler un ami ou un ennemi. Il n'est ni bon ni mauvais. Il est, un point c'est tout.

Lorsqu'elle avait rapporté ses paroles à Maugrey, celui-ci avait semblé sur le point d'ajouter quelque chose, mais n'avait rien dit. Elle fronça les sourcils. Depuis quelques temps, elle avait l'impression qu'il savait quelque chose. Quelque chose qu'il n'aurait pas pu lui dire… ou pas su. Cela survenait surtout lorsqu'ils parlaient d'un sujet qui touchait de près ou de loin à Dumbledore…Qui lui-même semblait tenter de lui apprendre quelque chose… Mais quoi ? Elle ne pouvait pas répondre à cette question, du moins pas encore.

Tous les deux avaient cette impression que quelque chose se préparait. Comme un filet dont ils sentaient désagréablement les mailles se tisser autour d'eux, mais lorsqu'ils l'apercevraient enfin, il serait trop tard. Tonks qui était suivie… l'arrivée de Roberto Szpilmann à Londres…ce sorcier persuadé d'entendre des bruits provenant de derrière sa palissade… Et il y avait pire.

Il y avait ces tensions au sein même de l'Ordre. Insidieusement, la guerre distillait son poison entre les membres, et Elane le voyait bien. Elle faisait d'immenses efforts pour maintenir la cohésion entre les différents membres, avec Tonks, dont le sens de l'humour avait permis de désamorcer plus d'une dispute, Wladeck et Joachim dont les seules présences calmes, rassurantes et bienveillantes suffisaient à apporter un peu de sérénité dans une pièce, les jumeaux qui tournaient tout et n'importe quoi en dérision, Bill et Charlie qui étaient passés maître dans l'art de calmer le jeu. Mais elle ignorait combien de temps cela suffirait encore …

- Elane ?

Elle se retourna vers Tonks.

- Dumbledore s'apprête à partir…

- J'arrive.

Tout rassemblement étant impossible dans le hall en raison de la présence des portraits, Dumbledore se trouvait sur le palier du premier étage, remettant sa cape.

- Je crains d'avoir à vous quitter, mes chers amis. Voyez-vous, il reste encore bien du travail à faire à Poudlard, pour préparer la rentrée.

Il fit un clin d'œil Ginny, Hermione, Harry et Ron.

- Molly, merci pour le thé et les gâteaux. Si vous pouviez me faire parvenir la recette des ces délicieux sablés…Je vous en serai infiniment reconnaissant.

Molly le remercia, rougissante, et lui promit de lui envoyer la recette désirée. Dumbledore se tourna alors vers Elane.

- Je vais sortir afin de pouvoir transplaner. Vous m'accompagnez ?

Si Elane fut surprise, personne n'en sut rien. Elle accepta le bras que Dumbledore lui offrait et se laissa conduire. Une fois sur le perron, Dumbledore ne se prépara pas immédiatement à partir. Il s'adossa à la rambarde rouillée.

- Belle journée, n'est-ce pas ?

- Agréable, en effet, reconnut Elane.

Son regard erra sur la place. Se trouvant encore sur le perron, ils étaient encore protégés par les sortilèges de dissimulation apposés sur la maison et nul ne pouvait donc les voir.

- Harry ne m'en veut plus, je crois, murmura Dumbledore.

- Si vous parlez de la mort de Sirius, il ne vous en a jamais réellement voulu pour cela, dit doucement Elane. Si vous parlez du fait qu'il ait été mis à l'écart durant toute l'année précédente… Il vous a pardonné...

- Mais il en veut toujours à Severus Rogue, dit Dumbledore empreint de regrets amers. Mais Severus…lui en veut aussi. J'aurais cru qu'avec le temps ses sentiments s'adouciraient… Un peu, certes, mais pas suffisamment. Quand on dit qu'avec le temps, tout va bien…

- Seriez-vous en train de tenter de m'apprendre que le temps a ses vertus ? demanda Elane.

- Ceci…je crois que vous l'avez déjà compris. Et vous aurez encore l'occasion de vous en rendre compte … et de pardonner certaines erreurs.

Sur ces mots, Dumbledore transplana.

Le lendemain, Elane y pensait encore lorsque, assise à son bureau, elle entendit frapper et ce fut Tonks qui entra après qu'elle lui en eut donné l'autorisation.

- Tout va bien ? lui demanda-t-elle en se glissant dans la pièce.

Avant qu'Elane n'ait le temps de répondre, on frappa une seconde fois. Cette fois-ci, ce fut une femme d'un âge mûr qui fit son entrée. Elle était encore belle, et se tenait d'une façon distinguée. Il émanait d'elle l'impression d'un caractère droit et honnête, avec une immense volonté et une bonne dose d'intelligence. Ses yeux verts et vifs semblaient contenir une étincelle de rire, du moins c'est ce qu'il sembla un court instant à Elane.

- Bonjour, dit-elle d'une voix nette et bien articulée. Miss Rösle, je présume ?

Elane hocha la tête et l'invita à prendre une chaise.

- C'est Mrs Bennett qui m'a conseillé de vous voir, ainsi que Miss Tonks… Mais vous n'êtes pas notaire !

Etait-ce une question ou une exclamation, Tonks n'aurait su le dire. La femme détailla attentivement le visage d'Elane tout en posant par terre un baluchon recouvert d'une toile verte en forme de cloche.

- Bien sûr que non, répondit calmement Elane. Et Miss Tonks non plus.

- Tant pis. Je ne me sens pas la force de me traîner jusqu'à une autre porte dans ce fichu labyrinthe parmi ces gens qui courent en tous sens !

Tonks faillit lui répliquer qu'une experte en langues et sortilège et une Aurore ne pouvaient guère remplacer un notaire, mais se tut. Ce ne serait pas la première femme assez âgée à demi folle, toute vêtue de noir (mais avec un goût indéniable dans le cas de celle-ci) qui se serait égarée dans le ministère pour finir dans le bureau de la ligue de Quidditch alors qu'elle recherchait le service des taxes.

- Un notaire s'occupe plutôt d'affaires familiales…ce qui n'est pas notre cas, dit, toujours calme, Elane. Mais maintenant, si vous voulez me parler…d'autre chose, je suis à votre écoute.

- J'ignore si c'est un notaire que je veux, tout ce que je sais, c'est que j'ai besoin d'aide.

- Peut-être pourriez-vous me dire votre nom et m'exposez votre problème, nous verrons ensuite, suggéra Elane. Tonks, tu restes ? Cela te concerne peut-être également…

Tonks aurait peut-être préféré laisser Elane avec la « vieille folle », ainsi qu'elle l'avait d'ores et déjà surnommée, mais elle décida qu'elle ne pouvait laisser son amie aux prises avec ce problème. Surtout qu'elle semblait inconsciente du pétrin vers lequel elle glissait lentement.

- Assez caqueté, grommela le femme d'une voix éraillée, mais si bas que Tonks fut être la seule à l'entendre, alors qu'elle s'asseyait.

- Non seulement gâteuse mais malpolie en plus, malgré sa manucure impeccable, marmonna Tonks à l'adresse d'Elane.

Qui ne dit rien.

- Vous ne connaissez pas mon nom ? demanda la femme.

- J'aurais dû ? s'enquit poliment Elane.

- Peut-être. Je suis Mrs Mutterworth.

- Je suis navrée, mais ce nom ne me dit rien.

- Et si je vous disais que je suis la sœur de John Bennett ? Je suis la veuve de Mr Alacius Mutterworth, paix à son âme. Mais c'est au sujet de mon frère, ou plutôt de sa mort que je viens.

Tonks commençait à sentir la suite. Mrs Mutterworth n'était guère appréciée de son frère, et risquait donc de ne pas hériter grand-chose, mais espérait l'appui d'un notaire pour y remédier. Restait à savoir pourquoi Mrs Bennett l'avait envoyée vers elles.

- Quel est votre problème ?

- Mon frère et moi nous entendions très bien. Je vous dis ceci, car cela peut peut-être vous aider pour la suite. Nous avions le même sens de l'humour, d'après tous ceux qui nous voyaient ensembles. Mais notre affection était bien loin de se résumer à cela. Mon frère a demandé à ce qu'après sa mort, j'entre immédiatement en possession de …ceci. Elle désigna le balluchon à ses pieds. J'aurais préféré de l'argent, car il va me falloir vendre ma maison. Je crains de finir sous les ponts, avec ceci pour toute compagnie. Sans compter cette étrange lettre de mon frère.

- Une lettre ? L'avez-vous ici ?

Mrs Mutterworth toisa Elane.

- Non, figurez-vous, car il m'a demandé de la brûler après l'avoir lue. Mais…

Elle arborait à présent un sourire triomphant.

- …j'ai pris soin de l'apprendre par cœur ! Cet étrange legs est tout ce que je te laisse dans un premier temps, et tu m'en vois désolé. Je suis navré de te laisser avec cette lourde charge sur les épaules, d'autant plus qu'il est vital que tu conserves ta maison. Prends-en soin, tu verras peut-être son importance. Mais je crains que d'autres ne s'en rendent compte avant toi… Car j'ai semé des indices, que toi tu n'auras pas. Fis-toi à ton intuition, et ne le prêtes qu'à qui de droit, comme tu l'as fait pour choisir ceux qui entraient chez toi. Avec toute mon affection et mes excuses, ton frère.

-Et qu'est-ce que …ce legs ?

- Une abomination, une chose horrible ! Assez caqueté !

Sous les yeux stupéfaits d'Elane et Tonks, elle souleva la toile qui protégeait le balluchon.

Bonne année à tous, et j'espère que ce chapitre vous plaira ! Pour la suite…il vous faudra attendre deux, voire probablement trois semaines vu le retard que j'ai accumulé, pour savoir ce que contenait le balluchon de Mrs Mutterworth…Je vous laisse cogiter, et je précise que si vous m'envoyez vos hypothèses, je peux maintenant vous dire immédiatement si elles vraies, puisqu'il faut maintenant répondre personnellement aux lecteurs, et non plus ajouter les réponses aux chapitres. (D'ailleurs, si quelqu'un a davantage d'informations sur ce sujet, ce serait gentil de me le faire savoir…)

Et à propos : comme certaines reviews méritent d'être commentées pour tout le monde, et qu'en plus on m'a fait quelques fans arts que je trouve très sympas, je pense peut-être créer une page persoautour des « Etoiles de l'orage », ou quelque chose comme ça… Mais je ne le ferais pas si ça n'en vaut pas la peine, alors donnez-moi votre avis ! En attendant, vous pouvez toujours me faire parvenir vos fans arts, ça fait toujours plaisir !