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Sweet Amoris et ces déboires ! Nous aurions pu en écrire des livres sur tout ce qui nous était arrivé là bas. Je repense à ces années avec une certaine nostalgie et toujours un petit sourire un coin. C'est là bas que je les avais tous rencontrés... Mes amis, mes amours. Là bas que j'ai eu mes pires ennuis et mes plus belles émotions. Le concert, la course d'orientation, la plage, les pique-niques, les sorties, le théâtre, les bals... Et notre amour. Oui, parce que nous nous aimions tous. C'était beau et effrayant en même temps. Nous avions promis de toujours rester ensembles. Du moins, quelques uns d'entre nous ont réussi.

J'ai un jour songé à écrire tout ça, puis lorsque j'ai commencé à poser les mots sur une feuille de papier et que je me suis relue, j'ai réalisé avec horreur que c'était impossible. Non, personne ne pourrait comprendre. Personne. Ce qui nous liait était unique et peu commun, nous étions jeunes et insouciants, nous ne réfléchissions pas à cette époque, nous vivions juste les émotions et les sentiments comme ils nous venaient sans se poser aucune question morale.

Oui je les ai tous aimés, tous autant qu'ils étaient, et je sais qu'ils m'aimaient aussi, certains plus que d'autres en effet. Tout se faisait naturellement, comme si une sorte de code tacite s'était installé. Nous ne parlions jamais de nos sentiments entre nous dans le groupe, lorsque nous étions tous réunis c'était pour profiter et s'amuser, rien d'autre, il n'y avait aucune rivalité ni jalousie puisqu'un profond respect nous liait. Dans l'intimité, c'était tout aussi étrange, il n'y avait pas de "couples", juste des "moments" que l'on partageait sans retenues.

C'est avec Kentin que j'ai reçu mon véritable premier baiser (les autres garçons que j'avais embrassés autrefois ne comptèrent plus dès ce moment là, ce fut une évidence). Il a été le premier du groupe à le faire et cela ne m'étonna pas, il m'aimait depuis bien longtemps. Je nous revois encore dans ce métro après les cours, nous devions frôler les 17 ans, je venais de me faire bousculer par un homme qui avait réalisé trop tard que c'était sa station et mon front avait frappé le métal en me sonnant un peu. Kentin s'était précipité sur moi avec inquiétude.

"Emy ça va ?!" Avait-il lâché en entourant mon front de ses mains pour vérifier si je n'avais rien.

"Oui-oui, je... j'ai juste eu peur, ce type a sauté comme un dingue"

Il n'ajouta rien mais sa mâchoire se crispa. Mon Kentin... Je pouvais lire en lui comme dans un livre ouvert. Enfin j'avoue que je n'avais pas prévu la suite pour le coup.

"Je ne supporte pas qu'on te fasse du mal, ça me rend fou"

"Mais ça va ! Calme-toi tout le monde nous regarde" Lui soufflais-je en balayant le wagon de mes yeux turquoise. Un petit sourire se dessina sur ses jolies lèvres et j'en fis de même.

"Si je devais partir au front, tu serais l'arme secrète des ennemis pour me vaincre" Avait-il chuchoté en arquant un sourcil amusé.

Je gloussai et il se pressa contre moi, attrapant doucement mon menton pour le relever. J'étais habituée aux gestes tendres des garçons de mon groupe, mais il venait de franchir l'actuelle limite. Ses yeux émeraude pétillaient et il arborait toujours cette petite fossette au coin de la joue. Je retrouvais dans ses traits l'ami que j'ai eu ces 2 dernières années avant Sweet Amoris. Sa croissance fut plus tardive que les autres garçons mais devint fulgurante. Combien de filles ont du se mordre les doigts en découvrant ce qu'était devenu le vilain petit canard. Et sa figure était maintenant si proche de la mienne, s'en était indécent. De si près je pouvais même apercevoir le liserai transparent de ses lentilles mal grès la pénombre du wagon.

Mon ventre s'enflamma lorsqu'il rapprocha enfin nos deux visages, jusqu'à ce qu'ils se frôlent et que son souffle chaud me caresse. Ses yeux se fermèrent de moitié et cette simple vision fit danser mes jeunes et inexpérimentées hormones. Je fermai les miens à mon tour juste au moment ou ses lèvres se posèrent avec douceur sur les miennes.

Il y eut un, puis deux, puis trois autres baisers avant qu'il n'incline le visage et n'entrouvre la bouche, me suppliant d'en faire de même. Quand nos langues se mêlèrent nos corps réagirent immédiatement, se pressant l'un contre l'autre au milieu de nos respirations plus haletantes. J'agrippai son tee-shirt tandis qu'il empoignait ma nuque. C'était doux et délicieux. J'ouvris un œil et réalisai alors que ses yeux étaient toujours imperceptiblement entrouverts. Il ne les avait pas fermés pour me regarder tout du long. Cette image fut plus forte que le baiser en lui même.

Quand nos lèvres se séparèrent la réalité me frappa en plein vol. J'étais de nouveau dans ce wagon sombre et froid et le côté gauche de mon front me lançait sourdement. Ce baiser avait littéralement aspiré tout le reste, c'était dingue. Je contemplai mes doigts agrippés à son tee-shirt puis relevai le visage pour poser mes pupilles couleur lagon dans les siennes. Il arborait un air si radieux et stupide que j'éclatai de rire et il me rejoignit dans mon euphorie.

Depuis ce jour là, chaque fois qu'il posait ses yeux sur moi, mon ventre n'a jamais cessé de papillonner. ... J'adorais agripper de mes doigts ses cheveux couleur caramel et lui il ne pouvait s'empêcher de toujours caresser mes lèvres après chaque baiser, dans un geste qu'il n'a jamais vraiment voulu m'expliquer. Il était toujours très inventif pour réussir à avoir des moments seul avec moi, loin des regards de notre groupe, il trouvait toujours des activités farfelues et je riais tellement avec lui. Il adorait me couvrir de surprises et de peluches, j'en avais rempli ma chambre, et j'étais dans un état le jour ou Castiel m'avait sommé de les retirer... J'avais surnommé notre amour "le premier". Car c'était en effet la première fois que mon cœur avait manqué des battements.

Il a également été le premier à ne plus supporter notre étrange façon de s'aimer. A peine six mois s'écoulèrent avant qu'une étrange acceptation d'une école d'officier ne lui parviennent. Il m'avait juré que cela n'avait aucun rapport. Sur ce quai à la gare, alors qu'il avait réussi à se frayer une place à travers une fenêtre en poussant une dizaine de militaires, il m'offrit un dernier adieu avec de grands gestes que je lui rendis avec les larmes aux yeux, comme toutes les autres femmes autour de moi. Ses prunelles émeraude me transpercèrent et ce fut juste à cet instant, quand le train démarra, que je vis à travers son regard déchiré et que je compris qu'il ne pouvait pas vivre comme nous.