Note des auteurs : Les paroles en italique sont supposées être prononcées en français, le reste en anglais.

Note de Julie : Désolée de ce long délai de publication... J'avais demandé à Inès si elle pouvait le faire mais apparemment elle ne l'a pas fait. Je m'occuperai des mises à jour chaque semaine c'est promis.

Chapitre 3 : Tentation

Jacob POV :

Après être resté un moment à sourire dans le vide, j'entrai dans le 'palace', comme Eléa l'avait appelé. J'étais ravi de la façon dont le rendez-vous s'était déroulé ; j'avais gagné une nouvelle amie. Et quelle amie ! Une fille drôle, jolie, sympa... Je chassai ces pensées de ma tête. Si Edward la voyait dans mon esprit, il en parlerait forcément au reste de la famille et je ne tenais pas à parler d'elle pour le moment.

J'eus à peine le temps de fermer la porte avant qu'une tornade rousse se jette sur moi en pépiant mon nom.

« Jacob ! T'es rentré ! »

Je soulevai mon imprégnée dans mes bras en riant et répondis :

« Non, comme tu vois je ne suis pas rentré, c'est mon fantôme qui est là !

- Maaaaais, protesta Nessie, arrête de te moquer de moi ! »

Elle se mit à bouder, ce qui me fendit le coeur – comme toujours. Cette gamine faisait de moi ce qu'elle voulait... Me jetant à ses genoux, je déclarai théâtralement :

« Ô grande Renesmée, j'implore ton indulgence pour t'avoir offensée, moi qui ne suis pas digne de poser le regard sur toi. Pourras-tu trouver dans ton coeur la force de me pardonner ? »

Elle éclata de rire devant mon exagération et exigea :

« Tu viens jouer aux Barbies avec moi maintenant ?

- Si tu veux ma puce, acquiesçai-je. »

Elle m'entraîna dans sa chambre en me tirant par le bras ; je fis semblant de résister, juste pour le plaisir de la voir mettre toute sa force de petite fille dans l'objectif de m'emmener là où elle voulait. Quand finalement je cessai de résister, elle manqua de tomber en arrière, emportée par son élan, ce qui me fit éclater de rire. J'étais d'humeur particulièrement joyeuse aujourd'hui.

Enfin, je la suivis dans sa chambre et consentis à jouer aux poupées avec elle. Elle ne tarda cependant pas à se lasser des Barbies et préféra jouer 'au papa et à la maman'.

« Et Emily (la poupée) ce serait notre bébé et elle serait malade et tu irais chercher le docteur...

- Et qui jouera le docteur, ma puce ? »

Mon imprégnée prit une mine concentrée et réfléchit un moment avant de s'écrier :

« Pépé Carlisle !

- Nessie, ton pépé est au travail, il ne peut pas venir jouer au docteur avec nous... »

A peine avais-je fini cette phrase que je songeai à ce qu'aurait dit Eléa si elle m'avait entendu. Quelque chose comme je ne te savais pas amateur des parties à trois, Jacob... Cette idée me fit sourire, ce que la petite fille à mes côtés ne manqua pas de remarquer.

« Pourquoi tu souris, Jacob ?

- Pour rien, ma puce. Je pensais à quelque chose de drôle, c'est tout. »

Ouf ! Je l'avais échappée belle. Je ne savais pas exactement pourquoi je tenais à cacher Eléa aux Cullen ; après tout, j'avais parlé d'elle aux deux Meutes... Mais il me semblait que notre amitié devait rester un secret entre nous ; pas comme quelque chose de honteux, plutôt comme quelque chose d'intime, de personnel, qui ne regardait personne d'autre. La voix flûtée de mon imprégnée me tira de mes rêveries :

« Maman et papa sont rentrés ! Ça veut dire qu'on va bientôt manger ! »

Elle dévala les escaliers pour aller à la rencontre de ses parents ; je restai en haut le temps de bloquer toute pensée en rapport avec mon rendez-vous de l'après-midi, puis descendis à mon tour à la rencontre de ma meilleure amie et de son époux. Dès qu'elle me vit, Bella m'adressa un sourire radieux :

« Merci de t'être occupé de la petite pendant qu'on était partis, Jake. Elle dit que tu es sorti un bon moment ?

- Oui mais Alice et Jasper étaient là, me défendis-je. Je ne l'aurais pas laissée toute seule, tu le sais bien. Il fallait que j'aille en ville, alors je leur ai demandé de la surveiller jusqu'à ce que je revienne.

- Hé, calme-toi, Jake ! Je ne te faisais pas de reproches, répondit Bella en levant les deux mains en signe d'apaisement. Je sais que tu tiens à Renesmée autant que nous. »

Je hochai la tête, pas sûr de ce que je devais répondre. Esmée arriva à ce moment-là, me sauvant la mise sans le savoir.

« Jacob, tu restes manger avec Nessie j'espère ? Je me suis laissée emporter et j'ai fait trop de cuisine... »

Comment résister à une offre pareille de la part de Maman Vampire ? J'acceptai avec enthousiasme, enthousiasme qui alla en augmentant lorsque je vis arriver un plateau de lasagnes. Je dus cependant supporter la présence de Blondie, Esmée tenant à ce que tout le monde soit là pour le dîner. Seul Carlisle en était parfois exempté, grâce à son travail à l'hôpital.

Alice arriva à table de la façon dont elle se déplaçait presque toujours : en sautillant, traînant son mari derrière elle.

« Salut, le lutin ! Lançai-je en souriant. »

J'appréciais sincèrement ces deux vampires-là. Je savais que je soulageais le lutin devin des migraines que provoquait la présence de Nessie, et Jasper était un chic type. Voyant qu'il avait – comme d'habitude – l'air morose, je le saluai d'un :

« Toujours de bonne humeur, le musicien ! »

En effet, Jasper s'était récemment lancé dans des cours de musique – et évidemment, il était très doué. Entre lui à la guitare et Edward au piano, il ne manquait plus qu'Emmet qui se mette au saxophone ou quelque chose comme ça et les Cullen pourraient monter un groupe!

Quand on parle du vampire, on en voit les crocs, songeai-je en voyant débarquer Emmet, que je gratifiai d'un 'Salut, Musclor' qui provoqua un rire tonitruant de sa part. Blondie – pardon Rosalie fut la dernière arrivée. Je m'apprêtai à lancer une remarque bien sentie quand je captai un regard suppliant de mon imprégnée. S'il te plaît, un repas sans bagarre... Incapable de lui dire non, je me contentai d'adresser un regard noir à Vampirella. Autant je commençais à apprécier la plupart des Cullen, autant le courant ne passait toujours pas avec la blondasse.

Cependant, pour faire plaisir à Nessie, elle comme moi faisions des efforts pour nous retenir. Me concentrant sur mon repas, je me demandai brièvement si Eléa aimait les lasagnes – et maudis aussitôt ma bourde en voyant une lueur d'intérêt dans les yeux du télépathe.

Tais-toi, Edward, tais-toi, implorai-je mentalement – tout en sachant très bien qu'il ne m'obéirait pas.

« Qui est donc cette Eléa qui occupe tes pensées, Jacob ? Demanda-t-il avec un large sourire. »

Toutes les têtes se tournèrent vers moi – évidemment. Bella aurait probablement sauté sur sa chaise si elle n'avait pas eu peur de la casser.

« Une fille ? Depuis quand rencontres-tu des filles, Jake ?

- Depuis qu'Alice et ton mari ont raconté toute notre histoire à une Mormone qui en a fait une saga à succès, répliquai-je vertement – avant de réaliser que les autres n'étaient peut-être pas au courant. Oups !

- C'est bon, Jacob, me rassura Edward. Je les ai mis au courant.

- Bref, je l'ai rencontrée dans un magasin et elle m'a reconnu d'après la description que vous avez donnée.

- Par pitié ne me dites pas que le clébard a des groupies parmi les lectrices, intervint Blondie.

- Eléa n'est pas une groupie ! C'est une jeune femme formidable et...

- Et est-ce que cette 'jeune femme formidable' a un nom de famille ? demanda Esmée afin de détourner l'attention.

- Telmar. Eléa Telmar.

- Et elle vient d'où cette demoiselle Telmar ? demanda Edward.

- De France. Elle est venue étudier un an aux Etats-Unis...

- Elle est jolie ? Intervint Alice curieuse comme pas deux et à mon grand étonnement très enthousiaste. »

Elle devait être fan des petites humaines, je ne voyais pas d'autre option pour accueillir à cœur ouvert cette inconnue sans même se poser l'ultime question : « étais ce une Volturi ou pas ? ».

« Vous comptez tous vous y mettre à tour de rôle ? Plaisantai-je. Oui, elle est jolie – mais elle a un point commun avec notre Bella, enfin quand Bells était encore humaine : elle est persuadée d'être ordinaire.

- Elle est comment exactement ? insista le lutin. »

J'en devenais dingue. Moi qui voulais la garder pour moi. Eléa… Non en fait j'avais envie de la montrer au monde entier, un seul instant, qu'elle les bouleverse tous puis de l'enlever et de m'enfermer avec elle pour l'éternité.

Soupirant, j'envoyai mentalement une image d'elle à Edward.

« Blonde, déclara aussitôt celui-ci.

- Mon vieux, faut que tu fasses réviser ta télépathie... Elle est châtain, et pas blonde !

- C'est peut-être ta vue, et non ma télépathie qui a besoin de révision, répliqua-t-il aussitôt. -Enfin si tu y tiens, elle est châtain avec des reflets blonds, ça te va ?

- Plutôt acajous, les reflets, le contredis-je.

- Bon, tu es sûr que tu veux que je la décrive ? Tu préfères pas t'en charger ?

- Du calme, vous deux, intervint Bella. Continue, Edward.

- Bon, elle a les yeux verts...

- Plutôt bruns que verts. »

Cette fois il soupira lourdement.

« Tu l'as regardée dans les yeux, pour voir vraiment de quelle couleur ils sont ?

- Oui, le jour où je l'ai rencontrée, figure-toi ! Je voulais vérifier qu'elle n'avait pas les yeux rouges de vos dirigeants psychopathes.

- Marrons-verts, comme ça ça mettra tout le monde d'accord, proposa Bella.

- Probablement 1m55... Commenta Edward. »

Alice semblait ravie d'avoir trouvée fille à sa mesure. Mais je n'étais pas d'accord et le fis savoir vertement :

« Hé, elle est pas si petite que ça ! Je dirais plutôt 1m60 moi !

- On dirait que ça te tient drôlement à coeur, fit Emmet d'un air narquois. Tu as mesuré d'autres choses chez elle ? Poursuivit-il en mimant une grosse poitrine. »

Je commençai à trembler de rage et inspirai profondément pour me calmer ; je ne voulais pas fâcher Esmée en me transformant sur sa belle table en acajou.

« C'est ton amoureuse ? demanda candidement Nessie, posant la question qui brûlait les lèvres de tout le monde.

- Mais non ma puce, répondis-je en lui souriant. Tu sais bien que c'est toi la femme –enfin pour le moment petite fille- de ma vie. »

Oui, peser mes mots. Je n'avais aucune envie de me retrouvé étêté par un papa vampire surprotecteur nommé Edward. J'aimais bien ma tête finalement, même si parfois elle était un peu chiffonnée après une soirée arrosée.

Je parcourus la table du regard, me demandant qui serait le prochain à poser une question.

« Tu comptes la revoir ? interrogea platement Jasper. »

Il n'était même pas inquiet. Alice et lui me tapaient sur le système à être tellement en adéquation. C'en était flippant. Mais bon, c'était pour ça aussi que je les aimais bien, eux.

« Oui. Elle ne connaît personne ici à part ses patrons, alors j'ai accepté qu'on soit amis. Elle a un côté fort et à la fois candide qui est… étonnant. »

Voyant tout le monde sur le point de protester, je levai une main apaisante et déclarai :

« Si vous décidez de m'étriper, attendez au moins de savoir comment je l'ai rencontrée. »

Je me lançai alors dans le récit de notre rencontre, sous les yeux captivés de Nessie, ennuyés de Blondie et intrigués des autres Cullen. Je poursuivis avec notre rendez-vous, pour terminer par la poignée de mains échangée quelques heures plus tôt. Lorsque j'eus fini, ils semblèrent se concerter du regard un moment. Puis Carlisle, qui était présent ce soir-là, hocha la tête et déclara :

« Présente-nous donc cette jeune fille, Jacob. Je veux savoir si ce n'est pas une nouvelle ruse des Volturi. J'ai confiance en ton jugement, ajouta-t-il en me voyant sur le point de protester, mais je préfère m'en rendre compte par moi-même. »

Avec réticence, je hochai la tête et sortis mon téléphone pour appeler Eléa, qui m'avait donné son numéro pendant le trajet en voiture. Une sonnerie, deux sonneries. À la troisième sonnerie, elle décrocha.

« Allô ?

- Eléa ? C'est Jake. J'ai un petit service à te demander...

- Vraiment ? Fit-elle, méfiante. Et c'est quoi ce 'petit service' ?

- J'ai parlé de toi aux Cullen. »

Il y eut un silence, puis elle demanda :

« Et ?

- Ils voudraient te rencontrer. »

*o*o*o*o*o*o*o*

Eléa POV

Après être rentrée à Seattle – la journée de fac n'était pas terminée, après tout – j'eus de grandes difficultés à me concentrer sur les cours. Les raisons en étaient multiples. Tout d'abord, les évènements de la journée. J'avais eus la confirmation que les vampires existaient, de même que les loups-garous. J'avais passé un moment des plus agréables avec Jacob. J'avais obtenu son amitié.

Cependant, ce n'était pas la principale raison de mon excitation. Aujourd'hui, on était jeudi. Et tous les jeudis soirs, j'avais rendez-vous avec Raphael via MSN pour une discussion par webcam – ce qui était beaucoup plus facile que d'essayer de lui téléphoner ou de recevoir ses coups de téléphone, étant donné la mauvaise qualité du réseau à Port Angeles. Cela ne l'empêchait pas d'essayer régulièrement, pour mon plus grand plaisir.

À peine le dernier cours fut-il terminé que je m'empressai de fourrer mes affaires en vrac dans mon sac et de filer à ma voiture, impatiente de retrouver l'appartement, l'ordinateur, et surtout Raphael. Respecter les limites de vitesse durant le trajet fut une vraie torture ; néanmoins, je ne tenais pas à prendre une amende ou pire, à attrapper un accident ; je n'étais pas indestructible, contrairement à certains... Après ce qui me parut une éternité, j'arrivai enfin devant le drugstore ; prenant à peine le temps de saluer mes propriétaires, je me précipitai dans ma chambre et allumai l'ordinateur en hâte ; ma fébrilité ne se calma que lorsque le visage souriant de mon homme apparut sur l'écran.

Manque de chance, le casque-micro dont il se servait habituellement pour me parler de vive voix était tombé en panne, nous obligeant à tout écrire.

« Salut darling », écrivis-je rapidement. « Passé une bonne journée ? »

« Aussi bien que possible, mais tu me manques ».

Il voulait vraiment me faire fondre ?

« Tu me manques aussi. Plus que onze mois et trois semaines ! »Écrivis-je avec sarcasme.

« Toujours aussi ironique, à ce que je vois. »

« Bah je vais pas changer en une semaine sous prétexte que je suis dans un pays étranger ! Lol »

« Lol. Des nouvelles de ta soeur et du petit bout ? »

Il était sûr que c'était une bonne idée de me lancer là-dedans ? Il savait très bien que j'étais intarissable dès qu'Edwin arrivait dans la conversation...

« Oui ! Je les ai vus sur Skype hier soir, il commence à faire des sourires ! C'est trop mignon! »

Je me plongeai dans la discussion, si bien que je n'entendis pas tout de suite mon portable sonner. Ce fut Raph' qui me le signala :

« Euh, Eléa ? Y a ton téléphone qui vibre, là, je le vois d'ici.. ».

Qui osait nous déranger en pleine conversation ? Je me saisis de l'objet avec la ferme intention de raccrocher lorsque j'aperçus le nom de Jacob s'inscrit sur l'écran.

J'hésitai ; s'il m'appelait si tard c'était certainement urgent... Je décrochai tout en écrivant rapidement à mon amoureux : désolée chéri, appel important... D'une voix irritée – je n'avais que peu d'occasions de voir l'homme que j'aimais, personne n'avait le droit de m'interrompre dans ces moments-là – je fis :

« Allô ?

- Eléa ? C'est Jake. »

Pas possible ! Tu sais que ton nom s'affiche, pas vrai ? Oui, quand je suis irritée je peux devenir très désagréable – et pas toujours en pensée.

« J'ai un petit service à te demander... »

Il ne manquait plus que ça. Non seulement il me privait de précieuses minutes avec mon homme, mais en plus c'était un appel intéressé ?

« Vraiment ? Et quel genre de service ? Demandai-je froidement.

- J'ai parlé de toi aux Cullen. »

Allons bon. Bah, Edward avait dû me 'voir' dans les pensées de Jacob, à n'en pas douter. Voyant que celui-ci n'ajoutait rien, je relançai :

« Et ?

- Ils voudraient te rencontrer. »

J'hésitai ; ce 'ils voudraient' sonnait comme un 'ils exigent', et il était déconseillé d'énerver des vampires, même végétariens ; d'un autre côté, je n'avais vraiment pas envie de laisser Raphael en plan ce soir...

« Eléa ? »

Tu me revaudras ça, Jacob Black, songeai-je tout en tapant rapidement à l'intention de mon petit ami : « Désolée, urgence avec une autre étudiante, je dois y aller. Je te parle demain soir, promis ! Je t'aime Raph'. Tu me manques. Beaucoup. Trop. Je pense à toi. Xoxo. »

Au téléphone, j'annonçai en soupirant:

« J'arrive. »

Le trajet jusqu'à Forks fut rapide ; il était tard, il y avait donc peu de monde sur les routes. Heureusement d'ailleurs, il aurait manqué que ça pour me faire devenir chèvre. J'avais enfilé mon sweat « San Francisco » mauve, un vieux jean délavé. Tant pis, je leur ferais mauvaise impression. Enfin, j'avais ma jolie écharpe multicolore peutêtre qu'elle me -permettrait de gagner des points avec Alice. Et mon bonnet informe aussi. Très « mode » parait il. Bref une vraie schizophrène dans ma manière de m'habiller. Mais en même temps, fallait être un vampire pour déranger des gens à pareille heure ! Franchement j'aurais pu dormir. Ou mieux papoter avec mon chéri. Mais pourquoi avais-je accepté de venir ici moi ? Qu'est ce qui ne tournait pas rond chez moi ? Je me garai devant la maison Cullen et attendis dans la voiture que Jacob vienne me chercher. Hors de question d'entrer seule là-dedans ; contrairement à Bella j'avais un minimum d'instinct de survie, et ne tenais pas à me retrouver au milieu de 8 vampires plus une hybride. Je sais que Nessie était supposément inoffensive, cela dit je ne voulais pas tenter le diable. Pas folle la guêpe. Ni suicidaire. J'étais à peu près certaine que la mort ne m'irait pas au teint. Et même si ça n'était pas le cas, je n'avais aucune envie de tenter la chance… Je me demandai brièvement si Edward était capable de lire dans mes pensées... Ou plus exactement de les comprendre. Est-ce qu'il lui était seulement venu à l'idée d'apprendre le français ? Et si ce n'est pas le cas? Il pourrait entendre mes pensées sans les comprendre... Voilà qui ouvre bien des possibilités... Et si je m'amusais un peu moi ? Je fus tirée de mes réflexions quand Jake toqua sur la portière de ma voiture.

« Tu attends quoi exactement ? Demanda-t-il.

- Tu n'es quand même pas assez fou pour penser que je vais entrer seule dans un nid de vampires ? Ou on met en option le cerveau dans les loups garous ? Je peux pas me transformer en louve, moi ! Je peux pas les déchiqueter à l'envie s'ils semblent… inhospitaliers. Ce qui sera à mon avis le cas. D'ailleurs, tous mes paramètres vitaux sont entrain de sauter. Genre « Alerte rouge, alerte rouge, faites demi tour dès que possible !

-Euh, ça c'est plutôt le GPS.

-Ouais bon, j'me comprends… Bougonnai-je. »

Roulant des yeux, il déclara :

« Je t'accompagne... froussarde.

J'entrai donc à sa suite dans la fameuse maison des Cullen. Regardant autour de moi, je ne pus m'empêcher d'être légèrement bouche bée face à tant de luxe... et si peu d'ostentation. Okay, je veux cette maison. Vraiment elle en jette sans trop en mettre plein la vue. J'adore, c'est tout moi. Et si il n'y avait pas cette odeur de mort qui pesait, et bien j'aurais pu très bien me sentir à l'aise. Parce que ce n'était pas du luxe genre 'regardez comme je suis riche, je peux me payer des meubles super chers' ; c'était plutôt du genre 'je tiens à ce que ma maison soit bien décorée... tant pis s'il faut payer un peu cher'. Cependant, je me reconcentrai rapidement : j'étais là pour rencontrer un groupe de vampires, pas pour admirer la déco. Dommage d'ailleurs, il y avait des milliers de petits détails superbes ! A piquer pour meubler un peu mon lugubre studio.

Jacob me conduisit au salon, où je pus enfin apercevoir la fameuse famille Cullen... dont les membres me regardaient avec une expression qui allait de la curiosité avide (Nessie) à l'indifférence légèrement méprisante (je supposai que le mannequin qui me regardait comme ça était Rosalie) en passant par l'intérêt (la plupart des membres de la famille). Bella à n'en pas douter se tenait à côté de celui que j'identifiais comme étant Edward mais ne semblait pas hostile. Elle posa sa main sur le bras de son époux. Okay, lui il ne m'aimait pas. Comme ça on était deux. La petite fille fit un pas vers moi, puis deux. Tous les Cullen se tendirent. Nessie posa sa main sur ma joue, paisible et me montra sa perception de mon entrée. Je vis une fille à la fois ébahie et inquiète que Jacob tenait par la main. Ou plutôt, il la traînait. Je mis quelques instants à comprendre que la fille c'était moi. Oui, j'avais la trouille. Et je voulais en finir le plus rapidement possible. Alors, qui allait ouvrir la valse de l'interrogatoire ? Personne ne se décidant à prendre la parole, je me lançai donc.

« Bon, puisque tout le monde a apparemment perdu sa langue, et que Jake ne semble pas décidé à faire les présentations, je vais m'en charger moi-même. Je m'appelle Eléa, je viens d'avoir 20 ans, je suis française et je suis venue ici pour faire un an d'études. Quant à l'éléphant au milieu de la pièce, autant le dire tout de suite : oui j'ai lu votre histoire dans une saga. Oui je pensais que c'était une pure invention de la part de l'auteur, comme la plupart des lectrices – je dis lectrices parce que je dois vous avertir que très peu de garçons apprécient Twilight. Non, je ne suis pas envoyée par les Volturi, même si je pense pouvoir vous reconnaître tous sans me tromper. »

Je repris mon souffle, épuisée par ma tirade que j'avais dite d'une traite. Oui, il fallait qu'ils me croient. Pitié, faites qu'ils croient mes dires. Je vous en supplie, mon Dieu. Ou Shiva, Yahvé, Allah… N'importe, celui qui est pas en communication directe avec ses croyants et dont la ligne n'est pas occupée là en ce moment ! Silence. Le mutisme général commençait à m'irriter.

« Bon on va tirer les choses au clair tout de suite. Jacob m'a interrompue au milieu d'une conversation avec mon petit ami, alors que j'étais en pyjama, calée sur mon canapé, tranquille. J'ai accepté de venir même si je ne lui parle pas souvent pour la simple et bonne raison que j'ai pensé que ce serait un peu idiot, pour ne pas dire complètement stupide, de mettre huit vampires en colère, même végétariens. On ne sait jamais. En plus j'aime bien mon humanité, ma petite vie et mon cœur qui bat. Mais si c'est pour qu'on me regarde comme une curiosité, je prends ma voiture et je repars. Avec un peu de chance Raphael n'est pas encore parti dormir et on pourra reprendre notre conversation.

- …

- Toujours muets ,m'énervai-je. Je poussai même le vice à faire de l'esprit : mais peut être méditez vous sur l'expression « muets comme une tombe… » -je ris de mon bon mot avant de reprendre mon sérieux- Parfait donc, je repars. Jake, la prochaine fois qu'un groupe de créatures surnaturelles demande à me rencontrer...

- Oui ?

- Tu attends le lendemain matin. Ou tu te débrouilles pour les en dissuader. Je n'aime pas me déplacer pour rien, je ne suis pas un toutou que l'on siffle ! Que ce soit les Cullen ou les Quileutes, qui, s'ils ne sont pas encore au courant de mon existence, ne tarderont pas à l'être, je suppose.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Demanda-t-il, légèrement vexé.

- Je commence à bien te connaître, que se soit dans la vraie vie ou sur papier. Bonne nuit tout le monde. »

Je sortis de la maison en comptant mentalement les secondes avant que quelqu'un ne réagisse. 3, 2, 1...

« Où tu crois que tu vas comme ça ? Interrogea quelqu'un en me prenant le bras. »

Je me retournai. Grand. Brun. Jovial malgré son air renfrogné. Un sourire immense et une impression de se tenir devant un colosse. Aucun doute possible.

« Emmet, c'est bien ça ? –il opina du chef- Eh bien comme je l'ai dit il n'y a pas cinq minutes, je rentre dans mon appartement en espérant retrouver mon petit ami sur MSN.

- Et moi je crois que tu vas devoir rester ici. On a quelques questions à te poser. »

Sur ces paroles, il me déposa sur son épaule comme un sac à patates et me ramena à l'intérieur à vitesse de vampire. J'aurais voulu me débattre. Piailler. Rouer de coups de poings son dos immense. Mais je me serais cassé sans doute la main. Alors j'attendis que ça se passe… Je soupirai :

« Bon, d'après ce que me dit Emmet le colosse, vous avez des questions à me poser. Seulement mon nom, c'est Eléa, pas Edward ou Aro. Je serais incapable de lire dans vos pensées même si ma vie en dépendait. Donc les questions, il va falloir me les poser à voix haute.

- …

- J'attends, ajoutai-je.

- Où as-tu trouvé cette écharpe ? »

La question me prit tellement au dépourvu que je faillis éclater de rire. Un feu follet se rua sur moi, palpa l'étoffe. Une démarche de ballerine, des cheveux coupés courts et fous, une voix cristalline et une personne encore plus petite que moi. Oui, ça ne pouvait être qu'elle. Et déjà, comme Bella avant moi, je sus que nous pourrions être amies.

« Je suppose que tu es Alice ?

-Yes Miss !

-Ravie de te connaitre. Mon écharpe je l'ai achetée en France il y a des années. Désolée je ne me souviens pas du magasin. Cela dit vous ne m'avez pas convoquée pour me parler de mes vêtements, n'est-ce pas ?

-Non, mais il faudra qu'on trouve un moment pour ! Et fais moi confiance, je vais décrocher un créneau… enfin si tu es du bon côté de la force ! »

J'éclatais de rire, franchement. Okay, j'avoue, j'aime bien Alice. Sympathiquement dingue comme fille. On s'était bien trouvées.

« Qui nous prouve que tu n'es pas envoyée par les Volturi ? Demanda brutalement quelqu'un, que j'identifiai comme étant Edward. »

Dans la vraie vie il avait l'air tout aussi… soporifique et intransigeant que dans les bouquins. Un peu trop parfait. Bref, limite robot. Et je n'aimais pas le ton sur lequel il me parlait. D'un ton sec, je répliquais, prête à en découdre et oubliant toute mon insignifiance face à lui et à sa force :

« A part ma parole ? Je crois savoir que tu peux savoir ce que quelqu'un pense, à moins qu'Edward et Jasper aient échangé leur couleur de cheveux.

- Je ne comprends pas quand tu penses en français. »

AH AH AH AH AH ! T'avais qu'à suivre des cours, pauvre tache misogyne ! C'est coon hein ! Mais c'est que je vais m'en donner à cœur joie de penser des trucs horrible sur toi en ta présence. Ca pourrait être fun. Enfin, je pense toujours des trucs horribles sur toi mais bon, là je jouirai de ta cécité. Rien que pour ça, tu remontes dans mon estime, j'vais m'éclater à te faire tourner chèvre ! CHOUETTE !

« Tu comprendrais si je pensais en italien, non ?

- Être française ne veut pas dire que tu n'es pas à leur solde, intervint une autre vampire. »

Blonde et superbe. Tiens, dans la famille langue de vipère j'ai pioché la sœur !

« Rosalie, c'est bien ça ? Bon, on va procéder autrement. Si la télépathie ne suffit pas à m'innocenter... Jasper, tu peux sentir quand quelqu'un ment, n'est-ce pas ? demandai-je en me retournant vers l'empathe blond. »

Jasper était très beau, en retrait, les mains jointes, concentré sans doute pour ne pas me tuer. Et aussi voir si j'étais amie ou ennemie.

Cet air de gosse toujours en train de souffrir me fit éprouver beaucoup de compassion et de tendresse pour lui. Dans les livres, il avait toujours été mon préféré. Edward toussota, limite mort de rire. Okay, à mon ton, il avait dû comprendre que je craquais un peu pour le blondinet. Je fulminai et toisai le rouquin. Non mais ! J'attendais la réponse de Jasper.

Celui-ci acquiesça sans répondre.

« Alors est-ce que j'ai les... je ne sais pas, les émotions, les sentiments, l'humeur d'une personne qui ment ?

- Non, admit-il après un moment – probablement utilisé pour scanner mes émotions. Je pense qu'on peut te faire confiance. »

Je le remerciai d'un hochement de tête, puis me tournai vers Carlisle. Celui-ci acquiesça.

« Entendu. Je me fie à l'instinct de Jasper, il ne nous a jamais induit en erreur. Mais je pense que tout le monde va vouloir vous poser des questions.

- Demain, ce serait possible ? Demandai-je poliment. »

Je n'avais vraiment pas envie de passer la nuit là. J'aurais été incapable de fermer l'œil, tellement j'aurais été nerveuse. Et oui, les vampires ça boit du sang. Et s'ils changeaient d'avis, je n'appréciais pas de finir mon existence comme casse-croûte. J'avais d'autres ambitions. Et puis Forks m'éloignait encore un peu de Seattle et de la Fac… Mauvais plan quand on est parti à l'étranger et qu'on a tout planté pour aller à l'autre bout du monde pour étudier, non ? Je pris un air de grande tragédienne et continuai :

« Ce soir je suis réellement fatiguée et j'aimerais retrouver mon lit avant de ne plus pouvoir conduire sans m'endormir au volant.

- Tu pourrais dormir ici ! Suggéra Alice. Il faut absolument qu'on discute vêtements et mode! Que tu me dises ce que tu aimes, quelle taille tu fais ! Tu verras, je suis une super styliste. Parce que là, tu fais peine ! Et puis, si tu viens de t'installer tu n'as pas dû encore pouvoir faire les boutiques ! Il faut que je te montre tout ça ! »

J'eus un léger rire. Bella m'adressa un petit sourire gêné. Mais elle semblait aussi soulagée que je partage désormais avec elle le role de « poupée grandeur nature. » Certes j'aimais le shopping, mais j'avais comme l'impression qu'avec Alice le plaisir se transformerait vite en torture… Et que ma carte bleue allait détester ça au bout d'un moment. Je tentais de me défendre :

« Dormir ici ? Dans une maison pleine de vampires ? Désolée, mais je ne préfère pas. Sans vouloir offenser personne, j'ai un meilleur instinct de survie que Bella quand elle était humaine. »

Celle-ci sourit, montrant qu'elle n'était pas vexée. Et moi, j'étais certaine d'avoir gagné la partie. J'allais retrouver ma couette douillette, en vie en plus ! Que demande le peuple ?

« Je te raccompagne, proposa Jacob. J'aurais du refuser. Et pourtant je m'entendis répondre :

- Je veux bien. Je ne tiens pas à avoir un accident.

-Bien, alors en route ! Dit il en m'entrainant avec lui dehors. »

Le trajet se fit en silence ; j'étais trop fatiguée pour discuter, et mon chauffeur improvisé semblait plongé dans ses pensées. Il avait remis la musique. Toujours le même CD dans mon lecteur. Hey there Delilah…

« C'est moi ou tu l'écoutes en boucle ?

-Qu'est ce que tu sous entends ? Que je radote ? Me moquais-je gentiment.

-Non. Je ne pensais pas que tu puisses aimer ce genre de truc. C'est pas vraiment ton style quoi… Enfin…

- Et tu me voyais comment ?

-Comme fan de R'n'B ? Osa-t-il. »

Je lui donnai un petit coup sur l'épaule et piaillai :

« Hey ! L'insulte suprême quoi ! –un silence- Tu ne changes pas ? Tu aimes ?

-Ouais, c'est sympa.

-Genre…

-Tu me voyais comment ?

-Rap ! Lançai-je pimpante ! »

Jake éclata de rire et lâcha en me souriant de toutes ses dents, à la façon du chat dans Alice :

-« Tu me le payeras !

Je ris de plus belle, imaginant Jacob en chat multicolore et la chanson continua. J'aimais ça, cette petite touche nostalgique et douce, cet air de guitare. Les derniers kilomètres défilèrent sans que nous ne prononcions une parole. J'avais fermé les yeux. J'étais dans ma bulle et finalement j'étais bien, ici, loin de tout. Quand Jacob était là, je n'avais plus peur. Comme s'il me permettait de trouver ma place. Sans doute parce qu'il était le seul contact à peu près humain que j'avais. Voilà pourquoi il m'importait. Et puis il amenait un peu de piquant dans ma vie monotone d'humaine. Lorsque finalement il me déposa devant le drugstore, il me sembla qu'il ne tenait pas à me quitter. Et moi non plus je n'avais pas envie. Vraiment pas. Peut être que j'aurais du rester à Forks après tout. Il s'approcha de moi et me dit :

« Bonne nuit.

- Bonne nuit, répondis-je en étouffant un bâillement. Tu vas pouvoir rentrer chez toi ?

- Je vais courir, répondit-il d'un air absent. Ça me fera de l'exercice.

-Dit celui qui a un corps d'athlète à faire baver n'importe quelle fille à 10 km à la ronde. » Ris-je.

- Dois-je en conclure que je te fais baver ? Se moqua-t-il.

- Je ne suis pas n'importe quelle fille, Jacob. Répliquais-je calmement. Maintenant rentre chez toi, il est tard. »

Sans que je m'y attende, il me serra dans ses bras, et j'eus l'impression qu'il essayait de déterminer l'odeur de mes cheveux. Yerk. Pas très sexy. Il me relâcha cependant très vite et me gratifia d'un baiser sur la joue qui me fit frissonner, sans que je sache pourquoi. Je fermais les yeux, goûtant l'instant présent, sourire aux lèvres. Lorsque je les rouvris, Jake s'était enfui.