Le jeune homme avait accepté de séjourner chez Kenichi et sa famille. Il n'avait guère le choix de toute façon. Cependant, il avait bien fait comprendre à son protecteur que ce séjour ne serait que temporaire. Il voulait vite retrouver son indépendance et sa véritable identité. Il était une véritable énigme et il le savait. Cependant, malgré son génie, il ne parvenait à comprendre tous les mystères qui l'entouraient. Il ne se démoralisait pas pour autant. Il sentait que tôt ou tard il saurait qui il était. Il avait l'intention de rembourser Kenichi le plus tôt possible. Il se rendit compte qu'il détestait dépendre des autres et il se demandait si c'était un héritage de son ancien caractère.

« Voilà ta nouvelle maison ! s'exclama Kenichi en lui montrant la façade d'un immeuble, l'appartement est au troisième étage…

- Ce ne sera jamais ma maison et je ne compte pas y rester longtemps Kenichi-san. Je vous remercie de votre hospitalité

- Tu as nul part où aller ! tu ne vas pas rester tout seul par orgueil !

- Ce n'est pas de l'orgueil, je n'ai simplement aucune envie de vous embarrasser longtemps.

- Tu ne m'embarrasses pas …

- Je comprend que vous voulez absolument expier votre faute mais je vous l'ai déjà dit, je ne vous haït pas. Ma présence risque au contraire de vous rappeler constamment ce que vous avez fait. De plus, je ne suis pas sur que vos deux filles m'accepteront facilement.

- Tu ne les connaît pas. Elles sont charmantes.

- Si vous le dites, répondit le jeune homme sans conviction.

L'appartement était plutôt petit mais très moderne. Il était propre et bien rangé. Il semblait presque neuf. La décoration était sobre mais efficace. Le jeune homme cependant ne s'y sentait pas à l'aise. Il y avait un je ne sais quoi qui le gênait. Deux jeunes filles l'attendaient sur le pas de la porte. La première devait avoir autour des dix-sept ans. Elle avait les cheveux teint en blanc et elle suçait un chubba choups. Elle était assez grande et portait une jupe courte. Le jeune homme devinait qu'elle avait un fort tempérament et qu'elle devait même être un peu rebelle. En tout cas, c'était l'image qu'elle se donnait d'elle. La seconde était plus petite. Le jeune homme estimait son age aux environs de douze ans. Elle était brune et ne souriait pas. Ses yeux noirs le regardaient intensément. Il n'y avait aucune compassion dans ce regard.

« Je te présente Ayako et katsumi, déclara Kenichi, j'espère que tu t'entendra bien avec elles.

- Moi c'est Ayako, fit l'aînée, sois le bienvenu chez nous ! La fille s'était rapprochée pour lui tendre la main, un geste qui surprena et effraya le jeune homme. Il comprit a ce moment là que le contact physique lui faisait peur. Il se fit cependant violence pour répondre au geste de la jeune fille.

- Tu es donc Katsumi, fit il en s'adressant à la cadette.

Cette dernière ne lui répondit pas et son regard s'assombrissait encore plus.

- Katsumi ! s'écria Kenichi, tu pourrais répondre !

- Je n'ai rien à lui dire ! répliqua la gamine puis elle s'enfuya dans sa chambre.

- Je vois que je ne suis pas le bienvenu pour tout le monde, fit le jeune homme

- Laisse tomber, répondit Ayako, tu n'y es pour rien. Elle est comme ça depuis un bon bout de temps.

- Je n'ai pas tout le temps été un bon père et elle me tient pour responsable du départ de sa mère.

- Je crois pas que ça intéresse…heu…comment on doit t'appeler déjà ?

Le jeune homme se figea sur place, il ne savait pas quoi répondre.

- Mikuro, s'exclama Kenichi, appelons-le Mikuro pour le moment.

- Trop nul comme nom, cracha Ayako mais on fera avec.

- Ayako-san est très honnête, c'est une qualité que j'apprécie énormément, fit Mikuro

- Je préfère que tu m'appelles Ayako tout court. Les formules de politesses m'ont toujours énervée.

- Ayako est un peu sauvage, fit Kenichi

- Papa !

- Ce n'est rien, répondit Mikuro, cela ne me géne pas d'oublier la particule.

- Il est temps de te montrer où tu vas loger !

La chambre en question était petite. C'était un ancien bureau qui a été transformé pour l'occasion. Il y avait une petite table et un ordinateur ainsi qu'un lit une place. Mikuro se surprit a trouver cela très satisfaisant.

- C'était l'ancien bureaux de maman, informa Ayako, la pièce est longtemps restée telle quel avant que tu viennes. Katsumi n'a pas apprécié qu'on l'aménage, c'est pour ça qu'elle t'en veux.

- Je comprend, répondit Mikuro, elle espère toujours que sa mère revienne un jour

- Ma mère ne reviendra pas ! cracha Ayako.

- Je vois, contrairement à Katsumi, tu ne souhaites pas la revoir.

- Hé ! cria la jeune fille, de quoi tu te mêles ! tu ne fais pas partie de la famille donc reste en dehors de nos histoires. C'est claire ?

Mikuro ne répondit pas. Il comprit que le départ de la mère de famille avait traumatisé tout le monde. Il savait que son intégration dans la maison ne serait pas aussi facile. Néanmoins, Mikuro se surprenait à déjà apprécier Ayako.

Après une semaine de séjour chez les Nagaoka, Mikuro n'en savait pas plus sur sa véritable identité. Il cherchait pourtant jour et nuit sur Internet et il avait même contacté Yoko Takaeuchi pour en savoir plus. Il avait compris rapidement que son ancien lui avait effacer toute trace de son existence et vivait caché. Pourquoi ? Il se surprit à penser qu'il était peut-être un criminel qui fuyait Kira. Cependant, cette hypothèse ne tenait pas car Kira était apparu récemment alors que pour lui, son identité était depuis sa naissance. Mikuro était dépité. Pourquoi le mystère de sa véritable identité lui résistait toujours ? Pourquoi se cachait-il ? Pourquoi est-il un génie ? Pourquoi aime t'il autant le sucre ?

Il tapotait sur l'ordinateur quand Kenichi le dérangea.

- Mikuro, fit-il, je dois te parler !

- Qui y a t'il, fit le jeune homme.

- Je pense qu'il serait bon que tu sois scolarisé.

Mikuro se retourna vers son interlocuteur

- Kenichi-san nous ne connaissons même pas mon age, il se peut que je sois trop vieux pour cela.

- Je sais, je sais… mais je trouve que tu t'enfermes trop dans ta chambre ! Il faut que tu sortes et que tu te crées des liens..

- Ca ne m'intéresse pas ! s'écria Mikuro. C'était un cri du cœur, de ceux qui sorte de la bouche avant qu'on y réfléchisse.

- Peut-être mais c'est bon pour toi !

- Comment comptez-vous me faire entrer au lycée ? Je n'ai aucun papier d'identité.

- Yoko Takaeuchi a accepté de m'aider. Elle m'a dit que tu étais adoptable et…j'ai fait une demande pour le faire..

- Comment vont le prendre Ayako et Katsumi ? je ne suis pas sur que cette dernière souhaite m'avoir pour frère. Je suis là depuis une semaine et elle ne m'a pas adressé la parole.

- Elles n'auront pas le choix et…

-Vous auriez pu demander mon avis. Qui vous dit que je souhaitais être adopté ?

- Je sais Mikuro mais on ne peut pas te laisser seul sans attache !

- Je vous ai déjà dit que je ne comptais pas m'éterniser dans votre maison Kenichi-san et au lieu de respecter ce désir vous trouvez un autre moyen de m'enchaîner.

- Car avoir une famille c'est être enchaînée ?

- J'ai probablement déjà une famille et je n'ai pas renoncé à la retrouver.

Kenichi ne répondit pas, il était certain d'avoir fait le bon choix même si ce choix était égoïste. Cependant, il ne croyait pas possible que Mikuro puisse retrouver son identité. Il y avait trop peu d'éléments pour cela. Il se doutait que Mikuro pensait comme lui mais qu'il ne pouvait se l'admettre. Ce dernier était bien trop entêté pour cela. Puis Kenichi comprenais que Mikuro avait tout perdu à cause de lui. Il ne se le pardonnerait jamais. Ce fut Mikuro qui interrompit le silence :

« -Je rentre au lycée à partir de quel jour ?

- Dans quatre jours, tu seras dans la même classe qu'Ayako. Par contre, le proviseur tenait à ce que tu passes les examens pour voir ton niveau, j'espère que ça ne t'embête pas trop.

- Non, absolument pas.

Les trois jours passèrent vite et Mikuro se renseigna auprès d'Ayako sur la vie scolaire. La jeune fille répondait à ses questions mais semblait peu enthousiaste quant au sujet de la conversation. Mikuro devina sans aucune difficulté qu'elle détestait l'école, les contraintes et le model disciplinaire brimant son envie de liberté.

« Tu sais, les profs ne m'apprécient peu à cause de ma couleur de cheveux. Pour eux ça veut dire que je suis une tête brûlée.

- C'est bien ce que tu es en un sens, répondit Mikuro

- Pas tant que tu le crois, c'est juste que je n'aime pas le conformisme. C'est franchement rasoir. Je ne peux pas non plus blairer tout ce qui est hiérarchique. Je trouve qu'on est enfermé dans un espèce de moule et ça me gave.

- Je te comprend. J'ai besoin de vêtement extra larges, je ne supporte pas de mettre des chaussettes, je m'assois sur mes pieds et je ne fais que de manger des sucreries, il y a 80% de chances que je fais partie de ceux qu'on considère comme socialement inapte.

- Mais tu es socialement inapte, fit Ayako en souriant, tu ne supportes pas qu'on te touches, tu t'imagines que je ne l'ai pas remarqué. Puis, tu restes jours et nuits devant ton ordi sans nous taper la discut.

Mikuro ne répondit pas, la jeune fille avait raison.

- Bon, je te laisse, reprit Ayako, ce soir je vais au cinoche avec mon copain. J'espère que t'es prêt pour demain.

- J'ignorais que t'avais un petit ami…

- Ne t'imagines pas n'importe quoi, il me sert juste de compagnie. Cet imbécile est fou de moi et ne se rend pas compte que moi je me fout de lui. C'est un pro Kira en plus, tu parles d'un ringard !

- Kira ? Ce nom m'a toujours semblé familier.

- Tu m'étonnes ! s'écria Ayako, les médias ne font que de parler de ce taré !

Le fait qu'Ayako soit une anti-kira soulagea Mikuro. Il ressentait une certaine aversion pour le tueur et il était content que celle-ci soit partagée.

- Ne parles pas de Kira comme ça ! C'était la voix de Katsumi. Le jeune fille entra dans la pièce avec une expression de colère.

- Kira est un héros ! Il nous protège tous !

Ayako soupira.

- Ne perd pas ton temps à discuter avec elle Mikuro, elle est complètement endoctrinée.

Puis Ayako sorti sans se retourner.

- Alors comme ça tu es fan de Kira, Katsumi-chan.

- Pourquoi tu me poses la question ? ça te gène !

- Je te posais juste une question, pas besoin d'être agressive miss.

- Alors, oui j'aime Kira ! voilà, t'as la réponse à ta question.

- Il y a une raison particulière à cela.

Katsumi le regarda avec des gros yeux et parti à son tour. Pour Mikuro, cela ne faisait pas de doute, la cadette avait des raisons personnelles d'aimer Kira. Il ne prit cependant pas le temps de s'interroger sur lesquelles, il avait ses propres problèmes à régler.

Le bus alla les chercher tôt le matin et si katsumi restait silencieuse ce n'était pas le cas d'Ayako. Cette dernière tenait à présenter tous les élèves quelle connaissait à Mikuro : « tiens, celui là, c'est un gros coincé » « elle, elle s'est fait plaquer trois fois »etc. Elle ne pouvait s'empêcher d'aller de son commentaire. Mikuro l'ignorait. Ce genre de remarques déplacées le désintéressait complètement. Il se contenta de regarder la route par la vitre en espérant bientôt arriver à destination. Quand la famille Nagaoka descendit du bus, elle fut accueillit par une amie d'Ayako.

« - Yo ! Ayako ! cria t-elle, c'est donc lui le fameux Mikuro !

- Sakura ! t'as deviné juste.

Sakura, une fille qui avait les cheveux teint en roux, regarda Mikuro comme une bête curieuse, ce qui mettait ce dernier mal à l'aise.

- Ayako m'a raconté ton histoire. Tu sais , je trouve ça cool de fréquenter un amnésique !

- Sakura ! s'écria Ayako, ça devait rester entre nous. T'as rien dit à personne j'espère !

- Non, j'suis restée muette comme une tombe.

- C'est en effet une précaution que je trouve personnellement utile, fit Mikuro, je n'ai pas envie de faire pitié à tous les élèves de l'établissement.

- T'inquiète, fit Sakura avec une petite tape sur l'épaule, compte sur moi ! j'ne suis pas la meilleure amie d'Ayako pour rien !

- Je n'en doute pas.

- Regarde ! fit soudain Ayako, la Takada vient d'arriver.

- Cette bourgeoise, cracha Sakura, je m'en fout comme de ma première chemise.

- Cette fille se pavane parce qu'elle sort avec la star du lycée.

Cette conversation ennuyait déjà Mikuro. Les potins, ce n'était manifestement pas son truc.

Il trouvait cela complètement superficiel.

- Avoue que Light Yagami est trop un canon !

Mikuro s'étrangla. Il connaissait ce nom, il en était certain.

- Light Yagami ?

- Un mec qui à tout pour lui, répondit Ayako, s'est un canon et c'est une tête. Il est très populaire, le genre inaccessible.

- Le voilà ! Le voilà ! cria Sakura excitée, il est là !

Mikuro se retourna pour regarder le fameux Light Yagami. IL vit un jeune homme d'une très grande beauté et dont la présence irradiait. Tout était impeccable en lui : les chaussure bien cirées les habits bien repassés, ses cheveux coiffés au millimètre près. Mikuro comprit qu'avec son jean large froissé et ses cheveux emmêlés, qu'il était à coté un énorme contraste. Kenichi le laissait s'accoutrer ainsi à cause de son naturel permissif. Il se demandait bien quel lien il pouvait avoir avec ce jeune homme si méticuleux. De toute évidence, ce dernier ne semblait pas le connaître car il franchit le portail du lycée sans lui prêter une seule intention. Pourtant, le nom de Yagami ne lui était pas étranger : Mikuro tenait enfin une piste qui pouvait le mener à son ancienne identité et il était décidé à ne pas la lacher.