Chapitre 2
Conan et Aï parcouraient le chemin de l'école dans le sens inverse, histoire de rentrer chez eux. Le premier jouait avec un ballon de football et il apparaissait qu'il arrivait facilement à jongler avec la balle et à avancer en même temps. Même rétrécit, Shinichi Kudo gardait ses excellents talents de footballeur…
C'est alors qu'un homme passa en courant, bousculant le petit détective. Le ballon de ce dernier alla rouler dans une ruelle mal éclairée, frappant par la même occasion une poubelle recouverte en partie par un vieux drap de soie blanche. Un vieux drap qui, même si cela était totalement absurde et sans fondement, paraissait familier au petit garçon. Il reposa donc le ballon qu'il venait de récupérer et passa la main sur le tissu. C'était de la soie. Une soie abîmée et maculée de traces de boues, de poussières et de pleins d'autres traces diverses mais de la soie quand même. Que pouvait-elle faire dans une poubelle quant il aurait suffit de la laver pour lui redonner une seconde jeunesse… ?
« Tu fais les poubelles maintenant Kudo ? »
L'intéressé ne répondit pas à la pique d'Haibara. Il venait de remarquer, parmi toutes les taches présentes sur le tissu, une couleur sombre qu'il ne connaissait que trop bien. Du sang. Ce morceau de soie serait-il une pièce à conviction gênante dans une quelconque affaire de meurtre… ? Curieux d'en savoir plus, le détective tira le tissu de l'intérieur de la poubelle pour l'examiner de plus près. Mais ce qu'il y avait en dessous était plus inhabituel encore…
Un petit garçon qui devait avoir environ son âge (enfin, son âge apparent) était recroquevillé dans la poubelle, vêtu de vêtements beaucoup trop grands pour lui. Et quels vêtements ! Une veste et un pantalon blancs, une chemise bleue et même ce un morceau de tissu rose qui avait dû être une cravate dépassait de sous son corps. Enfin, à moitié écrasé, un haut de forme abritant un monocle confirma ce que Conan pressentait depuis quelques secondes déjà. Ce gosse avait des vêtements beaucoup trop grands identiques à ceux de Kid l'insaisissable… Ce pourrait-il que… ?
« Bien sûr que non, c'est tout à fait improbable… » pensa le petit détective.
Mais pourtant… Que ferait un gosse déguisé en ce voleur dans une poubelle sinon ? Haibara, qui c'était aperçu du mutisme soudain de son camarade d'infortune, s'approcha pour voir ce qui lui avait volé sa langue. Aussitôt, elle esquissa un sourire sarcastique :
« Eh bien… Il faut croire qu'un troisième cobaye vient rejoindre mon laboratoire… »
Vraiment, dans une situation pareille, la scientifique ne trouvait pas mieux que de lui envoyer une de ses répliques cyniques. Plus ça allait, plus le détective la trouvait désespérante par moments.
« Aide moi à le sortir de là au lieu de faire de l'humour noir. »
Haibara acquiesça et, sans grande conviction, s'approcha pour attraper un bras du jeune garçon et le tirer hors de la poubelle. Une fois ce dernier sorti, le détective pu voir qu'il ressemblait assez à l'apparence qu'il avait pour le moment. Sans les lunettes bien sûr.
« Qu'est-ce qu'on fait de lui alors ? » demanda la petite fille aux cheveux auburn. Kudo pouvait bien faire ce qu'il voulait, c'était son problème et probablement son adversaire, pas le sien. Bien sûr, s'ils laissaient le gamin là et qu'il était bien ce qu'ils pensaient qu'il était, l'Organisation ne mettrait pas longtemps à découvrir que l'APTX ne tuait pas forcément ceux qui en ingéraient…
« Nous allons le ramener chez le professeur. » déclara le détective rajeuni. « On verras bien si c'est bien lui comme ça… »
La scientifique afficha un sourire sceptique :
« Et si ce n'est pas lui, que compte tu faire ? Tu risques de te retrouver avec un gosse de sept ans sur les bras, un gamin qui se demandera ce qu'il fait chez toi et qui ne manquera pas de poser des questions… »
« Je suis dirais la vérité tout simplement. » Face à la mine moqueuse de celle qui partageait le même sort que lui, il ajouta : « C'est-à-dire que nous l'avons trouvé évanouit dans une poubelle et couvert de sang et que nous n'allions pas le laisser là… »
«Très bien… Eh bien direction 22, rue Beika… »
POV Kaito
Un rayon de lumière
échappé de la fenêtre vint me chatouiller le
visage, me forçant ainsi à ouvrir les yeux. La première
chose que je remarquait fut la couleur de la pièce. Blanche…
Tout, absolument tout autour de moi était blanc, comme une
hôpital, comme mon costume qui d'ailleurs ne devait plus
l'être à présent. D'ailleurs, où
était-il mon costume ? En rejetant la couverture qui me
recouvrait, je put voir qu'on avait troqué mes vêtements
blancs contre un pyjama de gamin bleu avec des étoiles jaunes.
(Qui était ce on, c'était justement la principale
question qui me venait à l'esprit…) Je fit rapidement le
tour de la pièce, et finit par déduire qu'au lieu de
la chambre d'hôpital à laquelle j'avais pensé
en premier lieu, je me trouvais en fait dans un laboratoire. Des
éprouvettes contenant des liquides adoptant toutes les
couleurs possibles et imaginables étaient disposées sur
des tables de travail ou des étagères et les becs
bunsen côtoyaient les fioles jaugeuses. Pas de doutes à
avoir, c'était bien dans un laboratoire que je me trouvais…
Mais que pouvais bien faire un lit dans un laboratoire ?
En pleine
réflexion à ce sujet, mon regard se reporta à
nouveau sur le lit en question. Je ne l'avais pas vraiment remarqué
la première fois mais à présent, cela me sauta
aux yeux : il était immense ce lit ! On l'avait construit
pour un type de deux mètres cinquante ou quoi ?!
A moins que ce soit moi qui ai rétrécit…
Non,
c'est complètement idiot. Je fais des tours de magie,
d'accord, mais je ne saurais pas réaliser celui là,
et encore moins inconsciemment. Peut-être que le propriétaire
de ce laboratoire est particulièrement grand après
tout…
Je continuait mon inspection des lieux jusqu'à
tomber devant la fenêtre, une grande ouverture fermée
par une vitre. Un fenêtre tout à fait banale, quoi. Mais
ce qui se reflétait dans le verre de la vitre tâché
par endroits était tout sauf banal…
Ce n'était pas possible ! C'était une blague… Hakuba allait ouvrir la porte, un sourire ironique aux lèvres, et lançer que, pour une fois, c'était moi qui était victime d'un tour de magie. Mais ceci était beaucoup trop impressionnant pour un simple tour… Ou alors un cauchemar ? Oui, j'allait bientôt me réveiller, et me lever pour aller au lycée comme tout les matins en riant de ce rêve débile sortit de mon subconscient cette nuit. Je n'avais qu'à attendre et je sortirais bientôt de ce cauchemar. Je retournais donc m'asseoir sur le lit, patientant bien sagement (si, si, c'est vrai) en attendant d'ouvrir les yeux sur le monde réel.
Mais cet instant ne venait pas. Les secondes puis les minutes passaient et je ne sortait toujours pas de rêve désagréable aux allures de cauchemar, restant prisonnier sans même le moindre signe avant coureur d'un quelconque réveil. Ce pourrait-il vraiment que je ne soit pas en train de rêver… ?
C'est à ce moment là qu'un vieil homme bien nourrit au crâne presque chauve et à la moustache blanche entra dans la pièce, suivit d'un gamin à lunettes qui ne m'était malheureusement pas inconnu… Qu'est-ce que tu viens faire dans mon rêve, Tantei-kun ?! Tu me gâches complètement mon truc, là… ! Déjà que ce n'était pas vraiment le paradis, ça ne s'arrange pas vraiment.
« C'est un rêve, n'est-ce pas ? »
Bon, je sais bien que ce n'est pas vraiment la question que l'on pose habituellement lorsque l'on se réveille dans un laboratoire avec dix ans de moins, surtout quand ce sont des inconnus, pas si inconnus que ça en passant, qui viennent voir comment vous allez… Mais bon, dans un rêve on peut tout se permettre, non ?
Les deux protagonistes de mon cauchemar me jettent d'ailleurs un regard qui sous-entends qu'ils doutent fortement de ma santé mentale. Merci bien, j'ai toute ma tête, je vous assure… Mais qu'est-ce que j'en ai à faire du jugement de personnes fictives issues directement de mon imagination débordante d'abord ?!
« J'ai bien peur que non… » finit par répondre Conan Edogawa avec un air résigné. « Pourrais-tu nous expliquer ce que tu faisais dans une poubelle ? »
Houlaaa… C'est une bonne question en effet… Tout ce dont je me souviens, c'est… Pas grand-chose, j'en ai bien peur… - Allons Kaito, fais un effort un peu ! - …Je me suis écrasé en deltaplane. Pourquoi déjà ? Uhm… Snake ! Et son copain blond !!
Mais ça ne m'explique toujours pas comment je suis arrivé ici… Ca confirme assez bien l'hypothèse du rêve ça. Je dois être évanouit, dans le comas ou quelque chose dans le genre. Ca donne vraiment pas envie de se réveiller ça… Et puis si on zappe le fait que j'ai dix ans de moins, c'est assez cool comme rêve pour le moment.
Viens à présent la réponse à la question que vient de me poser cet élément de mon rêve ayant revêtu l'apparence du détective. Voyons voir, ce que je faisais dans ma poubelle… ? Vu que tout cela n'est pas réel, je peux bien lui raconter n'importe quoi… Autant m'amuser un peu !
« Je cherchais mon rubis. Je l'ai perdu alors que j'escaladait le toit, façon Spiderman, pour échapper à Hakuba. Mais lui n'a pas mes pouvoirs si fantastiiiques… Pour tout te dire, j'ai fini par déraper dans une flaque de jus de banane et atterri dans un gros shamallow rose qui m'a projeté dans cette poubelle. Vu que c'était assez confortable si on exceptait l'odeur, j'y suis resté pour faire une sieste. »
Assez convaincant dans l'ensemble, non ? En tout cas, ça n'a pas l'ait d'être leur avis, à croire qu'ils n'ont aucun goût en matière d'histoire invraisemblables… Ils se jettent des regards désolés et, dans le cas du gamin, affligé.
« Apparemment, il a dû tomber sur la tête… » pensa le petit détective. « Mais au moins nous savons que c'est bien le Kid, il nous parle de rubis et d'Hakuba, il n'y a pas de doutes à avoir… »
Sa principale préoccupation était surtout de savoir ce qu'ils allaient faire de lui. Après tout, le voleur était recherché parla police et sa disparition risquait de ne pas passer inaperçue bien longtemps…
« Je crois que tu devrais te recoucher… » finit par dire le professeur Agasa.« Le choc a dû être rude. »
Conan et le professeur sortirent de la pièce, fermant la porte derrière eux :
« Nous allons te laisser te reposer. » déclara le vieil homme.
Kaito retourna s'allonger : peut-être que son rêve n'en était pas un en fin de compte… Ou alors il était très réel. Il ne savait pas. Il commençait à avoir mal à la tête et son bras, qui avait réceptionné la balle de Gin, n'avait pas vraiment commencé à guérir. Tout en repensant à tout ce qui lui était arrivé en si peu de temps, il fixait le plafond entièrement blanc lui aussi, si l'on exceptait quelques toiles d'araignées. Finalement, le petit voleur finit par s'endormir dans ce qu'il pensait être un rêve éveillé.
