Bonjour à toustes !
Me revoilà avec un court OS. Il a été posté sur AO3 il y a déjà quelques semaines car il a été écrit dans le cadre d'un ASPIC organisé par le Discord Potterfictions. Il s'agit d'un texte écrit pour un calendrier de l'avent. Il a été rédigé pour Damelith, une personne adorable que je vous invite à aller lire !
Nous retrouverons pour Guérir du passé vendredi et en attendant, bonne lecture !
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Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l'ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) organisé par le serveur Discord Potterfictions.
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Contraintes d'écriture : texte de 500 à 5000 mots qui tourne autour des fêtes de fin d'années.
Texte écrit en réponse aux envies / goûts de : Damelith
Les pulls moches de Noël ou la meilleure arme de séduction
Le petit cottage au milieu de la campagne galloise ne payait pas de mine et ressemblait à toutes les autres maisons du hameau. Il fallait pousser la porte pour constater qu'il n'était pas aussi commun qu'il en avait l'air.
Tout d'abord, il se passait des évènements étranges dans cette maison : la vaisselle se lavait seule, les cuillères en bois touillaient les casseroles en autonomie, de drôles de bruits s'en échappaient parfois et les habitants recevaient des visiteurs surprenants régulièrement. Des gens habillés avec fantaisie et qui parlaient de choses bizarres. C'était une résidence de sorciers, à n'en pas douter.
Par ailleurs, quand on observait bien cette petite maison, deux styles bien distincts se mélangeaient dans la décoration et les objets qui s'y trouvaient. Un puzzle mouvant de deux mille pièces aux couleurs des canons de Chudley – inachevé et abandonné sur la table de la salle à manger – côtoyait un pot-pourri aux senteurs de lavande qui faisait office de centre de table. Des romans jeunesse étaient jetés pêle-mêle sur les guéridons recouverts de dentelle dans le salon. Des maquettes des balais de compétition les plus réputés trônaient près des photos de famille sur le buffet en bois brut ouvragé. Des mugs aux teintes et textes changeants étaient rangés aux côtés de porcelaines délicates dans le vaisselier de la cuisine. Dans l'appentis du jardin reposaient une bicyclette de ville un peu vieillotte et un vélo tout terrain coloré adapté à un enfant de douze ans.
Ce samedi six décembre, sur les coups de quinze heures, un jeune homme plutôt grand, aux cheveux blonds presque blancs et aux yeux gris, apparut au détour du chemin menant à ce cottage. Il portait une longue cape à capuche qui lui couvrait l'intégralité du corps et seuls ses pieds chaussés de bottes en cuir parfaitement cirées étaient visibles alors qu'il marchait à grandes enjambées vers la maison. Il appuya sur la petite sonnette et la porte s'ouvrit sur un garçon d'environ dix ans aux cheveux d'un rose soutenu.
— Cousin Drago !
— Bonjour, Edward, comment vas-tu ? demanda Drago en entrant dans la maison.
— Trop bien, mon parrain est en train d'installer le sapin !
Drago grimaça, c'était son tour ce week-end, il n'y avait aucune raison pour que Potter soit ici aujourd'hui. Il n'avait pas la moindre envie de sociabiliser, bien qu'il n'eût pas beaucoup le choix. Il accrocha sa cape dans l'entrée et passa une main dans ses cheveux, un peu nerveux et agacé.
Potter et lui se côtoyaient depuis des années à cause d'Edward Lupin, le petit-cousin de Drago qui était aussi le filleul du Gryffondor à lunettes. Drago s'en serait bien passé, mais le garçon s'était attaché à eux et demandait leur présence régulièrement. Alors Drago s'était excusé pour son comportement à Poudlard et Potter lui avait pardonné, ou du moins avait accepté ses excuses. Ils se forçaient à être polis quand ils se croisaient chez Andromeda et Edward, pour la chasse aux œufs de Pâques, pour son anniversaire, pour le Boxing Day et quelques autres occasions.
Potter s'était révélé être d'une compagnie potable et moins pénible que ce que Drago avait toujours cru et c'était déjà ça. Mais surtout, il aimait par dessous tout faire plaisir à son petit-cousin et il appréciait voir sa tante régulièrement. Alors il faisait des efforts.
Drago rejoignit le salon dans lequel se trouvait un Edward sautillant et un homme aux cheveux noirs emberlificoté dans un immense sapin. Il paraissait se battre avec l'arbre mort et manqua de le faire basculer deux fois en l'espace de trente secondes. Drago soupira et sortit sa baguette pour stabiliser le conifère d'un sortilège. Potter tourna la tête vers lui et Drago y vit une lueur de reconnaissance dans ses yeux, puis il termina son installation et se recula. Il avait des aiguilles de sapin accrochées partout sur un horrible pull rouge en laine aux motifs guirlandes qui semblait tricoté main.
— Toujours aussi élégant, Potter.
— C'est Mamy Molly qui l'a tricoté, répondit Teddy avec fierté.
— J'ai pas besoin de ton avis sur mes fringues, Malefoy. En tout cas, c'est certain que c'est pas avec ta robe haute couture que tu ramènerais un sapin à Teddy, tu risquerais de la froisser et de te mettre à pleurer… Et bonjour à toi aussi !
Drago se mordit la langue pour ne pas répondre et se retint de lever les yeux au ciel, il avait promis à sa tante de faire un peu plus d'efforts cette année-là. C'était la dernière année avant qu'Edward aille à Poudlard, la dernière année où il aurait autant besoin d'être en présence de Potter puisque son cousin serait ensuite absent la majorité du temps.
— Les garçons, cessez vos enfantillages, s'il vous plaît, gronda Andromeda en entrant dans la pièce avec du thé et des biscuits qui embaumaient la cannelle.
Drago se força à faire un sourire qu'il espérait aimable et s'installa dans le canapé. Edward lui sauta presque sur les genoux et se faufila dans l'espace minuscule entre l'accoudoir et son propre corps, l'obligeant à se décaler au milieu de l'assise. Andromeda prit place dans son rocking-chair et servit le thé. Potter les rejoignit après avoir épousseté les aiguilles de son pull, à peu près, et s'installa à côté de Drago puisque c'était la dernière place libre. Sa cuisse se colla à la sienne et ce dernier prit sur lui pour ne pas la repousser. Après tout, ce n'était pas si grave.
— On peut faire le sapin aujourd'hui Meda ?
— Si tu veux, mon chéri.
— Tu décores le sapin avec nous, Parrain ?
Drago ne rata pas la grimace déçue de Potter et se réjouit que quelque chose lui déplaise.
— Je ne peux pas rester aujourd'hui, Teddy, Ron et Hermione m'attendent déjà, s'excusa Harry en postillonnant des miettes de biscuits partout. J'ai promis de garder Rose et Hugo quelques heures pour qu'ils sortent en amoureux.
— Je peux le faire avec toi, Edward, proposa alors Drago.
— On peut le faire une autre fois quand vous serez là tous les deux ?
Drago et Potter échangèrent un regard désespéré, conscients qu'ils allaient devoir se supporter une fois de plus avant l'obligation de se voir à Noël.
— Je peux revenir samedi prochain pour le faire avec toi, Teddy. Tu es libre Malefoy ?
— Je devrais pouvoir me libérer quelques heures, répondit Drago avec un sourire qu'il adressa à l'enfant.
Après le départ de Potter, Edward ne resta pas longtemps sur le canapé, il avait la bougeotte et un puzzle à terminer dans la salle à manger. Drago soupira en silence, il aimait tant ce gamin… Il lui ferait faire n'importe quoi, y compris revenir pour décorer un sapin avec Potter.
…
Quand Drago arriva le samedi suivant, Potter était déjà là. C'était un miracle qu'il soit arrivé avant lui ! Il était en train de boire un lait de poule avec Andromeda pendant qu'Edward bricolait un jouet à l'autre bout de la table. Il avait ses éternels cheveux en bataille et portait un pull orange et rose qui brillait comme une guirlande de Noël. Drago réprima une grimace, quel mauvais goût vestimentaire il avait !
— Tu t'es enfin acheté une montre, Potter ?
— Mais je t'emm…
— Harry ! le rabroua Andromeda en faisant un signe de tête vers l'enfant.
— Ouais, pardon. Bonjour à toi aussi, Malefoy ! répondit Potter avec un sourire faux.
Drago soupira et accepta le lait de poule avec gratitude, il faisait un froid terrible dehors, même pour mi-décembre. Il but son verre, grignota un morceau de pain d'épices et se décida à faire la conversation.
— De quoi parliez-vous ?
— De toi, en fait. Harry me demandait comment se portait ton entreprise.
Drago tourna la tête d'un seul coup vers Potter, les yeux écarquillés. Ce dernier semblait trouver son verre particulièrement intéressant et ne le quittait pas du regard. Depuis quand Potter posait-il des questions à son sujet ?
— Tu es arrivé avant que j'aie le temps de répondre, je suppose que tu peux le faire toi-même, continua Andromeda d'une voix douce.
— Oh… L'entreprise va bien, le mois de décembre est très chargé avec les commandes spéciales pour Noël, mais Théodore est une perle, il a tout organisé.
— Je suis content pour toi.
Potter releva la tête et Drago croisa son regard, il semblait sincère. Pour la première fois depuis toujours, Drago eut l'impression qu'il était content pour lui et cela lui fit un petit pincement au creux du ventre.
— On devrait s'occuper de ce sapin, rappela Drago en arrachant ses yeux du visage de Potter, je n'ai pas la journée entière devant moi !
Edward cessa son bricolage et entraîna tout le monde vers le salon. Des cartons débordaient de décorations diverses et il plongea les mains dedans avec enthousiasme. Il en sortit des boules bariolées, des guirlandes, des petits lampions magiques et toutes sortes de choses.
— On va peut-être décider quel genre de décoration on veut, hein, Teddy ? On fait un sapin de quelle couleur cette année ? demanda Potter.
— On le fait vert ?
— Du vert, sur un sapin, c'est pas super. Si on faisait blanc et doré par exemple ? Regarde, il y a plein de choses qui irait bien pour ça.
— Non, c'est une déco de vieux ça. Bleu alors ?
— C'est parti pour bleu !
Pour la deuxième fois en l'espace de quelques minutes, Drago fixa Potter avec surprise et incompréhension. Il semblait avoir de vraies notions de bon goût en réalité, pourquoi portait-il ces affreux pulls qui juraient atrocement avec ses yeux, son teint et ses autres vêtements ? Il paraissait avoir des qualités insoupçonnées.
L'après-midi se passa dans la bonne humeur et les rires, étonnamment. Il n'y eut pas de paroles malencontreuses, ni de piques désagréables, ni de remarques vexantes. Il y eut cependant des regards à la dérobée et des gestes avortés pour ne pas se toucher par erreur. Le sapin fut bientôt décoré avec goût et brillait de mille petites lumières bleues. Edward était ravi et Drago aussi.
…
« Potter,
Andromeda m'a gentiment fait remarquer qu'elle n'était pas un hibou et qu'elle en avait assez de faire passer des messages entre nous.
Pourrions-nous trouver un terrain d'entente au sujet de ce que nous offrirons à Edward cette année ? Chaque Noël c'est encore plus difficile et tu sembles avoir un réservoir d'idées inépuisables. Ce qui est particulièrement agaçant.
Dans l'attente de ta réponse,
D. Malefoy »
« Malefoy,
Elle m'en a parlé aussi l'autre fois, avant que tu arrives pour la décoration du sapin. On devrait faire des efforts c'est vrai.
J'ai quelques idées. Tu n'as qu'à venir me chercher chez moi dimanche et on ira faire les courses.
Mon adresse : 12, Square Grimmaurd, Londres
Réponds-moi si c'est OK, que je t'attende pas pour rien.
Harry »
…
Drago apparut dans le parc puis se dirigea vers le numéro douze après avoir vérifié l'adresse sur le parchemin. Il remonta son col et resserra son écharpe autour de son cou puis remit ses mains sous sa cape pour les protéger du froid. Des nuages lourds de neige obscurcissaient le ciel et des flocons tourbillonnaient dans les airs, recouvrant rapidement Drago.
Il grimpa les marches du perron avec précaution, ses chaussures s'enfoncèrent dans la neige fraîche. En posant le pied sur la toute dernière marche, il glissa sur une plaque de verglas et se rattrapa tant bien que mal à la poignée de porte. Non verrouillée, celle-ci s'ouvrit tout à coup vers l'intérieur et entraîna Drago vers l'avant. Il s'étala sans douceur et son visage heurta le sol dans un craquement désagréable et douloureux. La porte, emportée par son élan, buta avec fracas contre le mur, rebondit et vint cogner le tibia de Drago. Un gémissement de souffrance lui échappa.
Des pas précipités dans les escaliers et une voix reconnaissable s'élevèrent dans le couloir :
— Merlin, Malefoy, qu'est-ce qui s'est passé ?
— Je voulais observer ton paillasson de plus près, grommela Drago en se redressant péniblement. À ton avis ? J'ai glissé sur une plaque de verglas et je me suis accroché à la poignée. Tu ne peux pas verrouiller ta porte comme tout le monde, non ?
Drago se releva avec difficulté, un liquide chaud coulait de son nez endolori, son bras le tirait et son tibia le lançait. Potter le rejoignit, un air inquiet sur le visage.
— Désolé, la maison est bardée de sortilèges et elle est incartable, j'ai pas besoin de fermer. Tu t'es bien amoché, dis donc… Viens, je vais te soigner.
Potter fit descendre Drago dans ce qui était une cuisine en sous-sol, l'assit sur l'une des nombreuses chaises et lui tendit un torchon.
— Pince-toi le nez avec ça, la tête en avant. Je reviens avec la pharmacie.
Un craquement retentit puis Drago entendit des bruits dans les étages au-dessus. Potter ressurgit après quelques instants avec une grosse boîte qu'il posa sur l'immense table à manger qui ornait cette cuisine gigantesque. Il ne l'imaginait pas vivre dans un endroit aussi vaste.
— À part le nez, où as-tu mal ?
— Le bras, surtout au niveau de l'épaule, et la jambe, les deux à droite.
Potter lança deux sortilèges qui firent s'élever des images devant ses yeux. Il ne comprenait pas du tout ce que c'était, mais l'ancien Gryffondor semblait savoir ce qu'il faisait. Alors qu'il attendait que ce soit terminé, il remarqua l'affreux pull qu'il portait, marron et jaune avec des boules de Noël. Décidément, cet homme n'avait que des pulls horribles dans son armoire !
— La jambe c'est juste un gros hématome, pour l'épaule je pense qu'on va mettre une crème à base d'essence de murlap pour aider à cicatriser la contusion. Enlève le torchon, on va voir si ça a arrêté de saigner.
Drago obéit, un peu étonné et tout de même impressionné par les compétences en soins de Potter. Il retira avec réticence le bout de tissu en coton grossier, il s'attendait à ce que le sang coule de nouveau, mais ça semblait être arrêté. Potter fit une grimace avec sa bouche et retroussa son nez.
— C'est si moche que ça ? s'inquiéta Drago qui s'imaginait défiguré.
— Episkey !
Drago entendit un horrible craquement qu'il ressentit jusque dans son crâne. Son nez se mit à le chatouiller et il prit sur lui pour ne pas le toucher.
— Ah, c'est beaucoup mieux ! jubila Potter.
Peut-être que Drago n'était pas défiguré en définitive. Cela le rassurait beaucoup, il aimait bien son visage et il se trouvait beau, il ne voulait pas avoir un nez tout tordu à cause d'un sort de soin raté.
— Déshabille-toi, on va regarder ton épaule.
Drago marqua un temps d'arrêt. Il ne souhaitait pour rien au monde se retrouver à moitié nu devant Potter, cependant l'autre le fixait avec un air impatient. Il se leva, ferma les yeux quelques secondes sous le coup de la honte et retira son écharpe – qui était pleine de sang – sa cape doublée de fourrure, son pull. Il déposa chaque vêtement sur la table en le pliant. Puis il ouvrit sa chemise, chaque bouton sorti de son logement fut comme une torture pour lui. Il sut exactement à quel moment Potter vit les cicatrices dont il était responsable. Il porta la main à sa bouche avec une expression choquée.
— Je… Je suis désolé, Drago…
Drago haussa les épaules, c'était loin tout ça. Il méritait ces cicatrices et cela lui permettait de ne pas oublier quel petit con il avait été à l'école. Simplement… Il aurait préféré que Potter ne les voie jamais. Avec n'importe qui d'autre, c'était facile de raconter des mensonges sur la raison d'être de ces marques sur son torse, ses bras et son dos, mais pas avec lui.
Il retira la manche droite et observa Potter appliquer avec une délicatesse inattendue la pommade sur son épaule et le haut de son bras. Ses doigts étaient tièdes et plus doux qu'il n'aurait imaginés puisqu'il passait des dizaines d'heures toutes les semaines, accroché à son balai. Il fit de petits cercles pour faire pénétrer la crème dans sa peau et la sensation de bien-être associée à la guérison progressive de sa contusion était appréciable.
Potter était concentré sur sa tâche et Drago en profita pour le regarder bien plus que ce que la bienséance lui permettait en temps normal. Ses iris verts étaient si proches de lui que Drago put les détailler à loisir, il remarqua les minuscules pointes marron doré dispersées dans l'émeraude. Ses joues étaient mal rasées et une barbe de trois jours les ornait, lui donnant un petit air canaille et indéniablement sexy, il était forcé de l'admettre. Ses lèvres fines et roses étaient un peu sèches et la langue qui en dépassait à intervalles réguliers sous la concentration était tentatrice. Drago secoua la tête pour se remettre les idées en place, la douleur le faisait divaguer.
— Voilà, ça devrait être bon maintenant, fait attention quand même pendant quelques jours.
— Merci beaucoup. Où as-tu appris tout ça, Potter ? demanda Drago en se rhabillant.
— Formation aux premiers secours obligatoire pendant les études d'Auror. J'ai pas fini le cursus, mais on fait ça dès la deuxième année. Et puis ça me sert de temps en temps avec l'équipe aussi. Je vais te montrer la salle de bain pour que tu te nettoies le visage, tu as du sang partout.
Drago enfila son pull et suivit Potter dans la maison jusqu'au premier étage. Il lui ouvrit la porte d'une salle de bains de taille respectable au sol en marbre noir, avec une double vasque surmontée d'un miroir ouvragé et une large baignoire.
— Les serviettes propres sont dans le placard sous les lavabos. Tu peux prendre une douche si tu veux.
Drago le remercia et Potter ferma la porte en repartant. Drago s'observa dans la glace, il avait du sang sur tout le bas du visage et le haut du cou. Ses vêtements semblaient immaculés, son écharpe avait tout épongé. Il se demanda un instant s'il arriverait à la nettoyer seul ou s'il faudrait la déposer au pressing du Chemin de Traverse.
Il se passa de l'eau sur le visage en prenant soin de ne pas mouiller ses habits, se sécha et se regarda encore un peu dans le miroir. Il n'aimait pas du tout ce que son corps et son esprit étaient en train de lui faire ressentir à propos de Potter. Vraiment pas du tout.
Il redescendit en espérant retrouver Potter dans la cuisine. Il était là, en effet, en train de préparer du thé et des biscuits qu'il déposa devant Drago. Ce dernier s'assit et ils purent enfin discuter des cadeaux prévus pour Teddy.
…
Ils firent les courses sous la neige qui ne cessa jamais de tomber. Potter l'emmena aux quatre coins du Londres moldu pour acheter tout ce dont ils avaient discuté plus tôt. Ils s'étaient facilement entendus sur les cadeaux et Drago était étonné que Potter ne fasse pas de commentaire sur les montants astronomiques qu'ils dépensèrent pour le petit garçon. Leurs envies de lui faire plaisir étaient similaires et Drago ne le remarquait que maintenant, pourtant cela avait toujours été là. Potter avait toujours été très présent pour Edward, et Drago l'avait toujours vu aux petits soins dès qu'il était lui-même entré dans sa vie.
Après son année à Azkaban, il lui avait fallu un peu de temps pour convaincre sa tante qu'il désirait vraiment la connaître et rencontrer Edward, qu'il avait changé et qu'il n'était pas comme ses parents. Son rapprochement avec Andromeda avait même failli lui coûter de couper les ponts avec sa mère, enfin ça ou peut-être que c'était à cause de ce jour où Drago avait fait la une de la Gazette parce qu'un sorcier avait vendu une photo de lui en train d'embrasser un autre homme dans un club gay moldu. Mais depuis, les choses s'étaient arrangées et Drago avait une relation agréable avec sa tante et son petit-cousin.
Il faisait nuit depuis un moment et la neige tombait à gros flocons maintenant. Drago offrit à Potter de l'aider à ramener tous les paquets chez lui.
— Tu restes boire un verre avant de repartir ? Une après-midi sans se bouffer le nez ça se fête tu crois pas ? proposa Potter après avoir déposé les cadeaux dans ce qui paraissait être une salle à manger inutilisée étant donné la couche de poussière sur la table.
— Tu sembles penser que je ne sais dire que des choses méchantes, Potter. Tu serais surpris de savoir que je peux être charmant.
— J'ai jamais dit ça… Je sais que tu peux être sympa, il suffit de te voir avec Teddy pour ça.
Le compliment toucha Drago et il accepta de rester pour boire un verre, il n'avait rien de prévu ce soir et il était aussi bien ici que seul chez lui. Potter le guida au premier étage et ouvrit la porte d'un grand salon dont le feu ronflait en réchauffant agréablement la pièce. Il se dirigea vers la fenêtre qui donnait sur un petit jardin recouvert par la neige. Les arbres se balançaient sous la force du vent et les feuilles volaient en tout sens dans la lumière des réverbères, se mêlant aux flocons gros comme des billes.
— Le temps se gâte, fit remarquer Drago quand Potter revint avec des chocolats chauds surmontés de chantilly. Je devrais partir maintenant, ça va devenir dangereux de transplaner avec ce vent.
— T'inquiète, tu prendras la cheminette !
Drago sentit ses joues chauffer et rougir tandis qu'il s'asseyait sur l'un des fauteuils.
— Je vis côté moldu, mon appartement n'est pas relié au réseau… avoua-t-il avec un peu de honte.
— Ah… Ben écoute, je crois que c'est trop tard pour partir, c'est la tempête là dehors.
— Merde !
— C'est pas grave, j'ai plein de chambres d'amis, tu peux rester ici.
Le visage de Potter était aimable et souriant, cela ne semblait vraiment pas le déranger. Drago, lui, était gêné de s'inviter chez lui sans prévenir, surtout vu les tressautements incontrôlés de son cœur à l'idée de passer une nuit avec lui.
Après avoir siroté leurs boissons réconfortantes, Potter sortit un plateau d'échecs et proposa à Drago de jouer pour les occuper. Ils firent plusieurs parties et gagnèrent autant l'un que l'autre. Potter s'absenta de temps à autre pour remonter de sa cuisine de quoi manger et le repas devint complètement anarchique à base de saucisses, toasts grillés, tomates rôties, bacon dégoulinant de gras et jelly rose. Et beaucoup de vin blanc qui délia leurs langues. Pour la première fois, ils se parlèrent avec la franchise et la candeur caractéristiques de quelqu'un qui a un peu trop bu et se sent en confiance. La dernière partie d'échecs ne ressemblait plus à rien et ils s'endormirent en plein milieu, à moitié l'un sur l'autre sur le canapé.
…
Drago prit soin de ne pas glisser avant d'attraper le heurtoir de la porte du 12, Square Grimmaurd. Il avait encore mal à son épaule après sa chute de dimanche, même si ce n'était plus gênant. Le battant s'ouvrit sur Potter, les cheveux en bataille – plus que d'habitude –, les lunettes de travers, un pull mauve avec des rennes rouges dessus et un bas de pyjama avec des vifs d'or. Drago le trouva adorablement moche avec sa tête endormie et comprit qu'il était fichu.
— Il est bientôt midi, Potter, aurais-tu oublié que nous sommes invités chez ton filleul pour le déjeuner ? demanda Drago en entrant sans attendre la permission du propriétaire des lieux.
— J'ai pas oublié le déjeuner, j'ai oublié de mettre le réveil. Je me suis couché à huit heures du mat…
— Je n'imaginais pas qu'un Noël chez les Weasley impliquait des nuits blanches. Allez, secoue-toi, Potter !
Il tourna le dos à Drago qui referma lui-même la porte. Il retira sa cape et le suivit, pour être bien certain qu'il ne retournait pas au lit. Au premier étage, Potter s'enferma dans la salle de bain et Drago s'arrêta devant le salon dont la porte était ouverte.
La tempête avait duré plus de vingt-quatre heures et Drago n'avait pu partir que le mardi matin. La moitié de l'Angleterre avait été bloquée par la neige, les sorciers à peine moins démunis que les moldus face à une telle déferlante. Le réveil du lundi matin, sur le canapé du salon, avait été étrange. Drago avait dormi la tête posée sur les cuisses de Potter et ni l'un ni l'autre ne s'en étaient rendus compte quand Morphée les avait saisis. Il secoua la tête au souvenir et regretta presque d'avoir eu la gueule de bois ce matin-là, il aurait peut-être eu un peu plus de courage sinon.
L'eau cessa de couler et Potter ressortit bientôt de la salle de bain avec une serviette autour de la taille, les cheveux qui gouttaient sur son torse nu. Drago ne put s'empêcher de le fixer, la bouche entrouverte, et de détailler ses pectoraux et ses abdos bien dessinés. Il aurait bien voulu être cette petite perle d'eau qui dévalait ce corps parfait. Merlin tout puissant, ça lui réussissait d'être attrapeur professionnel !
— Ferme la bouche, tu vas gober une luciole, Malefoy !
Drago ne sut quoi répondre et serra les lèvres, puis il détourna les yeux, honteux d'avoir été pris en flagrant délit. Il attendit que Potter revienne, debout dans le couloir comme un idiot, sans pouvoir se sortir de la tête ce qu'il venait de voir. Il décida finalement de retourner dans l'entrée et de remettre ses affaires pour l'extérieur, ils partiraient bientôt. Les paquets pour Teddy et Andromeda patientaient en une pile bien rangée près de la porte. Un petit cadeau dont Drago ne se rappelait pas était posé sur le dessus de la pile.
Potter le rejoignit après quelques minutes, les cheveux séchés, habillé d'un jean moldu et d'un de ces pulls moches qu'il arborait depuis le début du mois. Celui-ci était bleu, violet et rose et arrachait les rétines de Drago.
— Pourquoi portes-tu ces pulls affreux, Potter ? Ne me dis pas que tu les trouves beaux, je ne te croirais pas !
Il se mit à rire et Drago trouva son rire adorable. Merlin, il était complètement foutu !
— La plupart m'ont été offerts par Molly et je les aime bien parce qu'ils sont doux et qu'ils tiennent chaud. En fait, je les porte pas très souvent en dehors de la maison, mais comme tu m'as fait une réflexion dessus le jour où j'ai apporté le sapin chez Teddy, j'ai voulu te faire chier alors j'en ai mis un différent tous les matins, au cas où on était amené à se croiser.
— Celui-ci aussi a été fait par madame Weasley ? Il est horrible et ces couleurs ne te vont pas du tout.
— Je sais que ça me va pas, je suis pas aveugle, Malefoy. Celui-ci n'est pas de Molly, c'est un cadeau de Teddy. Ce sont les couleurs du drapeau bi, il me l'a offert en juillet après que je lui ai appris ce que ça voulait dire, expliqua Harry en mettant ses chaussures.
Drago se retrouva de nouveau à court de mots, il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois sans réussir à émettre un seul son. Il croisa le regard de Potter qui enfilait son manteau, il avait les yeux brillants d'une lueur indéfinissable. Il s'approcha de Drago, attrapa son écharpe puis le tira un peu vers lui. Son visage était maintenant à quelques centimètres du sien, Drago se sentit happé par ses iris verts.
— Je vais t'embrasser, Drago. Je sais que tu en meurs d'envie et moi aussi, murmura Potter dont le souffle s'échoua sur les lèvres de Drago.
Le ventre de Drago papillonna un peu et il déglutit difficilement. Harry tira davantage sur son écharpe et sa bouche se posa sur la sienne avec douceur. Le tendre baiser se fit bientôt plus passionné quand Drago comprit enfin ce qui était en train de se passer. Il entoura Harry de ses bras et le serra contre lui pendant que ce dernier remontait ses mains dans ses courtes mèches blondes. Leurs dents mordirent un peu leurs lèvres et la langue de Harry s'immisça dans la bouche de Drago qui le laissa faire avec un soupir de désir.
— On va être en retard, chuchota Drago, légèrement essoufflé lorsqu'il se recula enfin.
— Si Teddy ne nous attendait pas, j'en aurais rien à faire et je t'aurais emmené dans ma chambre sans attendre.
— À quelle heure penses-tu qu'il sera possible de s'en aller sans avoir l'air impolis ?
Harry explosa de rire dans les bras de Drago et l'embrassa de nouveau. Drago sentit son cœur s'affoler un peu parce que son rire était communicatif et joyeux. Il trouvait que Harry était diaboliquement beau et excitant ainsi et il se prit à espérer qu'il pourrait revenir ce soir, après le déjeuner habituel du Boxing Day chez Andromeda. Parce qu'il était désespérément amoureux de lui et qu'il avait refusé de voir l'évidence pendant des années alors que c'était juste devant son nez.
— Je ne sais pas… Tu n'auras qu'un mot à dire pour que je te ramène ici, Drago.
— Je ne comptais pas aller ailleurs de toute façon, répondit Drago avec un clin d'œil aguicheur.
— Tant mieux. Parce que maintenant que je suis tombé amoureux de toi, je ne te compte pas te lâcher.
Le cœur de Drago fit une embardée et sa bouche s'étira en un sourire heureux que rien ne put entacher de toute la journée. Jusqu'à ce qu'ils reviennent au Square Grimmaurd plusieurs heures plus tard et que Harry se fasse un malin plaisir de lui effacer à coups de baisers.
