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Iris et moi courions sous la pluie en riant. Nos parapluies se balançaient derrière-nous complètement inutiles tellement les bourrasques étaient fortes. La seule chose qui comptait était l'objet enroulé d'une triple épaisseur de sachets plastiques que nous tenions dans nos mains. Une dernière route à traverser et enfin nous serions arrivées. La lumière du porche des jumeaux ressemblait à un phare au loin dans la nuit et nous accélérâmes en riant de plus belle jusqu'à couper par leur jardin et gravir quatre par quatre les marches. Armin nous attendait devant la porte les bras croisés et la mine inquiète.
"Vous en avez mis du temps !" Fulmina-t-il en attrapant le gros sachet avant d'entrer pendant que nous nous ébrouions comme des chiens en retirant nos vestes et capuches.
A l'intérieur la fête battait son plein, et la musique semblait même plus forte qu'au moment ou nous étions parties Iris et moi. Tous nos amis nous accueillirent en faisant les fous et Lysandre agrippa Iris pour l'emmener danser tandis que Castiel me fichait un verre dans la main. J'ébouriffai sa tignasse couleur feu puis me dirigeai vers la cuisine.
"Alors n'est-il pas beau ?" Demandai-je toute excitée.
"Il aurait été parfait si vous n'aviez pas oublié d'aller le chercher à la boulangerie" Se moqua Armin en déballant toutes les couches de sac plastique jusqu'à ce que le coffret du gâteau jaillisse, somptueux et aussi attendu que le Graal.
"Espèce d'ingrat, j'ai manqué d'attraper une pneumonie" Reniflai-je l'air penaud.
Il me fit un sourire désolé puis se rapprocha de moi et m'embrassa au moment où Alexy fit une entrée fracassante dans la cuisine en balançant des confettis partout, ses cheveux bleus recouverts de cotillons et autres matières non identifiées. Il agrippait la main d'un jeune homme à la mine renfrognée puis le poussa à l'intérieur. Armin mit fin à notre baiser et nous nous écartâmes distinctement.
"Mes amis je vous présente le fameux Marc, le beau brun de mon cœur qui a finalement daigné se montrer à mon anniversaire. Après tout c'est pas comme si on fêtait ses 18 ans plusieurs fois dans sa vie n'est-ce pas ?!"
Le Marc en question roula des yeux mais n'ajouta rien. Nous lui fîmes un bref salut peu enjoué, car oui, à 17 ans nous étions vraiment très cons. A vrai dire depuis 2 ans notre groupé était devenu si soudé que nous acceptions très mal les envahisseurs. Ils repartirent dans une nouvelle nuée de confettis et Armin et moi continuâmes à préparer les bougies.
Lorsque l'on coupa la musique et les lumières d'un seul coup, tout le monde se mit à chanter Joyeux anniversaire et nous apportâmes le gâteau sous le bruit strident des sifflets et des lancées de cotillons. Il était délicieux et j'étais plutôt fière de moi. Alexy déchira ensuite tous ses paquets avidement et se marrait à chacun de nos présents stupides. Il retira un tee-shirt noir d'un emballage et se leva pour le placer devant son torse et tout le monde explosa de rire face à l'inscription "Sorry Girls I Suck Dicks", sauf Marc peut être, qui se frotta le front d'un air exaspéré.
"Je suppose que je dois te remercier Castiel pour ce cadeau d'un goût très certain" Rit-il et le badboy en question lui fit un doigt d'honneur.
Nous terminâmes l'échange de cadeaux et la fête redémarra sur les chapeaux de roues. Il devait être trois heures du matin quand la fatigue commença à me couper les jambes et je décidai d'aller me rafraichir un peu. J'ouvris la salle de bain et tombai nez à nez sur Iris et Armin, à moitié nus et haletants contre le lavabo. Je leur offris un sourire désolé et Iris m'envoya un baiser avant que je referme la porte doucement. Je quittai le couloir avec une moue amusée accrochée au visage quand soudain je frappai littéralement de la tête le torse de Marc. Je relevai le visage pour le regarder et son expression furieuse m'arracha un cri de surprise.
"Vous êtes tous complètement fous" Me cracha-t-il. "Vous agissez comme si rien ne se passait alors que ce que vous faites est tellement répugnant !"
J'étais tellement abasourdie que je fus incapable de répondre quoi que se soit et reculai juste d'un pas apeuré. Nathaniel qui nous observait de loin bondit à ma rescousse et se posta devant moi avec un visage qui se voulait rassurant, mais qui n'en était rien du tout.
"Calme-toi Marc, viens allons faire un tour si tu veux discuter"
"C'est ça, prends donc tes airs de grand prince ! Vous vous faites passer pour des saints alors que vous êtes tous des monstres" S'exclama-t-il à bien trop haute voix, car tout le monde s'immobilisa immédiatement pour nous regarder et l'air de la pièce se chargea d'électricité.
"Arrête tout de suite" Le supplia presque Nathaniel "Sortons parler et régler les problèmes qui te gênent, mais ne t'énerve pas sur Emily ou ça va déraper"
"HAHAHA c'est la meilleure ça, c'est bien beau de défendre les filles et de parler de respect alors que vous vous les faites tourner" Eclata Marc.
Je me mordis la joue avec appréhension, car je connaissais déjà la suite de l'histoire avant même la fin de sa phrase. Sans que personne ne puisse le retenir, Castiel se jeta sur lui en agrippant ses vêtements et lui donna un violent coup de tête en pleine face. Lysandre et Nathaniel lui attrapèrent les bras pour le faire reculer tandis que Marc titubai en arrière, le nez visiblement cassé.
"COMMENT OSES-TU OUVRIR TA GUEULE ! TU NE SAIS RIEN DE NOUS !" Vociféra Castiel, le regard fou.
"Que se passe-t-il ?!" S'écria Armin en déboulant de la salle de bain en se rhabillant hâtivement, une Iris toute débraillée sur ses talons. Elle poussa un cri en voyant Marc se tenir le visage ensanglanté.
Alexy joua des coudes pour se poster face à Marc et alors que je m'attendais à ce qu'il lui vienne en aide ou tente de calmer les choses, il l'attrapa par la nuque pour le pousser vers la porte d'entrée. Il l'ouvrit avec fracas et le jeta dehors. Tout le monde s'était tu et contemplait la scène avec stupeur. Même Marc ne semblait pas en revenir, debout au milieu du porche, ses mains tenant toujours son nez ensanglanté. Il avait arqué des sourcils hallucinés et contemplait son conjoint avec les yeux ronds de surprise.
"Je t'avais prévenu putain ! Je t'avais dis que tu ne devais pas toucher à un seul de leurs cheveux" Lâcha Alexy avec une voix douloureuse. "Tu n'as jamais voulu faire l'effort de comprendre ou même de m'écouter. Tu savais que ce n'était pas de simples amis, qu'ils étaient plus qu'une famille pour moi, et qu'aucun putain de mot ne peut décrire ce qui nous uni car il ne serait jamais assez fort. Si t'as pas été assez intelligent pour piger ça alors il n'y a pas de place pour toi dans ma vie!" Acheva-t-il en serrant les dents.
"Il n'y en a jamais eu de toute façon ! Tu m'as jamais laissé de place ! Vous allez en cours ensembles, vous sortez le soir ensembles ET VOUS DORMEZ CHAQUE SOIR TOUS ENSEMBLES ! Comment crois-tu que tu puisses AIMER quelqu'un un jour dans un environnement pareil !" Clama Marc avec une telle douleur que mon estomac se noua.
"N'utilise pas de mots que tu ignores Marc" Acheva Alexy en reculant lentement avant de fermer la porte.
Tout le monde resta planté sans un mot, contemplant Alexy avec effarement. Il nous dévisagea tour à tour puis un mince sourire se dessina sur son visage avant qu'il ne hausse les épaules.
"Bon vous rallumez la musique ou quoi ? C'est mon anniversaire bordel !"
Chacun notre tour nous le serrâmes dans nos bras et quand ce fut mon tour je me soulevai sur la pointe des pieds pour venir déposer un doux baiser sur ses lèvres. Il m'offrit un sourire sincère et acquiesça à notre échange silencieux, juste par le regard. Pas besoin de mots, ce qu'il avait fait pour nous défendre parlait de lui même. Il repartit danser avec les autres et je décidai de m'isoler dans la chambre, car j'avais un besoin urgent de pleurer toutes les larmes de mon corps pour relâcher la pression. C'était la première fois qu'on me forçait à regarder les choses en face, et ses mots avaient été si durs. Je me sentais sale et perdue.
Je sursautai devant une silhouette assise sur le lit. Je clignai des yeux pour m'habituer à l'obscurité et reconnu Castiel, dos à moi, légèrement vouté. Je m'agenouillai sur le lit pour venir près de lui, tout en laissant la-distance-de-sécurité-spéciale-Castiel. Il se frottait le front, sur lequel une mince bosse faisait son apparition. Il semblait vraiment perdu dans ses pensées, et à en croire ses sourcils froncés c'est que ça devait être assez sérieux. Je me mordis la lèvre en jouant avec mes mains, attendant patiemment qu'il décide si ma présence l'ennuyait ou pas. Depuis la semaine dernière au festival, il était vraiment sur la défensive et j'avais la sensation qu'il nous échappait. Au bout de longues minutes il fit glisser lentement sa main le long de sa cuisse jusque sur le drap dans ma direction. Je m'y agrippai avidement, entrelaçant mes doigts dans les siens. C'était le second geste tendre que Castiel m'accordait en deux ans, cela valait tout l'or du monde et cela en disait long sur sa détresse actuelle pour qu'il baisse sa garde.
"Tu as mal ?" Demandai-je timidement.
"Pas vraiment... Je réfléchissais juste"
"Et... C'est une... Bonne réflexion ?" Balbutiai-je inquiète.
Il lâcha un souffle mi-amusé, mi-fatigué.
"Fillette si tu crois réussir à me faire avouer des sentiments c'est que je t'ai bien mal éduquée"
Je poussai une exclamation offusquée en essayant de le frapper mais il esquiva en éclatant de rire.
"Mais c'est qu'elle est violente en plus la sale bête !" Siffla-t-il entre ses dents.
"C'est l'hôpital qui se fout de la charité "Clamai-je.
Il arqua un sourcil de défi et j'agitai les mains en l'air, en signe de reddition. Il passa ses mains dans ses cheveux rouges pour les rejeter en arrière dans un geste des plus sexy puis le silence revint lorsque nous nous perdîmes dans nos pensées. Je fus la première à le briser.
"Tu trouves que ce qu'on fait est mal ?" Demandai-je d'une petite voix.
Il prit le temps d'une courte réflexion.
"C'est peut être mal aux yeux de la société, sauf qu'au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je m'en bas les couilles de la société. Notre truc est compliqué et pourtant très simple, si qui que se soit arrête de jouer le jeu, alors c'est fini tout est détruit, on récupère peut être la personne que l'on désirait, et encore, c'est un sacré pari, mais on perd forcément tous les autres en dommages collatéraux. Personnellement je ne suis pas prêt à perdre qui que se soit pour l'instant. Attendons de voir comment cela va évoluer avec notre arrivée en Fac."
Mon ventre papillonna et je retins un large sourire face à ce discours des plus émouvants et si vrai. Le premier aveu qu'il me fit en deux ans. Cette seule réflexion balaya tous mes doutes, car je pensais exactement la même chose que lui au plus profond de moi. J'espérais au plus profond de mon cœur que rien ne changerait dès la fin de ces vacances et que notre vie à la faculté serait la même. Je me tâtai à reparler du festival, mais je savais qu'il ne fallait pas, c'était une chose dont il ne voulait pas parler. Je décidai de changer de sujet.
"Je pensais que tu allais partir, comme Kentin" Admis-je.
"Kentin était un petit joueur, faut une sacrée trempe pour rester dans la partie. Je sais pas toi mais j'ai bien l'intention de péter encore pleins de nez. Du moins je vais essayer."
Je ris et acquiesçai. Il y eut un silence prolongé puis Castiel releva discrètement les yeux sur moi, je sentis leur poids mais fit comme si de rien n'était. Repensait-il comme moi au festival ? Nous venions de dépasser le temps maximal d'intimité comme toujours avec lui, il allait maintenant trouver le moyen de me gueuler dessus ou autre pour me faire dégager. Je savais qu'il allait prendre son air affable ou alors faire passer ça sous le coup de la plaisanterie. Parce que Castiel ne voulait jamais montrer quoi que se soit, il dissimulait tout derrière des masques de toutes sortes. Sa voix déchira enfin le silence.
"Au fait Em', toujours vierge ?" Lança-t-il comme s'il venait de me dire bonjour. Mes joues s'embrasèrent de gêne. "Non mais va falloir te bouger un peu ma grande, parce que je tiens pas à ce qu'on rajoute le viol sur mon casier judiciaire"
Je me jetai sur mes pieds en le fusillant des yeux, outrée, avant de me précipiter vers le couloir. Il était vraiment chié de recommencer avec ça. Au moins le prenait-il sur un ton plus amusant cette fois-ci, il avait retenu la leçon de la dernière fois.
"Ho ça va ! Je croyais qu'on était des gens dégueulasses et tout ça là. Tu peux pas être une vierge répugnante c'est complètement con !" Lança-t-il dans mon dos "Allez quoi, reviens, t'as vu j'ai fais le mec sensible et tout pendant cinq minutes !"
"T'es qu'un sale con Castiel" Criai-je du fond du couloir.
Je m'adossai au mur tandis que ses lointains éclats de rires emplissaient le couloir. Encore une fois ile me repoussait à sa manière, refusant mon affection. Mais il y avait une certaine amélioration je devais bien avouer, de la colère il était passé à la dérision. Un sourire amusé me sillonna le visage mal grès moi. J'avais hâte que cette dernière semaine se finisse, pour découvrir ce que nous réservait la suite de l'aventure.
