Bonjour à toustes !
Petite surprise imprévue, un OS écrit il y a déjà quelques semaines et déjà publié sur AO3.
Vous aimez l'ambiance de Noël ? Allez on y reste encore un peu !
Bonne lecture !
... ... ... ...
Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l'ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) organisé par le serveur Discord Potterfictions sur le thème des fanarts.
Nous remercions infiniment UptheHill, artworkfromamage et kidovna, qui autorisent l'utilisation de leurs œuvres à condition d'être nommées.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien sur mon profil.
Mon incipit imposé : American Psycho de Bret Easton Ellis "Abandonne tout espoir, toi qui pénètres ici"
Mon trope imposé : Bombe temporelle - L'intrigue est guidée par une course contre la montre
Les fanarts tirés au sort : (les liens ne marchent pas ici, mais si vous voulez voir les fanarts, les liens sont dispo sur ma publication AO3 de cette histoire. Je vous conseille vraiment d'aller les voir !
1 : Harry et Drago par UptheHill
2 :Harry et Drago par UptheHill
3 :James, Peter, Remus, Sirius, Lily par UptheHill
« Abandonne tout espoir, toi qui pénètres ici »
Drago soupira de désespoir à l'entente de la voix désincarnée. Encore une bande sonore idiote qui se déclenchait automatiquement à intervalles réguliers. Cela ne faisait même pas peur !
— Merlin, cette enquête est vraiment une blague ! grommela Harry en progressant dans les couloirs sombres éclairés par sa baguette.
— Crois-moi, j'aimerais bien que ce soit le cas, mais vu le genre de sorciers qu'on cherche, ça m'étonnerait… Reste sur tes gardes !
— Je suis toujours sur mes gardes, Malefoy !
Cependant, malgré toute la vigilance du monde, les deux coéquipiers ne trouvèrent rien dans cette vieille attraction moldue déserte excepté de la poussière et de la saleté. Les indices les avaient menés vers cette fête foraine et ils visitaient tous les manèges les uns après les autres, sans rien trouver jusque-là – hormis des messages sonores ridicules. À croire que les contrebandiers n'avaient jamais été là.
— Bon, j'en ai plein le cul de cette fête foraine de merde. On va faire les choses à ma façon, maintenant, décréta Harry, visiblement excédé, en ressortant de la maison hantée.
Il se dressa, sa baguette levée, en plein milieu de l'allée principale de la fête foraine. Il n'y avait pas âme qui vive ici, du moins en apparence. Le Bureau des Aurors avait réussi à faire fermer les lieux pour laisser le temps à leurs enquêteurs de vérifier leur piste sans risquer de se dévoiler aux moldus.
— Potter…
— Tu peux partir si tu veux, Malefoy. Moi, je vais régler ce problème comme on aurait dû le faire dès le début. J'en ai ma claque des « Abandonne tout espoir, toi qui pénètres ici », de la poussière et des toiles d'araignées.
Drago regarda son coéquipier, il était insupportable quand il était comme ça. Pourtant, il se plaça dos à lui, baguette levée, prêt à tout. Harry était peu conventionnel et ses méthodes manquaient cruellement de subtilité parfois, mais pour rien au monde il ne l'aurait laissé tomber.
— Repello Moldum, Salveo maleficia, Cave Inimicum, murmura Harry.
Il était peut-être impatient et peu discret, mais il n'était pas inconscient, Le Code International du Secret Magique était la chose la plus importante à respecter. Et leur protection était la seconde, Drago savait que Harry ne prenait pas de risques inutiles, malgré ce que la plupart de leurs collègues pensaient.
— Hominum revelio.
Des lumières dorées s'allumèrent au loin, disséminées dans le parc désert. Il y avait donc bien des sorciers par ici, c'était probablement ceux qu'ils cherchaient.
— Mets en place les barrières anti-transplanage, Drago, on les tient.
Drago sortit un petit cube de la pochette accrochée à sa ceinture. Il le posa au sol, puis pointa sa baguette dessus. Quelques sortilèges plus tard, un dôme invisible se déploya autour d'eux, englobant un périmètre de deux cents mètres. Il ne pouvait le régler sur un diamètre plus grand, mais cela réduisait déjà le risque que les suspects s'échappent.
— Sorciers, vous êtes en état d'arrestation ! Une barrière anti-transplanage a été installée et un sortilège nous révèle votre position. Nous vous recommandons de coopérer, sinon nous userons de la force pour vous placer en garde à vue.
La voix de Harry, amplifiée grâce à un Sonorus informulé, porta loin. Son ton était ferme et sans appel, mais dépourvu d'agressivité. L'expérience et les années leur avaient appris que plus ils étaient calmes, mieux ça marchait.
Deux sorciers les rejoignirent, les bras levés. Drago les désarma dès qu'il les aperçut, sans un mot. Les baguettes volèrent dans sa main libre. Il leur passa une entrave magique et posa une trace temporaire sur eux.
Mais il restait encore trois lumières. L'une d'elles disparut en même temps qu'un « bang » sonore résonnait au loin. Quelqu'un avait visiblement essayé de transplaner, Drago savait qu'ils retrouveraient la personne évanouie sous le choc. Cela n'était pas dangereux, mais particulièrement désagréable. Tous les Aurors avaient déjà testé la barrière anti-transplanage eux-mêmes, cela faisait partie de leur formation.
— Bon, on se sépare et on arrête les deux derniers. Je pars par là, décida Harry sans attendre l'assentiment de Drago.
Drago leva les yeux au ciel, mais ne tenta pas de le faire changer d'avis : Harry était plus buté qu'un hippogriffe. Ils n'étaient pas censés se séparer sur le terrain, mais comme toujours il faisait les choses à sa façon et Drago suivait le mouvement. Au départ, il avait essayé de s'opposer à son nouveau coéquipier, mais il avait finalement compris que c'était peine perdue. Quand il avait lâché prise sur les règles du parfait Auror, ils avaient enfin réussi à s'entendre.
Drago se dirigea vers l'une des lumières après avoir recommandé aux deux personnes menottées de se tenir tranquilles. Il se jeta un sortilège de désillusion et parvint à pétrifier son suspect sans aucune difficulté après l'avoir abordé par-derrière. Il récupéra également la sorcière évanouie qui était toute proche, puis ramena les quatre individus au Ministère grâce à un lien magique spécial lui permettant de faire un transplanage d'escorte à plusieurs, jusqu'à dix maximum. Il savait que Harry ferait la même chose de son côté et ne l'attendrait pas.
Une fois les suspects derrière les barreaux, Drago laissa la main à la Brigade de Police Magique qui détenait le dossier. Harry et Drago avaient simplement été appelés en renfort pour enquêter sur la fête foraine, ils n'étaient pas censés arrêter les sorciers seuls. Il fit un arrêt à la salle de pause et se prépara un thé. Las, il s'installa sur l'un des canapés et ferma les yeux un instant, juste le temps que le thé infuse.
— Qu'est-ce que vous avez encore foutu avec l'Auror Potter, Auror Malefoy ?
La voix grave de Kingsley Shacklebolt obligea Drago à rouvrir ses paupières et à se relever. Évidemment, dès que Harry n'en faisait qu'à sa tête avec les règles, ça finissait ainsi. Drago y était habitué et le savait avant même que ça n'arrive. Il en prenait son parti maintenant.
— Comme d'habitude, chef… Harry a foncé tête baissée.
— Et vous continuez de le laisser faire ! Combien de fois vous ai-je demandé de suivre les protocoles ?
— Des centaines… Mais au final, le boulot est fait et c'est ce qui compte. Le secret magique a été respecté et personne n'a été blessé.
— Harry est à Sainte-Mangouste, Drago… souffla Kingsley avec lassitude.
Le cœur de Drago manqua un battement. Il jeta le thé qu'il n'avait pas eu le temps de boire, s'excusa auprès de Kingsley et se rendit à l'aire de transplanage d'urgence.
…
Le hall de Sainte-Mangouste était rempli de monde, comme toujours. Drago connaissait les lieux beaucoup mieux qu'il ne l'aurait voulu puisque Harry avait la fâcheuse habitude de finir ici. Et Drago avait été blessé plus qu'à son tour également en suivant les idées saugrenues de son coéquipier.
— Bonjour, je cherche l'Auror Potter, s'enquit-il auprès de la sorcière de l'accueil.
— Ah, Auror Malefoy… Je me demandais quand vous alliez arriver. Je vérifie ça tout de suite.
Le regard de Drago se perdit un instant autour de lui. Le calendrier magique sur le comptoir attira son attention : mercredi 1er décembre 2010, 6:06 pm. Déjà le mois de décembre, le temps passait vraiment trop vite. Peut-être pourrait-il aller chercher un sapin samedi… La voix de la sorcière le sortit de ses pensées :
— Chambre 420, les médicomages sont peut-être encore avec lui.
— Merci, Mary.
Drago était si familier du lieu en vérité qu'il connaissait aussi le personnel par son prénom, pour la plupart. Il se rendit au quatrième étage sans trop d'inquiétude : si ça avait été sérieux, Harry ne serait pas dans une chambre, mais au bloc.
Mary était gentille et elle avait toujours un mot sympathique pour Drago lorsqu'il venait voir dans quel état s'était mis Harry, quand ce n'était pas lui qui l'amenait directement à l'hôpital.
La porte 420 était entrebâillée et des voix lui parvinrent. Il reconnut celles de Harry et Hermione, et si elle était encore là cela voulait dire que les soins n'étaient pas terminés. Il ne souhaitait pas déranger la médicomage dans son travail, alors il s'appuya au mur et tendit l'oreille, curieux.
— Voilà, j'ai presque fini. Il faudra que tu appliques du baume cicatrisant tous les jours pendant une semaine, Harry. Sinon la brûlure va te laisser des cicatrices.
— Je ne suis plus à ça près. OK, je le ferai, ne me fais pas ses yeux là, ajouta Harry après un temps de pause.
— C'est bon, tu peux remettre ton uniforme. Enfin, ce qu'il en reste…
Drago se demanda à quel point Harry avait été brûlé pour que son uniforme soit en charpie. Comment un seul sorcier avait-il pu le blesser autant ? Il entendit des bruits de tissus que l'on enfile.
— Au fait, Harry, tu as repensé à notre invitation pour le Nouvel An ?
— Je n'ai pas changé d'avis, je suis désolé, je ne viendrai pas. Mon portoloin pour New York est prévu le trente et un à quatorze heures.
— Harry… Es-tu sûr de prendre la bonne décision ?
— Oui, je suis sûr ! Écoute, Hermione, j'ai trente ans et personne dans ma vie. Toutes mes histoires sont des fiascos, on veut sortir avec moi parce que je suis Harry Potter, j'en peux plus ! Mes parents sont morts et ma famille d'adoption est aussi celle de mon ex, j'ai l'impression de voler la famille de Ginny puisqu'elle ne vient plus quand j'y suis. Au moins à New York, je pourrais trouver quelqu'un qui m'aimera pour qui je suis vraiment et je ne serai plus un poids pour les Weasley.
La voix de Harry était triste et Drago sentit son cœur se serrer. Il ne pensait pas que Harry allait si mal qu'il voulait changer de continent. Il ne lui en avait pas parlé et ne comprenait pas pourquoi. Ils étaient coéquipiers depuis plusieurs années et ils s'entendaient bien, il n'avait aucune raison de lui cacher son départ…
— Je suis désolée, Harry. Tu vas nous manquer, tu sais…
— Je serai à un petit portoloin de vous, on se verra toujours pour dîner de temps en temps. Mais vous me manquerez aussi.
Des bruits de pas et un froissement de tissus permirent à Drago d'imaginer que les deux amis étaient en train de s'enlacer maintenant. Le cœur lourd, il s'éloigna un peu, il ne voulait pas être surpris à espionner. Comment allait-il faire si Harry s'en allait ? Avec qui allait-il faire équipe au travail ? Avec qui allait-il pouvoir se moquer des Tireurs d'Élite qui fanfaronnaient dans les couloirs ? Avec qui allait-il prendre un verre le soir pour décompresser après une affaire difficile ?
Harry était sa raison de sourire quand il arrivait au bureau. Il était bien plus qu'un ami, Drago était tombé lentement amoureux et ne l'avait dit à personne, se contentant de leur amitié. Mais Harry voulait partir et Drago ne pouvait pas l'accepter. Il avait un mois pour le faire changer d'avis.
…
— Aurors Potter et Malefoy, dans mon bureau dans cinq minutes ! cria Kingsley à travers l'open space.
La journée touchait à sa fin, Drago finissait de remplir un compte-rendu. Il attrapa sa tasse de thé juste infusée et encore fumante puis se rendit dans le bureau de leur chef, Harry sur les talons.
— Drago, commença Kingsley, il est temps de vous informer que Harry a été muté au MACUSA comme Auror de liaison britannique. Il quitte Londres à la fin du mois. Nous devons décider avec qui vous ferez équipe à partir de janvier.
— Tu pars ? fit mine de s'étonner Drago en se tournant vers Harry.
Un mouvement de tête lui répondit, Harry fuyait son regard.
— Je ne veux pas d'autre coéquipier si Harry s'en va, décréta Drago. Personne ne m'apprécie ici de toute façon.
— D'une part vous savez que c'est faux, d'autre part il est obligatoire de travailler en équipe sur le terrain. Je peux vous greffer sur un groupe existant ou vous attribuer un stagiaire de dernière année.
Drago soupira, le choix n'était vraiment pas idéal. Dans un groupe déjà formé, il aurait du mal à s'intégrer, les autres Aurors n'étaient pas vraiment ses amis. Avec un stagiaire, il serait cantonné à des affaires mineures, sauf si les interventions nécessitaient plusieurs équipes. Il regarda de nouveau Harry qui avait relevé les yeux vers lui. Son sourire désolé lui tordit l'estomac et Drago se promit de tout faire pour l'empêcher de partir.
— Je prends le stagiaire, choisit-il finalement. Bonne soirée, chef.
Drago se leva et rejoignit son bureau, sa tasse de thé n'avait même pas eu le temps de refroidir tant ça avait été expéditif. Il entendit Harry le suivre et s'installer à sa propre table, face à lui.
— Je suis désolé de ne pas te l'avoir dit avant… souffla Harry. Je ne voulais pas que tu t'inquiètes.
— Et si on allait boire un verre ce soir pour en parler ?
— Vingt heures au Dragon qui fume ?
— Allons au Pink Whashing plutôt, je n'ai pas envie d'être côté sorcier… On nous regarde toujours comme deux bêtes curieuses.
Harry confirma et ils se remirent à leurs comptes-rendus. Ils venaient de boucler une petite affaire de vol d'objets magiques familiaux. Après la fête foraine la semaine précédente, ça avait été bienvenu de ne pas finir à l'hôpital.
Drago se rendit au pub après être passé chez lui pour grignoter un morceau. Il avait également enfilé une chemise bleue et une veste d'hiver moldue à la place de son uniforme d'Auror. Il s'installa dans le fond de la salle, à une petite table ronde et haute, sans chaises. Il aimait bien cet endroit où son coéquipier l'avait emmené un soir alors qu'il n'avait pas le moral parce que sa dernière aventure s'était finie en boue de chaudron.
Harry se montra avec quinze minutes de retard, comme d'habitude. Il le vit commander au bar avant de le rejoindre tout en retirant son épais blouson. Il ne se priva pas de le détailler des pieds à la tête, notant qu'il avait enfilé un jean et un t-shirt rouge à manches longues qui lui allaient particulièrement bien. Le serveur leur apporta leurs boissons un instant plus tard et repartit en lançant un clin d'œil à Drago.
— Je croyais que tu l'avais rembarré la dernière fois ? s'étonna Harry.
— Je l'ai fait, mais il s'accroche… soupira Drago après avoir avalé une gorgée de son whisky.
— Pourquoi est-ce que tu repousses tous les mecs qui t'abordent, Drago ? Ce n'est pas comme si on pouvait avoir la même liberté côté sorcier.
— D'une, je ne repousse pas tout le monde, tu as pourtant été témoin de choses que tu n'aurais pas dû voir… Et deuxièmement… disons que mon cœur est pris et que je compte séduire quelqu'un en particulier.
— Qui donc ? s'exclama Harry, l'œil pétillant.
— Je ne te le dirai pas, tu es incapable de garder un secret, Potter.
Drago échangea un regard avec Harry, debout à côté de lui, ses avant-bras sur la table, son verre entre les mains. Il souriait un peu et Drago savait qu'il mourait d'envie d'être au courant. Mais Drago ne pouvait pas lui dire de but en blanc qu'il s'agissait de lui. Il préféra détourner la conversation.
Harry et Drago par UptheHill
— Bon… Au lieu de me casser les pieds avec ma vie amoureuse, raconte-moi cette histoire avec le MACUSA plutôt.
— Je… Il y avait cette opportunité… Et je me suis dit que c'était l'occasion de repartir à zéro, trouver quelqu'un, pouvoir me promener dans la rue sans qu'on m'interpelle, pouvoir boire un verre avec mes amis sans qu'on m'observe…
— Tu peux faire pareil à Londres, Harry ! Regarde-nous ce soir !
— On est côté moldu, Drago, et tu sais aussi bien que moi que nous pouvons coucher avec eux, mais pas faire notre vie avec.
— Tu te trouves des excuses, tu pourrais très bien le faire. Ça arrive tous les jours…
— Je suis désolé, je sais que ça sera dur pour toi au bureau quand je serai parti. Mais… je sais pas… tu pourrais… venir avec moi au MACUSA ? Je pourrais négocier un coéquipier ?
Drago ne pouvait détacher son regard de Harry. Il ne souriait plus maintenant, il était parfaitement sérieux et semblait préoccupé. Le cœur de Drago accéléra, espérant quelque chose qui n'existait pas.
— C'est impossible, Harry, tu le sais aussi bien que moi. Ton nom ne peut pas tout faire, surtout pas là-bas. Mais merci quand même.
La fin de la soirée ne fut pas aussi triste qu'elle aurait pu l'être. Ils discutèrent de choses et d'autres, de leurs amis, du Quidditch, de travail et rentrèrent chez eux un peu saouls, sachant que le réveil le lendemain serait difficile. Mais Drago ne regrettait rien.
…
Le temps s'écoulait à une vitesse affolante. Harry se força à terminer de ranger toutes les affaires qu'il lui restait. Il repoussait sans cesse les derniers préparatifs, une façon de reculer son départ pourtant inévitable. Il avait mûrement réfléchi sa décision et malgré les côtés négatifs il essayait de se convaincre d'avoir pris la bonne. Ses amis allaient lui manquer, son coéquipier également. Drago était devenu quelqu'un sur qui il pouvait compter, au bureau et dans le privé aussi. Il avait même réussi à s'entendre avec ses proches, une chose inespérée quelques années plus tôt.
Il devait tout trier, mettre de côté les quelques souvenirs qu'il emporterait, donner ou jeter le reste. Certaines de ses affaires, comme ses meubles ou sa décoration, seraient stockées provisoirement dans le grenier de Ron et Hermione, le temps qu'il trouve un endroit assez spacieux pour s'installer à New York.
La mort dans l'âme, Harry poussa la porte de la vieille chambre de Sirius à laquelle il n'avait quasiment pas touché depuis qu'il habitait au Square. Kreattur était mort depuis des années et le ménage n'était plus fait ici. Il lança quelques sorts pour dépoussiérer sommairement la pièce, ouvrit les fenêtres pour aérer malgré le froid glacial de mi-décembre et se mit au travail.
Il commença par vider l'armoire, écartant les araignées et les doxys d'un coup de baguette. La plupart des habits étaient rongés par les mites, mais quelques-uns étaient encore en assez bon état pour être portés. Il conserva pour lui-même la veste en cuir que Sirius portait pour faire de la moto quand il était jeune, par nostalgie. Les étagères et le bureau furent rapidement délestés également : les livres qui ne sentaient pas trop le moisi allèrent sur la pile des dons, mais tous les parchemins furent jetés. Il était inutile de garder les vieux devoirs d'école et les papiers de l'époque de l'Ordre. Il laissa en place les meubles qu'il donnerait avec la maison, et qui, après un rafraîchissement, seraient exploitables.
Il y avait peu d'objets personnels, Sirius ayant emporté ses affaires en quittant le domicile familial à seize ans. Tout cela avait dû être perdu depuis.
La dernière étape fut de décrocher des murs tout ce que Sirius y avait mis dans sa jeunesse et pendant les quelques années où il était revenu vivre là à l'époque de la Deuxième Guerre. Les bannières aux couleurs de Gryffondor rejoignirent la pile des choses dont Harry ne voulait pas se séparer alors qu'il avait déjà les siennes. Mais il ne supportait pas l'idée que celles-ci soient jetées ou données à quelqu'un qui n'en comprendrait pas la signification. Sirius avait été un paria dans sa propre famille, seul Gryffondor parmi les Serpentard, et il en avait été fier. Les posters de motos et de filles en bikini partirent avec les déchets.
Puis il décrocha quelques photos, l'émotion l'étreignant. Il posa avec précaution sur la pile des souvenirs à conserver une photo sorcière de Sirius et Remus se tenant par la taille et souriant à l'objectif, un ridicule chapeau rouge sur la tête, leurs visages de trentenaires fatigués par la guerre. Il se rappelait de ce Noël-là… Le seul qu'il avait passé avec son parrain.
La larme à l'œil, il attrapa la dernière image, elle ne bougeait pas. Sur celle-ci se trouvaient ses parents, Sirius, Remus, mais aussi Peter dont on ne voyait que la main tendue vers le haut. Ils se tenaient les uns aux autres, heureux, brandissant des tiges lumineuses qu'on allumait aux périodes des fêtes. Ils semblaient tous si jeunes, ils ne devaient pas avoir plus de dix-huit ans et pensaient avoir la vie devant eux. Ils étaient morts aujourd'hui, presque à l'aube de leur existence pour certains. Les larmes roulèrent sur les joues de Harry tandis qu'il caressait du bout des doigts les visages de sa mère et de son père.
James, Peter, Remus, Sirius, Lily par UptheHill
Ce rangement le bouleversait plus qu'il ne s'y était attendu et cela le convainquit davantage. Il devait quitter Londres et les souvenirs déchirants qui s'y rattachaient. Il devait tourner la page, faire enfin sa vie.
…
La nuit était tombée, les rues étaient éclairées par les lampadaires et les guirlandes lumineuses. Des cantiques s'entendaient un peu partout et de bonnes odeurs de marrons et de vins chauds s'élevaient des stands du marché de Noël.
Drago flânait au milieu des gens, les mains dans les poches de son manteau noir. La petite boîte cognait contre ses doigts régulièrement. Il ne savait pas pourquoi il avait acheté ça, c'était ridicule de prendre un cadeau pour quelqu'un qu'il ne croiserait même pas à Noël ! De toute façon, il ne voyait jamais personne à Noël. Ses parents étaient en prison, sa tante Andromeda n'avait pas eu le temps de lui pardonner avant de mourir d'une maladie foudroyante et ses amis étaient avec leurs propres familles. Ils l'invitaient tous les ans, mais Drago ne consentait à les retrouver que pour le Boxing Day. Noël c'était pour la famille et Drago n'avait plus de famille.
Cette année lui semblait encore pire que les précédentes et il sentait son cœur se morceler un peu plus chaque jour qui passait. Il ne restait que sept jours avant le départ de Harry et il n'avait réussi à rien du tout. Un échec complet. Pourtant, il avait essayé, ils étaient sortis plus souvent que d'habitude, il l'avait subtilement complimenté sur ses tenues, il l'avait invité à dîner chez lui… Mais Harry semblait hermétique à ses efforts, il ne semblait pas voir ce que Drago avait l'impression de hurler.
Il s'offrit un verre de vin chaud aux épices qu'il sirota en passant de stand en stand. Il le jeta quand il fut terminé et se résolut à rentrer chez lui pour fêter le réveillon en tête à tête avec son chat. Il tourna à l'angle d'une rue et bouscula quelqu'un qui arrivait en sens inverse. La main massant son épaule douloureuse, il reconnut Harry qui se tenait le bras.
— Oh ! Salut, Drago, désolé…
— Ça ne fait rien, grimaça Drago. Qu'est-ce que tu fais là ?
— Je terminais mes achats de Noël, avoua Harry d'un air gêné, les mains dans les poches.
Drago se retint de lever les yeux au ciel, il n'y avait que Harry pour finir ses courses de Noël à dix-sept heures le vingt-quatre décembre. Il l'observa discrètement et sentit son cœur fondre d'amour pour ses cheveux ébouriffés qui dépassaient de son bonnet en laine, son écharpe grise et l'un de ses vieux pulls rouges. Sa main se referma sur la petite boîte au fond de sa poche et Drago décida de se jeter à l'eau. Il n'allait pas garder ça pour lui de toute façon.
— Joyeux Noël, Harry ! annonça-t-il en tendant le paquet au ruban rouge sans oser le regarder.
Harry et Drago par UptheHill
— Je… mais… je n'ai rien pour toi…
— Je ne fais pas de cadeau dans le but d'avoir un retour, Potter. Mais je peux le reprendre si tu n'en veux pas.
Drago sentit ses joues chauffer et rosir alors qu'il relevait les yeux vers le visage étonné de son coéquipier. Ce dernier s'empara de la boîte et l'ouvrit. Il s'y trouvait un porte-clés en forme de vif d'or.
— Pour ta nouvelle vie… On se voit mardi ?
— Merci, Drago, à mardi.
Drago s'éloignait déjà quand la voix de Harry le fit se retourner :
— Et joyeux Noël à toi aussi !
Drago fit un signe de la main et transplana.
…
Harry n'avait donné rendez-vous à personne et pourtant ses amis étaient tous là quand il arriva dans le hall du terminal des portoloins de Londres. Ils s'étaient visiblement donné le mot et un groupe d'une vingtaine de personnes l'attendait avec des pancartes. Cela lui fit chaud au cœur, littéralement.
Il enlaça chacun d'eux, profitant de ces derniers instants. Évidemment, ils allaient se revoir, mais aujourd'hui, Harry tournait une page. Ce n'était pas anodin. Il était à la fois peiné de les quitter et excité de prendre ce portoloin pour un autre continent et sa nouvelle vie.
Le cœur serré, Drago regarda Harry dire au revoir à tout le monde avec chaleur et remarqua qu'il s'attarda plus avec Hermione qu'avec Pansy, mais cela n'était pas inattendu. C'était déjà particulièrement positif que tant de gens si opposés à Poudlard soient amis actuellement. Il se demanda quelle serait l'attitude de Harry à son égard.
— Drago, c'est maintenant ou jamais, chuchota Théodore à son oreille, ne le laisse pas partir !
— Devant tout le monde ?
— Tu vas être malheureux toute ta vie, cesse de faire l'idiot et dis-lui !
Drago ne pouvait s'y résoudre, il n'allait quand même pas faire une déclaration d'amour au beau milieu des portoloins de Londres ! C'était ridicule ! Il se sentait infiniment triste de savoir que Harry allait partir et il serait en effet malheureux de ne pas avoir réussi à lui dire la vérité. Il ne lui restait qu'un infime espoir.
Harry s'avança enfin vers lui, les joues légèrement rouges, son regard vert embué par l'émotion. Il l'enlaça avec force et Drago se laissa aller dans son étreinte amicale. Il avait la sensation que ce câlin était différent de ceux qu'ils avaient pu échanger ponctuellement auparavant, il avait une intensité particulière. Drago refusait de croire que cela voulait dire quelque chose, mais il ne pouvait s'empêcher d'espérer pour autant. Quand Harry recula enfin, l'une de ses mains s'attarda sur la manche du manteau de Drago et il sentit ses doigts le serrer à travers l'épais tissu.
— Tiens, une petite surprise pour ton arrivée, déclara Drago en se forçant à maîtriser sa voix voilée par l'émotion. Fais bon voyage.
Il lui tendit une enveloppe d'une main légèrement tremblante. Harry l'attrapa en lui frôlant les doigts et le cœur de Drago percuta sa cage thoracique avec plus de force pendant un instant.
— Sois gentil avec la stagiaire et sois prudent. Tu vas me manquer, Drago.
— Toi aussi, Harry, toi aussi.
— Voyageurs à destination de New York par le portoloin de quatorze heures, départ dans dix minutes, porte trois ! clama une voix dans les haut-parleurs magiques.
— Je dois y aller…
Harry mit l'enveloppe dans sa poche et se tourna ensuite vers Théodore à qui il serra chaleureusement la main. Puis il s'écarta un peu et fit un geste vers ses amis réunis, certains d'entre eux ne cachaient pas leurs larmes et la tristesse se voyait sur tous les visages. Puis il attrapa son sac sans fond et se dirigea vers la porte numéro trois. Il fit la queue et passa la barrière en montrant son ticket au sorcier contrôleur. Puis il s'approcha d'un vieux parapluie posé sur une table. D'autres voyageurs le rejoignirent progressivement.
Harry mit sa main libre dans sa poche en attendant le signal, il ne savait pas quoi en faire et ne voulait pas déjà saisir le portoloin, il aurait l'air stupide. Les doigts se refermèrent sur du papier et sortirent l'enveloppe du manteau. L'écriture ronde de Drago s'y étalait : « À ouvrir à New York ».
— Voyageurs à destination de New York par le portoloin de quatorze heures, départ dans cinq minutes, porte trois !
Harry n'était pas connu pour sa patience et sa curiosité était sans bornes. Il ne voulait pas attendre d'arriver pour lire ce courrier ! Il posa son sac, déchira le papier et sortit un court parchemin plié en deux. Il parcourut la lettre des yeux.
« Cher Harry,
Je te souhaite tout le bonheur du monde à New York, j'espère que tu découvriras enfin ce que tu cherches sans le trouver ici : quelqu'un pour partager ta vie et l'anonymat.
Travailler avec toi aura été la chose la plus surprenante de mon existence et je suis heureux d'avoir été ton coéquipier pendant quatre ans.
Merci de m'avoir offert ton amitié, je ne l'oublierai pas.
Avec tout mon amour,
Drago »
Harry cligna des yeux, interloqué. Il relut la lettre trois fois, s'attardant sur chaque mot. Il releva la tête et se tourna vers la partie publique du hall, espérant apercevoir Drago. Son groupe d'amis était toujours là, mais la distance l'empêchait de distinguer si son coéquipier était resté.
— Départ dans une minute, merci de poser votre main sur le portoloin, informa la sorcière en charge de leur destination.
Hébété, Harry fourra le papier dans sa poche, attrapa son sac et posa l'autre main sur le parapluie défraîchi, entre une jeune femme blonde et un vieux monsieur. Sa nouvelle vie l'attendait.
— Départ dans trente secondes.
L'électrochoc percuta Harry tel un cognard. Il se souvint de la soirée au bar et des confidences de Drago : il était amoureux de quelqu'un, mais ne voulait pas lui dire de qui il s'agissait ! Mais quel idiot !
— Départ dans dix secondes, neuf, huit…
Harry lâcha le parapluie et tourna les talons. Il s'énerva contre le contrôleur qui refusait de le laisser repartir et fut obligé de brandir son badge d'Auror pour passer. Il traversa le hall à grandes enjambées, slalomant entre les sorciers qui attendaient.
Drago vit Harry revenir vers eux presque au pas de course. Il croisa son regard avant même d'arriver à son niveau et ne le quitta plus. Harry jeta son sac et sortit de sa poche un parchemin chiffonné qu'il tendit vers lui. Drago reconnut sans mal sa lettre. Ouverte.
— Tu es un imbécile, Drago Malefoy !
Avant que Drago ait le temps de lui répondre, Harry lâcha le courrier qui tomba lentement au sol, telle une feuille d'automne se décrochant de son arbre, et entoura son visage de ses mains. Puis il posa ses lèvres sur les siennes.
J'espère que vous avez aimé votre lecture !
On se retrouver vendredi avec Guérir du passé !
